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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 06:41

Valéry Giscard d’Estaing se fit élire sur un mensonge : il se prétendit simple et fit tout pour le faire croire. On le vit jouer au foot et de l’accordéon, le piano du pauvre. Il osa se montrer torse nu ; à cette occasion, les Français (et les Françaises…) découvrirent que c’était un faux maigre. Durant la campagne présidentielle de 1974, sa femme, Anne-Aymone, fut mise à contribution : elle accepta, pour Paris Match, de poser dans sa cuisine, une poêle à la main. Nul ne sembla remarquer alors que la poêle était neuve et que Madame Giscard d’Estaing la tenait du bout des doigts. Cécité collective qui, avec le recul du temps, paraît incroyable.

A cette simplicité fabriquée par Giscard, les communicants ajoutèrent une bonne dose de modernité. Le résultat fut conforme à leurs espérances : ils réussirent à faire passer VGE pour une sorte de JFK à la française – bien que Chamalières ne soit pas Hyannis Port et que les moyens physiques de leur client soient loin de valoir ceux du modèle américain.


giscard-portrait-lartigue.jpgPortrait officiel signé Lartigue

 

L’élection assurée, patatras… Le naturel de Giscard revint au galop. Le naturel ?... Je mesure ce que ce mot, appliqué à lui, peut avoir d’incongru ! Très vite, il se comporta en monarque et ses tentatives « pour faire simple » ne firent que mieux ressortir son insupportable snobisme (voir ses inénarrables dîners chez les Français, ses causeries au coin du feu, ses surréalistes vœux pour le nouvel an 1976, accompagné d’une Anne-Aymone aussi raide… qu’une queue de poêle !)

« Un homme du monde à l’Elysée, se réjouit le très snob Paul Morand. Le premier depuis Napoléon III, car Deschanel et Félix Faure n’étaient que des mannequins. Aisance, marche assurée, haute taille, brièveté de la parole, salut au bon angle, etc.(1) » Les Français, pour leur part, conclurent à l’imposture. On ne les y reprendrait plus.

Valéry Giscard d’Estaing ne manquait pas d’une certaine allure, malgré une démarche un peu lourde et une silhouette que déséquilibrait une tête trop grande. Ce dernier défaut étant accentué par une calvitie mal vécue (ah ! les trois cheveux rabattus sur le sommet du crâne !) Sa gestuelle, précise, contrôlée, était empreinte de préciosité. Lorsqu’il était assis, il avait, notamment, une manière très particulière – presque féminine - de croiser les jambes, puis de poser l’une sur l’autre ses mains sur son genou.  Sa mise  était sobre, sans génie personnel, certes, mais d’un classicisme de bon ton : costume droit à trois boutons ; veste assez souvent rehaussée d’une pochette blanche rectangulaire ou à pointes ; cravates unies ou à petits motifs. Il traversa les années 70 sans trop de dommages, cas trop rare pour ne pas être salué.


giscard-costume-def.jpg

 

Aujourd’hui, Valéry Giscard d’Estaing est un très vieux monsieur. Son obsession de « rester dans le coup » lui fait commettre des erreurs. Ainsi, récemment reçu par Michel Denisot dans son Grand Journal, il portait un pull noir en V sur une chemise bleue sans cravate. Avec le temps, son visage a gagné en étrangeté. On dirait le masque d’un vieux bonze. Il continue de mal vivre sa calvitie : il n’est qu’à voir ces pauvres cheveux trop longs qui pendouillent dans le cou. Encore a-t-il renoncé à la teinture bleue ! Il devrait se raser la tête. Son visage, alors, ne manquerait pas de noblesse.


giscard--age.jpg

 « Noblesse » : un mot qui, dans l’imaginaire giscardien, brille de mille feux.

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1. Paul Morand, Journal inutile, Tome II, Gallimard.   

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Pierre-Antoine 25/06/2011 00:08


Toujours un plaisir de vous lire.

Merci.


Toukandèle 23/06/2011 14:47


Ah, ce Giscard : une certaine prestance naturelle ainsi qu'un non-sentiment de ridicule assez fréquemment mis à profit; du dîner chez les français à ses allégations concernant "lady Diana", du
camion de laitier embouti à 5h du matin a son célèbre "au revoir !"; de son entrée à l'Académie Française - totalement injustifiée selon moi - à la réception des éboueurs à l'Elysée... Il aura tout
fait.
Tenue sartoriale respectant de bons principes lorsqu'on est Président de la république (classique, bonne qualité, non-remarquable) .


Philippe Booch 23/06/2011 10:51


La photo officielle n'est pas l'exercice le plus facile.
Des contraintes innombrables placent le photographe dans un carcan si étroit qu'il est est presque impossible d'en sortir.
Seul Lartigue a trouvé la pirouette. Sa photo est loin d'être sa meilleure, et c'est un fan qui parle, mais c'est, de loin, la plus fraiche ! Quant aux autres, elles sont sinistres, banales, laides
ou affligeantes, c'est selon.
Et comme la culture vestimentaire des présidents de la cinquième était, semble-t-il, le cadet de leurs soucis, cela n'a pas ajouté au glamour des photos affichées dans les mairies....


nicolas 21/06/2011 20:54


J'admire toujours la pertinence de ses raisonnements et sa hauteur de vue.
C'est un homme qui a de la prestance.


Davidikus 21/06/2011 14:22


En fait, le choix des photographes n'est peut-être pas le problème : Gisèle Freud ou Bettina Rheims ont fait de bons portraits. Dans les cas de Mitterrand ou Chirac, elles n'ont pas su tirer parti
du genre. La photographie de Mitterrand est figée (ce que pensait GF elle-même apparemment :
http://www.linternaute.com/actualite/politique/president-de-la-republique/les-photographies-officielles-des-presidents/francois-mitterrand.shtml)

Quant à Chirac, ce n'est pas la photo qui est le problème, me semble-t-il mais le costume : il porte un des costumes italiens (Cifonnelli ?) avec ces épaules trop tombantes (Napolitaines ?) qu'il
affectionne dans le privé & le semi-officiel plutôt que le très beaux costumes Lanvin (époque Morlotti), plus discrets, qu'il portait en campagne.


Le Chouan 21/06/2011 17:55



Il y aurait un article à écrire sur ce que ces portraits disent de chacun (choix du photographe, de l'attitude, de l'habit...)


Chirac ? Rendez-vous dans quelques jours ! J'attends vos commentaires éclairés !



Davidikus 21/06/2011 13:56


A la décharge de VGE, il est aussi le seul Président de la République à avoir eu le goût d'utiliser un bon photographe pour sa photo officielle. Cette photo de Lartigue est magnifique !

http://davidikus.blogspot.com


Le Chouan 21/06/2011 14:09



Lartigue... LE photographe de la vie élégante !


Je vous trouve un peu injuste : Mitterrand avait tout de même choisi Gisèle Freund !


Passons sur le choix de Chirac (Bettina Rheims) et sur celui de Sarkozy (un photographe people, si mes renseignements sont bons).


 



Bourguignon 21/06/2011 12:07


Votre analyse de ce personnage fut la mienne quand je fis ce petit montage: http://www.youtube.com/watch?v=6oQSRLUgiYc
J'espère qu'il pourra vous amuser. J'y recense toutes les prétendues preuves de simplicité et de modernité de l'animal.
D'un jeune chouan!


Le Chouan 21/06/2011 13:54



Bravo, vraiment, pour ce montage !


Amusement garanti.



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