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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 17:21

Modèle Damir Doma


La présentation des collections de prêt-à-porter masculin été 2010 s’est déroulée les 27 et 28 juin à Paris. Le Monde s’en est fait l’écho à plusieurs reprises ; son journaliste spécialisé, José Morio, a consacré à l’événement plusieurs pleines pages agrémentées de photos. Leur lecture me conduit à ces commentaires.

Les mannequins sont maigres. François Girbaud : « Chaque époque a eu son gabarit. Il y a aussi des modes dans les agences de mannequins. Et le vivier a pu aller du large surfer australien pendant les années 1980 à la petite crevette Slimy dans les années 2000. »

L’anorexie touche essentiellement les filles. Et, dans une plus grande proportion, les filles mannequins. La dévirilisation des mannequins masculins exposerait-elle davantage à cette maladie ? Regardez donc cette photo extraite d’un reportage publié dans Monsieur n° 63 :


Pourquoi des mannequins si maigres ? Ce n’est pas sur le cintre qu’une veste est belle : il lui faut, pour prendre toute sa dimension, le volume d’un corps – et d’un corps normal !

Les mannequins sont jeunes, de plus en plus jeunes. José Morio : « Depuis qu’Hedi Slimane a fait défiler des garçons androgynes, au début des années 2000, les mannequins restent incroyablement jeunes ». Dolce et Gabbana a fait défiler des hommes plus musclés, plus âgés et, ajoute José Morio, « plus virils. » Cocasse pour qui connaît les deux compères ! Jean-Paul Gaultier confie qu’il présenterait volontiers des mannequins âgés (il l’a déjà fait) « si les agences (lui) en proposaient ». Même son de cloche chez François Girbaud : « Je cherche un homme qui n’existe pas dans les agences », soit, pour lui, « l’homme de la rue. »

On serait curieux d’entendre les responsables des agences en question. On aimerait  juger de leur degré de compétence et de culture…

L’élégance n’a rien à voir avec l’âge ou le gabarit. Mais qui parle ici d’élégance ?

L’élégance, en effet, a cédé la place à l’originalité. Quelques exemples : Wooyoungmi pratique des entailles sur les manches des vestes, les jambes des pantalons, des tee-shirts ou des cardigans. Ces cicatrices se referment parfois d’un zip. Kris Van Asshe (Dior) propose des vestes avec une partie de l’entoilage visible « pour que l’on voie tout le travail effectué sur un costume Dior ». Jean-Paul Gaultier met nos yeux à dure épreuve quand il ose ce jeu de rayures (remarquons tout de même la pureté des épaules) :

Source : Le Monde


La beauté a déserté l’art contemporain. Logique que les faiseurs de mode, qui, depuis Yves-Saint Laurent, se prennent tous pour des artistes, aient renoncé à l’élégance.

Le titre d’un article de José Morio a cristallisé mon agacement : « Les créateurs bousculent les codes masculins. Les smokings sont moins guindés, mais le noir reste de mise ».

Pour qui se prennent donc ces gens pour s’autoproclamer « créateurs » ? Peut-on imaginer, s’agissant d’eux, désignation plus orgueilleuse ? Je révère mon Créateur et j’admire les créateurs – les vrais-, ceux qui œuvrent souvent dans l’ombre et sacrifient tout à leur art. Les autres, pseudo créateurs, vibrionnant sous les lumières des podiums, n’inventent ni règles ni formes, mais se contentent de « bousculer » un héritage séculaire. Que leur ont donc fait « les codes masculins » pour qu’ils les rudoient de la sorte ? Par exemple, le smoking est par définition une tenue habillée. Le rendre moins guindé (à supposer qu’il le soit) n’a pas de sens. Qui souhaite une tenue moins habillée n’a qu’à se rabattre sur un costume croisé. A chaque situation sa tenue : la tradition y a pourvu !

Des enquêtes très sérieuses ont montré que les Français - hommes et femmes confondus - dépensaient moitié moins qu’en 1960 pour s’habiller (4,7% du budget en 2006 contre 11,8% en 1960)... et l’on sait que les hommes  sont moins dépensiers que les femmes.

Avec des défilés comme celui-ci, la tendance n’est pas près de s’inverser ! Un défilé est une vitrine. Le commerçant avisé conçoit la sienne afin qu’elle suscite l’envie. A qui, par exemple, ce déguisement  signé Kenzo peut-il donner envie :

Source : Le Monde


« La beauté sauvera le monde
 » a dit Dostoïevski. Les stylistes n’ont pas compris qu’elle pouvait  sauver la mode.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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Thx 07/07/2009 18:35

Alors qu’un défilé de mannequins âgés ne suscitera pas chez les jeunes personnes l’envie d’acheter les produits ; une procession d’éphèbes sera susceptible d’éveiller le désir du quinquagénaire qui s’offrira le vêtement pour acquérir la plastique …

A ce propos, il est amusant de noter que D&G qui touche un public jeune fait défiler des mannequins plus âgés – figures masculines –, tandis que des marques (comme Vuitton …) dont les clients sont plus âgés font défiler des mannequins jeunes – désir d’identification.

Le Chouan 08/07/2009 12:58


J'ai entendu que le principe était le même pour les séries télévisées : le héros d'une série pour enfants, par exemple, sera choisi un peu plus âgé que le public visé.

Cordialement,


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