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Vendredi 22 mars 2013 5 22 /03 /Mars /2013 06:30

 

humbert-de-savoie.jpgHumbert de Savoie, L'illustrazione italiana, octobre 1922

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 06:49

Notre nouveau pape respire la bonté.

Comme le disait De Gaulle de Brigitte Bardot (que Dieu, qui créa la femme, me pardonne ce rapprochement audacieux), « son naturel est de bon aloi ».

J’aime aussi que dans son homélie aux cardinaux il ait cité ce grand imprécateur de Léon Bloy, pèlerin de l’absolu et entrepreneur de démolitions.

Entrepreneur de démolitions, le pape François l’est à sa manière, douce et pateline. Il n’a de cesse, en effet, de bousculer les rituels. Ainsi n’a-t-il pas jugé bon de se présenter à la foule, juste après son élection, avec, sur les épaules, le mantelet ( la « mosette ») traditionnel. Tout ce qu’il dit, tout ce qu’il fait va, pour l’instant, dans une seule direction : témoigner d’une Eglise simple et pauvre.

La pauvreté est, certes, un principe évangélique : dans la parabole du bon Lazare, l’homme riche, qui « porte des vêtements luxueux », est voué à « la torture au séjour des morts ». Mais le pouvoir que représente le pape n’est pas que spirituel : il est aussi temporel et, à ce titre, il implique le recours à des signes distinctifs. Aucun pouvoir de cet ordre n’y échappe, ainsi que l’ont montré Dominique et François Gaulme dans leur bel ouvrage, Les Habits du pouvoir (Flammarion).

La magnificence de l’Eglise a une autre fonction : manifester la puissance de Dieu ; la faire sentir – et redouter – aux pauvres pécheurs que nous sommes.

Parler de « normalité » au sujet d’un président de la République est en soi bizarre. Au sujet d’un pape, cela a encore moins de sens. Les parallèles entre notre président normal et le nouveau pape alimentent la maigre chronique de ce début de pontificat : l’un choisissant comme carrosse républicain une vulgaire DS 5, l’autre refusant d’être véhiculé dans la voiture jugée trop luxueuse de son prédécesseur ; l’un arborant systématiquement une cravate de guingois, l’autre se présentant au balcon de Saint Pierre la croix pectorale – en simple fer et non en or -  mal centrée ; l’un refusant de s’habiller en sur mesure, l’autre toujours chaussé, trois jours après son élection, de ses godillots noirs d’évêque sous une soutane blanche trop courte ; sans parler de cette identité fortuite du prénom…


pape-francois-copie-1.jpegChaussures noires...

pape-francois-balcon-def-copie-1.jpeg

hollande-cravate-de-travers-copie-1.jpgCroix et cravate de travers

 

L’abandon des escarpins rouges, surtout, me fait tiquer. Depuis César, le rouge aux pieds est le signe des puissants. J’aimerais rendre au pape ce qui appartient au pape. Il n’y a pas que moi que cela contenterait : j’entendais hier matin (Europe 1) le chausseur de Benoît XVI se plaindre de n’avoir pas encore été contacté par le Vatican pour passer commande des fameux souliers rouges.

La soutane blanche et les chaussures de ville noires créent une disparate. A-t-on jamais vu porter un smoking avec des chaussures de sport ?


souliers-rouges-pape-copie-2.jpg

 

Le rouge, c’est aussi la couleur de la beauté. Le pape François, grand lecteur de Dostoïevski, sait sûrement qu’en russe « rouge » veut dire « beau ». « Au XVIIIe siècle, nous dit Barbey d'Aurevilly,  les mendiants au coin des rues, s’ils n’avaient pas de rouge, n’auraient pas osé quêter. » Pauvreté et couleur rouge peuvent donc faire bon ménage !

Catholique (ou m’efforçant de l’être), j’essaie de résister à cette mauvaise pensée qui, en ce moment, ne cesse de me trotter dans la tête : pourquoi ce pape, grand amateur de football, multiplie-t-il ainsi les tacles contre son prédécesseur sinon pour le désavouer ? Le risque que les choses soient interprétées dans ce sens n’est en tout cas pas à négliger. Le pape d’une Eglise des petits contre l’ex-pape d’une Eglise des puissants ; un pape ancré dans son temps contre un autre tourné vers le passé… Le contraste des styles, violent, m’interroge.

Benoît XVI cultivait une coquetterie anachronique qui, moi, me plaisait beaucoup (1). Le galero et le camauro, j’en raffolais !


Benoit-XVI-galero-copie-1.jpg

benoit-XVI-camauro-copie-1.gifGalero et camauro

 

Benoît XVI a certes renoncé à sa charge. Mais, de grâce, ne l’enterrons pas trop vite !

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1. Comme elle plaisait à Stiff Collar. Cliquer ici.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Mardi 12 mars 2013 2 12 /03 /Mars /2013 06:25

 

 

                                         «  À regarder le monde s'agiter et paraître
                                             En habit d'imposture et de supercherie
                                             On peut être mendiant et orgueilleux de l’être          
                                             Porter ses guenilles sans en être appauvri »

                                                                                        Georges Moustaki

 

 

albert-cossery-sophie-leys.jpg Photo : Sophie Leys    

 

J’ai évoqué une autre fois le personnage d’Albert Cossery, cet écrivain d’origine égyptienne qui, soixante années durant, vécut dans une modeste chambre d’un hôtel parisien, ne travailla jamais et publia très peu. Frédéric Andrau vient de lui consacrer un livre intitulé « MONSIEUR ALBERT Cossery, une vie ». Le livre se présente sous la forme d’une biographie dialoguée – ou plutôt monologuée : l’auteur s’adresse directement à Albert Cossery en le vouvoyant – comme il sied quand on s’adresse à un « Monsieur » ! L’artifice de narration peut agacer, mais, les premières pages lues, l’attention du lecteur s’éloigne de la forme pour s’attacher au fond.

Albert Cossery était à coup sûr un « Monsieur » - mais ce n’était pas un ange. Sachons gré à l’auteur de n’avoir pas dissimulé les défauts de son personnage : sa misogynie, son égoïsme, sa mesquinerie, sa dureté sont mentionnés et illustrés – ainsi que sa fainéantise, quoique, pour Cossery, ce défaut n’en soit pas un : « Vous érigiez, dit Andrau, la fainéantise au rang de valeur primordiale de la vie. »

Il faudrait du reste s’entendre sur le sens du mot « fainéantise » appliqué à Cossery. Le traiter de cossard serait par trop facile ! « Les gens ont l’impression que je ne fais rien, mais je ne fais jamais rien. Je réfléchis. Réfléchir, ça donne l’impression de ne rien faire, mais ce n’est pas ne rien faire. » Cossery, c’est l’irruption anachronique et subversive de l’otium dans un temps de negotium triomphant. « Je suis un anarchiste aristocrate », disait-il encore. Ses heures, vides en apparence, étaient comme ses phrases - riches en « dynamite » ! « Perdre, mais perdre vraiment pour laisser place à la trouvaille », disait Apollinaire.

Une autre de ses valeurs – indiscutable celle-la – fut l’élégance, qu’il mit en pratique à sa manière. D’aucuns s’étrangleront face à certains arrangements de couleurs. Par exemple, il osa se présenter à l’une de ses très rares prestations télévisées en « chemise verte, cravate ocre, veste bleue et pochette rouge ». De même, il aimait assortir pochette et cravate. Frédéric Andrau voit dans cette dernière habitude l’acmé de son élégance, révélant de la sorte une touchante ignorance.  Il se trompe encore lorsqu’il affirme que « Monsieur Albert » « fut toujours très bien mis » : « Monsieur Albert » fut mieux que « bien mis » - il fut élégant.

Plusieurs passages du livre permettent de reconstituer, à la façon d’un puzzle, l’idée qu’Albert Cossery se faisait de l’élégance. Sa leçon tient en quelques points capitaux.

- L’élégance est un virus qui se contracte jeune. « Lorsqu’on vous demandait d’où vous venait ce goût pour le raffinement vestimentaire, vous disiez que vous le deviez à votre père qui était toujours habillé comme un prince. »

- L’élégance est une affaire de détails. « Vous nourrissiez une véritable passion pour les chaussettes. Vous en étiez un grand consommateur. Plus les années passaient, plus vous en achetiez, ou vous vous en faisiez offrir (…) C’était comme une obsession (…) Vous les jetiez sans les laver. »

- L’élégance n’a rien à voir avec l’argent ou le nombre de vêtements possédés. « Personne ne vous avait jamais vu acheter des costumes. D’ailleurs, dans votre logique minimaliste, vous vous contentiez de peu, deux ou trois vestes, autant de pantalons, trois ou quatre cravates et autant de pochettes pour pouvoir jouer avec les couleurs. »

- L’élégance a ses rituels. « Vous vous déshabilliez lentement, disposiez soigneusement votre veste sur un cintre et votre pantalon sous le matelas de votre lit, avec tous les autres, afin qu’ils restent impeccablement dans les plis. C’était la première chose que vous faisiez, systématiquement, en rentrant chez vous. (…) Vous endossiez votre tenue d’intérieur, un pyjama ou une robe de chambre selon les saisons. »

- L’élégance est un stoïcisme. Vous ne supportiez pas l’air négligé (…) A l’âge où parfois l’on aurait tendance à se laisser aller, vous mettiez un point d’honneur à rester extrêmement présentable. Toujours droit, le port de tête altier (…) Vous disiez qu’on devenait vieux lorsqu’on arrêtait d’acheter des vêtements. »

- L’élégance est une école de vie. « Vous disiez : la vie est belle, il ne faut pas se présenter étriqué devant elle. »

Sa mort même fut élégante. A ce sujet, deux versions s’opposent. Pour certains, il aurait chu, nu, sur le parquet de sa chambre d’hôtel et, dans un ultime réflexe, il aurait tiré à lui une couverture pour dissimuler son pauvre corps amaigri. On pense à César qui, succombant aux coups de ses ennemis, abaissa sa toge sur ses jambes pour tomber décemment. Pour Frédéric Andrau, en revanche, il se serait levé, aurait défait son lit, tiré un drap blanc qu’il aurait parfaitement étendu sur le sol puis se serait allongé dessus, « le corps très droit, les bras alignés de part et d’autre », vêtu d’  « un pyjama impeccable» Les deux versions sont belles et confinent à la légende.

Albert Cossery eut une vie conforme à ses aspirations les plus profondes – ce qui, en soi, est déjà exceptionnel. Fut-il heureux ? Il était trop lucide et trop intelligent pour faire du bonheur le but de sa vie. Le mot, d’ailleurs, est significativement absent du livre d’Andrau. Le soleil et les jeunes filles l’éblouirent. De là à avoir été heureux…

 

MONSIEUR ALBERT Cossery, une vie, Frédéric Andrau, Editions de Corlevour, 19,90 euros.

Sur le sujet, lire cette chronique de Christopher Gérard. 

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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