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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 06:37

Prenez le texte qui suit comme une récréation, un exercice de style.  Pour sourire, je me suis essayé au pastiche de Marc Beaugé qui, chaque semaine, publie dans M, le supplément du Monde une chronique commençant invariablement par la formule : « Est-ce bien raisonnable de… » Les habitués de cette chronique s’amuseront peut-être de retrouver sous ma plume quelques traits caractéristiques de l’écriture de Beaugé. Mais si la forme est empruntée, le fond reste personnel.

 

 

laurent-ruquier.jpgLaurent Ruquier

 

Autrefois objet de la plus grande considération, la cravate semble être devenue une ennemie pour l’homme d’aujourd’hui. Regardez autour de vous : combien d’hommes portent encore la cravate ? Et quelles cravates – Mon Dieu, quelles cravates ! – choisissent ces derniers Mohicans ? Il est loin le temps où Balzac proclamait : « Une cravate bien mise, c’est un de ces traits de génie qui se sentent, s’admirent, mais ne s’analysent ni ne s’enseignent. » Mais si la plupart des hommes ont abandonné la cravate, ils n’ont pas pour cela tombé la veste.

Là est, si l’on peut dire, le nœud du problème. Car la veste portée sur une chemise sans cravate soulève un problème stylistique majeur, le col de la chemise ayant été conçu pour être fermé par un nœud, de cravate ou papillon. Une rapide consultation des meilleurs ouvrages consacrés à l’élégance prouvera à tous les néophytes que la manière incriminée, devenue à ce point banale qu’il semble qu’elle ait toujours existé, ne s'est définitivement imposée qu’au cours des toutes dernières décennies.

Mais l’origine du phénomène remonte à plus loin. Libérant le cou des hommes, la victoire du col mou sur le col dur au tournant des années 20 ouvre une brèche dans laquelle les partisans de plus en plus nombreux de la décontraction et du confort vont s’engouffrer. Deux données ralentiront néanmoins le processus. D’une part, la chemise, vêtement du dessous, ne saurait se découvrir qu’avec parcimonie. Ainsi, aux beaux jours, de nombreux élégants substitueront le foulard à la cravate. D’autre part, il aurait été malséant, donc impensable, de se décolleter à la façon d’un certain philosophe médiatique actuel ennemi d’une sagesse qu’il fait pourtant profession d’aimer. Aussi, les plus audacieux se borneront-ils à rabattre le col discrètement échancré de leur chemise sur le revers de leur veste. 

Au vrai, cette pratique, prisée par les intellectuels et les artistes, ne manquait pas de cohérence. Elle créait un lien entre la chemise et la veste. L’absence de cravate n’était plus lue comme un manque mais comme une nécessité. Dans le meilleur des cas, elle donnait à qui l’adoptait un petit côté négligé chic qui n’était pas dénué de charme.

En tout état de cause, elle valait mieux que la pratique actuelle qui semble n’avoir d’autre raison que le rejet de la cravate considérée, à tort, comme le symbole absolu du formalisme vestimentaire. Pourquoi tant de haine ? Un homme élégant en veste de tweed, chemise de couleur et cravate tricotée n’aura pas l’air endimanché d’un Laurent Ruquier, par exemple, présentant le samedi soir son émission On n’est pas couché en costume sombre et chemise blanche, mais sans cravate.

A son premier G8 en mai 2012, François Hollande provoqua l’hilarité sympathique de Barack Obama en se présentant cravaté à un dîner à Camp David, la résidence de campagne des présidents américains. « On avait dit que tu pouvais enlever la cravate ! » lança Barack à François. Mais le côté guindé du Français tenait bien moins à sa cravate qu’à son costume sombre et à sa chemise blanche. De l’autre côté, le recours à une tenue dépareillée expliquait de façon plus convaincante la décontraction de l’Américain que le col de la chemise laissé ostensiblement ouvert. Aller cou nu quand on est en chemise et en veste présente trois vices majeurs : c’est illogique, inesthétique et, quand l’adepte perd tout sens de la mesure, ça frise l’obscène. Laissons donc à nouveau les belles cravates se pendre à nos cous et les jolis papillons se poser sur nos cols.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Guy 04/06/2015 16:07

Pour moi, ce n'est pas obligé de mettre une cravate sous sa veste. Sans elle, cela donne un air plus décontracté.

Artling 03/04/2014 15:36

On a tous nos choix!Mais porter une cravate sous une veste n'est pas obligatoire.

Le Chiffre 16/02/2013 21:54

A présent, reste à M. Beaugé de pasticher à son tour un article du Chouan... Par exemple : Mes essentiels . IV. Le costume. Quelle coupe ? ;)
Plaisanterie mise à part, entièrement d'accord avec vous sur le sujet concerné. Je pense que l'on peut tolérer que l'on déroge à la règle s'il s'agit d'un ensemble dépareillé, sport (ex. : blazer,
pantalon clair et chemise claire - mais seulement à la mer), même si la cravate sera toujours un plus. En revanche, avec un costume, qu'il soit de ville ou de campagne, c'est tout simplement un
sacrilège que de ne rien porter avec sa chemise.

Marc Beaugé 15/02/2013 22:42

:)

Erwan 15/02/2013 17:33

J'entends bien, mais que conseillez vous cher Chouan pour être élégant sans cet... "attribut de pendu" HAHA.
Un col mao? Bof
Un col roulé? Pas mal mais il fera bientôt trop chaud
What else?
Amitiés

Le Chouan 18/02/2013 18:13



Un col Mao... pour ressembler à Jacques
Attali ?...


Avec un costume ou, même, une tenue dépareillée, point de salut sans cravate !


Certains, comme pour compenser l'absence de celle-ci, glissent alors une pochette dans la poche de poitrine. Au printemps, c'est acceptable, mais cette option, très prisée des vieux beaux, est à
manier avec beaucoup de précaution.



youhou 14/02/2013 18:16

de 2min39 à 3min:
http://www.youtube.com/watch?v=29rfUCKnWLg

Un conservateur éclairé 13/02/2013 18:59

Cher Guillaume,
Je compatis votre situation et vous avez toute mon amitié. A ce propos, j’aimerais connaitre l’opinion du Chouan, notre maître-à-penser, sur les modèles et les coupes de Dior Homme… Selon ce que
vous écrivez, effectivement toute tenue en dehors de cet espèce de « look urban-branché » rendrait son porteur visible, comme on dit, comme le nez au milieu de la figure… Ainsi soit-il, mais, que
serait-ce une figure sans nez ?
Amitiés élégantes

Le Chouan 14/02/2013 19:51



Maître à penser ? Pensez donc ! Même pas maître à hablller !


 



Guillaume 13/02/2013 16:28

Vos remarques sont tout à fait justes, mais ne s'appliquent que difficilement à la sphère professionnelle. Cette "acceptation" passe forcément par la répétition, puis l'habitude, puis enfin la
normalité.
Au minimum pour la première étape, il faut aller à l'encontre de ce qui fait la norme pour ses supérieurs, et ça, c'est bien souvent rédhibitoire dans le monde professionnel.

Dans le même genre, chez Dior homme, peu importe que l'on porte un jean troué, des baskets déconfites ou un vieux T-shirt (c'est même plutôt bien vu), mais en revanche interdiction absolue de
porter de la couleur - éventuellement du bleu très très nuit.

Bien fou celui qui aurait osé braver cet interdit, et croyez moi, même avec la répétition, sa mise ne serait jamais devenue "invisisble".

Un conservateur éclairé 13/02/2013 16:26

Cher Chouan,

aux deux questions, ma réponse est OUI.


J’ai participé à plusieurs réunions en costume à rayures tennis alors que mon directeur était en pull-over. Et chez moi, loin de regards, je suis certes habillée moins formellement, mais toujours
avec une certaine « harmonie ».
Amitiés élégantes

Muskar 13/02/2013 12:20

Si la cravatte est portée régulièrement, donc naturellement, elle fait vite partie de votre image, et c'est son absence qui est remarquée.

Un conservateur éclairé 12/02/2013 19:11

Le cri de désespoir de l’ami Guillaume vient confirmer mon constat de « remarquabilité involontaire » qui a suscité tant de réactions il y a quelques jours. Voici prouvé qu’on peu fréquenter des
gens haut-placés qui, par paresse et manque de gout, négligent leur mise et se décravatent à tout va. Faut-il se plier à leur diktat, tel les sujets d’une tyrannie soviétique ? Non, il faut
persévérer et s’habiller (et surtout penser) selon son propre gout et sa propre tête. En faisant cela, après les premiers jours caractérisés par des regards intrigués, on finira par devenir «
invisible » au moins dans notre environnement quotidien. Nos si peu charmants collègues s’habitueront à nous voir en flanelle, tweed ou rayures tennis et plus personne ne verra notre différence.
Nous serons visibles, remarquables, mais serons un point de repères habituels. La Tour Eiffel dépasse les toits parisiens, tout le monde la remarque, mais elle est à sa place ! Dans le pire de cas,
nous serons considérés comme un original, chose qui est loin d’être blâmable. Petite anecdote de « vie vécue » : à 14 ans, à l’entrée au lycée, je choisis d’abandonner les habits de l’adolescence
et d’adopter l’ensemble dépareille tweed + pantalon de flanelle, avec cravate quotidienne. Railleries et moqueries obligatoires pendant un mois, questions étonnées, du type « ces sont tes parents
qui t’obligent ? », etc… Puis la bulle se dégonfla, et depuis plus personne ne s’occupa de mon aspect. Et si aujourd’hui j’entends encore parfois un commentaire, je ne répond pas, honorant le
précepte de Michel Audiard : « Je ne parle pas aux c…, ça le instruit ».
Amitiés élégantes

Le Chouan 13/02/2013 16:03



Cher Conservateur éclairé,


Je voudrais vous poser deux questions :


- Vous habillez-vous plus formellement que votre patron (si, bien sûr, vous en avez un) ?


- Prêtez-vous autant d'attention à votre tenue quand vous êtes seul à la maison que lorsque vous vous trouvez en société ?


Amitiés.



Guillaume 12/02/2013 10:10

Cher Chouan,

Avec modestie, je pense pouvoir apporter une explication à l'abandon de la cravate. Si la majorité des hommes trouve (j'ai un doute sur l'accord) qu'elle "serre", "étouffe", ou "fait vieux jeu",
laissez moi vous raconter mon "cas" un peu différent.

Travaillant pourtant pour une maison qui en fabrique de bien belles, dans laquelle on pourrait croire l'élégance encore considérée comme une vertu, j'ai vite laissé "tomber" la cravate.

A mes premiers jours, heureux de pouvoir enfin porter mes costumes (après la vie étudiante), la question de porter également une cravate ne se posait même pas. Et pourtant...

Tout d'abord, parmis les trois hommes du service, un ne portait ni l'un ni l'autre. Le deuxième - mon directeur - ne porte que le costume, façon Ruquier. Mon inquiétude s'est confirmée quand je me
suis rendu compte que seules les hautes sphères semblaient concernées par le costume-cravate.

Après plusieurs jours (semaines?) de persévérance,j'ai perdu une première bataille ; je laisserai mon costume au placard. Comme vous le décrivez, la combinaison gagnante veste de
tweed/velours-cravate tricotée fut un temps un bon compromis. Mais ensuite, mes forces diminuant et ma culpabilité prenant le chemin inverse, j'ai dû abdiquer.

Désormais, je vais travailler en veste sport, mais sans cravate (et une culpabilité est venue remplacer la précédente). Dans le monde professionnel, le code interne est tenace, et être mieux mis
(ou du moins plus formellement mis) que son directeur, cela ne se fait pas.

Alors oui, cher Chouan, je confesse avoir céder à ce vilain péché, et j'en suis peu fier. Mais je préfère cela au risque de froisser mon entourage professionnel.

J'ose croire que je ne suis pas le seul, et par là je pense expliquer pourquoi, par pression extérieure, certains d'entre nous sont tombés du côté obscur de la faiblesse vestimentaire.

Mais rassurez-vous cependant, si tôt rentré chez moi, je me hâte de nouer une cravate autour de mon cou, pour quelques heures au moins. C'est ironique n'est-ce pas?

Le Chouan 12/02/2013 12:54



Je comprends parfaitement vos scrupules. Votre témoignage montre qu'on ne peut pas toujours faire abstraction de son entourage dans le choix de sa tenue. Le comble, c'est que vous travaillez dans
un milieu qui devrait être "porteur" en matière d'élégance...


Peut-être pourriez-vous suggérer à vos "supérieurs" la lecture de quelques blogs qui défendent contre vents et marées le port de la cravate !...



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