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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 06:17

La modernité s'est fait une spécialité de la remise en cause des valeurs. On bouge, on renverse, on élimine... L'art n'a pas échappé à la règle. Nos entrepreneurs en démolition en ont même fait un de leurs champs d'expérimentation favoris. Qu'est-ce que l'art ? De quel droit distinguer arts majeurs et mineurs ? Et puis - tant qu'on y est : l'art existe-t-il ?

La confusion entre l'art et l'artisanat participe de l'entreprise. La question de savoir ce qui distingue l'un de l'autre n'est certes pas nouvelle, mais la modernité en a changé les termes. Il fallut attendre 1762 pour que l'Académie française établisse une différenciation institutionnelle entre les deux mots en définissant l'artisan en tant qu' « homme de métier » et l'artiste en tant que « celui qui exprime le Beau ». Le beau... La modernité lui a porté un coup fatal. « L'idée de modernité, a dit Malraux (je cite de mémoire), est née quand les notions d'art et d'harmonie ont été dissociées. »  Le peintre expressionniste abstrait Barnett Newman est plus direct en affirmant que « le mobile de l'art moderne a été de détruire la beauté.»

Le domaine de la mode offre un exemple convaincant de brouillage des valeurs. Autrefois, le vêtement était avant tout pour les peintres prétexte à l’exercice de leur art : « Qu’un bavolet à rubans s’immortalise dans un dessin d’Ingres, ou un bibi dans un Renoir, tant mieux, mais c’est un hasard », disait Chanel. Rendre la profondeur des velours, le chatoiement des satins, la finesse des dentelles, l’éclat des broderies : autant de défis pour le peintre soucieux de faire montre de son talent et non de célébrer le travail d’artisans anonymes. Au reste, l’artiste, c’était lui et sûrement pas les artisans en question.


ingres-def.jpgIngres, "La princesse de Broglie"

 

Au début du XXe siècle, des artistes vont changer la donne en pénétrant le domaine du vêtement avec l’intention de le révolutionner. Dans les années 10, Robert Delaunay et sa femme Sonia transposent aux vêtements le simultanéisme de leur peinture. « Voici, par exemple, un costume de M. Robert Delaunay, écrit Guillaume Apollinaire - chantre de L'Esprit Nouveau - dans La Femme assise en 1914 : veston violet, gilet beige, pantalon nègre. En voici un autre : manteau rouge à col bleu, chaussettes jaunes et noires, pantalon noir, veston vert, gilet bleu ciel, minuscule cravate rouge.»


tristan-tzara-delaunay-copie-3.jpgTristan Tzara par Robert Delaunay. Echarpe "simultanée" dessinée par Sonia, la femme de Robert.

 

Giacomo Balla, peintre futuriste italien, signe en 1914 un manifeste du vêtement futuriste et proclame la fin de l'élégance : les vêtements futuristes sont « hygiéniques » et « coupés de façon à ce que les pores puissent respirer facilement ». Les couleurs sont violentes et - à bas le classicisme ! - les formes asymétriques.


balla.jpgCostume futuriste de Balla

 

En 1919, l'artiste futuriste Ernesto Thayaht crée sa fameuse tuta, qui constitue une tentative de rationalisation extrême du vêtement. La tuta était conçue pour être portée par tout le monde et dans toutes les circonstances. Tentative - et tentation - totalitaire (tuta veut dire « toute » en italien) dont il n'est peut-être pas exagéré de voir dans certains travaux de Le Corbusier le pendant architecturalSi l'influence du second avait été égale à celle du premier, la forme de nos villes en eût été heureusement changée...


thayaht.jpegLa tuta de Thayaht    

 

Réciproquement, des couturiers se rapprochent d’artistes. Madeleine Vionnet engage Ernesto Thayaht ; il sera son collaborateur de 1919 à 1925. Coco Chanel met son talent au service d’entreprises de décloisonnement artistique. Jean Cocteau, son ami, lui demande de concevoir les costumes de son Antigone (1922), tandis que Picasso s’occupe des décors et Honegger de la musique. Elle est encore de l’aventure du Train bleu (1924), un ballet monté par Diaghilev dont Darius Milhaud a composé la musique et Henri Laurens réalisé le décor. Le rideau de scène est la reproduction d’une toile de Picasso.


chanel-le-train-bleu.jpg Jean Cocteau, entouré des danseurs du Train bleu

 

Ces exemples sont certes significatifs. Notre regard a posteriori risque toutefois d’en grossir l’importance. Quand Cocteau justifie le choix de Chanel pour Antigone, il se garde bien d’employer à son sujet le mot d’artiste : « J’ai demandé les costumes à Chanel  parce qu’elle est la plus grande couturière de notre temps ». Mais un processus est enclenché : la mode ne cessera plus de lorgner du côté de l’art.

En 1965, Yves Saint Laurent fait sensation avec sa robe Mondrian. Des artistes avaient investi le domaine du vêtement. Un couturier inverse les rôles en créant un vêtement tableau (… ou toile, devrais-je plutôt dire !) - hommage à un peintre en même temps que témoignage des possibilités graphiques de son propre moyen d’expression. Saint Laurent ne se livre pas à un vulgaire travail de copiste ; il fait œuvre personnelle en transposant la géométrie du tableau à celle du corps et de la robe. Il récidivera quelquefois (références au Pop art, à Picasso, à Matisse…) avec plus ou moins de réussite.


robe-mondrian.jpgYSL, robe Mondrian    

 

Le règne du styliste puis, surtout, du créateur continue la métamorphose. Le créateur se définit - son nom l’indique - comme un artiste plutôt que comme un couturier. Puisque tout est art, la mode aussi est un art et rien n’empêche l’ancien couturier de s’autoproclamer orgueilleusement créateur. L’évolution parallèle de l’art contemporain favorise la confusion. Les supports de la création se multiplient, parfois éphémères ou immatériels. Qu’est-ce qui interdit, dès lors, le travail du couturier-créateur, qui porte sur le corps et le vêtement, d’être artistique ?

Pour capter l’air du temps, on peut faire confiance aux professionnels de la mode. Les créateurs ont parfaitement saisi la dimension spectaculaire de notre société. Ils ont transformé leurs défilés en shows aux scénographies incroyablement sophistiquées : des performances, en quelque sorte, au sens artistique du terme ! Certains créateurs sont devenus des idoles, à l’exemple des « stars du rock », le rock ayant acquis, de son côté, le statut de « culture » à part entière : tout se tient !


john-galliano.jpgJohn Galiano

 

Ne restait plus aux créateurs qu’à obtenir la reconnaissance de l’institution. C’est fait ! Par exemple, le musée des beaux-arts de Montréal a consacré ces mois derniers une exposition à Jean-Paul Gaultier. « Toute la carrière du créateur défile sous nos yeux », expliquait dans Le Monde (édition du 18 juin 2011) Joël Morio. Jean-Paul Gaultier muséifié de son vivant ? « Cela peut être comme un enterrement de voir ses vêtements au musée », confiait, lucide, le principal intéressé. Fin de la métamorphose.


jean-paul-gaultier-montreal.JPG"La planète mode de Jean-Paul Gaultier", musée des beaux-arts de Montréal

 

En quoi art et artisanat se distinguent-ils ? Pour tenter de répondre à cette question, les « angles » ne manquent pas. Je pourrais reprendre la distinction établie par l’Académie en 1762. Mais je préfère me servir d’un propos que j’ai souvent entendu prononcer par le peintre Soulages : « Quand on sait ce qu’on va faire, on est un artisan ». Sous-entendu, l’art est imprévisible, aventureux, etc. Selon cette logique, le tailleur, par exemple, n’est pas un artiste : sa maîtrise technique est censée lui permettre de réaliser au mieux la pièce que lui a commandée son client. Qu’il en aille autrement, et le client serait en droit de lui demander des comptes… En somme, les meilleurs artisans seraient les moins « artistes ».

Les grands couturiers et les créateurs obéissent à une autre logique. Soumis à la cadence infernale des collections, ils doivent constamment fournir – et fournir de l’inédit, du surprenant ! Car la modernité – c’est une de ses lois – oblige à l’originalité. Course épuisante. Course folle ! Une fausse révolution en chasse une autre au rythme imposé par des médias zappeurs. Pour reprendre le propos de Soulages, nos couturiers et créateurs ne savent pas ce qu’ils vont faire. Ils cherchent, ainsi que l’exigeait Baudelaire - inventeur du mot modernité - à « trouver du nouveau au fond de l’inconnu ». Suivant la définition de Soulages, il n’est donc pas aberrant de qualifier les créateurs et couturiers d’artistes au sens contemporain du terme.

Mais, me direz-vous, le vêtement a une fonction utilitaire qui l’exclut du domaine de l’art. Je vous répondrai ceci : 1) Vous connaissez bien vos classiques mais mal vos contemporains ! 2) Les couturiers et créateurs ont résolu la difficulté en concevant des vêtements littéralement immettables. Notons d’ailleurs qu’ils ignorent souvent tout de la fabrication d’un vêtement : ils dessinent et laissent à des artisans le soin de la réalisation. La comparaison s’impose avec les artistes contemporains qui, souvent, ne savent pas dessiner et font fabriquer leurs œuvres dans des ateliers.

Chanel et Saint Laurent, que j’ai cités plus haut, ont toujours refusé d’être qualifiés d’artistes. « La mode n’est pas un art, c’est un métier », avait coutume de dire Chanel. C’est que ces grands noms de la mode se considéraient d’abord comme d’humbles artisans. Yves Saint Laurent était un homme de culture et un collectionneur d’art. L’admiration rend modeste.

« La beauté sauvera le monde », a prophétisé Dostoïevski. Mais c’était avant que la beauté ne meure, exécutée – c’est un comble ! – par ceux-là même qui étaient chargés de la servir !

… A quand sa résurrection ? 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

bigstop 06/02/2012 21:16

Merci pour votre billet qui se fait l'écho d'un débat sans fin.

J'ai toujours, pour ma part, trouvé que cette distinction rigoriste entre artisan et artiste, telle qu'elle est comprise par nos contemporains, constituait le comble du snobisme.

L'histoire de l'art nous offre mille exemples d'artistes qui maîtrisaient leur outil, leur art, leurs matériaux. Nous verrons ce que l'avenir retiendra de ceux qui s'affranchissent de toute rigueur
dans l'exercice de leur art, mais en tous cas, le passé a illustré que la maîtrise de l'artisan n'excluait pas nécessairement la créativité de l'artiste.

Il faut aussi savoir observer la passion de l'artisan qui façonne ses créations pour y déceler la part de génie, de créativité, qui peut s'exprimer à la marge de ses productions. Ainsi, en matière
de cristal, matériau particulièrement difficile à manier, au sein des grandes maisons de l'est qui résistent à la modernité, il paraît que ce sont les doyens du métier, ceux qui façonnent les
produits que nous pouvons acheter, qui au fil des années découvrent de nouvelles subtilités dans leur art leur permettant d'obtenir des oeuvres, un rendu, que l'on ne savait, jusque là, obtenir,
ouvrant ainsi de nouvelles perspectives.

La facilité avec laquelle une oeuvre peut être démultipliée prive-t-elle cette oeuvre de sa valeur artistique? Un tel argument ne saurait avoir de valeur à l'heure où une bonne partie de la
création est "digitalisable", sinon digitale...

Parfois aussi, l'oubli de la technique, l'oubli du savoir, entravent la créativité artistique. Les meilleurs ouvriers de ces maisons que je viens de citer avouent être incapables de reproduire ce
que leurs ancêtres savaient faire il y a trois cents ans.

Otowig 17/01/2012 16:40


Bonjour


Habituellement, lecteur silencieux , j'interviens aujourd'hui sur ce sujet particulièrement délicat qui a le mérite de préciser beaucoup de points.


Je ne résiste pas à cette citation :


"Il reste à dire maintenant en quoi l'artiste diffère de l'artisan. Toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie. Et encore est-il vrai que
l'œuvre souvent, même dans l'industrie, redresse l'idée en ce sens que l'artisan trouve mieux qu'il n'avait pensé dès qu'il essaye; en cela il est artiste, mais par éclairs. Toujours est-il que la représentation d'une idée dans une chose, je dis même d'une idée bien définie comme le dessin d'une maison, est œuvre mécanique seulement, en ce sens qu'une machine bien réglée d'abord ferait l'œuvre à mille exemplaires.
Alain, Système des
beaux-arts, 1920,
p. 36."


Pour ce qui concerne le "créateur de mode" je distinguerai deux catégories (ceux qui savent
utiliser une aiguille et un dé et les autres -là je plaisante, bien que contrairement aux tailleurs peu savent utiliser ces instruments-) : la première catégorie donc, dans laquelle on peut
mettre les maisons Dior, Chanel, St Laurent, ... sont des créateurs qui doivent créer sous la "contrainte" d'un héritage :  ainsi Galiano a "fait" du Dior et Lagerfeld fera du Chanel. Ce
propos n'enlève rien à leur talent puisqu'ils droivent créer et renouveller sans trahir l'Héritage, or que serai la création sans contraintes et sans règles?. L'autre catégorie est beaucoup plus libre, d'où parfois ces excentricitées importables qui font le show et
ces excès qui font se pâmer les chroniqueuses...


A mon sens l'interressant est de trouver dans toutes ces "créations" -peut on créer une veste ? un pantalon...- un très habile
exercice de style qui renouvelle l'existant qui donne l'impression de jamais vu, et/ou la conservation d'une ligne (comme ces Maisons de Champagne qui d'année en année conservent le même goût
grace à de subtils mélanges).



franck 15/01/2012 09:00


chouan,


je reviens sur mon commentaire à propos du mot tuta et je dois vous faire mon mea culpa.


si il est évident, naturel et acquis que tuta en italien signifie vêtement de travail ou survêtement, il me semblait tout aussi évident naturel et acquis qu' ernesto thayaht baptise sa
création tuta car elle ressemble à une combinaison d'ouvrier.


mais il semble que ce soit l'inverse en définitive, la création de la tuta a trouvé son domaine d'application dans le monde ouvrier puis sportif plus tard, et que ce soit cette création qui soit
à l'origine de la désignation de ce type de vêtement utilitariste et fonctionnel en italie.


d'un point de vue étymologique, ernesto thayaht aurait effectivement donné le nom de tuta à cet habit à partir du mot tutta (toute en italien) en retirant le 2ème t, futurisme oblige, mais
je n'en ai aucune certitude.


la prochaine fois je retournerai 7 fois mon cerveau dans ma boite cranienne avant d'envisager  écrire la moindre correction à vos billets.


franck

Sébastien 14/01/2012 05:51


Bonsoir,


Je ne suis pas d'accord avec cette phrase du premier commentateur. Je cite : "C'est pour moi
l'attirance vers la forme plutôt que vers le fond de la civilisation Occidentale qui m'oriente vers cette pensée." J'aimerais que cela fût vrai mais je pense que la réalité est bien pire.
L'Occident prend le fond pour la forme et ignore tout à fait ce qu'est la forme.


C'est pour cela que les critiques sont incapables d'appréhender une oeuvre moderne (ou pas
d'ailleurs) sans parler des "idées" qui ont présidé à sa réalisation. Proust disait : 


"Une œuvre où il y a des théories est comme un objet
sur lequel on laisse la marque du prix."


Car il est vrai que de mettre en avant les "idées" dans une oeuvre, c'est vulgaire. Or c'est ce qui semble plaire à nos
contemporains dans une oeuvre : des idées, des théories et des colères. Parfois des amours (voir la quantité des Dictionnaires amoureux de...) Une oeuvre dénonce donc toujours aujourd'hui la
guerre, le racisme, l'intolérance, etc. C'est fatigant...


Quant à la citation de Pierre Soulages, qui fait la différence entre l'artisan et l'artiste, elle ne
me convainc guère. Je pense qu'un artiste doit maîtriser totalement son art, comme l'artisan, mais pour exprimer le beau. Dire qu'un artiste ne sait pas ce qu'il va faire me semble spécieux et
correspond, sauf si j'ai une mauvaise lecture de cette citation, à l'esprit de  nos contemporains qui s'imaginent un artiste avec une technique approximative voire inexistante mais des idées
et des théories qui vont fabriquer l'oeuvre.


Un artiste n'est certes pas un coiffeur, ni un boucher ou un ébéniste. Mais il maîtrise une technique
qui permettra de transmettre des émotions à celui qui le lira, entendra, verra, etc. La technique des artisans est d'abord utilitaire. Si en plus c'est joli, alors c'est parfait.

Le Chouan 14/01/2012 13:29



Pour Soulages, il est acquis que l'artiste possède sa technique sur le bout des doigts.


Si l'artiste ne sait pas où il va, il sait du moins d'où il part. Il crée à partir de ses créations antérieures, ce qui limite, je trouve, le caractère aventureux de l'entreprise.


Il m'est arrivé de trouver, par exemple, que Soulages faisait du Soulages. 


Amitiés,


Le Chouan


PS. La présentation des commentaires pose problème (Nicolas, Sébastien...) Je vais voir ce que je peux faire...



nicolas 13/01/2012 22:42



Trés bel article. La peinture de Ingres est merveilleuse.

Hegel avait classé 5 arts. Avec l'arrivée des
"nouvelles-formes-de-communication", on en est a une dizaine.... Même sans Jack Lang, on croit que l'art est partout. Le tag et le rap sont mis sur un pied d'égalité avec la poésie et la peinture... Peut-on faire un tri ?

- Dans sa démarche de re-présentation l'artiste est guidé par la recherche esthétique et lyrique . Entre ce qui "est" (le signifiant) et ce qui est représenté (le signifié), il y a un "écart" (bien démontré par Magrittte : ceci n'est pas une pipe), qui n'est pas le même pour la sculpture que pour la poésie ou la musique. Hegel a donc raison de classer les arts.

- L'artisan perpétue une tradition, suit des canons dont il est le gardien.
Il reproduit. Son objectif principal -pour simplifier- est de produire du
"bien fait" et du "conforme". Il fait ouvrage.

- Un créateur c'est quelqu'un qui est habité par une démarche ayant pour objectif d'embrasser l'air du temps. C'est le régne de l'éphémère, des impressions qu'il cherche a fixer sur un support (peu importe lequel d'ailleurs : beeeurk écrit en lettres gothiques sur un mur en béton). Il ne respecte - en apparence- aucune régle, aucun canon.

Ce qui différencie l'oeuvre d'art de l'ouvrage ou la création, c'est le
TEMPS. Le temps qui consacre.
De Hegel, à Heidegger. En passant pasr Foucault (sans poil pour le coup).



Amitiés


Nicolas

franck 12/01/2012 23:26


chouan,


juste une petite correction si vous me le permettez, tuta en italien ne signifie pas "toute" (toute se traduit par tutta) mais combinaison ou ensemble au sens vestimentaire du terme; le bleu
de travail est une "tuta" ou bien le survêtement du sportif par exemple.


vous me direz qu'il y a analogie entre toute et ensemble, cela est vrai, tout comme il y avait analogie entre artiste et artisan car, comme nous le savons tous, art vient du grec ancien
et signifie technique, savoir faire, respect des règles de construction et de production.


l'artisan fait, l'artiste crée, la mode produit, l'esthète fait son tri.


franck


 


 

Julien Scavini 12/01/2012 19:34


« Quand on sait ce qu’on va faire, on est un artisan »


Moi qui ne savait jamais quoi répondre à la comparaison, me voici magnifiquement renseigné ! Merci.

Le Paradigme de l'Elegance 12/01/2012 10:04


Bonjour cher Chouan,


Merci pour ce très intéressant billet que l'on peut qualifier de philosophique. Il touche véritablement aux mouvements de fond de notre civilisation.


J'ajouterais également, comme le dit Yves Michaud dans L’art à l’état gazeux, Essai sur le triomphe de l’esthétique (2003) que vu que le beau est
désormais partout, il perd sa rareté. De ce fait, nous ne ressentons plus les même choses face à lui, nous ne ressentons plus l’effroi décrit par Jean-Louis Chrétien. Le beau se dévalue car
premièrement, il se désacralise, se sécularise : en effet, l’art ne sert plus d’objet de culte ou pour rendre grâce à un Dieu, mais est désormais profane. Or le nombre d’objets profanes est
infini contrairement aux sacrés : l’essence du beau se disperse donc. Deuxièmemement, les techniques modernes permettent de dupliquer les œuvres (téléchargements, photos, films…). Cela permet de
comprendre la situation actuelle du beau. Hegel avait déjà prédit la mort du « Grand Art » et donc du « beau idéal ».


Quant à la résurrection du beau tel que nous l'entendons...je pense qu'il faut se demander s'il réapparaitra un jour, plutôt que de quand. C'est pour moi l'attirance vers la forme plutôt que vers
le fond de la civilisation Occidentale qui m'oriente vers cette pensée. En effet, chez les grecs, être vertueux revenait à être beau. Chez les modernes, être beau signifie être vertueux. Chez les
grecs, l’éthique est belle. Chez les modernes, la beauté est éthique. Ainsi pour nous l’éthique de nos comportements est dictée par l’esthétique, la morale devient une esthétique des
comportements. Tout n'est plus qu'apparences, et hélas ! je ne pense pas que cela est prêt de changer.


Amicalement,


 


LPDE

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