Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 08:31

couverture-metiers-d-art.jpg

Le magazine Métiers d’art consacre, dans son nouveau numéro, un dossier sur les tailleurs. Pas un de ces dossiers attrape-nigauds annoncés comme exceptionnels sur la couverture et se réduisant à quelques pages intérieures écrites gros et abondamment illustrées. Non, un vrai dossier, riche de quelque trente pages, articulées autour de six thèmes : l’ Histoire, les Techniques, les Acteurs (24 heures chez Camps de Luca – ambiance à la Vermeer pour la photo de la page 31), le Marché (avec d’instructifs renseignements sur les parcours de formation), les Horizons et les Repères pratiques. A la périphérie de ce dossier, on trouvera, notamment, un agréable reportage sur Savile Row, un autre sur l’atelier du tailleur de l’Ecole militaire (Monsieur Obis) et quelques belles pages sur la mode française au XVIIIe siècle.

La page 47 réserve une jolie surprise aux habitués du site Stiff Collar !

Mon billet La vérité est tailleur  posait la question : « Combien de tailleurs aujourd’hui en France et combien d’apprentis ? » J’ai, en partie, ma réponse : « 150 ateliers avec une forte concentration à Paris ». La situation en province est catastrophique : « En province, des villes comme Lyon, Marseille, Strasbourg ou Bordeaux possèdent encore leur tailleur, mais les maisons ferment souvent sans trouver de repreneur. » La comparaison avec l’Angleterre est douloureuse où – la page 58 nous l’apprend – le nombre des tailleurs s’élèverait  à « près de 800 dont 300 à Londres. » Je serais curieux de connaître les chiffres pour l'Italie.

La partie  Horizons  m’a fait tiquer, qui fait dangereusement rimer tailleurs et créateurs. J’aime ce que dit le maître tailleur David Diagne : « Les classiques sont justes sinon ils n’auraient pas perduré jusqu’à aujourd’hui. » L’évolution, je ne suis pas contre, pourvu que la recherche de l’originalité ne se coupe pas de celle de la beauté. Il faudra, un jour, que je développe ce point de vue.

Un seul point faible : l’édito, signé Nathalie Gaillard, « Attachée de conservation et Directrice du Musée de la chemiserie et de l’élégance masculine » (j’ignorais que l’élégance pût être mise en musée !) La longueur des titres de Nathalie Gaillard est inversement proportionnelle à celle de son édito - quelques lignes bâclées, émaillées de perles : « L’homme élégant ne porte que des vêtements réalisés sur mesure par les meilleurs tailleurs et chemisiers. » La restriction exclusive et le superlatif absolu éloignent à jamais du monde de l’élégance les bourses modestes. Si, en ce domaine, élitisme il y a, il s'agit d'un élitisme du goût et non de l'argent. Citons encore : « La chemise (de l’homme élégant est) blanche à poignets mousquetaires et cravate assortie (sic). » Madame Gaillard convoque, à la fin de son texte, la figure de Jean-Claude Pascal qui, rappelle-t-elle, fut sacré deux fois « l’homme le plus élégant de l’année ». Les connaisseurs savent ce qu’il faut penser - aujourd'hui comme hier - de ce genre de classement. A tant faire que de citer ce chanteur-comédien qui connut son heure de gloire dans les années 50, autant que ce soit pour de bonnes raisons : ses débuts dans le stylisme (chez Hermès) et son amour du beau tissu qui, alors qu’il était déjà fatigué, le conduisit à tenter de reprendre l’entreprise de textile familiale.


jean-claude-pascal.jpgJean-Claude Pascal


Merci à Priscille de Lassus et à Anna Serwanska de ce beau numéro.

8,50 euros.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Tailleurs
commenter cet article

commentaires

Alan_B 31/03/2010 00:27


Bonjour,
Votre blog me fait percevoir la distinction de l'élégance, ce qui pour moi est tout nouveau. Dans ma quête quotidienne, je ne pouvais négliger la lecture du numéro de MdA que vous présentez. Ce
numéro m'a tout de même laissé un peu sur ma faim et cela est tout à fait compréhensible, difficile de tout montrer d'un métier tel que celui de tailleur en une quarantaine de pages.
J'ai découvert dans ce magazine qu'il existait cent cinquante "ateliers de tailleurs" sur le territoire. Cela m'a un peu surpris alors que sur le blog "journal d'un tailleur" il n'y a que treize
tailleurs parisiens sur le répertoire. Comment expliquer une telle différence, une coquille ? Je doute que Bespoke by Byraub ait omis volontairement de citer plusieurs dizaines de ses confrères
parisiens.
Dans les pages jaunes on trouve en effet un grand nombre d'entreprises dans la rubrique "tailleurs", mais il y a beaucoup de retoucheries. Les journalistes ont peut-être compté les services
retouches comme tailleurs, mais alors 150, c'est trop peu.
Je m'y perds, avez-vous des informations plus précises ?

Continuez d'aiguiser notre conscience de l'élégance, sous toutes ses formes.
bon blogging


franck 27/03/2010 12:10


chouan,
aprés avoir lu avec bonheur votre dernier écrit à propos de la revue METIER D'ART, je ne peux que souscrire à votre avis sur les commentaires de l'édito du magazine, dont soit dit en passant,vous
etes le seul à critiquer parmi tous les blogs qui évoquent cette publication.
hier en me promenant dans ma ville afin de profiter des premières douceurs du printemps,j'aperçu à l'angle d'une rue un homme des plus élégants. il se tenait debout, adossé à une boutique, il
portait un long manteau d'un noir éclatant, étroit et leger, un pantalon du meme noir éclatant à la coupe large et bouffante qui contrastait avec l'étroitesse du manteau et à ses pieds des
chaussures types godillots propres et en parfait état.
il avait en outre une trés longue chevelure aussi noire que ses vetements accompagnée d'une trés longue barbe toute aussi noire.
quelle présence! cet homme était simplement magnifique.
il tenait fermé de sa main gauche son manteau tandis que sa main droite était tendue ouverte vers les passants. ses mains étaient fines et d'une blancheur marmoréenne.
point de chemise blanche à poignées mousquetaires, point de cravate assortie et encore moins de costume tailé sur mesure par un tailleur réputé, mais seulement le charisme de l'élégance naturelle
d'un homme dont meme la condition sociale la plus difficile qui soit ne parvenait à retirer.
en m'approchant pour lui donner un petit quelquechose je vis deux yeux d'un bleu perçant, remplis de vie qui rendaient encore plus sublime la mise de ce monsieur.


Le Chouan 27/03/2010 13:51


J'aime la coloration baudelairienne de votre évocation. Bien vu et bien dit ! Merci.


Julien Scavini 27/03/2010 10:41


Voilà qui relève ma propre analyse :) Vous avez tout à fait raison si l'on admet une ouverture grand public du magazine. Et finalement, les points noirs que je soulève, vous les dénotez aussi. J'ai
eu la dent dur.


Olivier 26/03/2010 12:54


Effectivement, ces deux phrases extraites de l'éditorial me laissent rêveur. J'en déduis, par exemple, que si le tailleur et le chemisier de M. Le Pen appartiennent bien à l'élite de leur
corporation, l'élégance de de ce dernier ne fait aucun doute... Et qu'il me faut de toute urgence me mettre en quête de cette fameuse cravate blanche à poignets mousquetaires... La vie n'est
décidément pas facile.


Le Chouan 27/03/2010 13:47



Je viens de terminer deux billets. L’un où je fais le sort qu’il mérite au cliché, dupliqué par Madame Gaillard, selon lequel le luxe est une condition de l’élégance. L’autre où je distingue
« être bien mis » et « être élégant ».



Oui, décidément, les propos de cette dame – qui a pour charge de conserver l’élégance en musée (!) – témoigne d’une belle ignorance !  La vie n’est pas facile, en effet…



Présentation

  • : Le chouan des villes
  • : L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
  • Contact

Recherche

Me contacter

lechouandesvilles{at}gmail.com

Liens Amis

Catégories