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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 06:50

Les clichés ont la vie dure. Parlez élégance et l’on vous répond argent, luxe. La confusion est entretenue par les marques de prestige qui ont intérêt à se présenter comme les détentrices des secrets de l’élégance. Celle-ci serait en quelque sorte un domaine réservé aux riches. On a vite fait d’assimiler le beau au cher. Certes, le luxe et l’élégance peuvent se croiser, mais le premier ne saurait être la raison suffisante de la seconde.

« Le contraire du luxe, a dit Coco Chanel, ce n’est pas la pauvreté, c’est la vulgarité. » Il existe pourtant un luxe vulgaire dont on trouve sans effort de multiples illustrations. Cette montre Pasha de Cartier est luxueuse ; quel amateur éclairé la qualifiera de « belle » ?


montre-pasha-def.jpg

 

Un autre exemple ? Ces souliers Berluti sont chers, mais quel élégant les voudrait à ses pieds ?


berluti.jpg 

berluti-deux-copie-1.jpgRevue Pointure, n° 15

 

Et que dire des téléphones portables ou des jantes de voiture incrustés de diamants ?

L’ostentatoire, le m’as-tu-vu – aussi luxueux soient-ils – sont les ennemis de l’élégance. Les princes arabes, couverts d’or et de pierreries, ne sont pas pour cela élégants, non plus qu’un Flavio Briatore dont le mauvais goût est pesant, oh ! si pesant… en euros :


flavio-briatore.jpg

Jérémy Hackett dit très bien les choses : « Quel que soit l’argent que l’on dépense, cela ne suffit pas à faire de soi un gentleman » (Monsieur, n° 48). Car l’élégance ne s’achète pas.

Le luxe rend souvent paresseux.  Combien, parce qu’ils y ont mis le prix, se croient dispensés de tout effort ! Ils choisissent des cravates Hermès qu’ils nouent mal (… mais peut-on les nouer bien ?) et qu’ils ne savent pas accorder à leurs tenues. Ils sont chaussés  de souliers onéreux qu’ils négligent d’entretenir ; leurs costumes sont griffés, mais il leur importe plus de le faire savoir que de les bien porter.

A l’inverse, nous rencontrons parfois des hommes qui, par choix ou par nécessité, ignorent le luxe et qui, pourtant, sont parfaitement mis. Comment font-ils ? Ils respectent les règles du bien vêtir, ils ont du goût et le sens de l’harmonie, ils ont fait de la discrétion un principe, ils sont imaginatifs.

Non, l’élégance n’est pas l’apanage des riches. Faire l’économie du luxe n’interdit pas d'être élégant. Il existe, on l’a dit, un luxe vulgaire. Mais il existe aussi une simplicité distinguée. Méprisons celui-là. Admirons celle-ci. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

du Snob (Monsieur) 18/03/2011 17:12


Pour "rebondir" sur ce que dit SK, le bobo – ou du moins ce qu'il en reste – a plutôt tendance à fuir le bling-bling et à se tourner vers des marques plus traditionnelles pour satisfaire sa "quête
de sens" et sa "soif d'authentique". D'où la récente OPA sur des maisons historiques telles que Barbour (encore ringard il y a quelques années) et Alden, ou bien le succès de marques de créateurs
plus "tendance" certes mais relativement discrètes (Robert McNairy, kitsuné…).

Snob


SK 12/03/2011 22:28


Je ne crois pas que cela soit "bobo". Et puis ce mot, à force, ne veut plus dire grand chose. Le "bobo" historique, disons celui des quartiers parisiens qui l'ont vu naître, s'épanouir, grandir,
donc les quartiers pseudo-populaires qui n'ont de populaires qu'un lointain passé, le 12ème, le 11ème, le 20 ème sud, et le 19 Buttes-chaumont, ne s'habille pas du tout dans le luxe ostentatoire,
ni dans l'absence ostentatoire d'élégance ( ironie, hein ?) . Il a ses codes, discrets, mais qui le fait appartenir d'un coup d'oeil à sa tribu. Je peux vous en parler, j'ai vécu depuis le début
parmi eux, je crois même qu'on a pu me confondre avec eux.


Philippe Booch 12/03/2011 13:12


Ha oui, le concept clodo-rupin, comment dire...


Le Chouan 12/03/2011 14:03



Dans le nouvel Express Styles consacré à l'homme (il vient de sortir), un article traite du «triomphe du mal sapé». Je cite : «Ces mal sapés sont stylés, ou, tout au moins,
conscients de leur style (…) du second degré, de l'ironie, de la citation permanente de références que seul un entre-soi sera capable de lire.»


Exemples : Mouloud Achour, Philippe Katerine. Le triomphe du bobo, quoi...


On trouve aussi une interview de Dries Van Noten dont le récent défilé printemps-été illustrait plein pot (de peinture) le look «clodo-rupin», pour citer Philippe Booch.


J'ai remarqué que les jeunes filles portaient en ce moment des jeans lacérés aux cuisses et ailleurs, façon punks des années 80. Des Fontana mouvants (et émouvants) en quelque sorte !



SK 12/03/2011 13:06


Il y a aussi le look loqueteux avec des fringues ruineuses :
Doug Bihlmaier, Position: Head of Ralph Lauren Vintage ... hum ...

http://jakedavis.typepad.com/jakedavis/2011/03/the-vote-new-yorks-most-stylish-man.html


Philippe Booch 12/03/2011 12:51


Tiens d'ailleurs, pourquoi il y a des boutonnières sans bouton en face sur les cols de veste ?


Philippe Booch 12/03/2011 09:20


Quand je fais le tour des choses que je trouve belles, chics et élégantes, je remarque un dénominateur commun : le sens du pratique, de l'utilité.
La Reverso de Jaeger Lecoultre, le trench coat, la lounge chair de Eames, la Cité Radieuse du Corbusier, les premiers vêtements de Gabrielle Chanel, les costumes de chasse en tweed, le cousu
norvégien pour les chaussures etc... Tout a un sens, tout doit être pratique et utilisable, simple et aisé à reproduire.
C'est pourquoi les lignes de ces objets, vêtements, meubles ou autre sont fluides, intemporelles et évidentes enfin.
Car, après tout, c'est l'évidence qui est un des meilleurs indices de l'élégance.
Quand cela va de soi, cela est souvent beau.
A contrario, regardez le presse citron inutilisable de Starck, les mocassins à gland, les fringues compliquées des créateurs, les meubles improbables de certains distributeurs de masse, tout ceci
finira dans les limbes de l'histoire après avoir été consommé/jeté sans même y penser.


Le Chouan 12/03/2011 12:37



"Une vieille ouvrière disait un jour devant moi à une jeune ouvrière : "Jamais un bouton sans boutonnière." Ce mot admirable et si simple peut servir de devise au couturier et aussi à
l'architecte, au musicien, au peintre", Chanel. Propos rapportés par Edmonde Charles-Roux dans Le Temps Chanel, Chêne-Grasset.



Muskar 11/03/2011 22:25


Assez d'accord avec vous sur les cravattes hermes. Je suis d'ailleurs devenu assez mefiant vis à vis de cette maison depui qu'elle fabrique des ceintures avec un gros H bien "m'as tu vu" en guise
de boucle.

Dans le post dédié au cravattes Hermes, vous parlez de Boivin. Sauriez vous ou ils se trouvent ?


pierre 10/03/2011 20:49


Je salue votre dénonciation de l'esthétique maronnasse de la galaxie LVMH! La distorsion qui est faite de l'idée de l'objet luxeux par cette enseigne est à l'aune de la marche du monde : à l'opposé
de l'éducation aux belles choses (qui demande du recul et prend forcément du temps), ces marques font dans l'exarcerbation. Je viens d'apprendre aujourd'hui que Vuitton est en passe de racheter "La
Hune" pour y installer ses valoches...la toile PVC érigée en objet de luxe, qui remplace l'univers des lettres et de la pensée, voilà qui est bien préoccupant et vous inspirera peut-être un
article.


http://unregardunpeuconservateur.over-blog.com/ 10/03/2011 19:59


Evidemment ! Il suffit de se promener sur celle qu’on appelle à tort « la plus belle avenue du monde » (je déteste les Champs) pour voir des horribles objets horriblement chers… Mes cauchemars sont
hantés par des grossiers personnages exhibant des montres Hublot grosses comme une soupape du Titanic, qui se déplacent en berlines allemandes à vitres fumés et chaussent des souliers en crocodile
rutilants… Si la dérision du nouveau riche qui confond prix et goût est un exercice réjouissant et admis, combien de fois je me suis vu accuser de mépris de classe si j’osai faire des remarques sur
la tenue des personnes pas vraiment aisées… La réplique indignée fusait immédiatement : « ils n’ont pas les mêmes moyens que toi »… Je tiens à dire que les moyens n’ont rien à voir, il suffit d’un
peu de gout… Même pour une somme modique on peut se dénicher une tenue correcte… Un costume gris acceptable ou une veste de tweed, une paire de richelieu, des chaussettes montantes… Il est déjà
assez ennuyeux de ne pas avoir d’argent, alors pourquoi aggraver les choses en choisissant des horreurs, certes à bas prix, mais toujours des horreurs, quand on peut pour le même prix être corrects
? A ce propos, je me souviens d’un très juste article de Julien Scavini à ce sujet…
Amitiés élégantes


Qualis Artifex 10/03/2011 18:56


C'est tellement vrai ! Merci!


Julien Scavini 10/03/2011 17:25


A rapprocher de l'article du jour de PG: quand LVMH s'intéresse à Berluti...


Pimouss 10/03/2011 10:33


Connaissez vous la prière du commissaire-priseur ? Elle convient très bien à la thématique de cet article :

Mon Dieu, donnez de l'argent à ceux qui ont du goût, et donnez du goût à ceux qui ont de l'argent.


Le Chouan 10/03/2011 12:41



Non, je ne la connaissais pas, et elle me plaît beaucoup ! 


Merci !



Isaac 10/03/2011 07:24


Je suis totalement en ligne avec ce rappel.
Même si (et ce n'est pas la première fois cher Chouan) vous vous en prenez aux cravattes Hermès que je trouve plutôt très belle.
Amicalement


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