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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 06:29

Lu, dans L’Express Styles du 1 au 7 février 2012 (et non 2011 comme indiqué sur la couverture : un magazine de mode qui s’annonce avec un an de retard, c’est le comble !) : « Le costume croisé (…) reprend du service (…). La nouveauté, c’est que le double boutonnage s’invite aussi sur d’autres pièces du vestiaire, notamment le caban (Dior Homme, Gucci, Kenzo ou Paul Smith) ». Quoi ! Un caban à double boutonnage ? Pour une nouveauté, ça, c’est une nouveauté ! Parole de Breton !

Lu, au même endroit, p. 10, à propos du livre de Jean-Jacques Picart (Des Vies et des modes, Carnet de souvenirs), cette leçon de mode du créateur Dries Van Noten : « Je ne reconduis jamais un modèle qui s’est bien vendu. » Un principe de mode, pour sûr - et une aberration.


 jean-jacques-picart.jpgJean-Jacques Picart

 

Le même Jean-Jacques Picart a eu droit à son portrait dans Le Monde (supplément M daté du 11 février 2012). On y apprend, sous la plume de Samuel Loutaty, qu’interrogé sur le retour du manteau, Picart expliqua doctement que « dans les périodes d’anxiété, de doute, les manteaux donnent un sentiment de protection. » La pensée surgelée à la mode Picart ! Comme le dit Loutaty : « Pour la fulgurance, on repassera »…

Le manteau, justement. La période de grand froid que nous avons connue m’a fait ressortir mon vénérable Burberry en Irish tweed (36 ans d’âge). La curiosité m’a poussé à visiter le site de la marque pour savoir quels manteaux on y présentait. Une catastrophe !


manteau-burberry.jpgManteau Burberry

 

Qui de tels produits peuvent-ils séduire ?  Immettables aujourd’hui. Alors, dans 36 ans…

J'entends d'ici la critique : « Vous succombez à la nostalgie, le Chouan. » Quand le présent vaut le passé, la nostalgie peut-être douce. On se retourne et l'on adresse un regard de tendresse à celui qu'on a été. Mais quand le présent déçoit, la nostalgie n'est que douleur - la conséquence d'un manque. On ne choisit pas d'être malheureux (enfin, pas moi) ; le malheur s'impose à soi et il faut bien faire avec. Comment peut-on échapper à la nostalgie aujourd'hui ? Je ne vois qu'un moyen : en oubliant le passé.

... Oublier le passé ? Plutôt souffrir !

Deux agacements pour finir :

- La persistance de la mode « veste rase-pet ». La règle, qui rejoint le bon sens, veut qu’une veste dissimule les fesses. Quand la mode aura changé, ces vestes apparaîtront pour ce qu’elles sont : des monstruosités immettables.


costume-pal-zileri.jpgCostume Pal Zileri, coll. printemps-été 2012

 

Les mannequins sont photographiés de face ; s’ils l’étaient aussi de dos, l’incongruité du trop court sauterait aux yeux – on peut du moins l’espérer. Principe d'élégance (et un principe d'élégance vaut bien dix principes de mode) : avant de sortir, ne jamais oublier de se regarder de dos dans son miroir.

- Le gimmick élitaire des gants glissés dans la poche poitrine du manteau. Le père Grandet plaçait bien les siens sur son chapeau ! Mais c’était par souci d’économie. A lire certains blogs, ce détail constituerait le summum de l’élégance par temps froid. J’en connais qui préfèrent avoir les mains abîmées plutôt que de toucher à la paire de gants qui décore leur poitrine. Même l'excellent Michael Alden s’y est mis !


lino-leluzzi.jpgL'inénarrable Lino Ieluzzi. Crédit : Scott Schuman

 

Allons, allons, les gants ne sont jamais aussi élégants – car ils finissent alors la silhouette – qu’enfilés à nos mains. Terriblement banal et basique, je sais. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Massimiliano Mocchia di Coggiola 19/04/2012 14:34

Mon Dieu, Lino Ieluzzi! (et non pas "Leluzzi") - Un vrai bonhomme, gentil comme personne, mais oh combien vulgaire. Si ne serait que a cause des gants dans la poche, cela passe encore... c'est tous
le reste.

Le Chouan 19/04/2012 17:49



Oui ! Je corrige.


Je vais évoquer de nouveau ce personnage - car c'est un personnage ! - le mois prochain.



Koltchak 10/03/2012 10:58

Historiquement, la veste se portait sous l'habit et (comme le gilet) ne recouvrait pas les fesses. Les vestes se sont allongées quand elles ont remplacé l'habit ou la redingote comme vêtement du
dessus, par un glissement sémantique qui n'a pas eu lieu en Anglais (vest signifie gilet et coat signifie veste).

Pour moi, la veste courte a sa place dans la garde-robe masculine, comme le blouson et le dolman qui eux non plus ne couvrent pas les fesses.

Romain_B 05/03/2012 18:31

J'ai peut être trouvé la photo! Jean Marais ne regarde pas Gary Cooper mais ils sont ensemble, c'est au festival de Cannes et Cooper porte un noeud papillon!Si ce n'est pas celle la, elle est peut
être du même photographe: Edward Quinn. Voici le lien:
http://www.festival-cannes.com/thumb.php?sourceDirectory=/assets/XXYEARS/&sourceFile=019244.jpg&predefinedSize=popup&1302609824

Le Chouan 05/03/2012 20:04



Merci !


Non, ce n'est pas la photo que je garde en mémoire : Marais, ici, ne regarde pas Gary Cooper. Il est probable que ces clichés aient été pris le même jour. La classe de Cooper !



Nicolas 04/03/2012 11:10

Cher Chouan,

Cette note m’a fait bien rire et c’est un sujet sérieux que vous abordez en conclusion.

Votre blog m’inspire le respect car je pense qu’il est le seul (dans le monde prétendu de « l’élégance ») qui ne censure pas les propos des commentateurs.

Je suis fidèle à votre blog parce qu’il ne se perd jamais dans l’éloge candide (de tel prétendu tailleur érigé en thaumaturge, de telle tenue arborée par un inconnu soudain promu au rang d’icône
parce qu’il ose porter un pantalon à pois avec une veste en tweed bien coupée et des chaussures sur mesure à quadruples boucles..).

Vous n’êtes le thuriféraire de personne, n’annoncez la parousie d’aucune marque. Il me semble que vous êtes libre.

J’apprécie beaucoup que vous portiez des jugements tranchés sans jamais prétendre donner de (longues) leçons. C’est le signe de la maturité et de la confiance en ses valeurs.

Et enfin, il me semble que l’amour du beau et du bien fait sous-tend toujours votre discours.

Je sais que le culte de la personnalité ne risque pas de vous habiter, mais attention, tout de même de ne pas répondre à qui vous demande à quelle heure il sied de prendre son petit
déjeuner....

Vous avez compris que mon commentaire à une vocation plus antonyme que flagorneuse....

Pour terminer, un regret (mais pas un reproche). Et votre billet sur Cocteau ? Nous regardions « Fantomas » en famille récemment, et je remarquai que Jean Marais (alias Fandor), portait des
costumes très bien coupés, mettant en valeur sa silhouette, des deux pièces bien assortis. Je me disais que ce couple d’esthètes raffinés serait bien présenté sous votre plume.

Nicolas

Le Chouan 04/03/2012 15:17



Cher Nicolas,


Vos mots me touchent.


« L’amour du beau et du bien » : j’espère en être digne – et d’être ainsi dans le vrai !


Non, je ne censure pas, ou alors si peu. J’ai reçu 1240 commentaires ; 27 seulement ont rejoint la corbeille, soit parce qu’ils étaient de nature publicitaire, soit parce qu’ils étaient
insultants pour ceux dont je parlais.


Le prince Charles, Jean Cocteau… Il faut que j’arrête d’annoncer des billets qui restent à écrire ! Sur Cocteau, j’ai rassemblé des notes. Son cas est très intéressant et il mérite d’être
traité avec soin.


Jean Marais était habillé par le tailleur André Bardot. Une présence athlétique que la mode de l’époque exaltait. Je garde en mémoire une photo prise lors d’un festival de Cannes ; on y
voyait Jean Marais et Gary Cooper côte à côte, le premier regardant admirativement le second. Il y avait de quoi : sur ce cliché, la classe de Gary Cooper – portant magnifiquement le nœud
papillon – était incroyable. Cette photo fut publiée par Modes et travaux (ma mère était abonnée à cette revue) dans les années 86-87… Mes recherches pour la retrouver sont restées
vaines. Si, d’aventure, l’un d’entre vous la possède…


Amitiés.



Olivier 02/03/2012 20:41

Au cas où vous seriez en quête d’inspiration, ce dont je doute, cette citation de Michael Drake sur laquelle, justement, je suis tombé aujourd’hui : « For men, fashion is for kids. I always
thought Prince Charles was a stylish dresser. Lots of Englishmen think he’s old-fashioned, but my Italian friends agree with me. Men should be stylish, not fashionable. »
(http://blogs.wsj.com/scene/2011/08/08/drakes-co-founder-men-should-be-stylish-not-fashionable/)

Un bon départ pour un futur billet ?

Le Chouan 03/03/2012 15:45



Un bon départ, certes…


Je reviens sur votre précédent commentaire : « Quant aux gants glissés dans la poche de poitrine… pourquoi pas l’écharpe et les chaussettes de ski tant qu’on y
est ? » J’ajoute : et pourquoi pas le peigne ?


 « La serviette est une servante,Le savon est un serviteur,Et l’éponge est une savante ;Mais le peigne est un grand seigneur.


(…)


 Sur vos dents fines et sans crasse,Chaque matin j’ai cet honneur,Mon beau peigne, je vous embrasse,Et je suis votre
serviteur. »


                                             
Germain Nouveau


Amitiés


 


 


 


 



un conservateur éclairé 02/03/2012 19:37

Cher Chouan,
J’apprécie cette idée d’écrire « à bribes abattues », qui permet de rédiger des courts articles lorsqu’il n’y a pas assez de matières pour un article. Vous reconnaissant comme mon inspirateur (j’ai
lancé mon blog après avoir longuement lu le votre), je pense adopter cette idée.
Votre manteau « irish tweed » me fait penser à mon cher vieux loden (dont j’ai si souvent parlé) ; en revanche j’ai été saisi d’un doute atroce et j’ai passé une partie de la journée à vérifier la
chute… fessière de mes vestes (résultat vestimentaire acceptable, mais j’ai gagné un torticolis !).
Enfin, une petite suggestion absolument pas politiquement correcte : que pensez vous de la pipe ? J’ai découvert il y a six mois l’art de fumer cet objet remarquable (je n’étais absolument pas
fumeur auparavant, et je continue a haïr les cigarettes), et je serais curieux de lire vos pensées et réflexions sur cet accessoire si conservateur et plaisant.
Amitiés élégantes

Le Chouan 03/03/2012 15:38



Cher Conservateur Eclairé,


La pipe, oui… Mais je ne fume pas et ne prendrai(s) pas le risque d’abîmer ma santé pour avoir le plaisir de tenir entre les dents « cet objet remarquable » ! J’ai bien vu que vous
en arboriez fièrement une sur la photo qui orne votre profil de blogueur où vous vous présentez en tant que « banquier de profession » et « historien par passion ». Entre le
cigare du banquier et la pipe de l’historien, vous avez  fait votre choix. Est-ce à dire que, chez vous, la passion l’emporte sur la profession ? Plus Jacques Le Goff que Rockefeller,
en somme, ce qui n’est pas fait pour me déplaire.


« A bribes abattues » : j’avoue être assez content de ce titre dont j’ai vérifié sur l’internet qu’il était inédit.


 Amitiés.


 



eugene 02/03/2012 14:15

La veste courte n'est pas toujours ridicule. Le port d'un blazer ajusté et un peu court, sans aller jusqu'aux excès de Tom Brown, sied au personne de taille petite ou moyenne pour éviter une
silhouette tassée, surtout avec un blazer croisé.
Vous savez très bien, en outre, que la longueur d'une veste a constamment évolué au cours de l'histoire du costume ; elle a aussi connu ses excès en longueur. Aujourd'hui elle se porte un peu
court, c'est vrai, il s'agit juste de garder l'équilibre des proportions pour ne pas ressembler aux garçonnet de bac à sable.

Quant à Dries Van Noten, c'est certainement l'un des stylistes les plus talentueux de son époque avec Stefano Pilati, un talent égal à la modestie. Et s'il faut parler d'esprit des proportions,
alors Van Noten est aux antipodes d'un Slimane, par exemple, si vous voyez ce que je veux dire. Mais c'est vrai, il s'agit de mode, donc de business, et il s'agit donc d'entretenir la machine, et
l’appétit insatiable de renouvellement qu'elle impose.

Le Chouan 02/03/2012 17:20



Sûr qu'on peut jouer un peu sur la longueur de la veste selon les morphologies. Quoi qu'il en soit, une veste doit au moins cacher les fesses. Cette règle, à mon sens, ne devrait souffrir aucune
exception.


A propos de Van Noten : vous avez bien compris que je portais un jugement sur un de ses propos et non sur sa personne ou sur son travail.


 


 



Olivier 02/03/2012 10:21

Décidément... Il semblerait que nous ayons le même manteau. (Irish tweed également, d’un vert Lovat tirant sur le gris, à tissage herringbone, avec un très fin carreau fenêtre. Je l’ai acheté il y
a moins longtemps que vous, une vingtaine d’années, mais je le porte toujours avec le même bonheur. Je referme vite la parenthèse.)

Sinon, entièrement d’accord avec vous (comme souvent). Ces hauteurs de vestes sont ridicules. Elles sont censées, je présume, convenir à des hommes de petites statures, mais elles ne font que les
faire ressembler à de « petits garçons » endimanchés. Mais bon, cette caractéristique est « raccord » (une expression qui m’énerve aussi, tenez !) avec l’esthétique étriquée en
vogue aujourd’hui : petits revers (de veste) = petit goût, dirait James Darwen.

Quant aux gants glissés dans la poche de poitrine... pourquoi pas l’écharpe et les chaussettes de ski tant qu’on y est ?

Sinon, cher Chouan... et votre billet sur le Prince Charles alors ? J’attends ! j’attends !

Le Chouan 02/03/2012 11:11



Ah ! là là ! Votre mémoire est redoutable et ma promesse me lie... Je pourrais vous dire : on va attendre qu'il soit roi; ou :  je le réserve pour mon dernier billet... histoire de finir en
beauté.


Le prince Charles, c'est un peu mon Arlésienne...


Amitiés.


 



Bruno 02/03/2012 09:48

Encore une fois en plein coeur, là où ça fait mal!
Pour les amateurs de belles mises (et les nostalgiques) parlant anglais, je recommande le visonnage de la série "Lord Peter Wimsey" où l'on peut, entre autres, apercevoir de superbes manteaus longs
et croisés de type Aquascutum d'avant guerre.

Le Paradigme de l'Elegance 02/03/2012 08:32

Cher Chouan,

Je prends -forcément- la fin de votre billet pour moi, ayant utilisé ce cliché il y a moins d'une semaine.
Ayant vécu dans le sud de la France, qui s'apparente à l'Italie en terme de climat (là où vit Lino Leluzzi, donc), il ne fait bien souvent pas assez froid pour garder ses gants à d'autres moments
qu'à l'aurore ou au crépuscule. Alors, un moyen élégant de les avoir à portée de main sans qu'ils nous encombrent est de les glisser dans notre poche poitrine.
En revanche, nous sommes d'accord que recourir à cette "astuce" par simple soucis esthétique tout en attrapant de vilaines gerçures aux doigts est complètement insensé, car ce serait céder à un
vulgaire effet de mode.

Amicalement,

LPDE

Le Chouan 02/03/2012 09:01



Cher Paradygme,


Oui, la fin de votre billet m'a inspiré la fin du mien.


Franchement, je ne crois pas que vos explications, très sensées, expliquent ce nouveau trait de style... Non, ce qui est recherché ici, c'est l'originalité et un effet esthétique. Après, le
"panurgisme" - pour employer un mot que vous aimez - fait son oeuvre... 


Une interrogation : cette façon de faire ne risque-t-elle pas de déformer la pochette qui n'est tout de même pas faite pour ça ? (D'aucuns se demanderont : mais pourquoi est-elle faite ?)


Et puis, j'avais envie de me payer gentiment la tête (et le reste : les chaussures, le pantalon, le chapeau...) de ce M. Leluzzi dans lequel je ne vois pas, mais alors pas du tout, un modèle
d'élégance .


Amitiés.



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