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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 07:07

Les publicitaires ont, ancré dans la tête, ce cliché que tout ce qui vient d’outre-atlantique est forcément moderne. C’est ainsi que j’interprète la manie qu’ils ont de multiplier, dans nos publicités françaises, les slogans en anglais. Certes, ce n’est pas la seule raison. Ce fait, que d’aucuns jugeront - à tort - anodin, témoigne en tout cas éloquemment du recul de notre langue dans notre pays même, l’écrasante majorité de nos concitoyens restant – hélas ! – parfaitement indifférente à cette évolution regrettable.

Qu’une marque anglo-saxonne utilise pour vendre ses produits chez nous un slogan en anglais, passe encore ; qu’IKKS, marque française en dépit de son nom, affiche en ce moment un « Fall winter collection », cela prête à sourire ; mais que Peugeot n’ait rien trouvé de mieux que « Let your body drive » pour lancer sa 208 (voiture, au demeurant, insignifiante), là, je ne comprends plus du tout.


Peugeot-208-pub.jpg

 

Dans son numéro du 21 juillet dernier, M, le magazine du Monde recensait « les cinq rendez-vous manqués de PSA ». Je crois que je viens de trouver le sixième.

                                                            *

A tous les Lino Ieluzzi du monde, qui pensent qu’utiliser ses gants en guise de pochette est du dernier cri, j’adresse cette photo de Chanel travestie en adolescent datant de… 1912 !


coco-chanel-gants.jpg

 

Edmonde Charles-Roux précise dans son merveilleux album Le Temps Chanel que, ce jour-là, Chanel avait glissé des gants blancs dans la poche de poitrine « sans doute faute d’un mouchoir ». C’est probable en effet… à moins que, pour rire, elle n'ait eu l'idée d'imiter quelque Lino Ieluzzi d'alors.


                                                            *

Parisian gentleman se faisait récemment l’écho du retour du foulard. Il accompagnait cette annonce d’un article de Rake signé James Sherwood. Cette nouvelle ne peut que réjouir Le Chouan qui consacra au foulard un billet voici… deux ans. Le paradoxe de la mode se trouve une nouvelle fois confirmé : Vous voulez être en avance ? Alors, soyez en retard ! Mais je suppose qu’être à la mode vous est, autant qu’à moi, indifférent.


                                                            *

La chose ne vous a sans doute pas échappé : nos magazines et leurs suppléments sont de plus en plus souvent remplis de pages d’interviews, moyen commode – et paresseux – d’échapper aux exigences de l’article écrit, construit, argumenté. Il arrive tout de même que ces interviews recèlent des pépites. En voici deux.

Pierre Bergé (fervent soutien de Raymond Barre en 1988 : cela n’a aucun rapport avec mon sujet, mais j’avais très envie de le rappeler !) sur le luxe : « Un sac, même cher, qui est en vente dans tous les aéroports du monde, n’est pas un objet de luxe (…). Quand on voit des hommes qui, même si cela tranche avec le reste de leur train de vie, investissent dans une très belle paire de chaussures, en prennent soin, les font vieillir, ressemeler, entretiennent une forme de rituel dans la mise en valeur de l’objet, ceux-là accèdent au luxe (…). Le vrai luxe est discret. Il ne s’affiche pas. Le problème est qu’aujourd’hui le luxe s’adresse financièrement à des gens qui ne savent pas ce que c’est  (1). » Christian Lacroix sur Takami Murakami : « Pour moi, il a un joli talent d’illustrateur et de publicitaire, mais il n’est en rien un artiste. S’autoproclamer le nouveau Warhol et dessiner sur des sacs ne fait pas de soi le génie du siècle ! C’est le monde à l’envers, celui où ce sont les marchands d’art qui décident (2). »


                                                                           *

Mettre en avant des marques n’est pas dans mes habitudes. Ici, pas de publicités directes ou indirectes ! Je voudrais tout de même déroger pour une fois à ma règle et vous présenter deux modèles de montres qui ont retenu mon attention.

L’une, c’est l’Hamilton Intra-Matic, réédition d’un modèle des années 50. Réédition réussie, surtout dans sa version acier, et dont le prix est très abordable (environ 700 euros). Deux diamètres sont possibles : 42 et 38 mm ; on privilégiera ce dernier.


intra-matic.jpg

 

Autre modèle : la Neo 1Z de MeisterSinger, montre mono-aiguille appelée parfois pour cette raison « montre philosophique ». MeisterSinger explique que « l’unique aiguille se déplaçant à un rythme paisible de 5 mn, le temps, tout à coup, semble s’écouler plus lentement. » Une montre idéale en somme pour les week-ends et les vacances ! Le cadran de cette Neo a un aspect rétro (Néo… rétro !) très plaisant. Le diamètre est de 36 mm ; le prix : 900 euros environ. Ma seule réserve concerne la graphie du nom du modèle sur le cadran – un peu grand, avec un O de travers inutile.


neo-meistersinger.jpg

 

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Un sourire pour conclure. Il nous vient d’où je n’aurais jamais cru qu’il puisse un jour nous venir : d’une publicité The Kooples (… marque française, je le signale – mais Les Couples aurait sans doute fait un peu trop magazine sponsorisé par Dodo la Saumure). L'air invariablement rogue de leurs mannequins amateurs (3) nous est devenu familier. Bruce, sur la photo ci-dessous, ne déroge pas à la règle. Sa compagne « depuis dix-huit ans » Katrina, en revanche, sourit ! Un sourire de Joconde, certes, mais - ne faisons pas la fine bouche ! - un sourire tout de même.


kooples.jpg

__________________________________________________________________________________
1. L'Express, supplémént sur le luxe.
2. L'Express Styles, 20/06/2012.
3. Amateurs, vraiment ?

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Twipeep 31/03/2013 04:39

À propos de la première partie, mon avis est le suivant : la langue française n'est pas assez mise en valeur dans la publicité. Malheureusement, les publicitaires sont ce qu'ils sont, pas
poètes.

En école de communication, on nous apprend qu'un message, pour être compris par le plus grand nombre, et c'est bien ce dont il s'agit pour une campagne aussi large que celle de Peugeot, doit être
le plus simple possible, et s'appuyer sur des clichés. Adieu donc toute subtilité, raffinement ou élégance. Le but, dans un domaine où le prospect est saturé d'information, est d'imprimer une image
le plus vite et le plus efficacement possible.

Donc allons-y de nos tristes costumes de Men in black - car c'est l'image qui réside souvent parmi les esprits - et de nos phrases en anglais...
Il est reconnu que l'anglais est plus simple et plus efficace que le français, je suis assez d'accord, il est clair qu'un "Insanely great" (une phrase qu'affectionnait particulièrement Steve Jobs)
sonne mieux que "Incroyablement génial".

En ce sens, il ne s'agit pas entièrement de modernisme.

En revanche, il est aussi connu que les Français ne sont pas les élèves les plus méticuleux en langues, donc je pose la question "Quid des non anglophones, surtout lorsque le but est de toucher une
cible large ?"
C'est ainsi qu'on voit, dans les fast-foods, une astérisque "Préparation à base de poulet" pour traduire chicken wings... Un immense paradoxe.

Est-ce que se reposer sur l'anglais est vraiment une bonne idée ? Simplement une ficelle pour simplifier le message et ne pas se fatiguer ? Une mauvaise connaissance de la langue française
empêchant de trouver de bonnes phrases d'accroche ?

Pour aller plus loin, on peut également parler de ce gimmick qu'est la prononciation d'un mot français par une égérie étrangère, ex. J'adore, Dior.

Je souhaite aux nouveaux communicant dont je suis de soutenir la langue française sans tomber dans les écueils inverses !

El-Mehdi 28/10/2012 06:16

"Le vrai luxe est discret. Il ne s’affiche pas. Le problème est qu’aujourd’hui le luxe s’adresse financièrement à des gens qui ne savent pas ce que c’est." Phrase parfaite dans sa vérité Monsieur
Le Chouan, le luxe devient vulgaire quand il est ostentatoire. La beauté du luxe réside dans la fine discrétion, dans le temps qui s'écoule et quand il est à peine remarqué...Je lis vos articles
très régulièrement, merci de donner à l'élégance de si justes mots Monsieur Le Chouan.

Renaud 27/10/2012 15:17

Merci Chouan pour cet article écrit avec toujours autant d'exactitude. Je propose à votre oeil exercé ce modèle de montre dans le même esprit (et le même budget) :
http://www.junghans.de/max-bill-watches-detail/items/106.html#closed.

Bien à vous

Le Chiffre 27/10/2012 13:06

Bonjour,

Encore un article dont je partage entièrement le point de vue. Votre chute avec les Kooples était assez excellente (mais comment peut-on seulement entrer dans une de leurs boutiques ?!), et
l'anecdote avec Coco Chanel très intéressante -un frac avec un col châle, superbe ! Je verrai bien Marlène Dietrich dedans :)
Pour ce qui est de l'anglais, en effet, on atteint le fond aujourd'hui. Un seul exemple : étant en école de commerce, je n'ai pas reçu une liste de livres à acheter (trop vieux jeu, ringard,
dépassé), mais une liste de "textbooks" . Ne me demandez pas la différence entre un textbook et un book, d'ailleurs...


Bonne continuation au Chouan.

NB : Si jamais vous en avez le temps, pourriez-vous regarder mon commentaire de l'article "éloge du costume croisé", et me donner quelques éléments de réponse ? Merci !

Nicolas 27/10/2012 10:51

Excellent petit billet. Je regrette néanmoins cet "insignifiant" collé à la pauvre 208, qui n'en demandait pas tant. Le Peugeot " bashing" est à la mode en ces temps sombres...

franck 27/10/2012 10:07

chouan,

votre "mauvais esprit" tellement parfait pour démasquer et défaire les impostures de notre temps, est un délice dont je ne me lasserai jamais.

franck

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