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Mardi 19 février 2013 2 19 /02 /Fév /2013 06:38

« L’Homme moderne » est pour moi un sujet de perplexité. Je parle de la marque, bien sûr, dont je reçois régulièrement les catalogues et les brochures. « L’Homme moderne » ne vend pas seulement des vêtements, mais aussi – je cite Rémy D. Smith, son PDG, dans la présentation de son catalogue Noël 2011 - des « articles high-tech, des objets de collection rares » et, même, des « bijoux et accessoires précieux pour Madame » et des « jeux étonnants pour les enfants et petits enfants. »

Rémy D. Smith parle encore d’articles « extraordinaires ».

Extraordinaires, vraiment ? Ces quelques exemples, circonscrits au domaine du vêtement masculin, vous permettront de vous faire votre opinion.


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Pourquoi faire beau quand on peut faire laid ? Tel est, dirait-on, le principe qui préside au choix des produits. Le prix n’est pas en cause : à coût égal, rien n’empêchait de faire plus esthétique. Mais non, tout est laid, de la casquette aux souliers…

Acheter à « L’Homme moderne », c’est entrer dans le monde dangereux de la pensée paradoxale.

Voyez ceci :

 

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… et lisez maintenant le texte qui présente ce produit :

« Tricoté dans une belle maille jersey acrylique (70 %) douce et souple, agréablement réchauffé d’une bonne dose de laine (30 %) pour oublier les frimas, ce pull est aussi un modèle de décontraction élégante : il est habillé d’un jacquard géométrique travaillé dans des tons bleus qui donnent l’impression qu’il s’agit de motifs en denim ! Facile à vivre (…), bénéficiant de finitions soignées avec ses bords–côtes à la base, au col et aux poignets, il sera le compagnon parfait de vos jeans. »

« L’Homme moderne » a un magasin dans ma ville. J’ai jusqu’à présent résisté à la tentation d’en franchir le seuil. Le sentiment que j’éprouve devant cette boutique est assez comparable à celui qui me prend face au « train fantôme » des fêtes foraines. Un mélange d’envie et de crainte, celle-ci finissant toujours par avoir le dessus sur celle-là. Quand je passe devant la devanture, je ralentis le pas. Parfois même, il m’arrive de m’arrêter. Les clients que j’aperçois me fascinent : ils se ressemblent tous. Ce sont des hommes d’au moins 60 ans qui, quand il fait froid, portent une petite casquette placée haut sur la tête, une parka marron, grise ou bleu, un pantalon de velours et des chaussures en polyuréthane généralement noires à bout spatulé. Des « Homme moderne », quoi ! Loin de moi l’idée de me moquer. Ils m’émeuvent plutôt : ils ont l’air si heureux… Ce magasin leur va tellement bien ! Ils sortent avec de grands sacs sombres imprimés « L’Homme moderne fashion » dont ils se serviront bientôt pour faire leurs petites courses au Carrefour Market voisin de leur petit pavillon.

Parfois, des « femmes modernes » les accompagnent, habillées en Damart.

Mais que peut bien vouloir dire « moderne » pour ces clients ? Eliminons d’emblée l’hypothèse de l’ironie : s’habiller avec ironie est une posture bobo-post-moderne qui, si on essayait de la leur expliquer, les laisserait interdits. L’ « Homme moderne » s’habille premier degré. Résolument et définitivement premier degré. Quant aux intentions des responsables de l’enseigne, dont je doute fort qu’ils soient des « Homme moderne », elles ne relèvent de rien d’autre que du marketing. Je pencherais plutôt pour une autre explication : ce blouson de daim, ce jean, cette parka décontractée, ce pull à col polo zippé ont dû être modernes quand ces clients avaient vingt ans. En achetant ces produits, c’est un peu de leur jeunesse qu’ils cherchent à retrouver.

Au vrai, qui, arrivé à 40 ou 50 ans, peut-il être assuré de ne pas pareillement se leurrer ? Quand je passe une chemise Polo Ralph Lauren de couleur, je crois être dans le coup, comme je l’étais il y a trente ans quand ce genre de chemise était à la mode et que j’avais vingt ans. Mais, aux yeux d’un jeune, je suis « has been »… « has been », oui, comme tous ceux qui utilisent encore cette expression !

« L’Homme moderne » n’est pas moderne. « L’Homme moderne » n’est pas classique. « L’Homme moderne » est ringard.

Par Le Chouan - Publié dans : Marques
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Mardi 12 février 2013 2 12 /02 /Fév /2013 06:37

Prenez le texte qui suit comme une récréation, un exercice de style.  Pour sourire, je me suis essayé au pastiche de Marc Beaugé qui, chaque semaine, publie dans M, le supplément du Monde une chronique commençant invariablement par la formule : « Est-ce bien raisonnable de… » Les habitués de cette chronique s’amuseront peut-être de retrouver sous ma plume quelques traits caractéristiques de l’écriture de Beaugé. Mais si la forme est empruntée, le fond reste personnel.

 

 

laurent-ruquier.jpgLaurent Ruquier

 

Autrefois objet de la plus grande considération, la cravate semble être devenue une ennemie pour l’homme d’aujourd’hui. Regardez autour de vous : combien d’hommes portent encore la cravate ? Et quelles cravates – Mon Dieu, quelles cravates ! – choisissent ces derniers Mohicans ? Il est loin le temps où Balzac proclamait : « Une cravate bien mise, c’est un de ces traits de génie qui se sentent, s’admirent, mais ne s’analysent ni ne s’enseignent. » Mais si la plupart des hommes ont abandonné la cravate, ils n’ont pas pour cela tombé la veste.

Là est, si l’on peut dire, le nœud du problème. Car la veste portée sur une chemise sans cravate soulève un problème stylistique majeur, le col de la chemise ayant été conçu pour être fermé par un nœud, de cravate ou papillon. Une rapide consultation des meilleurs ouvrages consacrés à l’élégance prouvera à tous les néophytes que la manière incriminée, devenue à ce point banale qu’il semble qu’elle ait toujours existé, ne s'est définitivement imposée qu’au cours des toutes dernières décennies.

Mais l’origine du phénomène remonte à plus loin. Libérant le cou des hommes, la victoire du col mou sur le col dur au tournant des années 20 ouvre une brèche dans laquelle les partisans de plus en plus nombreux de la décontraction et du confort vont s’engouffrer. Deux données ralentiront néanmoins le processus. D’une part, la chemise, vêtement du dessous, ne saurait se découvrir qu’avec parcimonie. Ainsi, aux beaux jours, de nombreux élégants substitueront le foulard à la cravate. D’autre part, il aurait été malséant, donc impensable, de se décolleter à la façon d’un certain philosophe médiatique actuel ennemi d’une sagesse qu’il fait pourtant profession d’aimer. Aussi, les plus audacieux se borneront-ils à rabattre le col discrètement échancré de leur chemise sur le revers de leur veste. 

Au vrai, cette pratique, prisée par les intellectuels et les artistes, ne manquait pas de cohérence. Elle créait un lien entre la chemise et la veste. L’absence de cravate n’était plus lue comme un manque mais comme une nécessité. Dans le meilleur des cas, elle donnait à qui l’adoptait un petit côté négligé chic qui n’était pas dénué de charme.

En tout état de cause, elle valait mieux que la pratique actuelle qui semble n’avoir d’autre raison que le rejet de la cravate considérée, à tort, comme le symbole absolu du formalisme vestimentaire. Pourquoi tant de haine ? Un homme élégant en veste de tweed, chemise de couleur et cravate tricotée n’aura pas l’air endimanché d’un Laurent Ruquier, par exemple, présentant le samedi soir son émission On n’est pas couché en costume sombre et chemise blanche, mais sans cravate.

A son premier G8 en mai 2012, François Hollande provoqua l’hilarité sympathique de Barack Obama en se présentant cravaté à un dîner à Camp David, la résidence de campagne des présidents américains. « On avait dit que tu pouvais enlever la cravate ! » lança Barack à François. Mais le côté guindé du Français tenait bien moins à sa cravate qu’à son costume sombre et à sa chemise blanche. De l’autre côté, le recours à une tenue dépareillée expliquait de façon plus convaincante la décontraction de l’Américain que le col de la chemise laissé ostensiblement ouvert. Aller cou nu quand on est en chemise et en veste présente trois vices majeurs : c’est illogique, inesthétique et, quand l’adepte perd tout sens de la mesure, ça frise l’obscène. Laissons donc à nouveau les belles cravates se pendre à nos cous et les jolis papillons se poser sur nos cols.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Jeudi 7 février 2013 4 07 /02 /Fév /2013 06:36

 

julien-scavini-vitrine-copie-1.JPGUne belle vitrine. Maison Scavini, 50, boulevard de La Tour-Maubourg, Paris 7e.

 


Par Le Chouan - Publié dans : Tailleurs
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