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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 18:22

Le poil perce. Je veux dire que les barbus sont de plus en plus nombreux. Certains s’en étonnent. Leur étonnement étonne pour peu qu'on se souvienne que pendant des siècles l’ornement pileux fut la norme. Les soldats américains, lors de la Grande Guerre, ont imposé en Europe le visage glabre : adieu – et pour longtemps – les barbes et les moustaches… de tout poil !

Sébastien Chabal, le rugbyman hirsute, a beaucoup contribué au retour du poil. Les femmes ont été renversées par cet assaut de virilité, lassées qu’elles étaient du métrosexuel épilé de la tête aux pieds. Notre société spectaculaire et médiatique se nourrit d’hyperboles. Elle omet les transitions. Un curieux mouvement régressif nous a fait passer du mutant au visage celluloïdé de robot à l’homme des bois.



Il faut dire que la barbe ne laisse pas indifférent : on adore ou on déteste. Les critiques qu’on lui oppose sont connues, qu’on peut s’amuser, comme un gant, à retourner.

La barbe vieillit. C’est assez vrai. Mais, en cela, elle permet à celui qui l’essaie de tester sa résistance aux diktats du temps : pourquoi, après tout, vouloir paraître jeune à tout prix ? Sans barbe, le visage d’Hemingway était quelconque ; avec, il se transformait en gueule ! Qu’importe, alors, si le grand Ernest faisait plus âgé avec que sans !

 


Sans sa barbe, Benoît Bartherotte – qui s’est fait la tête d’Hemingway – perdrait beaucoup en caractère :



La barbe fait sale. S’il vous pousse seulement trois poils au menton, c’est certain ! Dans ce cas, la barbe n’est pas faite pour vous. L’argument tombe, en revanche, quand le poil est assez dense et serré. Cela dit, la barbe nécessite quelques soins. Il faut, bien sûr, la laver et la tailler… Mais le temps qu’on passe à ces tâches est négligeable comparé à celui qu’on perd à quotidiennement se raser.

Le barbu a quelque chose à cacher. Hormis le menton et une partie des joues, que peut bien cacher une barbe ?... Au contraire, la généralisation des visages glabres a permis à combien d’hommes de dissimuler une pilosité défaillante ?

Le barbu ne cache pas (c’est déjà ça !) ses idées politiques. Litote à part, il faut comprendre : le barbu vote à gauche. Les colliers de barbe ont envahi l’Assemblée nationale en 1981.


Jean Auroux, ministre en 1981

DSK-barbe.jpgDominique Strauss-Kahn, 1981


C’était le temps des députés-professeurs… Aujourd’hui, François Chérèque perpétue vaillamment la tradition de la barbe revendicative. Et, avec lui, combien d’instituteurs, de délégués FSU ? Mais la barbe a acquis, par ailleurs, ses lettres de noblesse. Il existe, oui, une barbe aristocratique et royale. Le prince William s’est récemment essayé à son port, et c’était, ma foi, assez réussi :

 


Imagine-t-on le prince Michael de Kent sans sa barbe ?



Le prince Rainier était mieux barbu que moustachu :



Tout est dans la manière d’accompagner la barbe. Avec une chemise à carreaux sur le marcel, un pantalon de velours à grosses côtes, des chaussures informes, elle est comme un appel à la révolution. Mais avec une tenue ultra raffinée, son côté naturel, voire sauvage, crée un contraste dont on apprend rapidement à tirer des effets intéressants.


The Sartorialist


J’ai loué la barbe - pas la moustache. La moustache ne m’a jamais plu ailleurs que sur les visages d’Errol Flynn et de Clark Gable. John Galiano souligne sa lèvre supérieure d’un même très fin pour un résultat très différent. Voici un portrait de ce pirate qu'on dirait échappé d'une opérette de Francis Lopez :



Moustachu, Alain Delon perdait beaucoup de sa beauté :

 

Le Cercle rouge, Jean-Pierre Melville


Quant aux moustaches à la major Thompson (façon Michel Mohrt ou Jean Ferniot), elles m’ont toujours semblé vaniteuses et ridicules. Il  y eut aussi la moustache nietzschéenne, adoptée assez tôt par le grand philosophe, et trahissant, avant que la folie ne le broie, un équilibre psychique précaire :



Parlant de la barbe, j’aurais dû nuancer : pas de barbe de trois jours à la Gainsbourg hier et, aujourd’hui, à la Moscovici – type de barbe très prisé des bobos et des pseudo artistes intermittents du spectacle. On est barbu ou on ne l’est pas. Pas de ces presque rien mais un peu quand même : c’est mesquin. Pas, non plus, de ces boucs façon vigiles, pompiers ou policiers. Toute fantaisie exagérée facilitée par les tondeuses modernes est à proscrire car signe de coquetterie douteuse.

Très bien, me direz-vous, mais il faut oser ! Et oser la barbe, ce n’est pas toujours facile dans la vie professionnelle. Puisque les vacances vous en donnent l’occasion, essayez donc et vous verrez bien ! Vous pouvez aussi, pour justifier votre audace, lancer un pari que vous savez perdu d’avance avec pour enjeu un essai de barbe. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Guillaume 19/02/2011 09:45


Très cher Chouan,

Pour ma part, je porte la barbe de 3 jours uniquement pour avoir le plaisir d'être rasé par mon barbier chaque samedi matin...


Nuro Tamenari 17/07/2010 23:57


Je suis barbu depuis l'age de 16 ans, at quand je dis barbu, je ne parle pas d'une petite barbiche, je parle d'une véritable barbe qui m'a acompagné tout au long de ma courte vie et qui fait partie
in tégrante de mon identité. Cette barbe n'est ni une barbe choisie, ni une barbe subie, elle est, un point c'est tout. Je me suis rasé entièrement une fois, et cela a été un" véritable épreuve. En
effet, si ma barbe n'est plus, je ne suis plus, ou comme dirait Corbier "sans ma barbe quelle barbe".


charley 01/08/2009 11:53

Bonjour Monsieur le Chouan,

Par rapport à la moustache de Nietzsche, je pense pouvoir rectifier un fait : bien qu'étant atteint de syphilis et possédant déjà une santé précaire à l'époque où il arbore cette moustache massive, ce n'est en rien de la folie. Elle vient en effet d'une admiration de sa part pour l'armée, sa rigueur ainsi que l'un de ses concepts, la "volonté de pouvoir". Sans compter qu'elle lui a été utile pour faire un fort effet sur ses supérieurs malgré sa santé très fragile.

Quoi qu'il en soit, il reste largement compréhensible qu'en matière d'élégance masculine, la moustache de Nietzsche reste un terrain miné. Il en est probablement ainsi de ces détails qui ne peuvent être (bien) portés que par une seule personne ou par leur créateur et qui semblent infiniment ridicule sur les autres.

Au plaisir de continuer à lire votre blog ;)

Le Chouan 26/08/2009 13:39


On sent, à vous lire, l’intérêt marqué que vous portez à Nietzsche ! Merci de ces détails érudits. Beaucoup s’accordent à penser que la folie qui s’empare de Nietzsche en 1889 pour ne plus le
quitter trouve sa cause dans une syphilis contractée, selon Nietzsche lui-même, en 1866. Mais c’est toute sa vie que Nietzsche a souffert d’une psychose maniaco-dépressive ! Michel Onfray voit dans
les multiples maux dont Nietzsche était atteint (moraux et physiques) la reproduction de l’agonie du père à laquelle il a assisté à l’âge de cinq ans (« compulsion de répétition constitutive d’une
névrose de destin », dixit Onfray). Professeur à Bâle (de 24 à 34 ans), il arborait déjà une incroyable moustache ! Amicalement,


Leica 16/07/2009 14:21

Bonjour à vous,

Et merci pour votre site en général et cette note en particulier. Je suis d'accord avec vous : Delon dans le Cercle rouge avec cette moustache, ça va pas ! J'ai moi même tenté la moustache (à l'été 2006, je croyais au grand retour de la moustache à l'imitation de quelques groupes de rock US qui la remettait en avant.)... grossière erreur !
Bien qu'encore jeune, je porte maintenant la barbe depuis presque 3 ans. C'est aussi de l'entretien, certes moins que le rasage, mais quand même.

Le Chouan 16/07/2009 22:07


" A l'imitation de quelques groupes de rock US "... A votre place, je me serais méfié !
Merci de vos mots d'encouragement. Et à bientôt !

Amitiés


tahozen 15/07/2009 10:10

Moi non plus je n’aime pas la moustache… surtout chez les filles !

Bravo pour votre site que je suis depuis plusieurs mois ; j’apprécie tout particulièrement votre regard subjectif sur l’élégance masculine-le terme de parti pris, mis en exergue sur votre bannière, se justifie pleinement. Votre vision est à la fois esthétique et pratique, réfléchie et critique. Par ailleurs, vous êtes réactif, vous écrivez également très très bien (j’ai noté de nombreuses références littéraires dans vos articles) et vous avez de l’esprit (L’élégance du Omar, L’improbable Monsieur Fan ou encore La cravate selon K. sont des articles qui m’ont enchanté !) mais sans snobisme.
Bref, continuez comme ça ! C’est un vrai plaisir de vous lire !

Tahozen, un barbu assumé.

Le Chouan 15/07/2009 12:32


Tant de compliments me laissent sans voix. Je ne suis pas sûr de les mériter. N'empêche, ils me font bien plaisir !

Amitiés


ArdaParaSubire 15/07/2009 00:50

Très sympa l'article. Il a trouvé un écho particulier chez moi puisque je porte de plus en plus souvent une "barbe" (mais non "assumée" : de 3 ou 4 jours seulement!) tandis que je me rasais systématiquement avant. Je serais donc moins présomptif que vous sur le fait d'assumer la 'vraie' barbe dont le port dépend quand même beaucoup de critères d'age, de forme du visage, sans compter la gente féminine qui n'apprécie pas forcément, même si bien entretenue.

Le Chouan 15/07/2009 12:30


Mon propos se veut incitatif. Il n'épuise pas le sujet - loin de là ! Beaucoup d'hommes critiquent la barbe sans même l'avoir essayée. Quant aux femmes, toutes n'ont pas été "chabalisées" ! La
mienne, si !
Amitiés


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