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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 08:59

alain-delon-borsalino-def-copie-1.jpgAlain Delon et Jean-Paul Belmondo, Borsalino


Demain soir, sur FR3, passe Borsalino de Jacques Deray. Film archiconnu, vu et revu. Mais on ne se lasse pas du duo formé par Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, alias Roch Siffredi et François Capella. Le scénario – auquel ont participé des pointures : Jean Cau, Claude Sautet, Jean-Claude Carrière – s’inspire d’un roman d’Eugène Saccomano (si, si, le fameux commentateur de football) intitulé Bandits à Marseille.

Les décors et les costumes contribuent pour une large part à l’intérêt du film. Les premiers sont signés François de Lamothe et les seconds Jacques Fonteray. Pour en savoir plus sur ce dernier - grand créateur de costumes pour le septième art  -,  cliquez ici.

Siffredi et Capella évoquent les célèbres Carbone et Spirito, qui  régnèrent sur le milieu marseillais dans les années trente et quarante.

Mais la fiction a plus de charme que la réalité :


carbone-et-spirito.jpgCarbone et Spirito


Les tenues créees par Fonteray sont caractéristiques de la mise des truands de l’entre-deux-Guerres. Les « Messieurs » - comme on disait alors - connaissaient les règles de la grammaire de l’élégance classique, mais ils multipliaient sciemment les barbarismes. Leur façon de s’habiller était à l’élégance classique ce que l’argot est au beau langage. Ils détournaient, dévoyaient – mais qu’un voyou dévoie, après tout, quoi de plus normal ? Leur rhétorique privilégiait deux figures : l’hyperbole – rayures trop larges, épaules trop marquées, taille trop pincée, pochette trop ressortie… - et l’antithèse – la combinaison cravate claire sur chemise noire se substituant à la combinaison inverse en un négatif devenu "cliché" de l'élégance sévèrement corrigée par la pègre. Leur pouvoir avait ses symboles. En tête (c'est le cas de le dire), le borsalino qui, par effet de métonymie, suffisait à les désigner. Et puis les bijoux - or et pierres précieuses aux doigts ou montées en épingle... de cravate (I).


paul-muni.jpgPaul Muni dans Scarface


Alain Delon, qui n’a jamais fait mystère de sa fascination pour les voyous, sublime par sa beauté la figure du caïd. Ses cheveux sont gominés et coiffés en arrière, selon la mode lancée par Rudolf Valentino dans les années vingt et popularisée chez nous par Tino Rossi. Celui-ci pratiqua aussi le mélange des genres : ses accointances avec Carbone et Spirito étaient connues et firent beaucoup jaser.


rudolf-valentino-def-def.jpgRudolf Valentino
tino-rossi.JPGTino Rossi

alain-delon-rotation.jpgAlain Delon


Borsalino aura une suite, Borsalino and Co (1974). Elle sera ratée.



1. Sur l'élégance des voyous dans l'entre-deux-Guerres, on se reportera avec profit au chapitre 19 de Des Modes et des Hommes de Farid Chenoune, Flammarion.

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

. 04/03/2010 23:40


Les costumes de Delon et Belmondo sont de maurice breslave.


Julien Scavini 03/03/2010 20:53


Captivant comme billet! Merci


Syd Charlus 03/03/2010 13:27


Bonjour,
je suis entièrement d'accord avec vous. Revu récemment, Borsalino m'a beaucoup plu. L'histoire, simple, efficace mais jamais artificielle tient admirablement bien la route, sans doute grâce aux
plumes que vous signalez dont Jean Cau. Le duo est parfait. D'ailleurs, plus que l'intrigue, c'est vraiment l'histoire d'amitié qui maintient la tension du film. On veut que ces deux-là réussissent
! On veut en croquer avec eux ! Quand ils manquent s'engueuler, on voudrait les ramener à la raison.
Delon délivre une grande leçon d'élégance, avec un sens inné du dosage entre mesure et exagération (l'argot de l'élégance, comme vous dîtes). La scène finale avec un Delon,en smoking blanc il me
semble, triste face au succès et Belmondo sur le départ pour "ne pas gâcher leur amitié" fait regretter un temps où le cinéma populaire savait être direct,premier degré. Belle BO également.
A bientôt.


Le Chouan 03/03/2010 19:07



Merci de ce commentaire.
Je viens de survoler votre blog. Quelqu'un qui aurait aimé rencontrer Maurice Ronet ne peut que m'être sympathique ! Et puis il y a Barbey, Proust, Vialatte, Antoine Blondin, Bernard Frank...
Dans Le Feu follet, l'élégance de Maurice Ronet dépasse de loin sa mise : c'est une manière de bouger, de regarder, de sourire, de parler... Une manière d'être. Et dans La
Piscine, la beauté, c'est Delon, mais le charme, c'est Ronet !



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