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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 06:41

Le XXe siècle a vu la mode se rapprocher de l’art. Notre XXIe siècle adolescent (il a douze ans…) confirme la tendance.

L’intérêt de la mode pour l’art s’exprime principalement de deux manières (1). D’une part, elle puise son inspiration dans un passé plus ou moins lointain ; d’autre part, elle tisse des liens avec les artistes de son temps. Historiquement, cette seconde manière a précédé l’autre. A l’origine, il y eut Coco Chanel qui, en 1922, créa les costumes de L’Antigone de Cocteau. Deux ans plus tard, elle monta à bord du Train bleu ; ses compagnons de voyage avaient pour noms Picasso, Darius Milhaud, Henry Laurens et - encore lui - Jean Cocteau. En 1937, Elsa Schiaparelli poursuivit l'aventure avec le même Cocteau - décidément incontournable - et Dali, avec lequel elle créa la célèbre robe homard. « Elsa Schiaparelli est une artiste qui fait des vêtements », disait Chanel qui se refusa toujours à utiliser pour elle-même le vocable intimidant d’artiste.

L’autre manière est plus récente. Elle naît en 1965, quand Yves Saint Laurent présente sa robe Mondrian.


robe-mondrian.jpg

 

Le même couturier va multiplier les hommages aux artistes avec plus ou moins de bonheur : le bustier de la mariée aux colombes de Braque, le boléro aux iris de Van Gogh, un profil de Picasso sur une robe du soir…


robe-picasso-ysl.jpg

 

Une manière n’exclut pas l’autre : Yves Saint Laurent, par exemple, fait réaliser en 1969 par son amie sculpteur Claude Lalanne un buste de métal doré qui reprend au moule la forme exacte des seins du mannequin.


robe-lalanne-ysl.jpg

 

On aurait pu s’attendre à ce que les couturiers d’aujourd’hui privilégient la collaboration avec les artistes contemporains. La lecture des journaux nous les montre, au contraire, tournés vers le passé. « Pour réenchanter le Grand Trianon, des couturiers réinventent le XVIIIe siècle » (Le Monde, 01/09/2011) ; « La collection Lanvin puise dans la Renaissance allemande sa vision mi-érotique, mi-innocente de la femme » (M, le magazine du Monde, 28/01/2012) ; « L'italienne Etro a choisi pour sa collection des références à l'Art déco (...) et à la peinture futuriste de Fortunato Depero »  (M, le magazine du Monde, 26 mai 2012) Marc Jacobs, qui, pour Vuitton, a collaboré avec Stephen Sprouse, Tadashi Murakami, Richard Prince et, récemment, avec la plasticienne japonaise Yayoi Kusama ; Jean-Charles de Castelbajac, dont l’œuvre originale et cohérente jette un pont avec l’art contemporain, font figure d’exceptions.


marc-jacobs-stephen-sprouse.jpgVuitton - Sprouse

 

vuitton-murakami.jpgVuitton - Murakami


vuitton-kusama.jpegVuitton-Kusama

 

Une mode qui, saison après saison, cherche son inspiration du côté des maîtres du passé, trahit une très grosse fatigue... 

Le comble est atteint quand, par exemple, Phoebe Philo pour Céline propose un manteau Mondrian dont on se demande s'il a été inspiré par le peintre ou par Yves Saint Laurent :


manteau-mondrian.jpgSource : M Le Monde, 17/03/2012

 

Gare au radotage...

Pourquoi donc la mode ne cherche-t-elle pas à collaborer plus souvent avec les artistes vivants ? Peut-être parce que les couturiers pensent avoir acquis le statut d’artistes à part entière. Il est possible aussi que les préoccupations de l’art contemporain ne recoupent pas celles de la mode.

Récemment, Christian Louboutin a utilisé à des fins commerciales de grandes œuvres du passé. Le photographe Peter Lippmann a recréé pour lui des tableaux de maîtres, introduisant dans chacune des recréations une chaussure ou deux de la collection automne-hiver 2011. Une réalisation a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit de la reprise photographique de la Madeleine à la veilleuse de Georges de la Tour :


madeleine-a-la-veilleuse-def.jpg

 

Le tableau de la Tour représente une Marie Madeleine repentante. Habillée simplement, la main droite délicatement posée sur une tête de mort, elle médite sur la vanité des choses. Faire son salut est devenu son unique préoccupation. Que vient faire alors, dans la composition de Lippmann,  cette bottine « collée », symbole d’un luxe auquel l’ancienne courtisane a renoncé ?


madeleine-a-la-veilleuse-louboutin.jpg

 

Le contresens est total. En effet, toute cliente qui a saisi le sens du tableau de La Tour renoncera à jamais aux chaussures de luxe, serait-ce des Louboutin !

S’inspirer des peintres du passé, si l’on veut. A condition de faire l’effort de les comprendre et, par là, de les respecter (2).

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1. Je laisse de côté la tradition du couturier collectionneur d’art inaugurée par Jacques Doucet et illustrée, par exemple, Christian Dior, Yves Saint Laurent, Jean-Charles de Castelbajac, Marc Jacobs… 
2. Sur le même sujet, on peut se référer à Art, artisanat et mode.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Muskar 08/09/2012 15:53

Je trouve le pastiche de Lauboutin amusant, et plutôt bien traité.

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