Partager l'article ! Les habits du dictateur: J’ai toujours pensé que, derrière tout dictateur, il y a un petit garçon qui rêvait de beaux uniformes. « Ma ...
J’ai toujours pensé que, derrière tout dictateur, il y a un petit garçon qui rêvait de beaux uniformes. « Maman, quand je serai grand, je serai dictateur et je porterai les plus beaux habits du monde ! » Quand le dictateur laisse son uniforme au vestiaire, il revêt généralement de très beaux costumes que, du reste, il porte comme des uniformes.
Saddam Hussein avait son tailleur personnel. Il s’appelait Recep Cesur et il était turc. Hosni Moubarak aimait parader en costumes Smalto. Il est arrivé que ce même tailleur – très prisé des chefs d’états africains et qui a bien mérité de la françafrique – habille Laurent Gbagbo.
Les dictateurs ont aussi leurs accessoires fétiches : des couvre-chefs plus ou moins étranges et, surtout, les lunettes de soleil. « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement », disait La Rochefoucauld ; il faut croire que les yeux d’un dictateur non plus.
La puissance qu’on attribue à l'étoffe qui recouvre le corps du chef tient de la magie. Aux yeux du peuple, un dictateur ne devient inoffensif que défait, au sens propre, des habits du pouvoir.
Saddam Hussein, tiré du trou à rat qui lui servait de cachette; Hosni Moubarak, malade, traîné devant ses juges sur une civière; Laurent Gbagbo et sa femme, exhibés comme des bêtes curieuses dans une chambre d'hôtel... Nos journaux se sont à juste titre alarmés de ce déferlement d’humiliations inutiles, de ce raz-de-marée de haine brute.
Je me souviens qu’il y a un peu plus de deux siècles, on mena à la guillotine, couvert d’un simple gilet de molleton, un roi peut-être faible, mais sûrement pas cruel.
Cela ne se passait pas en Afrique, mais en France, au siècle des Lumières.
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