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Jeudi 4 avril 2013 4 04 /04 /Avr /2013 17:53

jean-jacques-augier-def-copie-1.jpgJean-Jacques Augier. Photo Stéphane Lavoué

 

Comment peut-on, Monsieur Augier ? Comment peut-on ?...

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Mardi 2 avril 2013 2 02 /04 /Avr /2013 07:03

Jean Gabin (1904-1976)


jean-gabin-maigret.jpgAvec Annie Girardot dans Le Rouge est mis

 

Il mériterait à lui tout seul un billet. Philippe Noiret écrit dans ses mémoires : « Jean Gabin (…) était d’une élégance parfaite. Qu’il fût gangster, ouvrier ou grand bourgeois, il était toujours vêtu avec un grand raffinement (…). Nous n’en avons jamais parlé ensemble, mais il aimait cela, c’était visible. Il portait par exemple des pardessus en poil de chameau absolument somptueux, avec des épaules pas du tout marquées, un grand pli dans le dos et une martingale (1).» C’est un manteau de ce genre qu’il porte dans Razzia sur la chnouf. Noiret a souvent dit que le choix du costume était essentiel pour l’aider à entrer dans un rôle. Cette conviction, il se l'est peut-être faite en examinant attentivement les tenues de Gabin à l’écran : rôle de jeune prolétaire des années trente dans Le Jour se lève – choix du blouson de cuir ; rôle de « beau mec » dans Pépé le Moko – choix du foulard et du chapeau à bord très baissé ; rôle d’artiste peintre  dans La Traversée de Paris – choix du foulard glissé dans une chemise aux pointes de col relevées ; rôle d’ancien président du Conseil dans Le Président – choix du col cassé ; rôle de retraité de banlieue dans Le Chat – choix du polo boutonné jusqu’au cou et de derbies à semelle de crêpe… Ses personnages ainsi campés – un détail, un accessoire souvent suffisaient -, il n’avait plus qu’à dérouler son jeu. Son métier et son talent faisaient le reste.


jean-gabin-pepe-le-moko.jpeg Pépé le Moko


jean-gabin-le-pdt.jpgLe Président


jean-gabin-razzia.jpgRazzia sur la chnouff


Son intérêt pour le vêtement ne se limitait pas à son activité professionnelle. A la ville aussi, il faisait attention. Le comédien Albert Préjean, qui fut un ami de jeunesse, disait qu'il « avait inventé la tenue débraillée mais chic ». « Il descendait, ajoutait-il, la rue Francoeur en pantalon sport ou chemise à col ouvert, les mains dans les poches, la "gapette" rabattue sur le front, "roulant des mécaniques" (...) On nous appelait les rois de la casquette car nous en portions tout le temps, à petits carreaux, bien plates, un peu à la mode voyou. Lui, d'ailleurs, allait choisir ses tissus dans les meilleurs magasins et se les faisait couper sur mesure (2). »

Plus tard, il revêtit des costumes sobres de bourgeois provenant de Camps de Luca. Coupe impeccable. Epaules larges – façon années 50 – et tombantes. Ses tenues de loisir oscillaient entre le gentleman-farmer et l’habitué des champs de course. Il resta jusqu'à la fin "le roi de la gapette", qu'il portait d’une façon très personnelle, reconnaissable entre toutes. 


 jean-gabin-casquette.jpg

 

 

Fernand Gravey (1905-1970)

 

fernad-gravey--prix-copie-1.jpg Fernand Gravey, "roi de l'élégance masculine". Source : lachasseauxerreurs.blog

 

Un comédien aujourd’hui bien oublié… Il « incarn(a) pendant près de trente ans, dit Farid Chenoune, l’idéal du monsieur bien habillé pour nombre de Français (3). » Jean-Claude Brialy précise de son côté : « C’était un acteur typique de l’avant-guerre, très distingué, très anglais, une copie de Cary Grant (4), avec de petites moustaches et des sourcils qui se levaient à la moindre occasion. Il était très élégant, avait beaucoup d’esprit, portant admirablement le costume et se servant naturellement de la canne et du monocle devant la caméra (5). » Il arbore ces accessoires dans La Maison des bois de Maurice Pialat, un feuilleton télévisé qui est peut-être le chef d’œuvre du réalisateur. Fernand Gravey y incarne avec beaucoup de vraisemblance un marquis très vieille France :


fernand-gravey-la-maison-de.jpg

 

Deux anecdotes : Gravey aimait les femmes. La sienne avait beau le tenir – il savait s’offrir du bon temps. On raconte que, passé un certain âge, il ne dansait jamais sans avoir pris la précaution de glisser une coque à l’endroit que vous imaginez.


fernand-gravey-sylva-koscina.jpgAvec la belle (et oubliée) Sylva Koscina. Source : encinematheque.net

 

Ses héritiers vendirent sa riche garde-robe aux enchères. Je me souviens d’avoir entendu une personnalité raconter qu’elle s’en était porté acquéreur, mais je suis incapable de me rappeler son nom.

 

Paul Meurisse (1912-1979)


paul-meurisse-majordome.jpgUn majordome très stylé ! Source : toutleciné.com       

 

Paulette Dubost en parle ainsi dans ses mémoires : « (Il) créait un climat spécial : sur son quant-à-soi, très raide, amidonné, il était un bon comédien, oui, mais je n’aurais pas aimé me retrouver dans ses bras. C’était un personnage plus qu’un homme (6). » J’oserais ajouter : c’était un personnage avant d’être un comédien. Son naturel étant la pose – comme aurait dit Corbière -, il échappe aux critères traditionnels de jugement. Son rôle, il se l’était composé jusque dans les moindres détails : diction, gestuelle et, bien sûr, tenue – tout était étudié, répété, concerté. Il jouait à jouer, ce qui ravissait le spectateur amateur d’ironie. Les parodies lui allaient comme un gant – voir la série des Monocle ou encore La Grosse caisse.


paul-meurisse-la-grosse-caisse.jpg La Grosse caisse. Source : toutleciné.com

 

Comme tout le monde, il avait ses moments d'égarement. Sur ce cliché de Marcel Thomas, pris sur le vif dans une rue de Paris, on dirait un mafieux. Voyez son col de chemise… Une plaisanterie, il faut l'espérer. Tout de même, cette pointe (ou plutôt ces deux pointes) de fantaisie blessent les amateurs d'élégance que nous sommes. 

 

paul-meurisse-marcel-thomas.jpg

Source : Chasseur d'étoiles , Marcel Thomas, Ed. du Chêne

______________________________________________________________________________________________1. Mémoire 1. Mémoire cavalière, Philippe Noiret, Robert Laffont.
2. Paris Match, n° 1436, déc. 1976.
3. Des modes et des hommes, Farid Chenoune, Flammarion.
4.... J'aurais plutôt dit Clark Gable.
5. Le Ruisseau des singes, Jean-Claude Brialy, Robert Laffont.
6. C'est court, la vie, Paulette Dubost, Flammarion.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Mardi 26 mars 2013 2 26 /03 /Mars /2013 06:37

Jules Berry (1883-1951)

Il incarna une flopée d’escrocs avec une gourmandise qui donne faim ! Il aimait forcer le trait« surjouer », comme on dirait aujourd’hui. Il accentuait à l’envi le grincement particulier de sa voix. Son phrasé était ponctué de fausses hésitations, ce qui faisait dire aux mauvaises langues qu’il ne connaissait pas bien son texte. Il jouait de ses mains avec exubérance, comme le font les prestidigitateurs afin de distraire l'attention des spectateurs et dissimuler les secrets de leurs tours : mains virevoltantes sortant souvent du cadre ; main s'ornant d'une cigarette ; main négligemment glissée dans une poche du veston…


jules-berry-main-poche-copie-1.jpg

 

Ses tenues collaient à son personnage. Presque toujours très bien mis – une élégance précieuse, assez spectaculaire, qu’on pourra juger datée. Une élégance à la Sacha Guitry - cet autre monstre sacré qui, lui aussi, ignorait l’understatement -, mais en moins ostentatoire tout de même.


jules-berry.jpgJules Berry


sacha-guitry.jpgSacha Guitry

 

Le rôle du diable dans Les Visiteurs du soir lui alla à merveille. Bien mieux, il faut le reconnaître, que l’habit dont on l’affubla pour ce rôle, qui lui faisait la jambe maigrelette.


jules-berry-les-visiteurs-du-soir.jpg

 

Personnage à l’écran, Jules Berry l’était aussi dans la vie. Il multiplia les conquêtes et se ruina au jeu. Un de ses amis était François André qui possédait plusieurs hôtels et casinos, dont le George V. Jean-Claude Brialy raconte que cet homme richissime « offrit à vie une suite de cet hôtel »  à Jules Berry, que les huissiers poursuivaient constamment. « Lorsqu’ils débarquaient au George V, écrit Brialy, l’un des concierges, qui tenait son instruction de M.André, les accompagnait jusqu’au dernier étage de l’hôtel, dans une chambre minable, sous les combles. Un grabat et un cintre. " Voilà les seuls effets de M. Berry, messieurs. " Les huissiers dépités repartaient la queue basse, tandis qu’au second étage, dans sa suite, le pacha Berry fumait ses cigares et buvait son champagne en charmante compagnie (1). »

Il y a quelques années, la maison Arnys a baptisé du nom de « Berry » un manteau inspiré d’un de ceux que porta le comédien à l’écran. Une heureuse initiative.


jules-berry-le-crime-de-m-lange.jpg
 

jules-berry-arnys-def.jpg

 


Maurice Chevalier
(1888-1972)


maurice-chevalier-life-copie-1.jpg

      
MauriceChevalier-pochette-d.jpg

 

Le type même du « vieux monsieur chic ». Très à l’aise dans son corps. Des vêtements bien coupés qu'une fois enfilés il oubliait tout à fait. Un grand naturel et une totale décontraction.

Le canotier fut sa signature de scène. Son fournisseur était anglais. Par parenthèse, on pourrait écrire une étude sur le rôle que de nombreux chanteurs, chez nous et ailleurs, firent jouer à leur couvre-chef.


maurice-chevalier-canotier.jpg

 

Momo faisait attention aux détails qui font la différence : pochette, nœud pap’ – qu’il portait très bien -, chaussettes colorées – jaunes, par exemple, avec des pied-de-poule noir et blanc. Mais il lui arrivait de commettre des bourdes. Voyez ces photos où pochette et cravate ou nœud pap’ sont assortis :


maurice-chevalier-pochette-noeud-pap.jpg


maurice-chevalier-cravate-pochette.jpg 

Il demanda à être inhumé dans son costume de scène, un smoking bleu nuit, son canotier posé sur la poitrine.

 

Charles Boyer (1899-1978)

 

charles-boyer-un-def.jpg

 

Le cheveu gominé ou calamistré, le sourcil haut, la paupière lourde, l’œil humide, la bouche sensuelle, une voix caressante : Charles Boyer fut l’archétype du french lover – évolution hollywoodienne du latin lover à la Rudolf Valentino. Au reste, comme celui-ci, petit et atteint de calvitie précoce.

Homme instruit – il étudia la philosophie à la Sorbonne.

Sa carrière américaine fut brillante. La légende prétend qu’on ne le vit jamais mal habillé. Certains portraits de ce temps la démentent. Oublions-les. Retenons-la.

James Sherwood nous apprend qu’à l’instar de Gary Cooper ou de Cary Grant il s’habillait à Savile Row (2).

En vieillissant, Boyer perdit en sensualité ce qu’il gagna en distinction. Ses traits s’affinèrent. Coiffé souvent d’un discret postiche, il joua les grands bourgeois et les aristocrates. Dans Madame de... par exemple – un chef d’œuvre de Max Ophüls -, il campe un général attaché au ministère de la guerre. Il est marié à la gracieuse Danielle Darrieux (peut-on être plus gracieuse qu’elle dans ce film ?) qui va succomber au charme de l’élégant Vittorio De Sicca.


charles-boyer-age-copie-1.jpg

Sa fin fut tragique. Son fils se suicida. Il fit de même, deux jours après que sa femme fut décédée d’un cancer.

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1. J'ai oublié de vous dire... Jean-Claude Brialy, XO Editions.
2. Savile Row, James Sherwood, L'Editeur.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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