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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 07:14

Lee Miller, la beauté libre

La carrière cinématographique de Lee Miller se réduit à une apparition dans Le Sang du poète de Jean Cocteau. Elle y joue une statue. Pas étonnant que Cocteau ait pensé à elle pour ce rôle : sa beauté était… sculpturale. Si l’on en croit ce qu’a écrit Marc Lambron (1) dans sa biographie romancée de Lee Miller, Jean Cocteau, à la troisième prise, aurait dit à son interprète : « Ne bouge plus, ma chérie, tu es faite pour ne pas bouger. » On ne pouvait être plus inexact. La vie de Lee Miller ne fut que mouvement. Elle voyagea beaucoup, vécut dans différents pays – principalement l’Amérique, la France, l’Egypte et l’Angleterre -, eut plusieurs activités – mannequin, photographe de mode et de guerre -, deux maris – l’homme d’affaires égyptien Aliz Eloui Bey et l’écrivain anglais Roland Penrose – et de nombreuses aventures.


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Elle brisa bien des cœurs : le cœur de ses amants – ce qui est la moindre des choses – et, par ricochet, le cœur des femmes qu’ils avaient abandonnées pour elle. Elle mortifia Kiki de Montparnasse en lui volant Man Ray. Elle accula au suicide la belle Nimet, la femme d’Aziz Eloui Bey. Elle humilia Valentine Penrose en la poussant hors de chez elle et en s’y installant avec le mari. Était-elle une femme fatale ? Sans doute, mais sans perversité. Femme fatale malgré qu’elle en ait.


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Elle fréquenta les surréalistes, grands amateurs de belles femmes. Elle fascina Michel Leiris. Elle aima, on l’a dit, Man Ray et Roland Penrose. Surréaliste, elle l’était d’ailleurs pour ainsi dire naturellement. Elle pratiqua l’union libre et l’amour fou. L'humour aussi, au moins ce 30 avril 1945 où elle eut l’idée de se faire photographier dans la baignoire personnelle d’Hitler. Sa vie est parsemée de hasards. Et, pour reprendre la terminologie surréaliste, de hasards objectifs. « Quand elle connut mieux Penrose, raconte Lambron, elle découvrit de curieuses coïncidences. En 1922, Penrose avait croisé Man Ray à Paris. En 1927, lors d’un voyage au Caire, Penrose fut présenté à Aziz Eloui Bey. Dans ces années-là, Lee n’était qu’un mannequin new-yorkais, à cent lieues de sa vie future. Et pourtant trois des hommes qui l’aimeraient étaient liés déjà par un pacte de fortune. »


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Lee Miller n’a pas fini de fabriquer du rêve. Sa beauté n’a pas pris une ride.

 

Monica Vitti, le paradoxe de la comédienne

Elle est la star préférée des « intellos ». Cette réputation lui vient d’avoir été l’héroïne et l’égérie d’Antonioni. Ni jolie ni vraiment belle – à proprement parler -, sensuelle et cérébrale, elle est inclassable.


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La main voluptueusement noyée dans sa crinière teinte en blond ; le regard flou ou de biais ; la bouche constamment entrouverte, comme prête pour le baiser ou pour la déclaration d’amour ; la voix voilée, aux modulations travaillées… la séduction selon Vitti est cousue de fil blanc ! Mais ces façons, qui seraient grossières employées par une autre, acquièrent, grâce au jeu de l’actrice, une intensité quasi tragique. Elle a l’amour grave. « Aime-moi ou je meurs », semble-t-elle dire. Le décalage crée la fascination. Vitti joue à la séduction comme d’autres à la roulette russe !

Le genre de femme qui intéresse au cinéma, mais qui, dans la vie, lasse assez vite : femme à histoires et compliquée…

Mon image favorite : Monica Vitti contre un mur, les bras croisés, muette, laissant son visage transcrire les oscillations de son âme. Au spectateur de les percevoir et de leur donner un nom : tristesse, nostalgie, incompréhension, solitude… Quand on la voit ainsi, perdue comme une enfant, on voudrait la prendre dans ses bras et lui dire, à la suite du poète, qu’un ciel peut être bleu…

D’autant plus que – c’est un autre décalage -, Monica Vitti, si torturée dans les films d’Antonioni, donne toutes les apparences d’une femme faite pour une vie légère et facile… pour la dolce vita !


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Antonioni l’a-t-il fait jouer à contre-emploi ou était-elle dans la vie comme elle est à l’écran ? Peu importe après tout puisque, comme le disait Truffaut,  « le cinéma, c’est mieux que la vie ».

 

Sophia Loren, le rêve de chair

 

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Combien d'adolescents ont connu leurs premiers émois en contemplant son image au cinéma ou dans les magazines ? Sa beauté n'est pas classique : la bouche, les dents, le nez... sont trop grands. Un peu plus et elle tombait dans la caricature fellinienne. Une partie de son pouvoir vient justement qu'elle frôle la limite mais ne l'enfreint pas. L'harmonie est malmenée, mais elle est préservée. Miracle fragile qui fait de Sophia Loren une incarnation très singulière de la féminité.


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Les autres sont d'abord des visages (Greta Garbo, Gene Tierney...) ou des allures (Grace Kelly, Audrey Hepburn...); elle est aussi un corps. Elle n'imaginait pas sa vie sans enfants. Alors, elle va interrompre deux fois sa carrière et prendre le risque d'affronter des grossesses difficiles. Elle élève ses fils en mamma italienne - aimante et possessive. Mère, mais aussi maîtresse. Elle fut longtemps celle du réalisateur Carlo Ponti avant de pouvoir enfin l'épouser. Sa séduction naît d'un mélange d'animalité et de sophistication : coiffure apprêtée, maquillage élaboré, tenues suggestives, elle frôle une autre limite (et, celle-là, l'enfreint parfois), celle de la vulgarité.

Comment vieillir quand on a été une image de la beauté ? Il y a la dérobade courageuse de Garbo; il y a l'acceptation élégante d'Audrey Hepburn. En recourant aux illusions de la chirurgie esthétique, Sophia Loren a choisi la pire des solutions. Mais il faudrait manquer de coeur pour oser le lui reprocher. 

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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commentaires

Le Chiffre 10/06/2013 19:32

Ce film est magnifique, en effet -ah, cette valse et le "je ne vous aime pas, je ne vous aime pas!..." -, je l'ai découvert au cinéma il y a quelques années. Une grande fresque française comme on
n'en fait plus... Notre équivalent du Guépard peut-être ?!
Cependant je préfère sans hésitation Mireille Balin à Danielle Darrieux. Je trouve que cette dernière, quoique ayant un certain charme, fait trop grande bourgeoise niaise et minaudante. Sans doute
est-ce dû à la plupart de ses rôles. Je l'aime bien aussi dans l'affaire Cicéron, où elle trouve là un rôle intéressant et à sa mesure !

...et puis j'aime bien voir James Mason porter le stroller, aussi !

Le Chouan 10/06/2013 20:24



Elle minaudait quand elle était jeune. 


DD n'a jamais été plus séduisante que dans sa maturité.


Son jeu, frémissant, sensible, varié, est étonnant. Il faut admettre que les actrices d'aujourd'hui jouent plus "juste" que celles d'hier. Cela, au détriment, souvent, de la diction. Par son
naturel, le jeu de Darrieux avait de l'avance. 


Mireille Balin, oui, dans un tout autre genre - qui n'est pas vraiment le mien !



Le Chiffre 08/06/2013 18:14

Cher Chouan,

Merci pour ce bel article, toujours agréable à lire. Je constate donc avec regret que nous n'avons qu'une seule femme en commun -c'est déjà pas mal me direz-vous !! En tout cas, on voit que vous
savez de quoi vous parlez, et c'est toujours très agréable à lire. Je ne connaissais pas Lee Miller, beauté on ne peut plus classique en effet, et ce fut une agréable surprise. A propos de Sophia
Loren, je lui préfère Claudia Cardinale, mais bon...
Il est curieux qu'aucune actrice française ne soit présente ! Moi-même, si je devais écrire un article similaire, j'aurais bien peur de ne parler que de stars d'Hollywood -ce n'est pas un mal
certes, tant que l'on ne dépasse pas l'Hollywood des années, disons, 60... Enfin je vois bien une actrice française à inclure mais guère plus.


A Frédéric : à propos du Port de l'Angoisse, je suis on ne peut plus d'accord avec vous ! La voix caverneuse de Bogie et celle, rauque, de Bacall, s'associent à merveille. Et puis j'aime bien aussi
entendre celle de Dalio, surtout lorsqu'il parle américain !

Le Chouan 10/06/2013 19:06



J'aime beaucoup Danielle Darrieux, au charme tellement français !


Il faut l'avoir vue dans Madame de !



bigstop 06/06/2013 15:37

Un regret de ne pas retrouver Ava Gardner. Elle était, disait un aïeul qui fréquentait, de par son activité professionnelle, les stars de l'époque, la plus belle femme du monde, d'une classe
inégalée et d'une beauté telle que lorsqu'elle entrait dans une pièce, comme par magie, toutes les têtes se tournaient vers elle.

Le Chouan 07/06/2013 19:25



Ava Gardner était belle, bien sûr, mais elle ne m'émeut d'aucune façon. 


C'est ainsi.



franck 04/06/2013 22:24

chouan,

je ne saurais dire pourquoi, mais j'avais l'intime certitude que nous trouverions Monica Vitti dans votre gynécée.

petite anecdote amusante mais cependant à l'intérêt tout relatif, si ce n'est celui tendant à démontrer que toute chose est liée à une autre de manière plus ou moins directe, la mère de Sophia
Loren avait remporté dans sa jeunesse à Naples un concours de sosies de Greta Garbo.

merci pour ces sept jolis portraits.

franck

Frédéric 04/06/2013 12:19

Cher Chouan,
Merci pour cet article enthovenien en diable. Vos goûts sont élégants comme de coutume. J'aimerais ajouter le charme délicat délicieux de la bourgeoisie provinciale incarné par Claude Jade, et
surtout citer la voix la plus allurée de toute l'histoire du cinéma, Lauren Bacall qui se mouvait comme elle parlait... Il faut écouter le Port de l'angoisse avant de le voir!
Et si la modernité peut trouver place dans votre Chouannerie, je mentionnerais encore Gemma Arterton, dont Stephen Frears a fait une icône de la féminité en un film unique!
Vous lire est toujours un plaisir...
FHS

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