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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 07:07

Jeune, Laurent Fabius cultivait une certaine désinvolture. Il en avait les moyens. Moyens physiques (plutôt joli garçon malgré une calvitie précoce) ; moyens intellectuels (études ultra-brillantes) ; moyens financiers (milieu très privilégié). Cette désinvolture se manifesta par certains signes dès son arrivée à Matignon à l’âge de 37 ans : on le vit acheter son pain en chaussons et se rendre à son travail en 2 Cv Charleston. La désinvolture peut être synonyme de légèreté : on le vit aussi à bord d’une Ferrari (une 400, je crois), au grand dam de François Mitterrand qui, pour cela, le tança.

Il y avait sa manière de faire les choses sans avoir l’air d’y toucher. On sentait, comme on dit, que ce type en avait sous la semelle (... et pas seulement au volant de sa Ferrari !) Et puis, les succès s'accumulant, la désinvolture se transforma en morgue. « Je vous en prie… Vous parlez tout de même au premier ministre de la France ! » Qui ne se souvient de cette repartie qu’il lança à un Jacques Chirac rigolard le traitant de « roquet » lors d’un débat télévisé en 1985 ?

Alors, le masque glissa ; la personne perça sous le personnage. On était passé d’un Fabius « Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi » à un « jeune présomptueux » qui avait bien du mal à parler sans s’émouvoir. Les Français comprirent que le plus jeune premier ministre que Dieu (entendez Mitterrand) « avait donné à la France » avait la grosse tête. Ce crâne d’œuf avait chopé le melon.

A 39 ans, Laurent Fabius quitta Matignon. Deux scandales avaient entaché son passage : l’affaire du Rainbow Warrior et celle du sang contaminé. Sa carrière marqua le pas. Il dut en rabattre. L’ex plus jeune premier ministre de la France dut admettre qu’il ne deviendrait pas son plus jeune Président. Il continua néanmoins de faire des rêves élyséens, mais les élections présidentielles se succédaient sans qu’il y joue les premiers rôles.

L’homme vieillit précocement. Il se tassa. Son visage se marqua, se pocha, s’empâta. Une expression de tristesse s’y inscrivit ; elle ne le quitterait plus. Sa calvitie gagna du terrain. On eût aimé en la circonstance que, face à elle, il se montrât mitterrandien plutôt que giscardien – soit qu’il laissât tomber au lieu de se raccrocher à une mèche acrobatique jetant un pont fragile entre les tempes…

Sa mise fut toujours - ou presque : attendez la suite - soignée. Costumes et chemises sur mesure ; matières luxueuses. Mais épaules trop larges et tombantes (Ah ! la carrure présidentielle !), manches trop longues, mélanges approximatifs de couleurs…

 

fabius-cravate-mauve.jpg

 

Elégant, Laurent Fabius ? Peut-être … mais à la mode libanaise.

La suite, la voici : son parcours vestimentaire connut une curieuse parenthèse. En 2003, il publie un livre intitulé Cela commence par une balade dans lequel il raconte son goût pour les carottes râpées, son intérêt pour la Star Academy, ses virées en moto – « une 125 cm2, ce qu’on appelle dans le jargon une custom (…), confortable (…), quoique pas vraiment pêchue. »

La 4e de couverture le montre, justement, sur sa moto :


fabius-moto.jpg

 

La même année, il se présente à l'Université d'été PS de La Rochelle en tee-shirt blanc et blouson de jean :
 

fabius-blouson-2003.jpg

 

Les limites ultimes de la démagogie étaient allégrement franchies. Faux simple, faux cool, faux jeune : ce nouveau Fabius réussit à faire l’unanimité contre lui. Les médias et le public le moquèrent à juste titre. Conscient de cet échec, il eut la sagesse de renouer très vite avec son style habituel.

Laurent Fabius est aujourd’hui notre ministre des affaires étrangères. Un poste prestigieux qu’on souhaite voir occupé par un homme ayant de l’allure. L'allure de Fabius est loin de valoir celle de Dominique de Villepin, qui s’illustra naguère à ce poste. Reconnaissons tout de même que sa mise dépasse largement en qualité celle de son prédécesseur. Laurent Fabius est sans conteste le ministre hollandais le mieux habillé. Costumes sobres, parfois rayés ; cravates assorties aux motifs traditionnels et discrets. Bien sûr, les épaules sont encore basses et trop larges, et les manches trop longues. Mais, comparés aux péchés que d’autres commettent (suivez mon regard…), les siens sont véniels… Comme pour parfaire ce quasi sans-faute, une pochette blanche orne régulièrement la poche de poitrine de notre ministre : la pochette diplomatique !


laurent-fabius-aff-etr.jpgAvec son homologue tanzanien, le 24/10/12. MA/f. de la Mure.

 

Ainsi habillé, Laurent Fabius mériterait presque qu’on lui dise « Chapeau ! » Ce que nous nous serions bien gardé de faire quand, un jour de manifestation, il lui prit l’étrange idée d’emprunter le sien à François Mitterrand :


fabius-chapeau.jpgLe chapeau... et l'écharpe !

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Olivier 16/12/2012 00:07

"Mais il y a des tailleurs qui aiment les manches longues."

C'est avant tout au client de décider non ?
Effectivement si le client préfère des manches longues, pourquoi pas.

Olivier 15/12/2012 19:13

Je me suis souvent demandé comment des gens qui s'habillent sur mesure peuvent arborer des manches trop longues (à moins que ce soient les manches de chemise qui soient trop courtes ?) ou des
pantalons tire-bouchonnés. Bizarre.

Le Chouan 15/12/2012 19:40



Mais il y a des tailleurs qui aiment les manches longues.



rené m. 15/12/2012 15:16

Je me demande s'il n'a pas copié sur son ministre délégué Bernard Cazeneuve... Dans le genre "socialistes à pochette", me revient aussi en mémoire Alain Richard, le ministre de la Défense de Lionel
Jospin.
Le ministre hollandais le plus élégant... Mmmh... Tant que la photo n'est pas "en pied"!

dl 11/12/2012 19:03

Vous conviendrez que l'allure ça ne veut pas dire grand-chose, surtout pour DDV. Il a un physique bien plus séduisant que Fafa c'est certain, mais ses costumes sont catastrophiques. Donc si c'est
pour dire que Fabius est moche et pas DDV, je ne vois pas trop l'intérêt dans un blog consacré au style principalement vestimentaire (même si c'est vrai).

Le Chouan 11/12/2012 19:41



Ah ! L'allure, pour moi, ça veut dire beaucoup ! Et Villepin n'en manque pas. Permettez-moi de vous renvoyer à un de mes premiers billets où j'ai essayé, trop succinctement, de distinguer
l'allure et l'élégance. A l'actuelle p. 87 de mon blog; titre : De l'allure et de l'élégance.



dl 11/12/2012 14:26

Toujours bien écrit et avec les mêmes biais idéologiques. Vous trouvez vraiment que Villepin était bien habillé?

Le Chouan 11/12/2012 15:19



J'ai dit le contraire. Villepin a plus d'allure. Fabius est mieux habillé.



Julien Scavini 10/12/2012 19:08

De la haute voltige cet article ! Excessivement bien écrit. Un délice.

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