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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 07:11

Le journal suisse Le Temps a publié dans son supplément mode du 14 septembre 2011 un remarquable dossier consacré à "l'élégance à la française". L'auteur de ce dossier, Pierre Chambonnet, m'a très aimablement contacté pour répondre à quelques questions. Parce que tous mes lecteurs n'habitent pas la Suisse et ne sont pas abonnés au Temps, je me permets de reproduire ici ses questions et mes réponses.

 

- Qu'est-ce que l'élégance française masculine pour vous ? Comment la définiriez-vous en quelques mots ?

Définir l’élégance masculine en général est difficile. Alors, l’élégance masculine française… L’élégance, comme la beauté, se constate plus qu’elle ne s’analyse. Il existe un style anglais, un style italien, américain… mais il n’existe pas de style français. Partant de là, le Français soucieux d’élégance a le choix entre de multiples influences. Cette liberté peut se révéler embarrassante ! Son style sera forcément moins typique et typé que celui de son alter ego britannique ou transalpin. Mais, affranchi de la conformité à un modèle national, il sera sans doute plus personnel. L’invention prend le pas sur l’imitation.

 

- Qui est pour vous l’icône, la personne qui incarne le mieux cette élégance? Pourquoi ?

Philippe Noiret, pour la raison que je viens d’avancer. On l’a injustement réduit, à mon sens, à l’image du gentleman-farmer à la française. J’admets toutefois qu’il lui est arrivé de s’y complaire. Mais il valait beaucoup mieux ! Son style puisait à de nombreuses sources. Ses costumes venaient de Rome, mais son style n’était pas italien. Ses chemises venaient de chez Charvet, ses chaussures de chez Lobb… Il mélangeait, cherchait des accords personnels avec goût et fantaisie.


philippe-noiret-le-temps.jpg

 

- Quel(s) détail(s) vestimentaire(s) est (sont) caractéristique(s) de l'élégance française?

Le Français est très sensible à la qualité des matières et de la fabrication. Une belle coupe ne lui suffit pas. Il faut encore que le vêtement soit fait pour durer !

Quels détails ?... Je ne sais pas. L’élégance est une addition de détails ! Ce dont je suis certain, en revanche, c’est que, pour un Français, il ne saurait y avoir d’élégance sans sens de la mesure. Il fuira le « trop » ou l’effet déguisement.

 

- Est-ce une prédisposition à anticiper les modes ou au contraire quelque chose d'intemporel ?

Classique, l’élégance française tend bien sûr à l’intemporalité. Un Français est moins sensible qu’un Italien, je crois, aux mouvements de la mode. Il peut s’y intéresser, bien sûr, mais avec un regard distancié, amusé. Sa préoccupation est ailleurs. Elle réside dans l’approfondissement d’un style personnel.


- L'élégance française est-elle basée sur l'apparence vestimentaire uniquement ?

Non, cela va de soi. Notre XVIIe siècle a inventé un noble idéal, celui de l’honnête homme. L’honnête homme se devait d’être poli, courageux, cultivé, modeste. Il devait aussi savoir s’habiller. Selon cet idéal, donc, l’élégance était une manière de se comporter – de se montrer et d’agir. On ferait bien de s’en inspirer aujourd’hui. L’élégance peut aussi être une forme de résistance !

 

- Quels peuvent être les détails autres que vestimentaires qui caractérisent l'élégance française ?

Le savoir-vivre, la galanterie. Mais ce ne sont pas des détails ! La tradition française a placé la femme au centre de la vie mondaine. Ce particularisme culturel explique peut-être que nous ayons abandonné à la très masculine société anglaise et à la machiste société italienne notre ancienne suprématie en matière de mode masculine. En revanche, la mode féminine qui, à sa manière, glorifie la femme, reste notre spécialité !

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

sifran 28/09/2011 12:59


Votre dernier paragraphe, me semble-t-il, donne une clé d'analyse du phénomène discuté. En effet, si les Français placent leur femmes au pinacle de l'élégance, c'est peut-être aussi pour ne pas
avoir à traiter la question pour eux-même, ou alors sur un mode le plus mineur possible.
On conçoit dans ce pays qu'une femme soit narcissique jusqu'au bout des ongles mais on considère comme étrange un homme qui se préoccupe de la ligne d'épaule de ses vestes de la fluidité d'un
tissu.
La plupart des candidats à une mise masculine recherchée évoquent le confort, rarement le style ou la séduction qu'implique le port de beaux vêtements.
Sans trop se rapporter au couple caricatural à la Dubout, le couple Pompidou me paraît emblématique de ce comportement qui fait de l'homme le premier admirateur de la représentative élégance de son
épouse.
On n'apprécie jamais mieux les habits ou parures diverses que portés par d'autres personnes.


Philippe Booch 27/09/2011 18:22


Oui, c'est exactement le terme.


philippe booch 27/09/2011 15:57


Je trouve étonnant, alors que la mode féminine française est si bien représentée, que la haute couture et les grands couturiers français sont devenus des valeurs incontournables.
Dans le même temps, le vêtement français masculin, la mode pour un homme, Paris enfin, sont d'une discrétion très étrange.
Je n'arrive pas à m'expliquer que l'élégance masculine française s'en soit remise entièrement ou presque aux canons anglais, italiens et même américains, il y a un mystère que je ne m'explique
pas.
sinon, d'accord pour Noiret, c'est l'élégant français le plus récent, il y a eu Jean Claude Pascal et Jean Marais aussi, tout cela était très sage mais très élégant. J'ai du mal, par ailleurs, à
comprendre l'espèce de culte voué à Marc Guyot. Ce qu'il porte est au mieux hardi, élégant...


Le Chouan 27/09/2011 17:27



Marc Guyot ? Un excentrique, non ? Cela dit sans connotation péjorative.



Toukandèle 26/09/2011 18:20


Cher Chouan, vous écrivez : "L’honnête homme se devait d’être poli, courageux, cultivé, modeste. Il devait aussi savoir s’habiller".
En effet je suis très attaché à ces notions de courages (physique et moral), de modestie, politesse et culture qui sont intemporelles mais rares en un seul homme, ce qui fait sa valeur lorsqu'il
les possède; "il a des lettres et du linge..." était aussi une façon de noter la noblesse de l'honnête homme.
Ainsi, la personnalité doit habiter le vêtement et de beaux et chers habits ne suffisent pas, comme le pensent de nombreuses brutes déguisées!
Une vie ne suffit pas toujours pour atteindre cet idéal, mais je crois que les efforts réalisés se remarquent de tous.


Un conservateur éclairé 26/09/2011 17:29


Cher Monsieur le Chouan,
Chers Lecteurs du blog

L’éternel débat entre le style des vêtements et le style de l pensée me conduit à réfléchir sur les deux notions de «classique » et de « classicisme ».
L'un n'a rien çà voir avec l'autre ; il s'agit là d'un ignare raccourci !
Dans ma toute personnelle taxonomie, « classique » est l'ouvre contemporaine (c'est à dire de son temps) qui, par la grâce et la vertu de la manière dont est faite et exprimée, atteint un caractère
universel et la rend "actuelle" à tout moment. Classique est donc une sonate de Bach tout comme « Yellow Submarine » des Beatles, parfaitement audibles en ce début de 21ème siècle comme lors de
leur création, et avec le même plaisir immuable.
« Classicisme », en revanche, est à mon avis (et j’avoue une certaine antipathie pour tous les « ismes »…) l’effort d’imiter les classiques quand on n’est pas animé d’un style et d’un talent
propres. Cela implique une première erreur : rechercher le style « ancien » en le parant de vertus « sures », en traduisant une imitation bovine du passé comme cachet de raffinement et de « bello
stile ».
Ces réflexion ont été largement suscitées ce samedi par la lecture de « Du temps qu’on existait » de Marien Defalvard. Après quelques dizaines de pages, malgré l’attrait par les thèmes traités, le
livre m’est tombé des mains… Les propos sont noyés dans la description trop précieuse pour être lisible, la tentative de faire du Proust est évidente, mais hélas, n’est pas Marcel qui veut…
En application des Droits du Lecteur énoncés par Daniel Pennac (« Comme un roman ») j’ai arrêté la lecture et je me suis plongé dans « Le Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : descriptions où
chaque mot rayonne de justesse et de pertinence, épaisseur des personnages, universalité des raisonnements et de l’esprit… J’étais en présence d’un grand classique, alors que le livre que je venais
de quitter n’était qu’un pastiche d’un style désuet.

Amitiés élégantes


Le Chouan 27/09/2011 15:50



Je n'ai pas lu le livre que vous citez.


J'ai vu son auteur l'autre samedi chez Ruquier. Sa vanité de débutant était touchante; il sera le premier à s'en moquer dans quelques années.


Qu'un très jeune écrivain rompe avec le style minimaliste façon "sous-Duras" qui encombre les étagères de nos librairies est plutôt rafraîchissant."Pastiche de Proust", dites-vous. On
peut avoir de moins bons modèles ! Et puis, Proust lui-même n'a-t-il pas commencé par des pastiches ?


Amicalement.



willy 26/09/2011 13:35


Bonjour cher Chouan

J'apprécie toujours votre culture vestimentaire (même générale) ainsi que votre parti pris.
Cependant, j'avoue que je cherche souvent dans Paris l'honnête homme, et que je ne l'ai pas encore trouvé. De plus, même les vendeurs qui devraient des gens corrects sont à la limite de l'odieux.
Donc peut-on encore parler d'élégance française?
Amicalement


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