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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 07:22

Il n’est pas rare que les parcours d’écrivains soient jalonnés de changements de direction, sinon de volte-face. Hugo est passé, au milieu de sa vie, du royalisme au progressisme ; Huysmans, du naturalisme au catholicisme ; Barrès, du dilettantisme au nationalisme ; Malraux, de la Révolution au gaullisme. La rupture la plus radicale, on la doit à Rimbaud qui, à vingt ans, dit adieu à la littérature pour embrasser l’aventure.

De façon plus anecdotique, on a vu des écrivains jouer les Fregoli. Ainsi, l’austère Aragon, invariablement sanglé dans des costumes de notaire de province, s’est-il transformé, après la mort d’Elsa, sa muse, en un vieux barde échevelé sensible au charme des éphèbes. De même, il y eut deux Céline. Le premier était propre sur lui, portait costume et cravate :


celine-jeune-costume.JPG

 

Mais l’image de ce Céline première manière a été occultée par celle de l’ermite de Meudon, dépenaillé et sale. Le tour de passe-passe a été pensé et réalisé par Céline lui-même. Emile Brami (1) nous apprend que cette métamorphose fut consécutive à un échec : persuadé que Féerie pour une  autre fois serait un succès, Céline, revenu de son exil danois, s’était refusé à toute publicité de lancement. Les ventes furent catastrophiques. Alors, pour son livre suivant, D’un Château l’autre, il va multiplier les interviews et se montrer, selon ses propres termes, en « vieillard clochard dans la merde ». Son modèle : Paul Léautaud, décédé en 1956. « Paul Léautaud est mort. Il fallait un pauvre qui pue. Me voilà », confie-t-il, très satisfait de son coup, au journaliste Jacques Chancel. Après quoi, il écrit à un ami qu’il est devenu « un fait-divers à la mode » et que « ça fera peut-être vendre D’un château l’autre ».

Son cynisme, Céline cherche à peine à le dissimuler sous ses hardes ; il est l’expression de sa haine – haine de tout et aussi de lui-même. Emile Brami montre parfaitement comment d’un entretien télévisé (à) l’autre, Céline en rajoute – fait du Céline, c’est-à-dire qu’il exagère, se caricature sans vergogne, surjoue son personnage jusqu’au bout du bout…

Première tentative : « Lecture pour tous », 1957. Céline répond aux questions de Pierre Dumayet. « Il se présente, nous dit Brami, dans un costume de velours sombre, beaucoup trop grand pour lui (…) Il porte une cravate très claire que l’on devine à peine et dont on ne voit que le nœud, le reste ayant été glissé entre la chemise blanche au col râpé et la peau. Sa coupe de cheveux est extraordinaire (…), la nuque rasée presque à mi-crâne, (…) est celle qu’on imagine à un futur guillotiné. Et c’est bien ce que veut exprimer Céline : il n’est qu’un pauvre hère traîné là pour se faire couper la tête, une victime expiatoire. »


celine-lecture-pour-tous.jpg
celine-nuque.jpgCéline, invité de Pierre Dumayet, "Lecture pour tous"

 

Tentative suivante, un an plus tard, devant, cette fois, André Parinaud (« Voyons un peu : Céline ») : Céline a abandonné les codes, même détournés, de l’apparence bourgeoise : plus de costume, plus de chemise blanche, plus de cravate, plus de nuque bien dégagée… Parinaud le décrit comme un « grand homme aux cheveux longs grisonnants, rejetés en arrière (…) vêtu d’une peau de bête, d’un vieux pantalon de velours côtelé, chaussé d’après-skis dont la fourrure déborde. »


celine-andre-parinaud.jpg"Voyons un peu : Céline", André Parinaud   

 

« Vêtu de peau de bête », dit Parinaud. Il s’agit d’une pelisse de berger en mouton retourné - comme si l’ermite de Meudon avait voulu se souvenir de celui d’Ermenonville (Rousseau) (2) !

Céline améliorera son personnage jusqu’à sa mort. Voici comment il se présente à Jean Guénot le 20 janvier 1960 : « (…) il est emmitouflé dans une robe de chambre grenat, avec un foulard autour du cou (…) Le visage envahi par deux jours de barbe grise. Moustache d’une semaine (…) Il a des mains étrangement rondes, des ongles jaunes et longs, avec des tâches de rousseur sur le dos. Chevelure intacte mais pas soignée. Le poil est très long, surtout vers la nuque. » Et, le 6 février de la même année : « Il est bien délabré, il faut l’avouer (…) Il a une tête de chien, la barbe en chaume grisâtre. Une vague chemise est cachée par un grand foulard bleu marine et un gilet en peau de mouton. Le pantalon en fond de culotte interminable est en lainage marron. Sur l’arrière, quand il marche, la ceinture descend jusqu’à niveau présumé des fesses. Très plat, vu de dos ; un peu voûté aux épaules. Par-devant, le pantalon apparent est tenu par une ficelle, et la braguette est ouverte en permanence sur un caleçon de molleton à reflets gris (3). »

Son personnage de vagabond échappé de Beckett, Céline le joue à la perfection – mais il joue ! Si je raisonnais comme le Savoyard de Montaigne, je dirais qu’il aurait fait un excellent communicant ! Certes, le calcul n’explique pas tout : exhiber une image à ce point dégradée de soi-même témoigne d’une haine – donc d’une douleur. Le calcul est tout de même gênant – d’autant qu’il se double ici d’un mensonge – car, à l’instar de Léautaud, Céline n’était pas pauvre ! L’ermite de Meudon qui pleurnichait sur sa misère était assis sur un tas d’or !

Léautaud et Céline : entre le modèle et l’imitateur, je vois tout de même une différence notable : le premier cabotine quand le second truque. Et puis, toutes pauvres qu’elles aient été, les mises de Léautaud faisaient preuve d’une recherche – voire d’une coquetterie – absente de celles de Céline.


leautaud-chap-tweed-deux.jpgPaul Léautaud

 

Ce sentiment de trucage, je ne l’éprouve pas seulement quand je vois et que j’entends Céline, mais aussi quand je le lis. Brasillach n’était pas dupe qui, dès 1936, à la sortie de Mort à crédit, écrivait ceci : « Assis à sa table de travail, M. Louis-Ferdinand Céline venait de relire avec quelque mélancolie le début de la page 305 de son nouvel ouvrage : "A peine le "Hopeful Academy"  eut-il été terminé que des départs se produisirent aussitôt. Ceux qui avaient envie de s’en aller n’ont même pas attendu Pâques. Six externes sont partis dès la fin d’avril, et quatre pensionnaires ont été repris par leurs parents." M. Céline soupira, atteignit sur un rayon le Dictionnaire de l’argot de M. Chautard, le compulsa d’un doigt négligent, et commença de mettre au point la version définitive de cette page 305 : "A peine qu’il était terminé le "Hopeful Academy" tout de suite on a eu des départs… Ceux qui avaient envie de trisser, ils ont même pas attendu Pâques… Six externes qu’ont mis les bouts dès la fin d’avril, et quatre pensionnaires, leurs darons sont venus les reprendre…" Et il soupira : "Encore quatre cents pages de ce travail !" (4) »

_____________________________________________________________________________________________________________
1. « Céline vivant », DVD, Editions Montparnasse.
2. Le personnage créé par Céline procède, pour ainsi dire, de la synthèse littéraire : Meudon (Rabelais); La peau de bête (Rousseau); les hardes (Léautaud).
3. Louis-Ferdinand Céline, damné par l’écriture, Jean Guénot, éditions Jean Guénot, 1973.
4. L’Action française, 11 juin 1936.

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

bruce 21/12/2013 11:19

Bien sûr que c'est émotionnel ! Tout l'est quand on cause de Céline (aïe de l'argot, Céline m'influence)."parfait" ou non, c'était surtout une manière de dire moins banalement "chacun ses
goûts".
Au fond, ce qui vous dérange chez Céline, je crois le savoir, c'est son matérialisme, son athéisme, n'est-ce pas ? C'est clair, Céline c'est pas très catholique.Céline à mon sens c'est le cri d'une
victime de la modernité, avec l'outrance haineuse des prophètes de la Thora.En cela, il est un témoin et un martyr précieux de son époque, époque figée à jamais dans son style inimitable, n'en
déplaise à Brasillach.A la différence de ce dernier, Céline a eu une attitude irréprochable pendant la guerre, bien plus chrétienne, cf le plaidoyer pro-Céline d'Henri Guillemin.

Le Chouan 21/12/2013 14:10



« Nul n’est parfait » : j’avais bien compris. La mauvaise foi m’a tenté et j’y ai succombé !


Brasillach et Céline. Pour être honnête, je dois préciser que le point de vue du premier sur le second a évolué. Négatif (avec des nuances) en 36 (cf. l’extrait que j’ai cité), il devient
laudatif en 43 : « Relisons le Voyage ; il en vaut la peine. C’est (…) une admirable création romanesque (…) Avec le temps, sa densité semble s’être encore accrue, son
aspect éternel a pris son poids » (Les Quatre jeudis). N’entre-t-il dans ce changement de perspective que des raisons littéraires ? A chacun d’en juger…


Non, Bruce, ce n’est pas parce que Céline n’est « pas très catholique » qu’il me déplaît. J’ai l’esprit large, vous savez ! Tenez, j’ai cité Léautaud… qui dégageait pas mal
d’odeurs mais pas celle de sainteté !... Eh bien ! j’admire le Léautaud diariste : son style est étonnamment vivant et inventif, et il n’a rien, lui, de fabriqué. Quand, en
revanche, il s’applique, qu’il fait son romancier, c’est, à mon sens, beaucoup moins bien (Cf. par exemple, Le Petit ami).


Si je devais y aller de ma petite liste de critères, je dirais que, pour qu’une œuvre me plaise, il y faut une souffrance, une distance, un style, une inquiétude. Que l’auteur soit catholique ou
non m’importe peu. Cela dit, qu’il le soit n’est pas pour moi – au contraire de la grande majorité de mes contemporains – une raison discriminante. Prenez Marie Noël : vieille fille et
grenouille de bénitier, elle ne pouvait échapper au purgatoire – sinon à l’enfer – des écrivains. Pour sûr, Céline l’antisémite, le crasseux, l’outrancier est plus « sexy » aux yeux de
notre monde ! Pourtant, je donnerais bien des pages du Voyage – et c’est un euphémisme – contre ces quelques vers extraits du Credo pour l’office de l’enfant mort :
« « O vous pour qui la vie est peine / Et mal et mort, je crois très bas/ A la bonté haute, inhumaine,/ Terrible, qu’on ne comprend pas. »


Une autre remarque : « Proust et Céline, les deux plus grands écrivains français du XXe siècle ». Et si on osait enfin casser le cliché ?
Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Sur quels critères c’est dit ? A-t-on, avant d’avancer cela, bien lu toutes les œuvres de ce si (trop ?) prolifique XXe siècle ?
Des gens très intelligents colportent cette affirmation du niveau de « Miss France, plus belle femme de France » ou, pour revenir, in extremis, à mon sujet (ouf !) :
« Les dix hommes les plus élégants du monde » !



bruce 19/12/2013 18:42

Bon, le Chouan (comme Brasillach) n'aime pas Céline, nul n'est parfait.De plus, c'est exprimé de manière assez peu argumentée, émotionnelle donc et de toute évidence de façon humble.Ce qui par
contre est bien cerné, c'est le style vestimentaire de l'auteur.Là je tombe assez d'accord pour dire que Céline, à la fin de sa vie ne ressemblait à rien.Reflet de son âme ou tromperie publicitaire
? Je ne sais.En réalité, j'aime surtout le Céline d'avant-guerre que celui d'après.Celui du Voyage, de Mort et des pamphlets.Par contre, cher Chouan, je ne vois pas en quoi LD est "sous influence"
? Laquelle ?

Le Chouan 21/12/2013 10:49



Ah ! parce que pour être parfait, il faut aimer Céline ! Voilà qui est argumenté et pas "émotionnel" ! LD : sous influence de Céline, pardi, et pour les idées (si je puis dire), et pour le ton.



belisaire 15/12/2013 16:29

Cher Chouan,

Céline ennuyeux ? Vous aggravez votre cas. Ses thuriféraires se réjouissent de n'importe quelle abomination proférée à l'égard de leur maître, mais certes pas de cette accusation.
Amicalement,

Le Chouan 15/12/2013 19:10



J’aggrave mon cas, et en toute conscience. Ennuyeux : d’autres l’ont dit… et tant d’autres le pensent qui n’osent pas le dire. Julien Gracq prétendait - Louis Poirier songeant sans doute
humblement à... sa pomme - que « le droit d’ennuyer était une des prérogatives du génie ». Soit. A condition qu’au bout du voyage de l’ennui jaillisse la lumière. Mais, chez
Céline, l’ennui succède à l’ennui – d’un tunnel l’autre.


Je profite de votre commentaire pour revenir sur ce qu’affirmait, dans le sien, Mahlevent : Céline, héritier du Moyen Age. C’était l’avis de Drieu. Morand le voyait au contraire comme
« un homme moderne ». Céline, de fait, a tout pour plaire à nos contemporains : son dynamitage de la langue ; sa passion du physiologique ; ses déboutonnages
spectaculaires et larmoyants ; sa posture compassionnelle (« médecin des pauvres » : scandaleux pour qui y réfléchit dix secondes !) ; son nihilisme… Reste son
encombrant antisémitisme. Pour contourner l’obstacle – et ne pas laisser passer du côté de l’obscur un si brillant sujet -, on a alors inventé le cliché des « deux Céline » - le bon et
le mauvais. Naïf mais vivace.


Encore un mot, pour reprendre cette fois sur ce que dit LD de Houellebecq : je doute que ses thématiques romanesques très contemporaines lui assurent une
postérité sereine. Quant à sa poésie… j’ai envie de dire d’elle ce que lui-même a dit de celle de Prévert – qu’elle était « si mauvaise qu’on
éprouvait de la honte à la lire ». Qui admire, comme moi, Corbière et  Laforgue - deux inspirateurs visibles de Houellebecq - ne peut juger
autrement.


Amitiés.



FMR 13/12/2013 12:48

@LD et Genet, dans quel camp le mettez vous ? Lui dont Cossery disait : « Jean Genet est le dernier grand écrivain français. Après, ce ne sont que des romanciers »

Le Chouan 13/12/2013 14:23



Excellente question ! Tout, sauf naïve !



LD 13/12/2013 11:57

Il y a deux traditions principales de "grands écrivains". Le mythe du "grand écrivain" fabrique en série des pédants éphémères ou des auteurs snobs et homosexuels jusqu'à la caricature, qui vivent
en retard sur leur temps, adeptes du "bien-écrire". Ce sont les Gide, Léautaud, Proust, Bonnard etc, tradition qui donne aujourd'hui un Renaud Camus par exemple. Des gens qui vivent aisés et
veulent continuer à vivre aisés.

L'autre tradition, celle des débrouillards et des bricoleurs, produit "à la pièce" des innovateurs inclassables, en avance sur leur temps, obligés de conquérir leur place et de s'y maintenir, voire
de risquer leur vie. Ce sont les Balzac, Bloy, Céline. Ce dernier a été le Savonarole des déviations du "bien-écrire" à une époque où il n'y avait plus que ça.

Mais la forme est cohérente avec le fond: tel ou tel auteur est vêtu comme il vit, en fonction des moyens qu'il a pour vivre à un moment donné. Il est évident qu'après la prison et le Danemark
Céline était ruiné. Il n'a échappé à une mort violente que par chance, dans un contexte où même après son amnistie des tas de gens avaient intérêt à le faire tuer comme ils avaient tué Denoël son
éditeur, en pleine rue. En optant pour une vie recluse et des vêtements modestes (toutefois fort bien portés ) Céline se protégeait des haines du monde et envoyait un signal à d'éventuelles
personnes mal intentionnées: "regardez j'ai changé, maintenant j'écris des livres inoffensifs et je suis pauvre, donc vous n'avez plus d'intérêt à me faire tuer".

Pour élargir il existe un auteur contemporain qui reçoit les mêmes critiques d'apparence physique truquée et de mauvaise qualité de style c'est Houellebecq. Or il évident que cet auteur génial est
très en avance sur son époque et écrit des livres audacieux voire risqués, qu'il représente le seul événement littéraire français important depuis Céline. Beaucoup d'autres auteurs sont très bons
mais parfois, dans l'Histoire, il y a quelques authentiques "grands écrivains" qui apportent quelque chose de nouveau. Et ils sont par principe conspués pour ça, sur le fond ET la forme.

Le Chouan 13/12/2013 14:21



Votre classement vaut ce qu'il vaut, comme tous les classements. Tout de même, laisser, pour Léautaud, le choix entre "les pédants éphémères" et "les auteurs snobs et homosexuels" révèle votre
méconnaissance de cet auteur. A moins que ce ne soit une erreur, alors bien pardonnable. De même, parler à son propos de "bien écrire" n'a aucun sens, lui qui vantait, au contraire, le style
"naturel". Quant à la référence - originale et anachronique - à Bonnard, elle doit être, je suppose, un effet de votre tropisme...



Taho 12/12/2013 22:05

Une mouche dans un bocal, ce LD. Ca s’agite, ça s’agite, ça s’agite bêtement. Et puis, au final, par manque d’arguments, ça donne dans l’insultant sans talent aucun. Limite, se prend pour Céline,
le gars –essayant d’en emprunter la syntaxe et la langue. C’est d’un maladroit, d’un pathétique aussi. Se pense sûrement subversif et de prendre la pose pour sa petite amie –qui le trouve tellement
« dérangeant »-, alors que tout dans ses commentaires révèle, en vérité, une groupie. Rien qu’une groupie. Une toute petite groupie.

Mahlevent 12/12/2013 19:30

Cher Chouan,

Vous, habituellement si pénétrant, me semblez pour une fois viser à côté (malgré les intéressants extraits que vous citez).

On sent bien où vont vos préférences et de cela vous ne sauriez être blâmé. Toutefois, dire de Céline qu'il est un truqueur est assurément une platitude. Tout grand styliste l'est, à sa manière, à
commencer par Proust. L'article de Brasillach que vous citez -pour savoureux qu'il soit -ne mérite tout de même pas d'être pris au sérieux. Déshabillé de ses oripeaux argotiques, de son phrasé, de
son rythme unique, Mort à Crédit ne serait qu'une étude de seconde zone et non cette jubilatoire et terrible recréation d'atmosphères et de sensations, révékant un grand visionnaire.

D'autre part, voir dans l'avilissement de la mise de Céline un reflet de sa haine me semble constituer une fausse optique. Dans la haine, Morand, Chardonne (voir leur formidable correspondance qui
paraît ces jours ci) ou plus encore Rebatet l'égalent et pourtant ne se sont jamais départis d'une élégance exquise. Il faudrait plutôt y voir la hantise de la mort, de la pourriture, de
l'avilissement du corps ; hantise, certes délirante, qui trouve justement son expression sincère dans cette apparence repoussante, carnavalesque, macabre, à l'opposé de la vanité du costume
"bourgeois". Si Céline substitue au masque de l'homme de lettre, celui du vagabond (qu'il fut en un sens), cette forme ultime est intensément révélatrice et l'apparente aux figures inquiétantes de
Bosch et Brueghel, à l'esprit fébrile, à l'exagération gothique, de cette "automne du Moyen-Âge" que décrivait l'historien Huizinga.

Et puisque vous renvoyiez à d'excellents liens concernant Proust, permettez-moi d'ajouter celui-ci, très éclairant, sur Céline (où l'on retrouve in extenso l'admirable Dominique de Roux):
http://www.youtube.com/watch?v=ytIZ0sGaqwI

Au plaisir de vous lire

Le Chouan 12/12/2013 21:31



Merci de ce commentaire.


Certes, on peut haïr en costume trois pièces, mais on peut aussi le faire en guenilles ! Celles dont s'est recouvert Céline, d'un coup, comme ça, au retour de l'exil, sentent le trucage à plein
nez. Vous y voyez "une hantise de la mort, de la pourriture" et vous faites de Céline un personnage sorti d'un tableau de Brueghel ou de Bosch. J'aimerais vous suivre car, alors, il
commencerait à m'intéresser. Hélas, je n'ai jamais senti, dans ce que j'ai lu de son oeuvre, un quelconque effroi - médiéval - de la damnation.


Pour tout vous dire - au risque d'en decevoir plus d'un -, Céline m'ennuie. Il disait que les histoires et les idées ne l'intéressaient pas; que ce n'était pas avec elles qu'on faisait de la
littérature. Lui ne jurait que par l'émotion et le style. Le style, le style.... il n'avait que ce mot-là à la bouche. Eh bien ! à cause des outrances de son style (j'évite le mot trucages !),
son émotion ne m'émeut pas.



LD 12/12/2013 18:33

Pas d'outrance ici, pas la moindre. Il y aurait outrance par exemple si quelqu'un vous disait "toi grosse salope de bourge qui a pas lu Céline ni bossé le sujet retourne donc s'il te plaît sucer
des bites dans un boudoir comme tes maîtres "grands écrivains" auteurs pédés" vous voyez? (entre nous) Vous voyez la fine nuance? La décelez-vous?

Gros tu as pas bossé ton sujet et tu baves (entre nous, nonobstant, en l'espèce, veuillez agréer) reste tranquille bosse un peu et reviens dessus plus tard. Tutto bene?

LD 12/12/2013 16:37

On a pu lire bien des choses sur cet auteur: ignoble, lâche, vulgaire, truqueur etc. Mais parmi tant de diffamations il manquait encore peut-être le qualificatif de "copieur de Léautaud" non mais
quelle blague! Faut vous pencher sur l'oeuvre et surtout sur la vie incroyable de ce type, car vous n'avez pas pu écrire ça en connaissance de cause. Mort à Crédit, un livre de souvenirs d'enfance,
est un chef-d'oeuvre qui comprend des pages extraordinairement poignantes sur les ancêtres, le temps qui passe, les boulots d'apprentis, le dépucelage, l'ivresse, le rêve intérieur. Presque tous
ses livres sont des chefs d'oeuvre et sa correspondance mérite le détour (ses lettres à Elie Faure par exemple).
Avant de parler sur un auteur français cent fois supérieur à Proust, cent fois plus vrai, plus courageux, cent fois moins bourgeois-flippé bref cent fois plus utile à l'esprit français que ses
contemporains faut bien se documenter et recouper les informations. Il existe bien d'autres photos de lui mais faut chercher un peu mon ami! Céline aimait pas les photos, aimait pas se montrer à
son avantage bien qu'il était très bien fait de sa personne et savait très bien être élégant. Il l'a été toute sa vie jusqu'à la prison au Danemark dont il est revenu démoli. Parler d'un auteur
rescapé de 2 guerres mondiales, condamné, pourchassé, ruiné et dont l'éditeur (M. Denoël) a été assassiné en pleine rue d'une balle dans le dos, comme d'un "copieur" ou d'un "truqueur" c'est se
tromper lourdement.

Le Chouan 12/12/2013 18:09



Vous mélangez un peu tout. Il faudrait faire un tri. Mais votre outrance sous influence (entre nous, passablement ridicule) m'en dissuade.



Guillaume 12/12/2013 10:50

Ah oui ! Oscar Peterson en est une très bonne illustration.
J'aimerai beaucoup vous lire sur le sujet cher Chouan.

Le Chouan 12/12/2013 12:40



Oscar Peterson, Duke Ellington... comme dit la chanson !


Mais je connais mal - très mal - le jazz.


Si, en revanche, le sujet intéresse l'un d'entre vous, je suis preneur !


Amitiés.



Xavier 10/12/2013 18:38

Paul Léautaud démontre que l'on peut tout à fait être élégant et se contenter de peu. Il n'y à rien de pire à mon sens, qu'une élégance ostentatoire et démesurée.

Cher Chouan, je ne sais si vous appréciez autant que moi le jazz, mais il serait intéressant de produire un article sur les mises très soignées de nombreux jazzmen des années
cinquante/soixante.(Les pochettes d'albums du label Blue Note sont un régal).

Nicolas 10/12/2013 09:57

Merci pour ce billet.
Dans la mise comme dans les mots,
“le talent est un titre de responsabilité”.

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