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Mercredi 3 octobre 2012 3 03 /10 /Oct /2012 06:51

S’il est un look (appelons ça comme ça) aux antipodes de l’élégance, c’est bien le look rock. Cuir, noir, tatouages, blousons, bagues, tee-shirt, jean, santiags… toute cette panoplie, déjà laide portée par un jeune homme, devient franchement grotesque sur une personne âgée.

Car les rockers aussi vieillissent. Les plus célèbres d’entre eux se sont presque tous embourgeoisés. Ils font fructifier au mieux leur fortune ; ils vivent retranchés dans des propriétés sécurisées ; ils font flamber, à l’occasion de « retours » savamment orchestrés, le montant de leurs cachets. Plus d’un million d’euros, par exemple, pour un concert de Bruce Springsteen.

Des bourgeois, certes, mais qui ne veulent surtout pas le paraître. A le voir, imaginerait-on Mick Jagger châtelain de Touraine ? Et pourtant…

Le rocker du troisième âge tient à son look. Impossible pour lui de renoncer à ce qui fait partie de son ADN – de sa rock n’ roll attitude. Mais, en n’évoluant pas, sa panoplie ne fait que mieux ressortir les outrages du temps. Et contre ceux-ci, rocker ou pas, il n’y a pas grand-chose à faire.

La teinture…


rod-stewart.jpg  Rod Stewart

 

… la moumoute…

 

dick-rivers.jpgDick Rivers

 

… la chirurgie esthétique...


johnny-halliday.jpgJohnny Hallyday

 

... ne suffisent pas à sauver les apparences. 

Or, si la vieillesse est un drame pour la plupart d’entre nous, elle se transforme en tragédie dans le cas d’un rocker. Le rock, en effet, c’est l’exaltation de la jeunesse. Cette donnée est si importante qu’on peut se demander si un vrai rocker n’est pas un rocker mort jeune. Imagine-t-on Jim Morrison sexagénaire ? Son visage peu structuré aurait d’ailleurs presque sûrement mal vieilli.


jim-morrison.jpg

 

Si j’étais cynique, je paraphraserais ainsi l’adresse posthume de René Char à Arthur Rimbaud : « Tu as bien fait de mourir, Jim Morrison ! » Au vrai, une telle phrase ne saurait choquer un vrai rocker : la mort précoce fait partie des fantasmes du rock. En 1965, dans My generation, Roger Daltrey, l’ange blond des Who, proclamait : « J’espère mourir avant d’être vieux. »


roger-daltrey-jeune.jpg

 

Les dieux du rock ne l’ont pas entendu de cette oreille (… le rock plein les tympans, c’est entendu, ça rend sourd ) Voyez à quoi il ressemble aujourd’hui :

 

roger-daltrey.jpgUn faux air de Bill Clinton...

 

Le rock, c’est aussi le sexe. Chanter le sexe à vingt ans, ça passe, mais à soixante ou soixante-dix-ans, c’est – si j’ose dire – beaucoup plus dur… Voir aujourd’hui Johnny Halliday, monté sur hanches artificielles, remuer du pelvis comme Elvis en chantant « Que je t’aime », ça peut mettre mal à l’aise. Il y a dans cette chanson quelques vers (« Quand tes mains voudraient bien / Quand tes doigts n’osent pas / Quand ta pudeur dit non / D’une toute petite voix ») qui pourraient vite le faire passer pour un vieux dégoûtant. Surtout s’il lui prenait l’envie de les chanter les yeux dans les yeux d’une spectatrice dont l’âge ferait à peine la moitié de celui de Laeticia...

Le rock, c’est encore (peut-être) Satan. Toute une littérature a été consacrée à cette brûlante question. Je me souviens d’un livre qui, dans un certain milieu, avait fait grand bruit au début des années 80. Il était écrit par un prêtre québécois. On pouvait se le procurer dans toutes les librairies (bonnes, forcément) des monastères. La thèse défendue était que le rock faisait la promotion des drogues et du suicide, qu’il violait les consciences à l’aide de messages subliminaux et qu’il poursuivait un but : la glorification de Satan. On y apprenait, par exemple, que sous l’influence de la sorcière Marianne Faithfull, Mick Jagger s’était consacré au démon et que des chansons apparemment anodines (entre autres, « Hôtel California » des Eagles) dissimulaient en réalité de dangereux messages antichrétiens.

Ce livre, c’était un peu Durtal au pays du rock. Mais si le héros de Huysmans rencontre Dieu après avoir connu la tentation diabolique, notre pauvre prêtre québécois a fini, lui, par… se suicider ! Epilogue troublant qui aurait pu recevoir pour titre : « La vengeance de Satan ! »

Les rockers, créatures du diable ? S’ils l’étaient, leur Maître ne leur aurait-il pas confié le secret de la jeunesse éternelle ? Leurs nombreux excès, les vieux rockers les portent sur leur visage. Ce sont des Dorian Gray sans le portrait magique. Sur un pastiche moderne d’une cathédrale gothique, certaines têtes de vieux rockers feraient en tout cas des gargouilles très convaincantes :


mike-jagger.jpgMick Jagger


keith-richard.jpg Keith Richards
 

  iggy-pop-def.jpg Iggy Pop

 

Les vieux rockers nous livrent à leur corps défendant une leçon d’élégance essentielle : l’élégance consiste à adapter sa mise à son âge – et non l’inverse.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Jeudi 27 septembre 2012 4 27 /09 /Sep /2012 06:57

Marcel Dassault

 

Marcel Dassault avait un physique d’homme né vieux et trop tard. Petite moustache, grosses lunettes d’écaille, écharpe, costume trois pièces, toujours enveloppé dans des manteaux un peu trop grands, toujours chapeauté, il avait une allure surannée, désuète.


marcel-dassault.jpg


Ah ! son chapeau ! Une légende. Bernard Lanvin lui a consacré une page dans son Guide de l’élégance au masculin. Extraits : « (…) le crâne de Marcel Dassault mesurait 55 centimètres à peine. Pour le doyen des clients de Gélot, on avait réalisé un moule exclusif en bois. (Il) commandait invariablement le même modèle. (Il) convoquait son tailleur, mais faisait à son chapelier l’honneur de se déplacer. Il avait la passion des chapeaux légers, très souples, à bords étroits, et les choisissait le plus souvent gris ou beiges. (Il) réclamait un « réglé » (règle métallique) et vérifiait les proportions de son feutre neuf avec le même sérieux qu’il devait apporter à déterminer la largeur d’un fuselage. (…) Un des derniers appels du célèbre constructeur d’avions (il téléphonait de son lit d’hôpital) fut (…) pour Gélot. »

Lanvin ne dit pas si Marcel Dassault exigeait, quand il commandait un manteau, que les poches fussent taillées grandes afin  d’y glisser les liasses de billets que, durant les campagnes électorales, il distribuait généreusement.

Hergé s’est inspiré de lui pour créer le personnage de Carreidas dans Vol 714 pour Sydney. Pierre Assouline, biographe de Hergé, raconte : « (Carreidas) est une caricature du génial constructeur des Mirage et Mystère (…). Il lui a beaucoup emprunté : sa silhouette, son chapeau, son cache-col, son côté frileux… Mais autant la copie est pingre, autant l’original était prodigue. Les deux étaient probablement des éternueurs compulsifs. Horrifiés par la fumée du tabac, ils étaient pareillement obsédés par les microbes, au point d’éviter le serrement de main (1). »

Il utilisa son immense fortune pour réaliser certaines de ses lubies : création de Jours de France, un magazine consacré exclusivement à l’actualité heureuse, dans lequel il tenait lui-même la rubrique du « Café du commerce » ; production de films à l’happy end obligatoire.


marcel-dassault-jours-de-france.jpg


Bien sûr, il n’y a pas que les milliardaires à avoir des lubies. Mais, comparées aux leurs, les nôtres font mesquines !  

 

Albin Chalandon

 
Albin Chalandon vit toujours. Mais sa carrière politique est derrière lui. Plusieurs fois ministre, il se distinguait de ses collègues par une mise soignée, un tantinet précieuse. Il affectionnait la pochette de soie à motifs, qu’il assortissait plus ou moins à sa cravate, les chemises de couleur à col et poignets blancs, le « tab collar », les costumes à rayures banquier…


albin-chalandon.jpg

 

A propos de ses costumes : toujours bien coupés dans des matières somptueuses.

Il se singularisait aussi par une impassibilité que d’aucuns auraient tôt fait de qualifier de « dandy ». Mais un dandy fait-il de la politique ? Choisit-il d’être banquier ? Et grand patron ? Car Albin Chalandon fut tout cela : créateur, avec Marcel Dassault, de la Banque commerciale de Paris, puis dirigeant d’Elf-Aquitaine.

Pas orateur pour deux sous, il compensait par un humour froid, coupant.

Anglomanie manifeste !

Albin Chalandon a mal vieilli, comme il arrive souvent aux hommes restés trop longtemps sensibles au charme des jeunes femmes (2) (ça, diraient les mauvaises langues, ce n’est peut-être pas son côté le plus britannique…)

Il s’est d’abord teint les cheveux en brun, puis en roux et, pour finir, en  blond « Hortefeux ». On l’a vu aussi se vêtir tout en noir, à la manière d’un vieux rocker…


albin-chalandon-blond.jpg


« La vieillesse est un naufrage »
, disait de Gaulle. Ou plutôt Chateaubriand.
 

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1. Hergé, biographie, Pierre Assouline, Plon, 1996.
2. Il fut l'un des "découvreurs" de Rachida Dati.

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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Vendredi 21 septembre 2012 5 21 /09 /Sep /2012 07:00

Gaston Defferre

 
La figure paradoxale et encombrante du responsable socialiste millionnaire n’est pas inédite. Avant Fabius, DSK et quelques autres, il y eut Léon Blum et, plus près de nous, Gaston Defferre qui, trente-trois années durant, régna sur Marseille.

Le journaliste Pierre Viansson-Ponté évoqua dans un livre le « goût » de celui-ci « pour les plaisirs coûteux ». Aimant la mer, il s’offrit en 1961 un merveilleux jouet, le Palynodie II, qui  demeure une référence en matière de yachting. Gaston Defferre s’unit en troisièmes noces à Edmonde Charles-Roux, grande bourgeoise et admiratrice (lucide) de Coco Chanel.


gaston-defferre-bateau.jpg A la barre du Palynodie II

 

Je me souviens que dans les années 80, Paris-Match consacra une enquête au coût des tenues portées par nos hommes politiques. Gaston Defferre arriva en tête. Il faut dire que ses costumes trois pièces étaient fabriqués sur mesure par Lanvin. Protestant, Defferre cultivait une élégance discrète qui versait dans l'austérité ; manteau, costume, cravate : tout était sombre, hormis la chemise, d’un blanc immaculé.

Son feutre était sa signature. Dans son Guide de l’élégance au masculin, Bernard Lanvin raconte : « Même pendant la Résistance, où il s’annonçait sous un nom d’emprunt, l’organisateur du réseau Brutus n’a jamais cessé de rendre visite à Gélot. Est-ce en hommage à Léon Blum (…) qu’il avait choisi un tel couvre-chef ? Sans doute. Ce chapeau, pour les chapeliers, est d’ailleurs dit "à la Léon Blum" . »


gaston-defferre-mitterrand.jpgAvec François Mitterrand

 

Ainsi vêtu, Gaston Defferre avait quelque chose d’anachronique. Dans un film de truands, le maire de Marseille aurait été parfait, auprès d’un Gabin par exemple, dans le rôle de l’avocat bien mis mais corrompu jusqu’à la moelle.


gaston-defferre-telephone.jpg

 

Posé sur un coussin de velours rouge porté par un enfant, « le feutre de Gaston » suivit celui-ci jusqu’à sa dernière demeure. Jean-Victor Cordonnier, alors premier adjoint et maire de Marseille par intérim, finit ainsi son éloge funèbre : « Monsieur le maire, tu as décidé de faire une croisière en solitaire. En partant, tu as oublié ton chapeau. Tes amis te le gardent. » Une « sortie » digne de Pagnol !

 

Jacques Chaban-Delmas

 
Bien que de taille moyenne, Jacques Chaban-Delmas avait un physique qui plaisait aux femmes. A la fin de sa calamiteuse campagne présidentielle de 1974, s’étonnant de la dureté dont firent preuve ses adversaires à son endroit, il confia que la seule chose qu’on pouvait lui reprocher dans la vie était d’avoir fait quelques maris cocus (1)… Dans Paris brûle-t-il ? son rôle de jeune et intrépide général de brigade, héros de la Résistance, est tenu par Alain Delon. Ce choix du réalisateur René Clément ne le flatta pas plus que ça : il le trouva juste normal.


jacques-chaban-delmas-alain-delon.jpgAvec Alain Delon    

 

L’âge mûr lui alla bien. Son teint éternellement hâlé et sa crinière argentée lui donnaient des airs de Vittorio De Sica français. Il aurait pu faire du cinéma, d’ailleurs – mais au temps du muet… à cause de sa voix haut perchée.

Ancien champion de tennis et international de rugby, il prenait grand soin de sa forme physique. La légende disait qu’il montait les escaliers quatre par quatre. Vanité de coquet : il aima longtemps avouer son âge, tant il était certain de paraître beaucoup plus jeune. La maladie se chargea de remettre – si j’ose dire – les pendules à l’heure. Elle réduisit sa mobilité et finit par le rendre impotent. Quand le sort se pique d’ironie, il ne fait rire que lui. Face à l’adversité, Jacques Chaban-Delmas fit preuve d’un grand courage. Il s’effaça peu à peu, sans parler, sans prier, sans gémir.


jacques-chaban-delmas-les-compagnons.jpg

 

Jacques Chaban-Delmas fut fidèle à ses choix vestimentaires : costumes droits de couleur grise, chemises blanches ou, plus souvent, bleues à poignets mousquetaires, cravates unies bleu foncé ou, surtout, vertes, pochette rectangulaire blanche (2). Son éternel trench kaki, qu’il portait comme personne, témoignait d’une autre fidélité – celle qui le lia à la Résistance et au gaullisme.

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1. Pour l’anecdote, regardez ce « clip » de propagande électorale. En fin de campagne, les sondages annonçant sa défaite, Chaban crut malin de faire venir André Malraux. Il dira plus tard qu’à chaque fois que Malraux ouvrait la bouche, il voyait s’envoler des milliers de voix…
2. L’alliance costume gris, chemise bleue et cravate verte mérite d’être signalée. 

Par Le Chouan - Publié dans : Personnalités
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