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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 07:23

Merci à Pierre de Bonneuil d’avoir évoqué pour nous ces figures littéraires attachantes du temps passé. Leur sensibilité, leur nostalgie native, leurs goûts artistiques (Vaudoyer, notamment, fut proche de Paul-Jean Toulet, le merveilleux auteur des Contrerimes) me rendent fraternels ces  « hommes très charmants, sans grande confiance en eux-mêmes, dandys amers et doux » (Paul Morand).

 

L'un des derniers clubs respectables accordait sa faveur au talent implacable de certains êtres dont les affinités avec la littérature étaient fondées sur le culte d'une mythologie surannée. En tant que profane, vous deviez posséder une qualité essentielle pour participer à ce culte métaphysique : la rareté ... Le club des longues moustaches ne recrutait que parmi les éminences grises, parmi des individus doués d'une réflexion divine. Ils s'appelaient Henri de Régnier, Edmond Jaloux ou Jean-Louis Vaudoyer...

 

henri-de-regnier-bonneuil.jpgHenri de Régnier et son célèbre monocle dont Morand disait qu'il était "une sorte d'oeil-de-boeuf creusé dans le dôme de son crâne poli, pareil à une sixième coupole de Saint-Marc". Aquarelle de Pierre de Bonneuil.

 

 

Le destin les avaient réunis en un songe déraisonnable. Comme suspendus à des cintres, les membres de ce club sont l'affirmation d'une sensibilité intemporelle. En cinq pages, Paul Morand s'attribue l'appellation de ce cénacle dans son ouvrage Venises. Il évoque sa rencontre avec ces quelques personnalités fringantes au café Florian.

Là, « ces princes de Ligne désabusés », qui voulaient écrire non comme on vit mais comme on se souvient, avaient coutume de se retrouver, vers le soir, autour d'un « ponche rose à l'alkermès »

La vie leur avait refusé la gloire mais, chevaleresques et intraitables, ils ne s'en portaient pas plus mal. Sur la Place Saint-Marc, Régnier sculptait des maximes et Jaloux récitait des vers.

Qui lit encore La Double Maîtresse ou L’Altana ou la vie vénitienne d'Henri de Régnier ? Ou La Bien Aimée de Jean-Louis Vaudoyer ? Le Boudoir de Proserpine d'Edmond Jaloux ? Ces livres ont bien existé tout comme leurs auteurs, morts dans le dénuement. Ils guettaient l'absolu avec une impatience frivole et n'admettaient en aucun cas l'enrichissement matériel par la publication d'une oeuvre.


Jean-Louis-Vaudoyer-et-Edmond-Jaloux.jpgJean-Louis Vaudoyer et Edmond Jaloux    

 

Mieux que personne, ils savaient qu'ils n'avaient pas été Rimbaud, qu'ils ne seraient ni Gide (dont ils détestaient l'avarice), ni Giraudoux (trop soucieux de sa carrière), ni Proust (qui se fit tailler la moustache dès qu'il fréquenta les duchesses).

« Vivre avilit » était leur devise.

En 1988, un essayiste du nom de Michel Bulteau a rendu hommage à ce cercle en un livre de 209 pages.
 

 michel-bulteau-def-copie-2.jpg


On lui doit aussi une biographie du Baron Corvo. Les qualifiant d'amers, de désespérés, il semble dénoncer l'illusion et détourne nos pensées par un extrait piquant : « Il est encore possible de fumer un cigare jusqu'au bout, et sans en faire tomber la cendre. Celui d'entre eux qui y parvenait était sûr d'épouser la reine Victoria dans les six mois. »

 

                                                                                                                  Pierre de Bonneuil

                                                                                                           

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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Saccom 10/05/2013 21:16

Également, le méconnu mais pas tout à fait inconnu, Robert de Montesquiou, dont on dit que la moustache fit rêver Dali. Il est au delà de tous celui qui cultiva l'étrange, le rare et la beauté, et
je vous invite à le découvrir déshabillé des mauvaises critiques que les décennies lui ont brodées.

Hrundi v. Bakshi 09/05/2013 11:34

Bernard Quiriny vient de publier un excellent livre sur Henri de Régnier au Seuil.

Xavier 08/05/2013 17:42

Très bon billet. Nous pourrions également mentionner Eugène Marsan. Auteur de "Les Cannes de Monsieur Paul Bourget", "Eloge de la paresse", "Notre costume" etc... mais aussi de "Quelques portraits
de dandys" où figure entre autres, celui de Baudelaire et d'Aurevilly.

belisaire 07/05/2013 10:04

N'est-ce pas plutôt de Remy de Gourmont cette pensée sur la vie ? En tout cas, votre article m'a donné envie de lire "les longues moustaches". Auteurs oubliés sans doute, mais pas de tout le monde.
Cette postérité réduite doit les satisfaire dans l'outre-monde, ces grands résignés.

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