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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 06:48

bernatd-lavilliers-deb.jpg

 

Bernard Lavilliers chante les voyages et les grands espaces, les amours précaires dans des hôtels de passage et cette mort dont les hommes comme lui craignent, en même temps qu’ils l’espèrent, la suprême caresse. Assurément, pour paraphraser ce qu’affirmait Cadou de la poésie, on pourrait dire que, pour Lavilliers, « la chanson sera toujours l’éloge de la vie dangereuse. »

L’image médiatique du chanteur jette alors le trouble. Peau liftée et artificiellement bronzée ; dents blanchies ; yeux outrageusement faits ; front botoxé ; cheveux replantés – il ressemble plus à un Renato tendance SM qu’à un aventurier véritable. Et, insidieusement, le doute nous envahit : et si le récit de ses exploits n’était pas plus authentique que son visage ? « A trente ans, disait  Roger Vailland (je crois), on a le visage qu’on mérite. » Les chirurgie et médecine esthétiques ont tout brouillé. Car, entre nous, qui, à 66 ans, mérite le visage d’un Lavilliers ?

Certes, Bernard Lavilliers ne serait pas le premier aventurier à avoir pris des libertés avec la vérité : est-on bien sûr que Cendrars soit monté dans le Transsibérien ? Combien de fois Henry de Monfreid a-t-il flirté avec la mythomanie ? N’a-t-on pas dit que certains des reportages du bout du monde de Kessel avaient été rédigés dans des bars de palaces parisiens ? Mais, au moins, ces aventuriers-là avaient-ils le bon goût d’avoir « la gueule de l’emploi » :

 

blaise-cendrars-def.jpgBlaise Cendrars par Robert Doisneau


henry-de-monfreid.jpgHenry de Monfreid


JosephKessel-.jpgJoseph Kessel, un visage "en forme de proue de galion espagnol",  selon Michel Tournier

 

A vrai dire, savoir si Lavilliers nous mène en bateau (… un peu comme Cendrars nous aurait mené en train !) m’importe peu. A la question : « Quel est pour vous le comble de la vulgarité ? », je me souviens d’avoir entendu Jacques Martin répondre un jour : « Bernard Lavilliers chantant en maillot de corps La beauté est fascinante mais la vulgarité l’est peut-être encore davantage. Et peut-on trouver plus vulgaire que Lavilliers ? Ce cuir, ces muscles exhibés, cette boucle d’oreille – sans parler de ces regards torves qui se veulent langoureux, de cet insondable contentement de soi (100 % authentique, lui)…

 

bernard-lavilliers-fin.gif

Je vous dois tout de même un aveu : je ne déteste pas, parfois, entendre sa voix chaude transcender des textes fabriqués et poétiquement tocs.  

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Yaumegui 12/05/2014 23:42

Quand la cuistrerie le dispute à la vacuité.
Citer Jacques Martin pour enfoncer ce brave Lavillier, il faut sincèrement avoir la culture d'un Laurent Ruquier. Jacques Martin était un homme de culture avec des goûts de merde. Vous avez une
culture de merde et les goûts qui vont avec.
Peut-on trouver plus vulgaire qu'un type qui s'essuie anonymement les pieds sur un artiste ? Non.

Ari 19/07/2012 10:27

Intéressant ! Cette société actuelle est faite d'imposture en tout genre. Par contre sans vous offenser, j'aurais rajouté une photo de Sir Richard Burton, l'un des plus grands explorateurs du
19ème...

un conservateur éclairé 18/05/2012 10:50

Cher Chouan,
Vous mettez à nu la petite imposture de certains écrivains « voyageurs » qui sembleraient s’être limités à un voyage autour de leur chambre…. Mais, le mérite de faire voyager leur imagination et
surtout les lecteurs fascinés ne permet-il pas de pardonner ces vols de fantaisie ?
Pour ma part, je tiens à raviver le souvenir d’Emilio Salgari, écrivain italien de la fin du XIXème siècle. Homme malheureux, prisonnier de contrats peu généreux avec des éditeurs avides qui le
rémunéraient au nombre de mots… Emilio Salgari donc, petite moustache et air de chef comptable, (http://fr.wikipedia.org/wiki/Emilio_Salgari) qui aimait signer ses récits comme « Capitaine Salgari
», lui qui ne navigua jamais sur un bateau (à part une petite traversée de l’Adriatique). Qui imaginait les aventures de ses corsaires, de ses peaux-rouges, de ses pirates en arpentant les
paisibles chemins de la colline turinoise. Peu connu en France (en Italie les enfants apprenaient à lire sur ses livres, mais là je parle d’un monde que le moins de quarante ans ne peuvent pas
connaitre…), ses créatures d’invention sont en revanche universellement connues ; Sandokan, pour n’en citer qu’une.
Amitiés élégantes

Nicolas 17/05/2012 11:04

Excellent article, et tres drole. La fessée que prend Bernard L est belle et méritée. Jecrois qu'il en sort neanmoins grandi.

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