Tous nos magazines s’en sont fait l’écho : le chapeau est de retour ! A l’annonce de cette bonne nouvelle, j’aurais dû tirer le mien sans attendre. Mais quand je vois ce que nous sert la rue, je me loue de ma prudence.
Le phénomène touche surtout les jeunes. Généralement, ils coiffent leur crâne d’un tout petit chapeau à tout petits bords. Avec ça, ils peuvent être en blouson, en bermuda, avoir des lunettes noires, être en tee-shirt ou en jean… Sans leur chapeau, on ne les remarquerait même pas. Avec, ils ont juste l’air ridicule ; mais s’ils sentent qu’on les regarde, ils pensent que c’est parce qu’on les admire. Où l’on voit que le chapeau ne préserve pas du melon.
L’exemple vient de haut. Voilà quelques années déjà que je remarque des stars incongrûment chapeautées :
Nos néophytes posent leur chapeau très haut sur le front – comme le faisaient certains chanteurs (Sinatra, Trenet…) afin d’être vus des spectateurs. Leur but ? Se montrer, bien sûr, ce qu’un authentique amateur ne cherche jamais à faire. Le chapeau dissimule, rend anonyme, fond dans l’ombre… Si l’ôter, c’est « se découvrir », le mettre, c’est se cacher. Par essence, il est poli, respectueux, discret. Ce n’est pas un hasard si la bienséance a codifié son usage. Il faudrait que nos jeunes fashionables apprennent que l’étiquette du chapeau, ça n’est pas qu’un petit bout de tissu marqué au nom du fabricant ! Le chapitre des gants et du chapeau fait les délices de tout lecteur de savoir-vivre qui se respecte (1).
Et puis, il y a la qualité. Ce que je vois me fait peur : chapeaux de mauvaise paille dits « panamas », chapeaux de feutre synthétique dits « trilby »… nos têtes méritent beaucoup mieux ! Une chanson dit que le chapeau est « le soulier du cerveau ». Eh bien ! Quel homme élégant accepterait d’être moins exigeant pour sa tête que pour ses pieds ?
Le chapeau est pratique : il protège du froid, du soleil et de la pluie. Le chapeau peut être esthétique : si vous en doutez, faites donc un petit tour du côté de nos aînés qui furent maîtres en élégance. Le chapeau peut être encore source de poésie :
« Une volée de pigeons sur un pommier,
une volée de chasseurs, il n’y a plus de pigeons,
une volée de voleurs, il n’y a plus de pommes,
il ne reste qu’un chapeau d’ivrogne
pendu à la plus basse branche.
Bon métier que celui de marchand de chapeaux,
Marchand de chapeaux d’ivrogne.»
C'est signé Max Jacob, poète breton et amateur de chapeaux (2).
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1. Sur le sujet, lire les pages 161-162 de l’Histoire de la politesse de Frédéric Rouvillois, Flammarion, 2006 , et se reporter aux pages 124-125 du Chic anglais de James
Darwen, Hermé, 1990.
2. Extrait des Poèmes de Morven le Gaëlique.

















