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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 06:42

L’évolution des mœurs est une affaire de signes. Le 21 novembre dernier, François Hollande recevait en urgence l’association Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) pour rassurer la toute petite communauté qu’elle représente après que, la veille, il eut ébranlé ses membres en renvoyant les maires, sur le « mariage pour tous », à leur «  liberté de conscience ».

Nul n’aurait imaginé voici quelques années qu’une association de ce (trans -) genre soit reçue à l’Elysée. Nul n’aurait imaginé non plus que le mariage dit « pour tous » puisse un jour exister. Mais mon sujet n’est pas là. Depuis Carrier, les chouans savent du reste ce qu’il faut penser des « mariages républicains ». L’évolution dont je veux parler est d’ordre vestimentaire. Les deux représentants de l’association susmentionnée se sont en effet présentés devant le président de la République habillés comme tous les jours. Pas de costume, pas de cravate. On aurait dit que ce gentil couple s’était rendu directement à l’Elysée après avoir fait ses courses à la supérette du coin :

 

assoc-gay.png 

      
Les mêmes, auditionnés par la Commission des lois de l’Assemblée nationale le 6 décembre, étaient pareillement mal vêtus.

Afin de ne pas être soupçonné d’homophobie – ce  genre d’anathème tombant vite par les temps qui courent -, je puiserai mon second exemple ailleurs. Voyez dans quelle tenue l’écologiste Nicolas Hulot a rencontré ce même 6 décembre François Hollande :

 

nicolas-hulot.jpg

 

Certains verront dans ce mépris des codes un « progrès » - mot magique qui, assimilant d’emblée le contradicteur éventuel à un obscurantiste moyenâgeux, dispense celui qui l’utilise d’argumenter. D’autres – dont je suis – y liront plutôt un recul de la civilisation. « Bah ! diront les premiers, tout président qu’il est, François Hollande est un homme comme les autres ! » Les plus cultivés d'entre eux citeront Montaigne : « Si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul. »  - et ils le citeront d’autant plus volontiers que cette phrase a l'avantage de chuter sur « son cul » - , je veux dire, de contenir un mot grossier.

Je me pose une question : n'est-il pas étrange qu’on puisse entrer à l’Elysée dans une tenue qui nous fermerait les portes d'une discothèque ou d'un casino ? Dans ces endroits-là au moins, un « dress code » reste en vigueur.

Moi, si par un hasard incompréhensible je me trouvais invité à l’Elysée, je mettrais mon plus beau costume dans lequel je tremblerais un peu … même si je sais bien que notre président est un homme « normal », tout ce qu’il y a de plus « normal ». Et je saurais gré à François Hollande de me recevoir avec une cravate. Même moche et tordue. 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Ludovic 17/05/2013 15:26

Je pensais la même chose il y a quelques années. Je m'offusquais de voir des gens en tenue sportswear, que ce soit à l'Elysée ou dans la rue.

Il faut se demander pourquoi, en si peu de temps (quelques décennies), on a pu passer du costume trois pièces à la paire de jeans. Pourquoi quelque chose que les gens trouvent super (par exemple
les pantalons à pattes d'éléphants) peut se retrouver, un rien de temps après (10 ou 20 ans), considéré comme ringard ?

On peut en conclure que nous sommes en présence d'un phénomène dynamique. C'est-à-dire d'un phénomène qui part d'un point de départ et évolue vers un point d'arrivée.

Si on observe bien, on peut même constater que la vitesse d'évolution de ce phénomène est exponentielle (à tel point que de nos jours, même une personne jeune peut trouver que la dernière mode est
exagérée, et ne pas y adhérer, ce que l'on aurait pas observé il y a un siècle).

Si l'on en croit certains sémioticiens et théoriciens de la modernité, ce phénomène est dû à la réification des rapports sociaux engendrée par le fétichisme de la valeur propre à toute société dont
la reproduction sociale est basée sur l'économie. Mais d'où vient un tel système ? Il provient justement de la classe sociale qui a inventé les belles tenues élégantes dont l'auteur de l'article
déplore la perte de popularité.

Autrement dit, ce qui a engendré ce que l'auteur aime le plus, a aussi engendré ce que l'auteur aime le moins, de manière inéluctable. Quelque chose de beau n'a pas de sens s'il est voué à
disparaître du fait qu'il appartient à un moment donné de l'histoire d'un système dynamique. Autrement dit, un élégant costume trois pièces, ou un pantalon baggy porté avec une casquette à
l'envers, du point de vue sociologique, c'est exactement équivalent : il s'agit d'objets de consommation dont la valeur de signe prend le pas sur la valeur d'usage. La seule différence entre le
costume élégant et la tenue m'as-tu-vu des djeunz d'aujourd'hui, c'est la forme que prend la valeur de signe, et non pas sa nature de valeur de signe.

Il est évident que plus le temps passe, plus on s'oriente vers le "cool", "classe", "fashion". Ce qui est sobre, seulement fonctionnel, utilitaire, est dénigré. Par exemple, les bretelles, ou les
sous-vêtements. On peut se passer facilement de bretelles, mais les sous-vêtements sont encore utiles, donc on les a transformé en quelque chose de "cool", "fashion", "sexy", que l'on peut même
afficher volontairement (avec un pantalon baggy), afin d'exposer leur valeur de signe. Quant au noeud papillon, il n'envoie pas non plus le bon signe. Il dit "je suis élégant", et non pas "je suis
super cool". Mais son élégance faisait déjà partie, lors de son invention, du même système qui gouverne toujours aujourd'hui notre société. C'est pourquoi beaucoup d'hommes politiques -puisqu'il
est question de l'Elysée- font toujours l'effort de porter des tenues et des accessoires qui ne suivent pas les derniers codes en vigueur de la société de consommation : costume trois pièce,
boutons de manchette, cravate. Lesquels sont parfois associés de manière incongrue à d'autres accessoires qui envoient des signes plus modernes, comme ces hideuses montres-bracelet de grande
dimension. Porter une Rolex et un costume trois pièces permet visiblement de "se qualifier" dans cette classe sociale, alors que c'est totalement grotesque.

Si on y réfléchit bien, les hommes politiques devraient avoir le plus grand droit de s'habiller selon la dernière mode. En tant que gestionnaires du système marchand, pourquoi seraient-ils en
dehors des codes engendrés par celui-ci ? Ils en sont des représentants, alors autant qu'ils en représentent tous les aspects.

C'est avec ce genre de réflexion que j'ai fini par arrêter de vouloir m'habiller de manière élégante en réaction à l'horreur moderne. Je trouve désormais qu'il est plus important de ne se soumettre
à aucun code appartenant à ce système absurde et artificiel, et ceci, que ces codes viennent du XXIème siècle ou du XVIIème siècle. Je trouve désormais plus pertinent d'essayer d'aller à
contre-courant des codes en vigueur, d'essayer de ne pas être cool, de ne pas avoir la classe, de ne pas être fashion, d'être en quelque sorte un peu "beauf". Celui qui attache le moins
d'importance à la valeur de signe dérivée du fétichisme de la valeur est sans doute beaucoup moins aliéné que n'importe qui d'autre.

Yoan 19/12/2012 22:39

Ces messieurs sont effectivement bien mal habillé pour la situation. Cela est je pense plus à la honte d'eux-même qu'à celle de l'institution.

Ce n'est clairement pas un progrès ; toutefois, en déduire un recul de la civilisation, cela m'étonne. J'aimerais bien en savoir plus sur vos critères lorsque vous jugez d'une civilisation.
Pas de grande civilisation sans élégance ?

Le Chouan 20/12/2012 13:51



"La brute se vêt, l'homme élégant s'habille", disait Balzac. L'homme élégant est du côté de la civilisation; la brute est du côté de la barbarie.


Ma surprise vient de ce que ceux dont je parle et moi sommes censés conaître les mêmes codes, partager le même sens des convenances. Qu'il existe des civilisations respectacles qui ignorent "les
hauts-de-chausse" - pour citer une nouvelle fois Montaigne -, c'est certain. Mais elles me sont étrangères.



Raphaël 18/12/2012 13:28

Le rapport est (très) tiré par les cheveux. Anne Fillon, la mère d'un client chez Arnys, qui fût maître de conférence à l'Université du Maine, est célèbre chez les historiens pour son livre "Louis
Simon, étaminier, 1741-1820 dans son village du Haut-Maine au siècle des Lumières", publié en 1982.
Elle y retranscrit les mémoires de Louis Simon, ce qui est très intéressant puisque peu de témoignages -écrits- de villageois nous sont parvenus. Louis Simon y décrit son quotidien, et consacre
tout un chapitre aux chouans, qu'il décrit comme sanguinaires, et où il craint pour sa vie, puisqu'il participe à la révolution.

joe 18/12/2012 11:22

P.S.

Le mariage pour tous, je suis pour.

Pas de raison pour que seuls les hétéros en patissent !

joe 18/12/2012 11:21

Dress code dans les casinos ? Faut voir !

Pour avoir visité ceux de la côte normande l'été dernier, je puis vous dire que, malheureusement, elle est loin l'image de Sean Connery en smoking, attablé au milieu de belles dames en robe du
soir.

Aujourd'hui, seule la pièce d'identité est demandée à l'entrée; à l'intérieur règnent les pantacourts, tee-shirts imprimés et chaussures de sport.

Si n'entraient au casino que les porteurs de cravates, ce serait la faillite assurée.

Raphaël 18/12/2012 01:45

Pardon pour les fautes d'orthographe, l'empressement me fait taper n'importe quoi, et n'importe comment, de surcroît.

Raphaël 18/12/2012 01:43

Bonsoir !

Sans aller jusqu'à vous dire homophobe, on devine quand même le point de vue d'un chouan, en lisant entre les lignes...
Je crois qu'il s'agit de mon tout premier commentaire sur ce blog que je lis avec beaucoup d'intérêt depuis presque quatre ans, et qui fait partie des plus beaux du genre.
Toutefois, je ne peux m'empêcher de sourire en me souvenant de l'image que véhiculaient les chouans à la toute fin du XVIIIème : un certain étaminier les décrivait comme des monstres sanguinaires,
avides de sang, très peu prompt à l'élégance et à la retenue. Ainsi, comment concilier ce "chouan" dont chaque article et un délice, avec des rustres qui courraient les campagnes, égorger nos fils
et non compagnes?
Enfin peu importe les contradictions. Continuez ainsi monsieur, ce que vous écrivez sur le savoir vivre est excellent.
Bonsoir !
Post Scriptum : Je vous laisse le loisir de trouver le rapport entre ce villageois -étaminier du Haut-Maine- et Arnys, fût-t-il tiré par les cheveux !

Le Chouan 18/12/2012 13:15



Les nobles regardaient de haut les Chouans issus du peuple. Pas tous les nobles, mais beaucoup.


La police présentait Cadoudal - le Chouan des Chouans ! - comme un monstre. C'était en réalité un homme raffiné, très soucieux de sa toilette.


Il y a les Chouans des champs et il y a les Chouans des villes : les uns comme les autres ont droit à l'élégance !


Merci de vos encouragements.


PS : quel rapport ?...



Jean-François 16/12/2012 15:58

Pour nous consoler, il nous reste l'Assemblée nationale où le port de la cravate est obligatoire pour les hommes pour pouvoir pénétrer dans l'hémicycle.

Pour ce qui est des personnes mentionnées, il semblerait que ces habitudes vestimentaires pour le moins légères dont ils font montre coïncident avec une volonté d'afficher une certaine différence
par rapport au vulgum pecus hétérosexuel, pollueur et arriéré que représente le reste de la population.

Il y a là-derrière à mon sens l'affirmation d'une émancipation d'un modèle trop conventionnel pour les idées qu'ils portent. C'est bien sûr le signe d'une ignorance totale de ce qu'est la véritable
élégance qui ne se contente pas de la répétition mécanique et automatique de règles rigides et fixées pour toujours. Le chouan a d'ailleurs le grand mérite de nous partager ce qui permet à un homme
de passer de la simple correction à l'élégance.

belisaire 16/12/2012 14:01

Mariages républicains... Je ne pense pas que la permission de convoler "pour tous" soit assimilable à une noyade de concert dans l'esprit du légistlateur.
Pour le reste, je suis pleinement d'accord. Je trouve dommage que ces personnes n'aient pas jugé nécessaire un minimum d'effort vestimentaire. Ou alors les communicants de l'Elysée les ont obligés
à enlever dare-dare les costumes qu'ils avaient revêtus pour l'occasion.

Geoffrey 16/12/2012 10:50

Cette négligence est lamentable cher chouan ; imagine-t-on se présenter devant de Gaulle ainsi ?

Enfin, je râle façon vieille France, mais je vais quand même défiler cet après-midi. L'atavisme, sans doute.

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