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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 06:41

Votre interlocuteur se targue d’être féru d’élégance ?

Demandez-lui donc ce qu’il pense d’Edouard Balladur. S’il se met à rire ou à critiquer, passez votre chemin : c’est un imposteur.

Je l’ai dit et je le redis : Edouard Balladur est notre homme politique le plus élégant. Ses costumes sont impeccables, qu’il fait tailler à Londres chez Henry Poole. Admirez sur ce cliché la perfection des épaules, la beauté des revers roulants :

 

balladur revers roulants

 

Quand le temps menace, il enfile une superbe gabardine de laine tandis que ses congénères s’enveloppent dans une vulgaire parka en nylon rouge (Laurent Wauquiez) ou noire (Xavier Bertrand) ou, au mieux, dans un imper Burberry (Jacques Chirac). J’ignore le nom de l’homme qui, sur cette photo, est à sa droite :

 

balladur gabardine contraste

 

Le contraste est, vous l’avouerez, saisissant. Peut-on mieux illustrer la distinction balzacienne entre « la brute » qui se vêt et l’homme élégant qui s’habille ? Mais peut-être jugez-vous ce rapprochement trop facile. Regardez, alors, cette autre photo qui fait mentir les béotiens pour qui le seul port d’un costume-cravate suffit à rendre un homme élégant :


balladur et autres mal habillés

 

Cinq hommes vêtus de costumes – mais un seul à mériter le qualificatif d’élégant. Edouard Balladur n’est sûrement pas mieux découplé que Nicolas Dupont-Aignan (à gauche sur la photo) – mais celui-ci a fait l’erreur de se passer des services d’un bon tailleur. L’allure d’Edouard Balladur, c’est la coupe de son costume qui la lui donne. Comme le disait ma mère, « En voilà un qui peut dire merci à son tailleur ! » Grâce à lui, on parla style vestimentaire. Il remit au goût du jour la veste trois boutons ; il fit connaître les chaussettes pourpres Gammarelli, au grand dam du dessinateur Plantu qui s’évertua à voir dans ce détail vestimentaire un signe de morgue  " Ancien Régime "; il attira l'attention sur les spécificités du style anglais.

L’élégance tient aussi aux manières. Celles d’Edouard Balladur sont empreintes d’une retenue devenue rare. Il manie en virtuose  la « litote gestuelle »… quand, d’autres, qui ont planté le drapeau de leurs ambitions au sommet de l’état, sombrent aujourd’hui dans la « gesticulation hyperbolique  »… « Le style, a dit Max Jacob, c’est la volonté de s’extérioriser par des moyens choisis. » Il parlait de littérature, mais la définition peut valoir pour l’habillement. Dans ce sens, Edouard Balladur est stylé : il a adopté une fois pour toutes le style anglais, marqué par l'understatement. Ce choix coïncide avec sa personnalité contenue et, pour ainsi dire, "boutonnée". La permanence des « moyens choisis » est, enfin, gage d’authenticité.

Les louanges – méritées – tressées, venons-en aux réserves – car on peut en faire.

La palette des couleurs est  pauvre (du beige au gris en passant par le bleu) et quand Edouard Balladur « se lâche », le résultat est déton(n)ant (manque d’habitude et d’entraînement) :


balladur couleur

 

De même pour les motifs. Trouvez-vous heureux ce mélange de carreaux et de rayures ?

Les cravates sont invariablement à petits motifs. Pas même de cravates à rayures ou de cravates tricotées. Au chapitre de la frugalité, notons encore l’absence de pochette. On me rétorquera que le peu n’est pas nécessairement l’ennemi du beau et du bien ; que la limitation des moyens n’interdit pas l'inspiration ; que, bien au contraire, cette limitation, par la concentration qu’elle suscite, peut aider l'inspiration à s’exprimer plus fortement. Je comprends ces arguments, mais, dans le cas qui m’occupe, je ne saurais les faire miens. Le style ressortit aussi à un processus d’individuation sans lequel les « moyens choisis », pour reprendre la définition de Max Jacob, ont toujours l’air d’être empruntés. Clairement, l’anglomanie d’Edouard Balladur a, à mon goût, quelque chose de trop sage et de trop appliqué. C’est comme si l’adoption définitive de ce style avait d’abord été pour lui une assurance à vie d’élégance. Raisonnement de bourgeois en quête de valeurs sûres. Le conformisme n’est pas loin, comme le montrent ces deux unes de Paris-Match :

 

balladur conventionnel8 avril 1993

 

balladur conventionnel deux26 janvier 1995

 

Le « cas » Balladur pose une autre question : la priorité du tailleur doit-elle être d’imposer sa coupe ou de s’adapter le mieux possible à la morphologie de son client ? Colin Hammick, ancien directeur de Hunstman, disait : « Notre but n’est pas l’allure parfaite, mais le style qui améliore l’apparence. » Les épaules Henry Poole tiennent un juste milieu entre les épaules naturelles d’Anderson et les épaules carrées de Hunstman. Sont-elles pour autant appropriées à la morphologie d’Edouard Balladur ? Je ne suis pas sûr qu’elles rétablissent assez l’équilibre entre des épaules tombantes et un cou très fort. A la fin de sa campagne présidentielle, en 95, je me souviens que, cédant pour une fois aux conseils de son entourage, il s’était fait faire par un tailleur français un costume croisé aux épaules plus marquées. Esthétiquement, c’était une réussite.

Le chemisier, en revanche, a su faire ce qu’il fallait pour atténuer la grosseur du cou : col à l’ouverture assez généreuse et aux tombants assez écartés pour permettre à un nœud de beau volume (sans doute un double noeud) de bien prendre sa place.

Les conseillers en image ont une obsession : que les hommes politiques ressemblent le plus possible à des Français – et électeurs – moyens. La plupart d’entre eux se plient sans maugréer à leurs désirs – sans doute parce que, « moyens », ils le sont plus qu’on ne le croit. Mais qu’un homme politique refuse ce diktat soufflé par la médiocrité ambiante, on le moque et on le raille. Ne devrions-nous pas souhaiter, pourtant, que nos hommes politiques fussent pour nous des « modèles » – et pas seulement pour ce qui touche à l’élégance ?

 

(Sur Edouard Balladur, lire aussi Du look et du style, suite)

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Antoine 01/02/2011 11:21


L'homme en photo a côté d'Edouard Balladur est le professeur de droit constitutionnel Guy Carcassonne, un proche de Rocard et certainement pas un chouan. Hélas. Bravo pour votre blog. La politique
c'est aussi le style.


Nicolas 31/01/2011 21:10


Bonsoir,

Pour ma part j'admire le revers, le cran et le tissu de la photo 4. Le tout est une merveille d'harmonie, de galbe et de tombé.
Mais pour le reste, c'est élégant, mais triste.
Amitiés

Nicolas


http://unregardunpeuconservateur.over-blog.com/ 30/01/2011 19:12


Ahie... Je crains n'avoir suscité votre courroux en mentionnant Curling .
Cela dit, je trouve cette marque de prêt à porter assez convenable (pardon pour cette hérésie, ami Chouan).
Amitiés élégantes


Le Chouan 30/01/2011 19:51



Non, non... Je veux dire que, si je connais cette marque de nom, j'ignore la qualité des produits.


Amitiés.



http://unregardunpeuconservateur.over-blog.com/ 27/01/2011 22:00


Bonjour, encore un bien bon article !

Où peut-on acheter cette mythique gabardine en laine ?
Dans le domaine du prêt à porter, j'ai découvert récemment la maison Curling. Qu'en pensez vous ?


Le Chouan 29/01/2011 18:51



Une gabardine de laine en prêt-à-porter ? Introuvable, je le crains.


Curling ? Je ne sais quoi vous dire...


Amitiés.



philippe booch 27/01/2011 18:38


Edouard, pas Edgar, pardon !


philippe booch 27/01/2011 18:38


C'est vrai qu'il était bien habillé l'Edgar.
Un physique... particulier en rajoutait dans cet "understatement" que vous évoquez. Rien de criard chez cet homme, pas même le visage, un vrai passe-muraille. Ce qui explique le petit nombre de
personnes ayant remarqué que sa mise était très étudiée. Pis même, on moquait ses chaussettes de Cardinal. Désormais, on se les arrache...
La pochette l'aurait définitivement classé la catégorie des poseurs auprès des électrices du 15 ème arrondissement, il ne pouvait pas se permettre.
Peut être qu'en secret il rêvait de carré de soie voletant dans la bise l'Edouard.


Le Chouan 27/01/2011 19:55



"Un carré de soie voletant dans la bise" : bien vu ! D'autant que je crois savoir qu'il a la gorge fragile, l'Edouard !



Christophe 27/01/2011 18:27


le personnage à droite d' E. Balladur s'appelle Guy Carcassonne.


Virgile 27/01/2011 16:34


Je confirme!

Il s'agit bien du professeur Carcassonne (excellent professeur, par ailleurs!)

Virgile de FTDF.


Jérôme 27/01/2011 16:07


Vos articles sont toujours un régal.

Merci.

Il me semble que la personne accoutrée d'une chemise rouge et d'une cravate rose est le Pr. Guy Carcassonne, spécialiste du Droit Constitutionnel.


Le Chouan 27/01/2011 19:44



Le professeur Carcassone... Je ne l'avais pas reconnu. Ses Prestations dans "C'est dans l'air" m'avaient plutôt habitué à un homme soucieux de son apparence. Mais manquant singulièrement de goût.


 



Olivier 27/01/2011 12:25


Cher Chouan,

La troisième photographie est exemplaire et illustre à merveille votre propos ainsi que les mots de madame votre mère : eh oui, M. Balladur est presque "smart" grâce au talent des tailleurs de la
maison Henry Poole !

Quant à la quatrième photo, elle me rappelle un peu mon père. Le costume sombre, la chemise blanche et la cravate (ou le noeud papillon parfois) à motifs (pois ou "ancient madder" dans des tons
éteints) étaient son quotidien. Mais le week-end, privé de son uniforme de diplomate, il s'essayait à des tenues plus "casual"... Et c'était évidemment catastrophique !

Une remarque sur la pochette pour finir. Je suis un inconditionnel de la pochette blanche. Ou crème avec certaines tenues sport. Mais à mon avis, il faut en user avec beaucoup de circonspection. En
effet, le problème est que, devenue aujourd'hui quasiment absente de la garde-robe masculine, et donc remarquable dès lors qu'elle est portée, elle confère à celui qui l'arbore un côté "je prête
grande attention à ma mise" qui me gêne. Du coup, je comprends qu'un homme politique décide d'en faire l'économie. Surtout lorsque par ailleurs il affiche, à l'instar de M. Balladur, une élégance
toute britannique qui risque de heurter ses concitoyens dans leur patriotisme. Son physique "bourbonien", ses chaussettes écarlates et ses manières distinguées lui valaient déjà suffisamment de
moqueries comme cela.

De mon côté, j'avoue m'interdire de porter une pochette en toutes occasions. Tout dépend des circonstances, du moment de la journée et, bien sûr, de mon humeur. Certains puristes la trouvent
d'ailleurs incongrue, attendu que la veste masculine, au départ, ne comportait pas de poche de poitrine. Quant à la pochette de couleur et à motifs, je ne la porte que sur des vestes sport, sans
cravate. L'un plus l'autre, c'est trop, beaucoup trop.

Pour finir, si j'osais, une demande. Comme je vous sais amateur de couleurs, je serais très intéressé par un billet qui traiterait des accords chromatiques que vous appréciez.

Je vous souhaite une bonne journée, ainsi qu'à vos lecteurs.


Le Chouan 27/01/2011 19:39



Pochette de couleur + cravate, "c'est trop", dites-vous. Si vous avez cette crainte, pourquoi ne pas tenter la combinaison : veste et cravate ton sur ton + pochette de couleur ?  Alors, la
pochette prend tout son sens. Sans elle, la tenue perd tout relief.


Oui, la pochette fait débat. Il y a ceux, aussi, qui en proscrivent l'usage avant six heures du soir...




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