Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 07:25

C’est un fait : tout homme politique qui rêve de grimper aux plus hautes dignités est entouré de conseillers en communication chargés de fabriquer, de protéger, de sublimer son image pour l’aider à réaliser ses ambitions. Comment cela se fait-il ? Peu m'importe. Ce qui me trouble, c’est plutôt le crédit qu’on accorde à ces « pros ». Leur campagne d’autopromotion s’est conclue sur une victoire indubitable : admettons qu’ils ont fait, en cette circonstance au moins, la preuve de leur efficacité.

Pour le reste, dans leur domaine d'intervention, combien de défaites ou de semi-défaites ? Je demande seulement qu’on juge l’arbre à ses fruits – s’il en a donné. Et je pose cette question : n’a-t-on pas tendance à surestimer le pouvoir de l’image dans la communication politique ? L’arme du sourire n’a pas suffi à Jean Lecanuet pour terrasser le général de Gaulle en 1965 ; le séduisant Jacques Chirac a été vaincu par un Mitterrand vieillissant et malade en 1988 ; l’éclatante Ségolène Royal, améliorée pour l’occasion par la chirurgie esthétique, s’est tout de même inclinée, en 2007, face à un banal Nicolas Sarkozy.

Et, pour battre Nixon en 1960, le physique avantageux de Kennedy lui fut d’une aide moins efficace que sa fortune et ses accointances avec la mafia.

 

jacques-chirac-campagne-88.jpgAffiche campagne présidentielle 1988

 

On me rétorquera que les choses ne sont pas si simples ; que les conseillers en communication n’ont jamais promis un succès certain à leurs clients ; que leur rôle se borne à développer au maximum le « potentiel » de ceux-ci. Autrement dit, sans eux, ce serait pire. Le propos est habile car il est improuvable. Certes, ce que j’avance l’est tout autant – mais moi, n’ayant rien à vendre, je n’ai rien à prouver !

Outre l’image, la grande spécialité des conseillers en communication, c’est le slogan et la petite phrase, qui sont un peu aux mots historiques ce que, dans le domaine de l’élégance, Hugo Boss est à Cifonelli. Par exemple, « Vous n’avez pas le monopole du cœur » et « La force tranquille » auraient été, pour Giscard en 1974 et pour Mitterrand en 1981, les « Sésame ouvre-toi » de l’Elysée. L’ennui, c’est que ces formules n’ont été décrétées magiques qu’après que furent acquises les victoires de l’un et de l’autre. Mais, pour l’éternité, il sera dit qu’une expression banale et un oxymore éculé ont été des faiseurs de rois – ou plutôt de présidents. Les conseillers l’ont dit ; les médias l’ont répété, et le peuple, qui aime qu'on lui raconte des histoires, a fini par le croire.

Si les victoires des conseillers en communication sont invérifiables, leurs bourdes, elles, sont bien visibles. Les nombreux communicants de DSK n’avaient pas attendu la pitoyable odyssée new-yorkaise de leur champion pour se prendre plusieurs fois les pieds dans le tapis. Qu’on se souvienne du ridicule documentaire Un an avec DSK diffusé le 13 mars dernier sur Canal +, où, en son domicile américain de milliardaires, le couple Strauss-Kahn, transformé en Monsieur et Madame Tout Le Monde, se livrait, dans sa cuisine, à un numéro suicidaire de haute voltige démagogique; ou bien de la gestion calamiteuse des épisodes Panamera et Georges de Paris… A la manœuvre, pourtant, il y avait le gratin de la communication – c’est-à-dire, l’agence poétiquement baptisée Euro RSCG. Et ça continue. J’ai en tête les récentes photos publiées dans Paris-Match fin août qui montraient DSK et Anne Sinclair se promenant dans New York. Dans son tee-shirt et son bermuda trop grands pour lui, DSK avait l’air d’un Benjamin Button en balade avec maman :

 

DSK-anne-sinclair.jpgParis-Match, n° 3249

 

A propos, quelle image nous donnent d’eux-mêmes nos pontes de la communication politique ? D’un côté Jacques Séguéla ; de l’autre Thierry Saussez. L’un plus âgé que l’autre, et tentant l’impossible pour contrer les ravages du temps ; l’autre : une pub vivante de ce à quoi doit ressembler – j’imagine – une communication moderne réussie : avoir l’air très sûr de soi ; avoir le verbe clair et haut ; avoir le geste précis ; afficher un éternel sourire… communicatif. Tous les deux, bien sûr, bronzés douze mois sur douze.

 

jacques_seguela-deux.jpegJacques Séguéla

 

thierry-saussez.jpgThierry Saussez

 

Bienheureux Jaurès, Clemenceau, de Gaulle, nés avant que ne sévissent nos docteurs Folimage ! Imaginons le carnage : Jaurès sans sa barbe ; Clemenceau sans sa moustache ; de Gaulle le nez refait…

L’image. Encore et toujours l’image… Il serait temps, vraiment, que la conviction reprenne ses droits sur la séduction. L’électeur se sentirait mieux respecté. Mais, à en juger par l’exemple récent de François Hollande, qui s’est préparé à la prochaine présidentielle comme un comédien pour un rôle, on en est encore loin. Philippe Torreton a perdu, dit-on, 27 kilos pour incarner Alain Marécaux dans Présumé coupable; de même, pour entrer dans son costume de président, Hollande en aurait perdu 17…

Je me souviens de Lova Moor qui, en 1988, avait choisi Chirac parce que, disait-elle, « il (était) le plus beau ».

Eh bien ! je n’aime pas beaucoup que les hommes politiques confondent le cerveau des électeurs avec celui de Lova Moor !

« La véritable éloquence se moque de l’éloquence » disait Pascal. Et si la véritable communication se moquait de la communication ? 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
commenter cet article

commentaires

Un conservateur éclairé 17/10/2011 22:55


La communication et l’image dans la politique… Vaste sujet, à l’heure du triomphe de la « politque-spectale » ! Toutefois, ne croyons pas que cela soit une invention de ces dernières années. Mon
amour pour l’Histoire m’a conduit à la conviction suivante : ce qui change, ce sont les moyens technologiques à disposition de l’humanité, pas ses motivations et poussées profondes. La télévision,
Internet, la blogosphère, twitter et Dieu sait quoi on aura a disposition au cours des prochaines années ont accéléré et modifié certaines comportement, mais le fond reste le même. Il est bien loin
le temps où le visage du souverain était inconnu à ces sujets, donnant lieu à mille et mille historiettes édifiantes où un gentil chevalier porte secours à un pauvre paysan et, en partant, lui
offre une poignée de pièces, grâce auxquelles, en regardant le profil gravé dessus, l’ignare bénéficiaire s’aperçoit d’avoir rencontré le Roi… Aujourd’hui, l’image de toute personne touchée par le
quart d’heure wharolien de célébrité est catapulté sur les écrans de la terre entière, rendant l’anonymat un luxe. Mais, comme je disais tout à l’heure, la mise en scène de la politique a toujours
existé ; pensez seulement aux triomphes des empereurs romains le long du Forum, aux couronnements des rois, aux enterrements des grands hommes… Que des grandioses exemples de spectacularisation de
la politique ! Ce qui en revanche est bien plus actuel, est l’inversion du sens du processus : dans le passé (pouvoir autocratique, pouvoir descendant du haut vers le bas), le peuple cherchait à
s’identifier dans des modèles réputés excellents : le Roi, les nobles (avec parfois des chutes dans le ridicule, tel qu’on voit dans le Bourgeois Gentilhomme…), bref, tous les détenteurs d’un
pouvoir politique, culturel ou économique… Dans des années plus récentes, les idoles de jeunes engendreront des milliers de fans qui adopteront comme des moutons leur coupe de cheveux ou leurs
vêtements. Cette recherche de modèles est bien morte et enterrée : hélas, cela ne se traduit pas par une renaissance des personnalités individuelles et de l’originalité, mais dans une morne
massification : pour plaire (c'est-à-dire recueillir de suffrages ou vendre des albums ou des entrées au ciné) il faut être comme tout le monde, identifiables, uniformes. Des « artistes » sont
fabriqués pour plaire au plus grand nombre, selon un dosage savant de caractéristiques sociétales (telle fut la naissance des Spice Girls…), des hommes et femmes politiques gomment leurs
éventuelles aspérités pour être le plus proches des masses anonymes qui s’engouffrent dans les couloirs du métro ou entre les rayons de Carrefour. Communicant, ô mon communicant, dis-moi comment
être le moins original possible…


Le Chouan 21/10/2011 11:25



Merci beaucoup de ce commentaire qui, par sa longueur et sa consistance, s'apparente à un article !


Amitiés.



nicolas 12/10/2011 22:28


Pas étonnant que ce sujet de la communication, de la forme soit traité sur ce blog qui s’adresse à ceux qui accordent de l’importance à leur apparence...
Le fond et le forme ne font qu'un.
Je n’ai pas comme vous l’impression d’être pris pour un imbécile par les « astuces » des communicants, tant les ficelles sont grosses. A vrai dire je suis d’accord avec Hugo : « la forme c’est le
fond qui remonte à la surface » et avec Wilde : « Seuls les gens superficiels ne jugent pas aux apparences ».



Amitiés

Nicolas


Le Paradigme de l'Elegance 12/10/2011 14:12


Je partage entièrement votre opinion ! Le fond doit primer sur la forme, dans quelque domaine que ce soit. Je suis vraiment las de la superficialité ambiante...


sifran 12/10/2011 12:06


Ah bon ! Le cerveau de Lova Moor n'est pas bien fait ?
Je partage le reste.


Le Chouan 12/10/2011 14:40



Sans blague, je parle sans savoir... L'argument que je rapporte me laisse dubitatif, mais il ne faut pas généraliser trop vite. On dit que Jayne Mansfield avait le QI d'Enstein. Peut-être bien
que Lova Moor a celui de... je ne sais pas, moi... Blaise Pascal !



Olivier 12/10/2011 10:05


Et si, de même, la véritable élégance se moquait de l’élégance ?

Mais je sais que je prêche un convaincu.


Présentation

  • : Le chouan des villes
  • : L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
  • Contact

Recherche

Me contacter

lechouandesvilles{at}gmail.com

Liens Amis

Catégories