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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 06:36

Greta Garbo, l’inaccessible étoile

Si le mot star a un sens, c’est bien quand il s’applique à Greta Garbo. L’étoile est morte, mais sa lumière nous parvient encore. On a tout dit d’elle. Les langues de vipère se sont régalées : sexuellement trouble (son goût pour les tenues masculines n’a pas aidé à lever les doutes), frigide, bête comme ses grands pieds… Oublions tout cela. Elle fut – et reste – l’incarnation cinématographique de l’Eternel féminin. La célèbre prosopopée de François Mauriac (Journal) en témoigne éloquemment : « Je me suis sacrifiée à l’image d’une beauté qui pût assouvir ces millions de désirs trompés, d’attentes sans espérance. Je suis ce que cet adolescent ne trouvera jamais, et ce que pendant un demi-siècle ce vieillard aurait voulu être afin de retenir celui qui l’a trahie. »


greta-garbo-la-belle-tenebr-copie-1.jpg"La Belle ténébreuse", 1928. Photo : Ruth Harriet Louise

 

Beauté datée ? Passons sur ce que cette expression peut avoir d’incongru. Sourcils redessinés ; paupières mi-closes ; pommettes hautes ; bouche fine doucement  arquée : la beauté de Greta Garbo a suscité , en tout cas, de nombreuses imitations – Marlène Dietrich, et, chez nous, Arletty, Michèle Morgan, Catherine Deneuve…


greta-garbo-l-inspiratrice-copie-3.jpg"L'Inspiratrice", 1930. Photo : Clarence Sinclair Bull.    

 

Greta Garbo sacrifia son bonheur à sa légende. Elle vécut recluse un demi-siècle durant pour ne pas livrer d’elle une image dégradée. Il y a dans ce choix assumé jusqu’au bout une abnégation qui en impose. Et l’on ne sait plus très bien qui il faut admirer le plus – la Greta Garbo diurne, illuminant les salles obscures du monde entier, ou l’autre, nocturne, dissimulée sous un chapeau et derrière des lunettes noires, portant opiniâtrement le deuil de sa beauté enfuie.


greta-garbo-mata-hari-copie-1.jpg"Mata Hari", 1931. Photo : Clarence Sinclair Bull.

 

Gene tierney, la fragilité faite star

L’une des stars favorites des esthètes cinéphiles. Demeure à jamais Laura, l’héroïne du film éponyme d’Otto Preminger. Laura, « une femme mystérieuse, fatale, inaccessible », écrit Gene Tierney dans ses mémoires (1). Et d’ajouter, au risque de décevoir sa cohorte d’admirateurs : « De toutes les personnes que j’ai connues, je suis probablement la moins énigmatique. » Faut-il la croire ? Ce regard étrange, magique, perdu – dans lequel on aime se perdre à son tour -, peut-il être celui d’une fille toute simple ? Gene Tierney a connu les affres de la dépression et de la folie. La dépression grave et la folie dure, celle qui conduit à l’asile.


gene-tierney-un-copie-1.jpg

 

Sa vie sentimentale fut dominée par un homme, Oleg Cassini – le couturier qui signa nombre des tenues portées par Jackie Kennedy quand elle fut « first lady ». Il fut son mari. Elle eut une liaison avec John Kennedy alors que celui-ci était encore célibataire. L’un et l’autre ne sortent pas grandis des mémoires de Gene, malgré ses efforts pour ne pas les salir. Cassini ? Un alcoolique, un jaloux, un violent. Kennedy ? Un ambitieux qui fait passer sa carrière avant ses sentiments.


gene-tierney-le-gaucho"Le Gaucho".    

 

« Ah ! se dit le Chouan – qui est un incorrigible sentimental -, si j’étais né plus tôt, si j’avais rencontré Gene Tierney… » Et c’est avec des si que le Chouan sauve Gene de la folie, la rend heureuse et forme avec elle un couple de légende !

Les esthètes cinéphiles savent que Gene Tierney joua avec deux dandies hollywoodiens : Clifton Webb (Laura, Le Fil du rasoir) et, surtout, l’indépassable George Sanders (L’Aventure de Madame Muir).

 

Grace Kelly, princesse native

Gene Tierney, dans ses mémoires, ne sort les griffes qu’une seule fois, et c’est contre Grace Kelly. A propos de la prestation de celle-ci dans Mogambo, elle écrit : « A mon avis, Ava Gardner lui vola la vedette. Non pas seulement parce qu’elle est plus belle, mais parce qu’elle sait jouer. » Quelques pages auparavant, elle l’appelle « la starlette blonde ». Ressentiment d’une femme humiliée ? Oleg Cassini, son mari, et Grace Kelly entretinrent, dit-on, une liaison.

Allure, classe, éclat, exquise retenue, alliance parfaite du raffinement européen et du naturel américain : on pourrait dérouler longtemps les qualités de Grace.

Sous les apparences, lisses, l’ambiguïté affleure. Alfred Hitchcock : « Savez-vous que Grace Kelly, apparemment si froide, cache un volcan de sensibilité, d’érotisme et de passion ? » Le gros Alfred, laid comme un crabe et bourrelé de culpabilité judéo-chrétienne, en pinçait, dit-on, diablement pour elle.

Star au royaume de l’illusion – Hollywood -, princesse d’une principauté d’opérette – Monaco -, Grace Kelly se plut à brouiller les pistes.


grace-kellyEn 1962. Photo : Howell Conant.

 

Qui était-elle et quelle fut sa vie ? Intrigante ou sainte (une procédure en béatification serait en cours au Vatican) ? Femme aux multiples aventures ou femme fidèle ? Amoureuse de son mari ou malheureuse en ménage ? Etait-elle dépressive et alcoolique ? A-t-elle, à la fin de sa vie, approché d’un peu trop près le monde des sectes ? Quelles furent les circonstances exactes de sa mort ? On ne prête qu’aux riches – et la fortune ne manqua jamais à Grace. Une chose, en tout cas, fut certaine : sa beauté, qu’exaltait une exceptionnelle photogénie :


grace kelly howell conantPhoto : Howell Conant.    

 

Adulée, honorée, vénérée, se crut-elle affranchie des contraintes humaines ? Les dieux n’aiment pas qu’on marche sur leurs plates-bandes. Quand, le 13 septembre 1982, Grace Kelly monta dans sa Rover 3500, elle ignorait que le destin s’était invité à bord.

 

Audrey Hepburn, l’éternelle jeune fille

Les livres consacrés à Audrey Hepburn depuis sa disparition sont très nombreux. En général, ils parlent moins de sa carrière que de sa personnalité. Force est d’admettre qu’elle n’a pas joué dans des chefs d’œuvre – seulement dans quelques bons – voire très bons films. Ce qui intéresse d’abord, c’est elle. Deux images se superposent harmonieusement : elle, jeune fille giralducienne, illuminant des Vacances romaines au demeurant bien falotes ; et elle, déjà âgée, ambassadrice de l’Unicef, se penchant avec une compassion non feinte sur de petits Somaliens décharnés. Entre les deux, l’image se brouille. Fut-elle une femme mûre ? On en doute, tant elle garda longtemps une apparence étonnamment juvénile.


audrey-hepburn


Sa rencontre avec Hubert de Givenchy fut un miracle et ne connaît aucun équivalent dans l’histoire des collaborations entre un grand couturier et une star. La grâce est là qu’un Cécil Beaton – grand esthète devant l’Eternel féminin – a su mieux que personne fixer :


audrey hepburn cecil beaton

 

Elégance, charme, légèreté… quand l’évidence s’impose à ce point, inutile de parer sa langue d’artifices.

Derrière les belles images, il y a la vie, cette « vallée de larmes ». Traumatisme de la guerre ; identification morbide à Anne Franck ; vie sentimentale agitée (mariage malheureux, notamment, avec l’élégant Mel Ferrer) ; dépressions, anorexie, cancer. Ne rien dire, ne rien montrer. Son regard garda sa transparence. Il ne se voila qu’à la fin, lorsqu’il se posa sur la souffrance indicible des enfants de Somalie. « Je ne m’en remettrai jamais », confia-t-elle à son retour. Elle s’éteignit, épuisée par son dévouement et rongée par la maladie, moins d’un an plus tard.

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Le Chiffre 01/06/2013 17:06

Tiens, tiens... une des prochaines femmes du Chouan serait-elle Claudette Colbert ?!

Pseudo Alfred (suite) 30/05/2013 15:00

Heureusement non, dans cette histoire, Dieu n’est pas dupe !

On peut sans doute (à vue humaine) essayer de duper Dieu. Mais, par principe, c’est impossible : Dieu « sonde les reins et les cœurs ». Par conséquent, on peut dire aussi que Max Jacob est la
véritable dupe si, dans cette anecdote, et par hypothèse, il a voulu duper Dieu. Comme c’est hautement improbable de sa part, on doit admettre qu’il est sincère dans ce qu’il dit vivre. Il exprime
si bien le tiraillement de chaque chrétien entre, d’un côté, le désir de communion avec Dieu et, de l’autre, les passions et tentations. C’est là le banal de tout chrétien, nous sommes bien
d’accord, et qui, sous ce rapport, rend effectivement la vie difficile aux Hommes qui ont fait la rencontre avec le Christ. En ce sens , qui pourrait contredire Patrice de La Tour du Pin ?

Aussi, permettez-moi de vous soumettre à mon tour une autre anecdote, qui n’est pas sans proximité avec la tension décrite par Max Jacob, et que je crois plus belle, car infiniment plus touchante
et plus apaisante, sur ce problème de notre misère humaine, de nos immenses contradictions et de notre - fausse - impression de duper Dieu, volontairement ou involontairement. Je ne peux, hélas,
qu’essayer de la reconstituer de mémoire, en espérant ne pas en trahir le sens, l’ayant lue je ne sais plus où. Elle était racontée par le père Jean-Philippe Chauveau, le détonnant curé des toxico
et des prostitué(e)s du Bois de Boulogne (Peut-être est-il possible de la retrouver dans son livre d’entretien : « Que celui qui n’a jamais péché », éd. de l’Oeuvre, 2012, 315 p.)

Amenant en pèlerinage à Lourdes un groupe de ses ouailles, l’une d’elle, tourmentée et inquiète, interroge le « padre » peu avant ou pendant la messe : elle lui explique qu’elle se sent totalement
indigne de s’approcher de la communion, malgré son profond désir, sachant qu’elle sera de nouveau au Bois le lendemain avec ses « clients ». Le père Chauveau lui répond alors quelque chose comme :
« ce qui compte, c’est le désir de Dieu dans ton cœur en ce moment ; demain est un autre jour ».

Quel apaisement pour l’âme, non ?

Mais toutes ces considérations, c’est vrai, nous éloigne beaucoup des sept femmes du Chouan.
Et pourquoi d’ailleurs sept ? Symboliseraient-elles les 7 péchés capitaux ? Les 7 vertus chrétiennes ? Ce qui expliquerait, par un effet subliminal, ma sortie de route ?

Voyons : le Chouan nous a promis trois autres femmes à découvrir. Si l’envie devait m’en prendre à nouveau, je ne m’exprimerais plus, c’est promis, que sur leur élégance… Divine ou diabolique !

Le Chouan 31/05/2013 22:11



Merci de l’anecdote du père Chauveau. Celle de Max Jacob n’est pas complète. Marcel Jouhandeau ajoute : « Je raconte ça à Cocteau, qui m’a dit : "Mais c’est un mot." Je
réponds : « Si c’était de toi, oui, mais de lui, c’est autre chose." »


Chacun porte son enfer. Mais il y a pécheur et pécheur – et il y a loin du grand seigneur libertin qui défie le ciel au pauvre diable qui ne fait pas le bien qu’il veut mais le mal qu’il ne veut
pas. Pour celui-ci – auquel nous ressemblons si souvent -, le péché… est la croix !


Pourquoi « Les 7 femmes du Chouan » ? En référence à celles de Barbe bleue, qui étaient 7 également. Puisque j’ai dit une autre fois que je portais la barbe, je trouvais le clin
d’œil amusant. A propos, l’un des modèles de Perrault pour sa Barbe bleue n’était-il pas Gilles de Rais – auprès de qui Max Jacob a l’air d’un enfant de chœur ?


 


 



Xavier 29/05/2013 13:47

Que l'on soit croyant ou non, la haine de la religion propagée aujourd'hui est symptomatique de nos sociétés matérialistes et sur le déclin. Le problème de l'athéisme, c'est qu'il se nourrit bien
souvent d'une haine viscérale. Une haine qui n'a pour but bien souvent, que de légitimer un comportement destructeur et décadent. Le problème majeur pour un athée, sera de conserver un socle de
valeurs, une morale philosophique et spirituelle qui façonnera sa vie.

Le Chouan 29/05/2013 18:49



... D'autant que, sans transcendance, aucune morale ne peut s'enraciner durablement. "Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis", disait Dostoïevski. Camus a bien cherché à être un
"saint laïque". L'oxymore montre assez l'ambiguïté de l'entreprise...



belisaire 29/05/2013 10:43

Pour apporter ma petite pierre dans le jardin d'autrui : pourquoi le discours actuel présente-t-il la morale chrétienne sous son jour le moins flatteur alors qu'elle est fondamentalement optimiste
? Alors que l'exigence de charité a irrigué les comportements de toutes les classes sociales y compris, voire surtout les plus modestes ?Je lisais récemment un livre consacré au naufrage en 1896 du
Drummond Castle, un paquebot britannique venu du Cap et brisé entre Molène et Ouessant à la suite d'une erreur de navigation de son capitaine. Il n'y eut que trois survivants, malgré une mer calme,
sur 361 personnes embarquées. Mais ce qui frappa les esprits, en Grande-Bretagne notamment, fut le réflexe chrétien des îliens de donner une sépulture décente aux noyés, et pour cela ils allèrent
jusqu'à sacrifier leurs draps de mariage et les voiles de rechange des bateaux, faute de bois pour les cercueils. Et le curé de Molène vainquit les hésitations de celui d'Ouessant qui
s'interrogeait sur la possibilité d'enterrer selon le rite catholique des morts de confession protestante.

Le Chouan 29/05/2013 18:49



Les Bretons sont des gens très bien !



Guillaume 29/05/2013 10:39

Pour finir, je ne sais plus si je préfère les articles du Chouan ou bien les commentaires qu'ils provoquent.
Cet échange est un bonheur à lire : de la finesse d'esprit, de la culture, de la courtoisie, de la beauté dans le verbe... bref, de l'élégance.

belisaire 29/05/2013 10:09

Superbe échange ! Qui aurait cru ces beautés un peu froides inspiratrices de considérations sur la morale chrétienne et sur le péché ?

Le Chiffre 28/05/2013 21:31

C'est un plaisir de constater que Garbo est toujours présente dans certains coeurs. Je suis certain que votre deuxième partie me plaira au moins autant que la première : quand on apprécie Greta
Garbo, on ne peut faire des mauvaix choix.

Alfred Hitchcock 28/05/2013 20:43

Cher Chouan,

Merci de votre réponse à mes remarques sur la « culpabilité judéo-chrétienne ». Je ne suis moi-même ni historien, ni théologien (ça se voit aussi !), mais comme vous le savez, j’ai, à l’automne de
ma vie, retrouvé la foi catholique de mon enfance (témoignage du père Mark Henninger SJ), foi ensevelie mais peut-être jamais vraiment perdue.
Ma « critique » ne cherchait à prendre le contre-pied de cette idée de la « culpabilité chrétienne » que pour mieux recentrer l’argumentation. Tout à fait d’accord avec vous par ailleurs pour
souligner combien certains développements de ce que vous appelez le « christianisme bisounours » post-conciliaire et ses excès finissent par trahir l’exigence évangélique. Mais guère plus sans
doute que le puritanisme ou le jansénisme qui transformaient la Bonne Nouvelle en une simple morale austère et pessimiste (voire utilitariste pour le puritanisme). Parfois, j’ai l’impression que le
Chouan, dans sa vision des Hommes et du monde, est sinon janséniste, du moins jansénisant.
Un point sur lequel je ne suis pas vraiment d’accord : le « remord » de la faute, chez le chrétien. Le remord peut-il être chrétien ? Le remord, c’est, me semble-t-il, ce que Juda ressent après
avoir trahi le Christ : une culpabilité sans issue, parce qu’elle se croit impardonnable : Juda n’a plus qu’à se pendre. C’est la tragédie absolue, l’Enfer sur terre, dans lequel on se jette
soi-même. Ce que je crois chrétien, c’est la conscience du péché, qui ouvre le cœur à la contrition, appelant à son tour la demande de pardon. Cette conscience de son péché – donc assortie d’une
certaine culpabilité – n’est-elle pas d’ailleurs nécessaire pour pouvoir s’ouvrir à l’Amour ?
Au fond, je partage donc votre point de vue : le Christ n’est pas venu pour apporter une gentille parole pour bisounours, mais pour accomplir l’Ancienne Loi par l’Amour. La juste articulation entre
les exigences de la Loi et celles de l’Amour ne se trouve-t-elle pas dans le passage de la femme adultère : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; Vas, et ne pèche plus ».

Etre vraiment chrétien, ne serait-ce donc pas un peu comparable, sur le plan spirituel, à ce qu’est l’élégance authentique dans les formes plastiques : la compréhension et l ’acceptation des codes
(la Loi) vivifiée par la vie de l’esprit, le geste gratuit, spontané, fantaisiste et généreux (l’Amour) ?

Je ne sais si le Chouan a la foi. A le lire assez régulièrement, il donne l’impression (c’est donc très subjectif) qu’il l’a eue et qu’il l’a perdue ou croit l’avoir perdue. Il paraît parfois
désenchanté. Mais je sais aussi qu’il a, bien plus que d’autres, le goût du Beau et de l’élégance. Il est un peu artiste, qu’il le veuille ou non.
Et les artistes - les vrais - ne forment-ils pas l’avant-garde des Hommes marchant vers Dieu ?

Courtoisement,

A.H.

N.B. Que le vrai, le grand Alfred, veuille bien me pardonner cette malhabile et impertinente usurpation d’identité pour lui faire dire, peut-être ou sans doute, des choses qu’il ne pensait pas. Je
me sens tout à fait coupable, mais ne doute pas de son pardon : en catholique qu’il était, il saura bien l’accorder à un mauvais chrétien qui le lui demande avec sincérité !!!

Le Chouan 29/05/2013 18:42



Je me dis quelquefois qu’il y a deux catégories d’hommes : ceux qui ont lu Pascal et les autres. J’ai lu Pascal, ce qui explique, cher Alfred, ma pente (ou ma côte ?)
« jansénisante ». Mais, rassurez-vous, je n’écrirai jamais un éloge du cilice – par trop inélégant ! Le jansénisme a été condamné par l’Eglise. Les Ecritures sont pourtant pleines
d’arguments qui le justifient. Patrice de La Tour du Pin, je crois, disait qu’il était plus facile aux hommes de vivre avant la venue du Christ. Je pense cela. Nous n’avons plus d’excuses. Un
croyant s’entend souvent dire qu’il a de la chance puisque, pour lui, la mort n’est pas une fin mais un commencement. Pour moi, je craindrais moins mes fins dernières si l’idée de Dieu m’était
étrangère. Alors, je ne concevrais plus la mort que comme ce « quart d’heure de passion sans conséquence » dont parle Montaigne. Croire… c’est douter ; espérer… c’est
craindre !


Le mot « remords » est en effet mal choisi. Vous dites très bien que ce qui est chrétien, « c’est la conscience du péché, qui ouvre le cœur à la contrition, appelant à son tour
la demande de pardon. » L’exercice est périlleux et il exige que nous soyons sévères envers nous-mêmes. Il est si tentant de se duper et, même, de chercher à duper Dieu. A ce propos, je
vous livre cette anecdote de Marcel Jouhandeau sur Max Jacob ; il y a très longtemps, j’avais entendu Jouhandeau la raconter au journaliste Jacques Chancel (Radioscopie) et, par hasard, je
l’ai retrouvée dans un livre sur Jacob (Max Jacob, Lina Lachgar). La voici : « (Max Jacob) me dit : " Tu sais, Marcel, je communie demain matin, à partir de maintenant
je ne dois rien manger ni rien boire ; veille sur moi pour que je ne boive pas ni ne mange par distraction. (…)" Puis au bout d’un instant je le vois se pencher sur l’épaule de son voisin du
côté opposé et lui dire : "Je vais partir dans un quart d’heure car il y a un garçon qui m’attend chez moi."  Ah ! Max ! qu’est-ce que c’est que ça ! Mais mange et bois
mais ne va pas avec ce garçon ou si tu y vas ne communie pas demain, cela ne signifie rien."  Et Max Jacob me répondit : "Tu n’y connais rien ! Demain matin tu te loveras dans tes
draps, tu te berceras dans ta chaleur et moi, je serai déjà sur les marches du Sacré-Cœur et je me déchirerai les genoux sur les rochers, je me déchirerai les joues avec mes doigts, mes ongles,
je verserai des larmes, je m’arracherai les cheveux et, à la fin, Dieu est dupe."


Le même Max Jacob a écrit un texte bouleversant sur le péché ("Péché, 2 heures 35", Méditations). Et qu’importe que je sois sa dupe !


... Mais, dites-moi, toutes ces considérations ne nous éloignent-elles pas du sujet de mon article… qui lui-même s’éloignait de mon sujet de prédilection ?



Xavier 28/05/2013 16:20

"deux dandies hollywoodiens : Clifton Webb (Laura, Le Fil du rasoir) et, surtout, l’indépassable George Sanders"

Deux gentlemen oui, mais certainement pas des dandies.

Le Chouan 28/05/2013 17:22



Pour Clifton Webb, je ne sais pas, ne le connaissant pas assez. Peut-être ai-je manqué de discernement. Mais, appliqué à George Sanders, le mot ne me semble pas impropre. C'est, du moins, ce que
j'ai essayé de montrer dans un ancien article. Et je ne crois pas qu’on puisse me faire le reproche de galvauder ce terme, mis à toutes les sauces journalistiques. Un récent exemple, trouvé dans
le numéro du 21/05 du Monde : « Prenez le mot dandy, songez à quel point il a de tous temps divisé les opinions, appliquez-le au cinéaste Serge Bozon, 40 ans, amateur de soul
music et de pop anglaise, enfant putatif d’un Oscar Wilde qui aurait vu tous les films. » C’est signé Jacques Mandelbaum.



Alfred Hitchcock 28/05/2013 13:37

Pour une fois, le brillant causeur qu'est le Chouan est en passe de me décevoir, moins sur la forme (toujours ce beau style rigoureux, ferme et dépouillé mais non sans élégance), que, plus
ennuyeux, sur le fond.

Voilà donc que lui, le Chouan indemne de la plupart des conformismes du temps, vient nous servir la vieille "culpabilité judéo-chrétienne".

Cher Chouan, n'avez-vous jamais songé qu'il y a une autre source bien plus certaine au sentiment de culpabilité que notre héritage judéo-chrétien ? Le christianisme n'est pour rien dans cette
affaire, bien au contraire: il déculpabilise l'Homme (par le sens du pardon) là ou la morale culpabilise sans rémission possible (car la morale s'impose comme une loi, dans toute son autorité, sa
dureté et son inflexibilité.) Il est frappant de voir que plus nos sociétés occidentales se déchristianisent, plus leur culpabilité s'accroît: repentance, haine de soi, reniement de sa culture et
de son identité, effondrement démographique, écologie radicale et l'on en passe... Avez-vous noté que la culpabilité n'est pas vraiment un trait de nos sociétés médiévales, mais qu'elle ne cesse
d'augmenter depuis que l'Homme moderne ne sait plus qu'il est fait à l'image de Dieu, pour la grandeur, la gloire, la beauté et l'élégance...
Depuis la proclamation de la "mort de Dieu" l'Homme ne sait plus répondre à la question: est-il bon que l'Homme existe sur cette terre ? Il culpabilise et se cherche des réponses dans des
moralismes de substitution (Ah !, ce goût de nos contemporains pour la morale "citoyenne") qui nous laissent désespérément tristes et malheureux.

En toute amitié et en espérant beaucoup d'autres de vos excellents billets,

A. H.

Le Chouan 28/05/2013 17:04



Cher Alfred H,


L’expression que j’utilise à votre sujet (« bourrelé de culpabilité judéo-chrétienne ») est plus marquante qu’exacte. Tout de même, elle parle d’un sujet qui me divise. Il y a,
simultanément, le remords (de la faute) et l’Espérance (du pardon). Ne serait-ce pas plutôt vous, cher Alfred, qui succombez à un conformisme bien de notre temps en présentant le christianisme
comme exclusivement (j’ai conscience qu’en choisissant ce mot je caricature votre pensée) « déculpabilisant » ? L’Amour ne dispense pas de la Loi. A entendre, pourtant, certains de
nos (derniers) catholiques, on finit par se demander s’ils croient encore à l’oeuvre du péché. On fit naguère du Christ un hippie ; aujourd’hui, ce serait plutôt un « Bisounours ».
Mais qui a lu l’Evangile le sait rempli de pleurs et de grincements de dents… De quoi avoir des « sueurs froides » ! Je ne suis pas historien (pas plus que je ne suis – ça se voit
- théologien), mais je crois savoir que la crainte de l’Enfer a dominé le Moyen Age.


D’un autre côté, nos péchés – au moins ceux d’un certain ordre (suivez mon regard, Alfred !) - me semblent si dérisoires – et même comiques –, jusque dans leur réalisation les plus
concrètes, que je n’arrive pas à concevoir que Dieu, créateur de l’univers visible et invisible, nous sépare à jamais de Lui pour les avoir indéfiniment commis.


 Avec toute mon amitié.



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