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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 07:00

 Permettez-moi de vous offrir un vers !

« J’irai flâner d'un pas de don Juan dandy ».

Depuis quand je le connais ? Où l'ai-je lu ? Qui me l’a appris ? Mystère… Je sais seulement qu’il est de Maïakovski, ce géant qui s’exprimait par raccourcis saisissants. De quel poème est-il extrait ? Du Nuage en pantalon ? Je ne le sais pas, je ne le sais plus, et, à dire vrai, n’ai aucune envie de le savoir.


maiakovski.jpg

 

Je ne crois pas avoir une seule fois vraiment réfléchi au sens de ce vers : un don Juan dandy, cela se peut-il ? Le dandy n’est-il pas plutôt l’homme d’un seul homme… lui-même ? Ce qui me retient est ailleurs ; il est dans l’assemblage des mots, tous chargés en poésie et en rêve : don Juan et dandy, bien sûr, mais aussi flâner. Et voilà que me reviennent à l’esprit ces paroles de Balzac : « Flâner, c’est la gastronomie de l’œil… flâner, c’est vivre » et ce titre d’Apollinaire : Le Flâneur des deux rives…

« J’irai flâner… » La flânerie est présentée comme une promesse certaine de bonheur, de liberté, d’aventure, d’amour… Le rythme fait le reste, celui d’un alexandrin qui marche fièrement sur ses douze pieds. Et moi, sur les deux miens, j’avance avec ce vers qui me tourne dans la tête… et qui me grise un peu.

C’est le printemps. Il fait doux. Je me suis habillé de couleurs claires. J’ai osé la pochette, cette fleur de soie qui vous pousse sur le coeur. Je m’oblige à relever légèrement la tête et je glisse la main dans la poche de mon pantalon. Tout à l’heure, je ferai une halte à une terrasse de café. Je commanderai une bière. Si j’ai de la chance, le fantôme de Monsieur Albert frôlera mon épaule. Et j’attendrai, le cœur battant mais la mine indifférente, que l’Aventure pose sur moi ses yeux de fougère.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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philippe booch 06/06/2014 18:19

Très joli.

Toukandèle 04/06/2014 18:23

Petit poème très connu, je ne me lasse pas des thèmes évoqués et surtout de la "musique" de Rimbaud :

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Mars 1870.

JLS 04/06/2014 14:04

Cher Chouan,

Bravo pour ce billet, rafraîchissant.Surtout les dernières lignes, d’une manière quelque peu baudelairienne, celle des petits poèmes en prose. De la légèreté, de la fluidité, un certain abandon, de
la nonchalance élégante, bref, un - trop - court mais vif plaisir de lecture !

Quoiqu’il en soit un genre assez nouveau chez vous me semble-t-il, qui module avec bonheur votre rigueur stylistique habituelle (me permettrez-vous de la trouver parfois un peu sèche ?).

Et puis-je encore vous inciter à varier plus souvent vos billets sur ce ton du « Chouan poète» ? Il est excellent !

Bien à vous,

JLS

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