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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 07:06

Sous le titre Tous des dandys, Gino Delmas nous apprend, dans L’Express n° 3202, que « les artistes du XIXe siècle inspirent les créateurs de mode cet hiver. » Le cocasse de l’histoire, c’est que cet article entre dans le cadre d’un « dossier spécial homme d’affaires » La question qui se pose alors est celle-ci : « (…) ce vent de fantaisie bohème peut-il passer l’hiver dans un vestiaire réel ? » L’auteur, encore raisonnable à ce moment de son article, ajoute que « dans un monde professionnel souvent assez classique, voire stéréotypé (…), il peut être bon de marquer sa différence avec quelques notes d’originalité. » Les choses se gâtent sérieusement quand il passe aux exemples. Ainsi, pour protéger sa gorge, l’homme d’affaires, d’après Gino Delmas, pourra s’inspirer des foulards de lin blanc noués de Yohji Yamamoto :


yamamoto-def.jpg

      
… ou oser ce manteau rouge carmin signé Prada :

 

manteau-rouge-prada-def.jpg

      
Le tout, dit Delmas, est qu’à l’aide de « détails subtils » - une couleur, un accessoire… - on donne « du caractère à une silhouette sans tomber dans la caricature »…

« Sans tomber dans la caricature »…

A quand Christophe de Margerie troquant ses cravates Hermès contre des foulards Yamamoto ou Carlos Gohn en manteau rouge Prada ? Pour le directeur de Citroën, on le choisira bien sûr à chevrons.

Ce manteau rouge Prada m’évoque le costume de la même couleur que portait Jean Rochefort dans Un éléphant, ça trompe énormément. Pris d’un furieux démon de midi, le cadre supérieur qu’il incarne dans ce film se met à suivre la mode. A lui les costumes près du corps aux couleurs diaboliques ! Effet comique garanti.

 

jean-rochefort-un-elephant.jpg

 

Ce rappel cinématographique en forme de conseil amical aux cadres d’aujourd’hui qui seraient tentés de suivre le conseil de Gino Delmas.

 

                                                                 *

 

Un mot sur un mot : subtil. Pas un article de mode, pas un discours de relookeur qui ne l’utilise. Mot intelligent, mot brillant – en cela, au même titre qu'ironie, mot typiquement post-moderne. Subtil, dit le dictionnaire : « Qui a de la finesse, qui est habile à percevoir des rapports que la plupart ne discernent pas, ou à agir avec une ingéniosité raffinée. » La subtilité – c’est dit – est l’apanage d’une élite. Sa démocratisation n’est qu’un mensonge fabriqué à des fins mercantiles. Lourd, un des antonymes de subtil, me semble, au contraire, admirablement adapté à ce – et à ceux – que je vois ; à ce – et à ceux – que j’entends. « Ils sont lourds, si lourds… » se lamentait déjà Céline dans les années 50. Depuis, l’obésité n’a cessé de progresser.

 

                                                                *

 

Un présentateur météo de la 1re chaîne m’intrigue depuis quelque temps déjà. Il s’appelle Louis Bodin. Son physique est remarquable : chauve, il porte le crâne entièrement rasé, comme s’il cherchait à cultiver une évidente ressemblance avec… Mussolini !


mussolini.jpgBenito Mussolini    

 

 louis-bodin-copie-1.pngLouis Bodin

 

Sa mise est soignée. Ses costumes sont manifestement taillés sur mesure. Cette attention, qui peut se lire comme une louable marque de respect envers les téléspectateurs, ne suffit malheureusement pas à le rendre élégant. En cause, une coupe peu convaincante et un choix de tissus souvent malheureux. La perplexité dans laquelle me plonge ce personnage vient sans doute de ce que je n’arrive pas à faire le lien entre son visage, disons martial, sa voix douce et légèrement voilée, et ses tenues de danseur mondain.

Aussi sympathique qu’il ait l’air (oui, on peut être sympathique en ressemblant à Mussolini !), Louis Bodin ne me fera pas oublier sa consoeur Evelyne Dhéliat qui, inchangée depuis 40 ans, me donne l’illusion que, sur moi comme sur elle, le temps n’a pas de prise. Comme si parler du temps qu’il fait défaisait du temps qui passe.

 

                                                                *

 

Un récent reportage de M le supplément du Monde m’en a rappelé un autre, publié dans le magazine Monsieur en septembre 2009. Tous les deux, en effet, ont pour thème l’Homme invisible :

 

l-homme-invisible-monsieur.jpgMonsieur. Photo : Alain Delorme. Réalisation : Thu-Huyen Hoang


l-homme-invisible-le-monde.jpg M Le Monde. Photo : Christian Anwander    

 

Coïncidence ou emprunt ? L’homme invisible en question est bien sûr un clin d'oeil au héros de H.G. Wells et du film de James Whale réalisé en 1933. Mais on aurait pu s’attendre à ce que, dans le cadre de deux reportages présentant des tenues « chic », le thème de l’invisibilité ouvre sur celui de l’élégance. « Pour être bien mis, il ne faut pas être remarqué », disait Brummell. « Etre irremarquable », traduira Barbey.

J’y reviens dans mon prochain billet.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Un conservateur éclairé 02/02/2013 11:29

Cher Chouan,
Le manteau rouge carmin de Prada est, en lui-même, un très bel objet, à la croisée des chemins entre la veste de chasse à courre anglaise et un pardessus de cardinal. Hélas importable à Paris comme
dans toute autre capitale, il figurerait magnifiquement dans un film tel que « L’illusionniste » (http://www.youtube.com/watch?v=4C7uQ8rXQtI), film qui se joue allégrement de la vérité historique
mais qui nous offre un moment de divertissement.
Amitiés élégantes

Le Chouan 02/02/2013 12:48



Les manteaux à col de fourrure me rappellent ces images d'archives où l'on voit... René Bousquet vêtu d'un manteau de la sorte pendant l'Occupation.
Importables, en effet !


 


Amitiés. 



Le Paradigme de l'Elegance 31/01/2013 22:20

Cher Chouan,

"[...] Evelyne Dhéliat qui, inchangée depuis 40 ans, me donne l’illusion que, sur moi comme sur elle, le temps n’a pas de prise. Comme si parler du temps qu’il fait défaisait du temps qui passe."
Voilà qui est si joliment dit !

Par ailleurs, je rajouterais volontiers le terme de "lucidité" à la définition de "subtilité" que vous citez. C'est à mon goût la qualité même que se doit d'avoir l'intellectuel élégant.

Amicalement,

LPDE

Julien Scavini 30/01/2013 17:15

Ceci dit, je rajoute que le présentateur de la météo de F2 n'est pas beaucoup mieux habillé, avec des vestes entièrement fermées devant aussi !
Je crois par contre que L. Romeschko (orth?) s'habille sur mesure.

Julien Scavini 30/01/2013 17:14

J'ai beaucoup ri lundi matin en lisant cet article. Un bon présage pour la semaine ;)

CommentateurAnonymeBouhVilain 29/01/2013 19:39

Le CdV s'interesse a l'apparence d'un employe de TF1? Mazette, quelle faute de gout ;-)

2M 28/01/2013 15:02

Au sujet de Louis Bodin, si ses costumes sont coupés sur mesures, je lui conseille de fortement changer de tailleur...
A cela, rajoutez le fait qu'il ferme constamment le dernier bouton de sa veste et cela a le don de m’énerver.
Je rejoins votre avis concernant le choix des tissus qui sont souvent (trop) brillants. Le "pack cravate/pochette" est aussi visuellement fade.
Il faut tout de même souligner le fait que ce sont de vraies pochettes qu'il porte et non ces infâmes bouts de cartons que beaucoup de présentateurs portent voir des pochettes cousues à la poche...

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