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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 06:57

J’ai vu  La Grande bellezza à sa sortie. Un film sur la beauté – la « grande beauté » -, ça ne se rate pas ! Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’il a été récemment édité en DVD.


la-grande-bellezza-un.jpg

 

Ma première impression avait été mitigée. Paolo Sorrentino a réalisé un film sur le beau, mais pas sur le bien ! Le spectateur est pris dans un tourbillon fascinant d’images et de musique. Mais l’histoire se réduit à peu et les clichés sont nombreux : pureté du premier amour ; hypocrisie du clergé ; suicide du jeune homme épris d’absolu ; fumisterie d’un certain art contemporain ; fausse superficialité du journaliste mondain, héros du film, par ailleurs écrivain plus ou moins raté, etc. J’avais surtout regretté que, par manque d’analyse et de profondeur, on reste extérieur à ce héros si peu héroïque, formidablement interprété par Toni Servillo.


tony-s-def.jpgTony Servillo par Victor R.

 

La « leçon » finale, qu’il nous délivre en voix off, m’avait semblé bien courte. Je me souviens que, par mail, je m’étais ouvert de mes réticences à un ami cinéphile. Son avis, tout différent du mien, me conduisit à nuancer mon jugement. Ce film lui était précisément apparu profond « en ceci qu’il montrait que rien ne saurait échapper à la superficialité ».

Quoi qu’il en soit, en dépit de ses faiblesses, « La Grande bellezza » est à cent coudées au-dessus de notre production hexagonale marquée par une idéologie libertaire et anarchisante à bout de souffle. Le conformisme de l’anticonformisme saute à la rétine. Nos réalisateurs décalquent à l’envi les évolutions sociétales quand ils ne succombent pas à la facilité du « remake ». Imiter, pourquoi pas, à condition de dépasser, de transcender son modèle à l'instar de ce que firent nos auteurs classiques avec ceux de l'Antiquité. L'inspiration est étouffée et le système, cadenassé. Fils et filles de pullulent à tous les étages – production, mise en scène, comédiens… Les avances sur recettes ne sauraient être accordées à des projets sortant des clous du politiquement correct. En conséquence, on fabrique de l’attendu ; on s’interdit ce qu’on sait devoir être refusé. La censure est, pour ainsi dire, dans l’air du temps. Pas étonnant qu’aux êtres sensibles, l’air soit devenu irrespirable.

Il n’y a pas si longtemps, notre plus grand dialoguiste était un anarchiste de droite ; notre plus grand acteur comique, royaliste et catholique ; parmi nos meilleurs réalisateurs, on comptait un catholique rigoriste, un royaliste nostalgique, un royaliste et catholique un brin libertin…

Ma façon de rêver, c’est de me souvenir. De Michel Audiard ; de Louis de Funès ; de Robert Bresson ; de Philippe de Broca ; d’Eric Rohmer…

… Ah ! j’allais oublier : les tenues que porte Toni Servillo dans « La Grande bellezza » raviront les amateurs du style italien ! 

 

la-grande-bellezza-def.jpg

 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

a.o. 03/09/2014 13:55

Entièrement d'accord avec vous concernant la médiocrité des productions hexagonales: coûteuses et caricaturales.
Avant nous avions "la nouvelles vague".
Dorénavant c'est "la nouvelle vase".

Left Bank 15/03/2014 22:22

A quand un billet sur Michel Piccoli?

hirsute 08/03/2014 17:08

Bonjour,
je ne suis pas sûr d'avoir compris la même chose, quelle leçon avez-vous retenue de la dernière phrase off du film?

Muskar 27/02/2014 21:58

Je ne sais pas s'il faut blâmer l'acteur ou le personnage, mais la façon dont M. Servillo mange son minestrone manque singulièrement de tenue.

franck 27/02/2014 19:46

chouan,
seule Rome pouvait offrir un décor digne pour permettre la mise en scène d'un film qui se nomme La Grande Bellezza.
Quand Milan travaille et s'occupe uniquement à ses affaires, elle oublie d'être belle et s'enlaidit inexorablement peu à peu. Venise? non Venise n'a plus la force de s'opposer à la vulgarité. elle
sombre peu à peu faisant tout de même face avec courage et acharnement mais désormais il est peut être trop tard pour elle. pauvre Venise! Naples, trop jalouse de son histoire et de son passé
fastueux, garde en son sein ses secrets et ne s'offre pas, ce qui la rend distante et effrayante.
Rome quant à elle exalte la beauté, non seulement la sienne et mais aussi la notre. tout y est splendeur, de partout, tout le temps, tout le monde. Rome est généreuse, elle vous donne tout ce
qu'elle possède sans compter. elle vous accueille pour partager sa lumière et sa grâce.
et pour contredire le fameux proverbe, ne faites pas à Rome forcément comme les Romains, promenez y vous avec votre propre style et votre élégance, Rome vous aimera.

AD 27/02/2014 11:09

Je n'ai pas vu La Grande Bellezza, en revanche Toni Servillo est un très bon acteur. Son interprétation de Giulio Andreotti dans Il Divo fut magistrale.

Geoffrey 26/02/2014 16:45

L'impression laissée dernièrement est que tout ce qui est bel et bon est de droite réactionnaire. Ce qui est tout aussi aberrant que de penser l'exact contraire, selon moi. être trop en réaction
contre ce qui nous entoure me semble stérile ; une affirmation par le négatif de certaines valeurs est moins solide que la simple déclaration (sans mise au pinacle) de ces mêmes valeurs. J'aimais
mieux le Chouan qui n'avait rien à défendre et qui se contentait d'être. Maintenant, comme je l'ai dis précédemment, ce n'est que mon ressenti, avec toute la subjectivité que cela comporte.

FMR 26/02/2014 13:59

Je l'ai beaucoup aimé moi ce film, à quelques réserves scénaristiques près (le premier amour par exemple). Je ne suis pas sûr qu'il critique qui que ce soit plutôt que constater avec amusement et
ironie.
Tout le monde est chatouilleux sur l'anticléricalisme ici ? (comme quoi quand ça vous concerne personnellement, n'est-ce pas...) Il ne se moque à mon sens pas du clergé mais d'un personnage de
cardinal, ou à la rigueur du clergé mondain romain, lequel déplaît aussi à l'actuel pape, non ? Mais peut-être trouvez-vous que sa moquerie n'est pas assez précise : aurait-il dû évoquer les
turpitudes moins légères du clergé et de la noblesse noire (détournements de fond, proxénétisme dans la chorale du Vatican, et cætera)

En résumé, un extrait des dialogues :
« On t'aime bien, on te connaît. Mais on connaît aussi nos mensonges, c'est pourquoi contrairement à toi, on finit par parler de vacuité, de bêtises, de potins, pour éviter de nous mesurer à notre
mesquinerie.
Nous sommes tous au bord du gouffre, notre seul remède est de nous regarder en face, de nous tenir compagnie, et de rire un peu de nous. Non ? »

Pour ce qui est de la qualité du cinéma, ce film est il représentatif du cinéma italien moyen ou une exception ? En l'année dernière il y a eu quelques très bons films français, « La Fille du 14
juillet » et « Michael Kohlhaas » par exemple.

Le Chouan 26/02/2014 16:12



A quand un film à ce point clérical qu'il me rendrait tout de bon anticlérical ?


Il y a aussi cette religieuse centenaire, sorte de caricature de Mère Térésa...



Geoffrey 26/02/2014 13:05

"Il n’y a pas si longtemps, notre plus grand dialoguiste était un anarchiste de droite ; notre plus grand acteur comique, royaliste et catholique ; parmi nos meilleurs réalisateurs, on comptait un
catholique rigoriste, un royaliste nostalgique, un royaliste et catholique un brin libertin…"

Mais quel esprit étriqué cher Chouan ! depuis une vingtaine d'articles vous vous enfoncez dans des propos qui me semblent être la caricature de vous-même ; enfin, de ce que vous étiez avant. Depuis
que je vous lis, j'ai bien compris quelles étaient, même vaguement, vos idées. Bien éloignées des miennes, je n'en prenais pas moins plaisir à vous lire car l'art de se vêtir n'est d'aucun parti.
Mais depuis quelqu'un temps je me fatigue à chaque lecture : est-ce le fait d'avoir un président de gauche qui vous hérisse autant ? Soit le problème est dans ma perception de vos paroles, soit
vous avez effectivement changer le ton de votre blog. Ce message n'est pas fait pour polémiquer, mais pour que vous preniez conscience que l'impression laissée par vos articles s'est modifiée
depuis peu. Peut-être en êtes-vous parfaitement conscient, et dans ce cas, je me tais et part, en vous saluant respectueusement.

Le Chouan 26/02/2014 16:09



"L'esprit étriqué"... Vous savez, si tous les réalisateurs étaient catholiques et royalistes, je serais le premier à en réclamer qui soient révolutionnaires et athées ! Ce que je
regrette, c'est l'uniformité idéologique de notre cinéma français actuel. J'ai tort ? Alors, détrompez- moi, avec arguments et exemples ! Louis Malle - que cite Xavier dans son excellent
commentaire - n'était pas ce qu'on peut appeler un dangereux extrémiste. Philosophiquement, on le rangera du côté des sceptiques. Mais il n'avait pas un esprit étriqué, lui ! Et c'est
ainsi qu'il choisit de transposer au cinéma Le Feu follet de l'infréquentable Drieu La Rochelle. Facteur aggravant : il choisit Maurice Ronet pour interpréter son héros, notoirement de
droite et, accessoirement, membre des "amis de Robert Brasillach" ! 


Au fond, je ne revendique qu'une chose qu'un mot bien de notre temps dit à merveille - c'est la diversité !


Maintenant, libre à vous de continuer ou non à me lire; je n'ai ni les moyens ni l'envie de retenir quiconque.


Bien à vous.



Xavier 26/02/2014 12:20

J'ai également été très déçu par ce film. Les références à Federico Fellini sautent aux yeux dès les premières scènes. Il y a à mon sens beaucoup de scènes inutiles, prétentieuses et mêmes parfois
complètement niaises. Paolo Sorrentino a sans doute vu et revu "La Dolce Vita", "Otto e Mezzo" ainsi que tous les films de Risi et de Bolognini, mais son œuvre manque cruellement de saveur. Je vous
rejoins également sur le manque d'"analyse et de profondeur". La critique d'un clergé superficiel et décadent n'a plus lieu d'être aujourd'hui. Pasolini aurait sans doute défendu l’Église s'il
avait vécu à notre époque... Sorrentino tombe aussi dans le piège récurrent de la facilité. Nombreux sont les cinéastes, qui, soucieux de filmer la superficialité et l'ennui d'une société, en
viennent à produire eux-mêmes un film superficiel et ennuyant. Louis Malle l'avait bien compris en réalisant "Le Feu Follet". Antonioni montre lui aussi avec "L’Eclisse", la fascination du vide. Un
vide terrifiant, existentiel mais qui ne perd rien de son élégance.

Il est difficile cependant de blâmer entièrement Paolo Sorrentino. Notre époque désespérément laide et vulgaire ne cherche même plus à sauver les apparences, à conserver une sorte de dignité
élégante comme ce fût le cas dans les années cinquante et soixante. Les réalisateurs de ces deux époques devaient alors soulever le voile de l’élégance superficielle des individus pour pouvoir
dénoncer leurs bassesses et leurs misères. Aujourd’hui, la vulgarité et la laideur sont revendiquées, acceptées, et même défendues. Il n’y a aucune hypocrisie à dénoncer, aucune apparence à
soulever. "La Grande Bellezza" s'est trompée de cibles et d'époque.

Toni Servillo est assez élégant dans le film mais ses tenues ne sont pas exempt de défauts. (Les pantalons trop longs par exemple…)

Voici une très belle bande-annonce de ce film :

http://www.youtube.com/watch?v=QHdgaZK3hhw

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