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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 07:53

Le titre de deux de mes articles précédents (« Penser sa garde-robe ») m’a donné l’idée d’aller voir du côté des philosophes. Comment ces professionnels de la pensée s’habillent-ils ? Pensent-ils leur garde-robe ? Sont-ils de purs esprits ? Se vêtir relève-t-il pour eux de l’ennuyeuse nécessité ? J’ai retenu cinq noms en prenant la notoriété médiatique comme critère. Passons en revue les membres du club.

Peu de choses à dire sur André Glucksman. Son visage de Mongol retient plus l’attention que sa mise. Il intrigue, suscite des questions. Visage retiré ? Vrais cheveux ou perruque ? Cette coiffure à la Cabu étonne. Ou à la Andy Warhol. J’inclinerais pour la perruque – voir la couleur des cheveux, leur épaisseur (à 73 ans tout de même…), leur régularité.

     

andre-glucksmann.j.jpg


Pour certains, André Glucksman a trahi les idéaux communistes de sa jeunesse pour se transformer peu à peu en un atlantiste forcené (échevelé ?). Il fut l’un des très rares intellectuels français à se prononcer, en 2002, en faveur d’une intervention militaire en Irak.

André Gluksman est peut-être passé à l’ouest (ses ennemis le disent à l’ouest, très à l’ouest…), mais il a gardé une gueule genre méchant agent soviétique dans un James Bond ancienne manière.

 

Maintenant, jouons un peu. Quel look imagineriez-vous pour un philosophe qui professe une doctrine libertaire et hédoniste ? Du rouge… une longue écharpe… une barbe hirsute… des cheveux très longs… une veste de velours… Eh bien, non ! vous avez tout faux ! Voici un portrait du philosophe en question :


michel-onfray.jpg 

Ne dirait-on pas la mise d’un janséniste ? Notez les lunettes rectangulaires dont la sévérité annule, pour ainsi dire, la douceur introduite par l’ondulation des cheveux.

Michel Onfray – car c’est de lui qu’il s’agit – ne s’est jamais vraiment remis de ses quatre années passées dans un pensionnat catholique. Son anticléricalisme violent trouve sans doute sa source dans ce traumatisme de l’enfance. Le philosophe normand (… à la mode de Caen !) ne nous démentirait pas, lui qui prétend que la biographie d’un philosophe doit servir à éclairer son œuvre. Notons au passage que, depuis Proust, la critique littéraire a abandonné ce principe sainte-beuvien. Appliquée à lui-même, la thèse de Michel Onfray ouvre sur des perspectives intéressantes : et si son athéisme militant s’expliquait par le ressentiment ? En butte à de profondes blessures biographiques, la liberté du libertaire n’est peut-être pas, pour citer Rimbaud, aussi libre que cela. Michel Onfray n’a pas fini de régler ses comptes avec son enfance : sa mise de curé en fait foi.

 

Alain Finkielkraut ne semble pas du genre à prêter beaucoup d’attention à sa toilette. Investi d’une mission, il a d’autres urgences : le respect de la laïcité, l’école républicaine, la vitupération des sous-cultures, le retour de la civilité, le devoir de mémoire, etc. Pas de temps à perdre avec des futilités. Ses multiples combats requièrent toute son énergie. Qui l’a vu débattre sur un plateau de télévision sait de quoi je parle : son visage, alors, est celui d’un Saint-Sébastien percé par les flèches. Un Saint-Sébastien laïque, martyr de la République.

 

alain.finkielkraut.jpg

 

Pourtant, à y regarder de plus près, des détails obligent à la nuance. Je soupçonne Alain Finkielkraut de pratiquer un négligé très étudié. Sa coiffure par exemple : Alain Finkielkraut peut fiévreusement passer la main dans ses cheveux, ceux-ci reprennent immédiatement leur forme. Du grand art. Passons maintenant à la cravate. Notons, d’abord, sa présence et remarquons, ensuite, la désinvolture avec laquelle elle est nouée : un nœud légèrement défait, façon artiste. La répétition du phénomène témoigne d’une volonté délibérée et non d’une distraction passagère.

La cravate d’Alain Finkielkraut peut se prêter à une autre lecture. On peut la voir comme le symbole des contradictions du personnage – tiraillé entre son goût de l’ordre, que révèle le choix de cet accessoire, et son refus de la conformité, dénoté par le nœud défait. Alain Finkielkraut est-il encore de gauche ? On l’a cru à deux doigts de se rallier à Nicolas Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle. La bouche, qui énonce des certitudes, semble démentie par cette cravate qui ne dit pas oui, qui ne dit pas non. Je ne doute pas un instant de la sincérité d’Alain Finkielkraut, mais je ne peux me défaire de l’idée qu’il entre une part de comédie dans la manière dont, sur le ring médiatique, il mène ses combats. Quand il enfile  complaisamment la tenue du scrogneugneu catcheur, ça sent le trucage – et il fait rire à ses dépens.

L’homme est plus complexe qu’il n’y paraît. Saviez-vous qu’il avait de l’humour ? Il a écrit, il y a longtemps, un plaisant recueil de mots-valises. Saviez-vous, plus étonnant encore, qu’il cultivait sa forme physique ? J’ai lu quelque part qu’il avait un préparateur physique, le même, si ma mémoire est bonne, que Jane Birkin !

 

Prochain épisode : Luc Ferry et Bernard-Henri Lévy

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Muskar 18/03/2010 10:46


Recidivez, recidivez !
Cette analyse de la mise et de l'allure generale de personnages publics est amusante, et c'est le type meme d'exercice auto censuré par les media, trop soucieux d'une "bien pensance" qui
curieusement interdit que l'on s'interesse au numen suggéré par le phenomene.


Taho 14/03/2010 20:16


Ai oublié : un bonnet phrygien pour les cheveux de Glucksman.


Taho 14/03/2010 18:07


M’est d’avis qu’on devrait tous les remettre en toge ces philosophes et basta cosi !


Olivier 14/03/2010 16:50


Bien au contraire ! Vous savez en quelle estime j'ai votre blog ; mes autres commentaires en témoignent largement, je crois. :)

Et qui aime bien, critique bien. Ou s'y efforce du moins. En fait, je ne laisse de commentaires que sur les blogs que j'apprécie, et/ou dont j'apprécie les auteurs. Et sj me suis permis de donner
mon opinion sur la teneur de ce billet, c'est parce que je vous crois homme à entendre un avis différent du vôtre. Un avis qui n'est motivé, croyez-le bien, que par la sympathie que j'éprouve,
justement, pour votre goût et la façon que vous avez de le partager et de le mettre en mots. Et cet avis vous a déplu, j'en suis sincèrement navré, car ce n'était pas le but recherché.

Maintenant, oui ces considérations sur le physique m'ont gêné, je le reconnais. Surtout à propos d'hommes qui n'ont pas pour objectif (pour objectif avoué du moins) de monopoliser notre attention
visuelle. (Ce qui n'est pas le cas, tout de même, d'un acteur comme Michael Lonsdale, qui, lui, a choisi d'utiliser son physique pour s'exprimer. Et qui, partant, ne pouvait que s'offrir à la
critique, qu'elle fût bonne ou mauvaise.)

Cela dit, je ne veux pas jouer les moralistes ou les effarouchés. Et encore moins les censeurs. Et pour ce qui est de l'utilité, touché ! Je me suis mal exprimé. Je voulais dire : cela sert-il
vraiment votre propos (qui consiste à parler d'élégance au masculin) de s'attaquer à des personnes qui n'ont jamais fait profession d'élégance ? Les hommes politiques, les journalistes et les
animateurs de télévision, les animateurs... passe encore, ma foi, puisqu'ils ont pour but de nous séduire. Ou de nous divertir. Mais des philosophes ?...

Mais là où j'exprime des réserves, d'autres, au contraire, exprimeront leur adhésion. Et c'est très bien ainsi, vous ne croyez pas ?

Amitiés,

Olivier, "amateur" en effet.


Le Chouan 14/03/2010 19:09



J’aime, quand je suis attablé à une terrasse, remettre les gens dans leur époque : certains ont des visages XIX°, d’autres Renaissance. Votre visage, cher
Olivier, évoque-t-il le XVIII° ? Je m’amuse aussi à attribuer des rôles : cette jeune fille évanescente serait parfaite dans une pièce de Giraudoux et cet homme au visage singulier… en
méchant dans un James Bond !


Vous parlez, à propos des philosophes, d’ « hommes qui n’ont pas pour objectif (pour objectif avoué du moins) de monopoliser notre attention
visuelle ». L’essentiel – comme souvent – est dans la parenthèse : le cas BHL le vérifie avec éclat. Un jeune philosophe plutôt bien fait de sa personne et qu’on voit de plus en
plus souvent sur nos écrans témoigne de belle façon que les préoccupations de l’esprit n’excluent pas celles de la coquetterie : Raphaël Enthoven.


Vive le débat ! Votre avis ne m’a pas déplu. Vos commentaires me sont infiniment précieux. J’aimerais vous rendre la pareille sur votre excellent blog, mais mes
connaissances limitées dans votre domaine de prédilection m’en empêchent.


 


Amicalement,


 


Le Chouan


 



Olivier 14/03/2010 12:27


revenuEs :)


Olivier 14/03/2010 12:24


Ne tirez-vous pas un peu sur l'ambulance, cher Monsieur le Chouan ? Je vous pose cette question, car je dois avouer en toute amitié que je ne vous suis pas sur ce terrain.

Certes, il peut être intéressant de considérer, comme vous le faites, le vêtement comme véhicule de la pensée et des opinions. Et je reconnais que votre commentaire sur la cravate de M. Finkelkraut
comme symbole d'une contradiction profonde me plaît assez. Mais vous sortez un peu des bornes du sujet que vous vous étiez fixées, je trouve, avec M. Glucksman. Visage de Mongol ? Visage retiré ?
Perruque pas perruque ? En quoi ces seules considérations sur le physique illustrent-elles votre propos, relatif à la MISE des philosophes ? En l'occurrence, je ne vois qu'une condamnation un peu
hâtive de délit de sale "gueule", pour reprendre votre mot.

Je suis d'autant plus étonné que la photographie que vous présentez du philosophe en question appelait, à mon sens, des commentaires de nature "sartoriale" (pour utiliser cet adjectif à la mode -
adjectif m'horripile d'ailleurs, mais j'ai la flemme d'en chercher un autre.) Car à l'évidence, il y a là une vraie recherche. Cravate grise sur chemise grise, elle-même sous veste grise... Ah !
tout ce gris ! Je suis sûr qu'il y avait là matière (grise encore) à vous moquer gentiment. :) Et à établir d'amusants parallèles avec les doctrines de ce monsieur.

D'un autre côté... critiquer la mise des philosophes... est-ce bien utile ? Est-ce vraiment édifiant ? J'avoue que je préférerais vous voir (lire) décortiquer l’élégance d'un Fred Astaire, d'un
Cary Grant ou d'un Philippe Noiret...

En vous lisant, me sont revenus en mémoire deux définitions. Celle de Montesquieu tout d'abord : "La raillerie est un discours en faveur de son esprit contre son bon naturel." Puis celle de
Chamfort: "La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris."

Amicalement


Le Chouan 14/03/2010 14:19



Je m’attendais à des critiques – du genre : on attend autre chose d’un blog consacré à l’élégance masculine. Très bien. Mais ce n’est pas la première fois que je prends des chemins de
traverse. Et je récidiverai.


Votre critique est plus ciblée : parlant du physique de Glucksman, je serais sorti de mon sujet. Très bien, encore et toujours très bien. Mais je n’apprendrai pas à l’amateur (professionnel)
du XVIII° que vous êtes les charmes et les vertus de la digression ou, pour citer Diderot, du « décousu ». Ma phrase d’entrée est mon bouclier : « Peu de choses à dire sur
la mise de Glucksman. » Quant à parler du « gris », j’aurais eu l’impression d’évoquer un ciel breton : passé un certain stade, ça lasse.


Venons-en à la pointe la plus acérée : à propos du même, j’aurais commis un « délit de facies ». Aïe ! Mais peut-on nier que Glucksman ait, comme on dit, « une gueule de
cinéma » ? Dans mon esprit, on n’est pas loin du compliment. Je me suis amusé à jouer les « casteurs » (ça existe...) : « Glucksman ? Agent soviétique dans un
James Bond ancienne manière ! » Cela, bien sûr, ne préjuge en rien les qualités humaines de l’intéressé. Mickaël Lonsdale – admirable comédien et homme de grande valeur – a bien
joué le méchant Hugo Drax dans Moonraker.


Un de vos propos m’interroge : « Critiquer la mise des philosophes, est-ce bien utile ? » Utile ? Vous voudriez que je ne traite que de sujets utiles ?...
Mais vous voulez, cher Olivier, la mort de mon blog !


 


Amicalement,


 


Le Chouan



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