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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 07:16

« Une voiture est belle si on peut la définir et la reconnaître en ne se servant que de trois lignes », a affirmé Wolfgang Egger, responsable du design chez Audi. Ces trois lignes étant : la ligne basse, la ligne médiane et la ligne haute.

Cette citation a l’avantage de le dire clairement : la ligne est un critère fondamental dans l’appréciation de l’esthétique d’une voiture. La Jaguar type E, la Maserati Ghibli, la Ferrari Daytona… sont d’abord, chacune, une ligne. « Une ligne à couper le souffle », pour parler le langage des journalistes spécialisés.

 

jaguar-type-e-grise-copie-2.jpgJaguar type E
 

 maserati-ghibli.jpg Maserati Ghibli

 

ferrari-daytona.jpegFerrari Daytona

 

Les années 70 furent une époque bénie pour les grands carrossiers. Leurs concepts rivalisaient de créativité. Ils nourrissaient à leur manière le mythe d’un an 2000 voué au triomphe de la modernité. Bertone et Guigiaro, notamment, multiplièrent les projets futuristes. Ils inspirèrent une ligne promise à un grand avenir : la ligne en coin.

Un modèle symbolise à lui seul cette ligne : le concept, signé Bertone et dessiné par Marcello Gandini, Lancia Stratos HF Zéro, présenté à Turin en 1970 :

 

lancia-stratos--hf-0.jpeg 

 

Appliqué à la série, le principe de la ligne en coin fut loin de n’engendrer que des réussites. Les lignes se tendirent de plus en plus. Fini, les courbes sensuelles et élégantes : la règle (entendez : l’instrument du dessinateur) imposa vite sa règle. La simplicité vira souvent à l’austérité et le minimalisme tomba non moins souvent dans la sécheresse.

Alfa Roméo est sans doute la marque qui illustre le mieux l’influence qu’eut la ligne cunéiforme sur la production automobile des années 70, 80 et, même, 90. Qu’on songe à la Giulietta (1977), à l’Alfa 75 (1985) ou encore à l’Alfa 155 (1992). Toutes taillées "à coups de serpe", comme aiment à le dire les journalistes spécialisés, décidément peu avares d’expressions imagées.

 

alfa-giulietta-77.jpgAlfa Roméo Giulietta

 

alfa-75-copie-1.jpg
Alfa 75

 

alfa-155.jpegAlfa Roméo 155

 

La ligne en coin continue d’imprégner le style de nos automobiles. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder, par exemple, les Honda Insight ou CR-Z.

 

honda-insight.jpg Honda Insight

 

Honda-CR-Z.jpgHonda CR-Z

 

Pour le rêve, citons aussi la Lamborghini Aventador, qui ne saurait renier sa filiation avec la Countach, une autre réalisation due au crayon inspiré de Gandini.

 

lamborghini-countach.jpg Lamborghini Countach

 

lamborghini-aventador.jpg
Lamborghini Aventador

 

Les voitures actuelles ont hérité de deux caractéristiques de la ligne en coin : la ligne de caisse remontant vers l’arrière et l’inclinaison très marquée du pare-brise.

Vues de profil, presque toutes nos voitures ont l’air de piler. Ou, si vous préférez, ressemblent à des mocassins Gucci !

 

mocassin-gucci.jpgMocassin Gucci

 

Quelles justifications peut-on trouver à cette quasi unanimité ? L’aérodynamisme ? Sans doute. Mais, ignorant dans ce domaine, je n’en dirai pas davantage. Ce que je vois, en revanche, c’est que la ligne de caisse grimpant vers le coffre permet d’améliorer le volume de celui-ci. Or, on sait que la capacité de chargement est un critère déterminant pour la clientèle actuelle. Et, notamment, pour la clientèle chinoise, ce qui n'est pas anodin.

 

renault-latitude.jpgRenault Latitude. Quel coffre ! 

 

Une ligne de caisse ainsi basculée est un défi pour le designer car elle déséquilibre le rapport surfaces vitrées/tôles au profit de ces dernières. Comment habiller des flancs aussi généreux et d'aussi gros popotins ? On allége comme on peut : on abaisse, quand c’est possible, la ligne du toit ; on multiplie les nervures sur les côtés et sur la partie arrière ; on agrandit démesurément les feux ; on ajoute un jonc chromé, une jupe couleur nuit… On remplit, quoi… Et les voitures perdent en esthétique ce qu’elles gagnent en « praticité ».

 

 alfa-mito.jpg
L'arrière affreusement lourd de l'Alfa Mito

 

Selon le principe de Egger rapporté plus haut, ces voitures ne sont évidemment pas belles.

Que les CC aient un gros derrière, passe encore : il faut bien que le toit articulé trouve en position cabriolet la place de se loger. Mais que toutes nos voitures soient callipyges, là, je ne marche plus.

 

mercedes-sl.jpgMercedes SL. Modèle après modèle (1954-2002), constatez la montée de la ligne de caisse !    

 

De nombreux modèles anciens nous montrent combien une ligne de caisse basculée dans l'autre sens sert l’esthétique. Voyez la DS cabriolet Chapron, dont la ligne évoquait un fin vaisseau, ou l'Alfa spider et son célèbre arrière en os de seiche…

 

ds-cabriolet-chapron.jpgDS cabriolet Chapron. Un modèle à juste titre très prisé des collectionneurs 

 

alfa-spider.jpgL'Alfa spider 

 

De la beauté, sur toute la ligne…

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Philippe Lorin 26/03/2012 18:49

Quel dommage que l'Aston Martin DB4 série 4 ne vous ait pas inspiré !

Le Chouan 26/03/2012 19:21



... et la DB5 convertible bleu métal du prince Charles !


Une merveille !



Julien Scavini 26/03/2012 11:06

Parceque je n'aime pas non plus la ligne en coin, j'ai toujours trouvé que le Mercédes CLS avait une jolie allure, presque d'une ancienne jaguar...

Le Chouan 26/03/2012 18:40



Pour la même raison, je trouve que la ligne de la C6 Citroën est assez réussie.



Toukandèle 25/03/2012 13:39

La pêche à la ligne étant ouverte (truites et saumons en rivières de 1ère catégorie), il faut bien admettre qu'en matière automobile la ligne n'est pas toujours synonyme de confort et
habitabilité.
Que dire des petits roadsters anglais des 50's et 60's : Triumph TR 3 et 4, Austin Healey et autres Jaguar type E; pas habitables ni logeables mais quelles gueules et quelles synthèses de bagnoles
! Un moteur, des roues, un siège pour conduire ans une caisse simplifiée et amortisseurs à lames mais BELLES et en avant !
Ah, les critères modernes de sécurité ne les permettront sans doute plus, mais au diable cette sécurité : PLUS de plaisir à enrouler les virages à 80 km/heure sur des petites routes sans aide
électronique à la conduite, que d'avancer dans ces TGV sur pneus actuels, tous calés à à 132 kms/heure par le "régulateur de vitesse", parce que "...tu comprends, en cas de radar, 132 - 5 = 127
km/heure et t'es pas pris..."
Triste époque où ce principe de précaution, qui n'empêche pas le danger, prime sur tout.

Guillaume 23/03/2012 13:39

Ah si! "Mais que toutes nos voitures soient callipyges, là, je ne marche plus."
Mais ce n'est pas bien important...

Le Chouan 23/03/2012 17:38



Oh là ! je fatigue... J'ai écrit cet article il y a un moment et je ne l'ai pas relu avant sa publication... J'avais oublié... Excusez-moi.


La Vénus callipyge a de belles fesses, oui. Mais le sens dépréciatif existe bel et bien. 


Il y a aussi la Mercedes callipyge. Je vous laisse le choix du sens...



Guillaume 23/03/2012 10:33

Si je peux me permettre, il me semble que l'adjectif callipyge signifie "qui a de belles fesses" et non de grosses fesses. J'aimerai bien, moi, voir plus de voitures callipyges!

Le Chouan 23/03/2012 10:52



... mais je n'ai pas utilisé ce terme !



Jean 22/03/2012 09:11

Sur la raison de savoir pourquoi les voitures récentes pillent vers l'avant, pour avoir écouté les explications d'un concepteur il y a une part d'aérodynamisme, minime, et une grande part de
sécurité ; la voiture dont la proue est inclinée vers le bas est moins dangereuse pour le piéton qui, percuté, passera au dessus de celle-ci et non en dessous, les chances de survie étant ainsi
bien plus grandes.

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