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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 06:53

Philippe Noiret s’étonnait dans ses mémoires de ce que les comédiens soient si mal habillés : « Le statut de comédien est un des rares qui confèrent une totale liberté vestimentaire (…) Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, peu de gens en usent. Rares sont les acteurs qui se soucient de la façon dont ils sont habillés. » C’est que l’élégance a quasiment déserté notre environnement. Les stars de cinéma ne font pas exception.

« Stars »… Il y a longtemps que ces « étoiles » n’éclairent plus notre chemin. Les acteurs s’habillent comme les gens de la rue. « Lorsque les monarchies s’effondrèrent, à la fin de la Première Guerre mondiale, les idoles de Hollywood devinrent les véritables ambassadeurs de l’élégance masculine », explique James Sherwood dans Savile Row. Ces stars-là appartenaient à une autre galaxie. Les Fred Astaire, Gary Cooper, Cary Grant… s’habillaient à la ville aussi bien que dans leurs films. Et pour cause : « (…) les tenues que les comédiens arborent devant les caméras sont aussi celles qu’ils portent dans la vie courante », nous rappelle, dans Des modes et des hommes, Farid Chenoune. Ne dirait-on pas que cette photo, qui sert de couverture au livre de James Sherwood, est tirée d’un film ? Mais non, elle a été prise sur le vif à Londres en 1946, alors que Cary Grant se rendait chez ses tailleurs Kilgour, French & Stanbury :


Savile_Row_James_Sherwood.jpg

 

Les images d’archives – fixes ou animées – nous montrent des hommes mieux habillés qu’aujourd’hui. Point de passéisme dans ce propos, mais l’affirmation d’une évidence. A cela, plusieurs raisons dont celle-ci, qui me semble capitale : pour s’habiller, nos « aïeux » se fiaient aux tailleurs, des hommes de l’art. Les enquêtes disent que nos contemporains se laissent en majorité conseiller par leurs compagnes. De quelle autre aide peuvent-ils bénéficier ? La plupart des vendeurs manquent de culture et de goût et s’en remettre à soi-même - au motif très actuel que mon-goût-vaut-bien-celui-des-autres – se révèle presque toujours catastrophique.

Exit, donc, l’élégance.

Exit, aussi, la beauté. Au cinéma, la beauté ne joue plus les premiers rôles. Fini, le temps des physiques exceptionnels à la Gary Cooper ou à la Cary Grant. Fini, les « profils superbes » à la John Barrymore (essentiel, le profil, dans les scènes de baiser !)


john-barrymore-copie-1.jpgJohn Barrymore    

 

S’il faut trouver une cassure, elle se produit, je crois, dans les années 50, avec les apparitions de Marlon Brando et de James Dean. James Dean plus que Marlon Brando, car le physique de ce dernier, atypique et inédit à Hollywood, perpétue malgré tout la tradition des physiques hors normes. James Dean, en revanche, semble être le grand-frère de nos héros – ou, plus souvent, de nos antihéros - d’aujourd’hui. Avec lui, les critères de la séduction masculine évoluent durablement : petit, voûté, il n’a rien de spectaculaire. Avec ça, habillé en blouson, en tee-shirt et en jean. Pas laid, non, mais pas beau non plus. Pour parler comme maintenant, « mignon ». Oui, c’est ça, James Dean était mignon. Avec son petit nez et ses traits fins, il annonce un Brad Pitt ou un Johnny Depp.


james-dean-sourire.jpeg  James Dean

 

Je schématise, bien sûr. Hollywood a connu avant James Dean des stars dotées d’un physique quelconque et on trouverait après lui des exemples de beaux physiques : jeune, Richard Gere était un second Errol Flynn. Mais, dans ses grandes lignes, je ne crois pas mon analyse erronée.

Ajoutons à cela le brouillage contemporain du sens. Tel acteur mal habillé sera qualifié d’élégant ; tel autre, visiblement laid, sera proclamé beau. Ainsi de nos jeunes gloires nationales Vincent Cassel et Romain Duris !

Quant à ma catégorie préférée – celle des acteurs distingués –, on chercherait en vain qui y nominer… Pour se consoler, on peut toujours visionner les films avec George Sanders.


george-sanders.jpgGeorge Sanders    

 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

G. Bo 18/01/2014 18:54

Bonsoir le Chouan.

Je crois qu'un des derniers vrais acteurs avec de la gueule et du goût s'appelle Daniel D Lewis...

Sartorialement vôtre,
Guillaume.

AD 14/01/2014 19:08

et je m’aperçois que j'ai fait une vilaine faute de frappe,
rêvez au lieu de rêver, mes excuses.

AD 14/01/2014 17:59

Bonjour, bonne année à vous également.

Je ne considère pas le blouson en cuir, les t-shirts ou les sneakers comme des pièces contraire à l'élégance. Certains sont très bien mis avec ce genre de pièces. Parfois des adolescents ou des
jeunes adultes sont nettement plus élégants avec un beau blouson en cuir et de belles sneakers que bien des messieurs portant très mal le costume cravate.
Évidement, il faut être jeune. On voit mal un quinquagénaire s'habiller de cette façon. A ce propos je me souviens d'une interview de Michael Alden pour "For the Discerning Few" qui disait
exactement la même chose avec à l'appui de beaux clichés de Marlon Brando en Jean Basket.

Sinon, vous avez raison, les acteurs d'aujourd'hui ne font plus rêvez et sont aussi mal fagotés que l'homme lambda que l'on croise dans le rue.

Le Chouan 14/01/2014 18:36



Il faut être jeune, oui. En général, j'aime beaucoup les tenues de M. Alden. Mais pas celle-ci : http://forthediscerningfew.files.wordpress.com/2011/10/malden13_leather-jacket.jpg



Le Chiffre 14/01/2014 13:44

Cher Chouan, permeettez-moi tout d'abord de vous souhaiter une très heureuse année 2014.

Cela ne vous surprendra guère si je vous dis que je me retrouve complètment de votre billet ! Encore une fois, vous frappez juste. Quelques remarques :

Je pense qu'à cette époque, la qualité du pap était également remarquable (entoilage, qualité des tissus (et des finitions ?), durabilité). Certes de nombreuses stars allaient chez un tailleur,
mais toute leur garde-robe ne provenait pas uniquement de ces derniers.
Cela me rappelle "The shop around the corner" de Lubitsch où James Stewart, vendeur dans un magasin, réplique à un bellâtre "je ne suis jamais allé chez un tailleur !", car la remarque
sous-entendait qu'il avait une certaine infirmité, qui ne pouvait être "corrigée" vestimentairement parlant qu'en allant chez le tailleur.

Intéressante photo de John Barrymore, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Gary Cooper sans la moustache !
A propos de la photo de Cary Grant -au fait, il y a une petite coquille dans le nom de son tailleur :)-, j'ai toujours été assez étonné de voir qu'il semblait porter des souliers en veaux-velours
avec un trois-pièce et un manteau croisé. Cela va assez peu ensemble, mais bon, tout le reste est tout de même superbe.

Entièrement d'accord avec vous sur ces deux "stars" françaises actuelles qui n'ont de star que le nom. Personnellement, j'aurai mis la cassure dont vous parlez au début de années 60. Dans de
nombreux films américains des années 50, beaucoup de personnages, jeunes et moins jeunes, se mettent à porter des vêtements décontractés plus fréquemment -surtout des blousons, en cuir ou non-,
mais les portent toujours avec élégance. Je pense à Glenn Ford dans Human Desire par exemple, même si le film est assez mineur.

Ce qui est formidable dans les films de cette époque, c'est que, quelle que soit la distribution, on peut être sûr que les acteurs seront élégants, qu'ils soient connus ou non, d'une beauté
classique ou non, d'un physique hors normes ou non (ah, l'inoubliable Peter Lorre...)...



Comme le cinéma est un sujet que vous évoquez régulièrement, puis-je vous suggérer, si vous la connaissez, un article sur Joan Fontaine, une des dernières étoiles d'Hollywood, qui nous a quittés
voici un mois ?


Cordialement.

Le Chouan 14/01/2014 18:40



Bonne année à vous aussi !


Joan Fontaine ne
fait pas partie de mes femmes ! Mais mon harem peut s'agrandir !



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