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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 12:19

L’élégance classique est faite de règles et de codes qui peuvent sembler contraignants. Il en va de l’art de se vêtir comme de l’art tout court : on avance – ou on croit avancer – en repoussant les limites, voire en les transgressant. De « grands élégants », qui maîtrisaient parfaitement les conventions, ont eu, parfois, la tentation de s’en libérer. Certains de leurs gestes ont été concertés, l’inattention en explique d’autres. Les exemples sont connus : Edouard VII, déboutonnant le dernier bouton de son gilet après, dit-on, un repas trop copieux, et, une autre fois, le même, gêné par la boue qui salissait son pantalon, retroussant celui-ci et inventant ainsi le revers ; Gianni Agnelli, portant sa montre au-dessus du poignet de sa chemise, déboutonnant les boutons de sa button down collar, inversant la longueur des pans de sa cravate ou faisant sortir celle-ci de son gilet ;


 

Fred Astaire, nouant un foulard en guise de ceinture, osant des chaussures en daim avec un costume croisé ; le duc de Windsor alliant, lui, les chaussures en daim brun foncé avec un costume bleu, boutonnant le bouton du bas de son costume croisé à quatre boutons, associant chemise à carreaux et pantalon en tartan avec cravate Paisley et chaussettes Argyll

     

 

L’histoire n’a pas retenu le nom du premier homme qui prit son pull-over pour une écharpe (c’était sans doute par un beau soir de printemps, il faisait beau, on était au bord de la mer…), ni celui du premier qui noua le sien autour de la taille.

On peut trouver dans la mode actuelle des traits qui ressortissent à la même logique. A ce jeu, les jeunes sont les plus forts. Ils contournent avec aisance les règles qu’ils connaissent. Ainsi glissent-ils leur pull dans le pantalon ou font-ils ressortir de celui-ci un seul pan de leur chemise. Ceux des banlieues ont expérimenté toutes les façons de porter la casquette : enfoncée jusqu’aux yeux, posée au sommet du crâne, à l’endroit, à l’envers, retournée sur la doublure, de biais, visière remontée, abaissée…

Au résultat, qu’en est-il de toutes ces tentatives ? Pour juger, il faut avoir à l’esprit, je crois, deux critères – le critère esthétique et le critère pratique. Une dose de subjectivité est inhérente au premier. Pour ma part, la cravate portée sur le gilet ou le pull ou la cravate aux pans inversés me laissent songeur. Je connais des retraités, qu’on ne saurait confondre avec des esthètes, qui pratiquent ce genre de fantaisies ; il faut dire qu’ils ne s’appellent pas « Agnelli » et que leur visage évoque plus la trogne que le beau masque du patricien.


 

Le mélange des carreaux façon Windsor engendre une gêne visuelle comparable à celle que procure un tableau de Vasarely. Si l’on remplaçait la tête du duc par celle d’Achille Zavatta, parlerait-on encore d’élégance ?

 


Le dernier bouton du gilet défait, le revers au pantalon ont, en revanche, un impact visuel intéressant. De même, la chaussure en daim brun foncé alliée à un costume bleu. Des touches de décontraction sont ainsi introduites qui ne nuisent pas à la cohérence de la tenue. Le pull-over sur les épaules répond au critère de l’utilité – mais répond-il au critère esthétique ?

L’écart avec la norme a plus de chance de passer à la postérité, je pense, s’il n’est pas volontaire ou accompli pour lui-même. Notre modernité a fait de la rupture son dogme. Prenons garde toutefois de réduire le style aux transgressions des règles. On risquerait alors de verser dans l’outrance ou de succomber à un conformisme à rebours qui ne serait pas moins discutable que l’autre.

Racine, apôtre de la norme, n’a pas moins de style que Hugo, qui s’en est fait l’adversaire.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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Olivier 20/11/2009 18:42


Ma phrase se lit mieux avec une parenthèse fermante après "gilet sans dos". :)


Olivier 20/11/2009 18:40


J'ai le tort de vous lire à l'envers. Chronologiquement, veux-je dire. Du coup, je me rends compte que mes commentaires précédents étaient sans doute superflus. Quoi qu'il en soit, cette question
de la transgression des règles et des codes me passionne. (Comme vous l'aurez sans doute constaté. :) )

Effectivement, le style, comme l'art, vit de transgression. Il s'en nourrit. Mais quitte à me répéter, un excès de transgression et c'est la caricature. James Darwen n'affiche qu'un doux mépris
pour le duc de Windsor. Et à mon sens, il a raison. Certaines de ses innovations, ou transgressions (le bleu plus noir que noir pour la dinner jacket par exemple, ou même le gilet sans dos me
paraissent très suspectes. Mais nullement incongrues chez un homme qui, s'il m'en souvient bien, avait d'étranges sympathies pour Hitler et sa clique.

Bref, je pense que le style, ou le goût, s'exprime avantageusement une transgression à la fois. :) Deux transgressions et c'est la cacophonie. Plus de deux, et là c'est de l'inconscience pure et
simple.

Transgressons donc, mais comme "tout doucement dans l'allée", comme ce cher Raymond Babbitt.


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