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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 19:11

Le mot « endimanché » a subi une curieuse évolution. Naguère, on portait beau le jour du Seigneur. On sortait, le dimanche, son plus beau costume de l’armoire. Les autres jours, on usait ses costumes plus anciens. Et puis venait le moment où, fatigué à son tour, le costume du dimanche remplaçait le plus usagé des costumes de la semaine. Le cycle était immuable.


August Sander, Trois jeunes gens sur le chemin du bal.


Dimanche n’est plus le jour du Seigneur. C’est un jour à soi, exclusivement à soi. On le remplit à ras bord d’activités diverses. On s’habille sporstwear ou casual. Plus de costume, plus de cravate. Plus de Dieu ni d’église – mais un maître tout puissant : le loisir.

Le paradoxe est plaisant : on s’endimanche tous les jours… sauf le dimanche ! « On » mis pour ceux que leurs activités professionnelles obligent au port du costume. Mais d’où vient que, quel que soit leur métier (médecin, avocat, cadre…), tous ces hommes ressemblent à des représentants de commerce ? L’expression « avoir l’air endimanché » leur va comme un gant. Comme le gant qu’ils n’enfilent plus, d’ailleurs. Elle leur sied mieux, en tout cas, qu’aucun de leurs vêtements !

Première raison : la dictature du costume noir porté avec une chemise blanche. Peut-on faire plus conventionnel et moins fantaisiste ? La cravate pastel  doit son succès au fait qu’elle introduit dans cette tristesse une note de gaieté. On met, en quelque sorte, un costume d’enterrement avec une cravate de mariage.

Deuxième raison : la raideur ou la fausse négligence. J’en vois qui semblent craindre qu’au premier mouvement leurs coutures ne lâchent. Ils vont les fesses serrées, comme des automates. D’autres jouent l’exubérance : veste ouverte, main dans la poche, ils avancent à grands pas, se tiennent trop droits, le menton trop levé. Les grands enfants !

On doit bouger avec son costume comme on bougerait avec un pull. Cela demande du naturel et de l’humilité.

Troisième raison : l’aspect neuf, donc inélégant. Les costumes d’aujourd’hui sont fabriqués pour ne pas durer. Mauvais tissus, mauvaises finitions : on les donne à la Croix- Rouge dès qu’ils sont lustrés ou déformés. C’est-à-dire  très rapidement. Ne jamais porter du neuf est un principe du bien-habiller : Baudelaire ponçait les bords de ses costumes neufs pour leur donner l’air porté qui convenait ; Brummell faisait porter ses vêtements par son valet avant de les mettre. Fred Astaire jetait ses costumes neufs contre un mur pour les casser. N’essayez pas d’infliger un tel traitement à vos costumes : ils n’y résisteraient pas.

Barthes distinguait le nouveau du neuf. Le neuf, disait-il, est désuet, archaïque, alors que le nouveau fascine. Le vêtement idéal est « un nouveau qui ne soit pas entièrement neuf. » Cette subtile distinction laisse de marbre l’homme élégant : il hait le neuf, se méfie du nouveau. Sa quête a pour but l’intemporel et le beau. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Olivier 19/11/2009 23:53


Un billet - et une conclusion ! - chers à mon coeur. :)


sifran 13/10/2009 01:34


Il est vrai qu'une veste coupée pour un individu et pour lui seul s'adapte intimement à sa morphologie et donc se fait oublier.
D'où, en effet, l'impression d'être en pull qui en découle.
Mais, pour être vraiment totalement "découplé" de ses habits comme y parvient Steve Mac Queen, faut-il être aussi riche que Thomas Crow ?
Faut-il des nerfs d'acier pour faire survoler par une tasse de café pleine sont costume à 6000 €. Comment ne pas trembler quand un maître d'hôtel pressé vous frôle avec deux assiettes de consommé
sur un bras, l'autre tenant une bouteille.
Paraître ou non endimanché, à quel prix ? Celui d'une garde-robe bien garnie ? Voilà une vraie question.
Autre question : quel faiseur pour Steve Mac Queen, Brioni ?


Le Chouan 13/10/2009 21:06


La question est pertinente ! Un costume sur mesure, comme vous le dites, "s'adapte intimement à la morphologie". Mais d'où vient que sur deux hommes pareillement habillés en mesure l'un
aura l'air emprunté (endimanché) et l'autre pas? Voilà une autre question pertinente! On peut aller plus loin: d'où vient qu'un homme habillé en mesure puisse avoir l'air plus emprunté qu'un autre
habillé en PAP ? Peut-être, justement, parce que le premier n'oubliera jamais son costume... à cause de son prix ! Moralité : nous ne sommes pas égaux devant l'élégance et l'allure.


sifran 11/10/2009 16:49


Rectification :
Il faut lire "Dans endimanché" et pas "Sans".


Le Chouan 16/10/2009 11:11


Steve Mac Queen dans l'Affaire Thomas Crown : Brioni et Cardin.
A propos des vêtements qui s'adaptent parfaitement à la morphologie de ceux qui les portent : Steve Mac Queen faisait reprendre, dit-on, tous ses vêtements, jeans et tee-shirts compris. Ceci
explique peut-être cela (voir commentaires suivants). La perfection ne serait plus, alors, réservée à la mesure. On peut essayer de suivre son exemple... à condition de trouver la bonne retoucheuse
!


sifran 11/10/2009 16:46


Nous pourrions dire cela autrement. Sans "endimanché" il y a manche. La bienséance et la bonne tenue de ce blog m'empêchent d'avoir recours dans son entièreté à cette expression bien connue : il a
un manche à balai dans le c... Il est vrai que la raideur éloigne de la posture élégante, mais le relâchement et la dilatation de la suffisance aussi, autre histoire.
Pour porter une veste sans raideur et avec naturel dans n'importe quelle circonstance ne faut-il pas l'avoir portée très jeune ? Les britanniques continuent d'imposer le port de la veste comme
uniforme dans leurs (certaines?) écoles. Il est fréquent de voir de jeunes écoliers d'une dizaine d'années en blazer et cravate dans les rues de Londres.


Le Chouan 11/10/2009 19:30


L'élégance et l'allure de Steve Mac Queen dans L'Affaire Thomas Crown venaient de ce qu'il était parfaitement découplé et de ce qu'il portait ses complets (costumes trois pièces) avec un
grand naturel. Je pensais à lui en écrivant :"Il faut bouger dans son costume comme on bougerait dans un pull."


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