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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 07:38

 

pantalon-scavini-elements-poses.jpg

Illustration : Julien Scavini.

 

Sur l’origine de cette invention, les sources divergent. N’entrons pas dans le débat. Rappelons seulement qu’on en attribue généralement la paternité au prince de Galles, le futur Edouard VII : on ne prête qu’aux riches. Cette photo nous le montre, devenu roi, arborant un revers apparemment retourné à la main ou travaillé en sorte qu’il donne cette impression :

 

prince-de-galles-revers-fin.jpgSource : Des modes et des hommes, Farid Chenoune, Flammarion
 

 

Son premier pantalon à revers, chacun s’en souvient. Grâce à lui, on s’est senti plus adulte et l’on s’est juré, avec l’enthousiasme du néophyte, qu’on ne porterait plus jamais un pantalon sans revers.

Les années ont passé et la réflexion s’est affinée. Mon expérience me fait dire ceci :

Le revers finit bien un pantalon à pinces. Un accord harmonieux s’établit entre les plis en haut et le revers en bas.

Le revers n’est réussi que s’il est consistant. Les tissus épais (velours, tweed…) permettent d’obtenir l’effet recherché. Et que s’il est cousu lâche. Un petit rappel technique s’impose : ne confondons pas revers et repli. Le revers désigne une bande de tissu assemblée au bord du bas d’un pantalon et donnant l’illusion d’un repli. Souvent, les revers ne sont en réalité que de simples replis, moins longs et donc moins coûteux à fabriquer.

Le revers ne doit être remarqué ni pour sa petitesse ni pour sa grandeur. La tradition tailleur l’a fixé à 4 cm. Un homme très grand se permettra, si l’envie lui prend (mais pourquoi lui prendrait-elle ?), un revers plus haut. N’en déplaise à certains tailleurs à la mode, le revers trop grand fait couturière de quartier – comme, d’ailleurs, son contraire, le revers trop petit.

Le revers ne va pas aux hommes petits car il casse, à l’œil, la longueur des jambes. Très recommandé, en revanche, aux hommes longilignes.

Le revers sied mieux aux hommes d’un certain âge. J’ai vu l’autre jour un homme jeune en costume bleu marine dont le pantalon était lesté d’un revers. Eh bien ! ce seul détail lestait aussi son propriétaire de quelques années !

Le revers ne doit jamais accompagner une tenue habillée. C’est pourquoi certains rigoristes en proscrivent l’usage sur le costume croisé, plus habillé que le costume droit.

Le revers est un incroyable nid à poussière ! Ainsi donne-t-il l’occasion à chaque fois qu’on le brosse de méditer sur le destin des choses. Et ce n’est pas son moindre mérite. 

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Publié par Le Chouan - dans Coupe
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commentaires

Hebe 12/06/2010 06:40


Bonjour,
En train de refaire ou de compléter ma garde-robe, je lis avec intérêt votre blog.
Je ne suis pas entièrement d'accord avec vous sur le sujet des revers. Mais peut-être que je fais une confusion, justement, entre revers et replis. Pourriez-vous préciser cette différence,
peut-être par une illustration?
En revanche, mon opinion diverge absolument sur le fait que le costume croisé soit plus formel que le costume droit. Il me semble que c'est le contraire, et je n'aurais aucune hésitation à faire un
revers sur un costume croisé.
Un revers, à mon avis, implique une très (TRÈS) légère cassure au bas du pantalon, ou pas de cassure du tout. Sinon, il perd son sens.
Le revers ne va pas aux hommes petits? Voire. C'est plus pour moi une affaire de proportions que de taille. Peut-être ai-je tort. Un homme de petite taille, mince, portera mieux un revers au
pantalon qu'un homme imposant et fort de taille plus grande.
Ah! Le nid à poussière. Là, je suis bien d'accord, et certaines professions (les médecins et les infirmiers par exemple) devraient sans doute éviter les revers sur leurs lieux de travail.
Le revers vieillit son porteur... Mmmmh. Voire. là, je n'y ait jamais pensé, et j'aurais plutôt tendance à dire que c'est plus l'ensemble de la tenue qui peut vieillir une personne, une coupe de
cheveux, aussi, ou ne barbe. Le revers, ami des promenades champêtre et du passage des rivières à gué me donne plutôt une image printanière et insouciante qui convient bien à la jeunesse. Cela dit,
je n'affirme rien.
Voilà mes quelques réflexions,
Hebe


Le Chouan 16/06/2010 18:42




- « Illustrer la différence entre un repli et un revers » Stiff Collar le fera peut-être un jour. Moi, je m’en sens bien incapable !


 - « Le revers peut aller aux hommes petits » Tout serait une affaire de proportions. C’est aussi l’avis de Fussler. Tout de même, une telle assertion
me semble aller contre le bon sens. C’est un peu comme si on essayait de faire croire que les rayures horizontales n’« écrasaient » pas.


- « Un revers ne vieillit pas celui qui le porte » D’accord avec ce que vous dites : « C’est l’ensemble de la tenue qui peut vieillir, une coupe de
cheveux, une barbe. » Les jeunes affectionnent aujourd’hui les costumes près du corps. Accroché un revers à ce genre de costume ressemble à une aberration - un anachronisme.


 


Merci de vos commentaires, critiques et argumentés.    


 








sifran 03/06/2010 18:43


Hum... Oui, "largeurs importantes", c'est vague. Personnellement je pense que la bascule devrait se faire aux vingt centimètres. En dessous ça ne me paraît pas convenir aux bas relevés, à partir de
vingt et un me semble plus propice.
Bien sûr chacun fait comme il l'entend. Mais, les personnes moins grandes ont aussi de plus petits pieds donc peuvent porter des pantalons plus étroits du bas. Et comme vous l'avez très justement
rappelé, les bas relevés ne vont pas aux jambes courtes, tout rentre donc dans l'ordre. Si je puis dire...


sifran 03/06/2010 11:12


Je tique aussi sur : « Le costume croisé plus habillé que le costume droit ». A mon humble avis cela dépend de la couleur et du moment. Un croisé en prince de galles classique, gris clair donc,
peut être idéal pour faire ses emplettes (pour ne pas dire courses, qui font Casino), exactement la même forme mais en gris sombre permet de se rendre à un enterrement ou à un cocktail, variations
sur cravate et chemise.
Dommage que les "jeunes gens", Chouan dixit, ne tentent pas de porter le croisé. Il sied beaucoup mieux aux personnes très minces.
Pour le revers il n'a pas été évoqué la largeur du pantalon. Ne le revers n'est-il pas plus adapté aux largeurs plutôt importantes ?


Le Chouan 03/06/2010 16:40



"Le revers n'est-il pas plus adapté aux largeurs importantes ?" Complètement d'accord avec vous, même s'il conviendrait de préciser ce que vous entendez par "largeurs importantes".



T.D. 02/06/2010 15:36


Le revers fini bien un pantalon à pinces : C'EST SUR
Le revers n'est réussi que si il est consistant : paradoxalement, même si le revers rend très bien sur les tissus lourds et épais, c'est plutôt sur ceux là que je me passe le mieux de revers :
l'impression de pantalon "non fini" en l'absence de revers m'apparait beaucoup plus flagrant sur une toile légère - surtout quand on marche, et que le tissu semble voler dans tous les sens sans le
poids du revers...
Le revers est un incroyable nid à poussière! : Oui, et aussi à tant de belles choses - quelques grains de sable, mémoire d'une promenade passée à la page, ou quelques brins de paille...


Julien Scavini 01/06/2010 18:09


Tout à fait ravi de cette mise au point sur la différence revers/repli. Hélas, je ne connais pas un tailleur à Paris qui sache la différence... Et que dire, sinon qu'ils sont magnifiques, des
revers italiens rapportés par boutonnières cachées?

Sinon article bien concis, qui m'éclaircit les idées.

Pour le costume croisé, je m'étais également mis dans l'idée qu'il était moins formel, peut-être à cause de Savoir Vivre ou Mourir qui le présente comme tel... A mon avis, le croisé est bien plus
formel dans sa version costume: déjà, difficile de se balader la veste ouverte, l'effet est désastreux et oblige à rester guindé!


Olivier 01/06/2010 08:22


J'aime beaucoup la dernière définition.

Maintenant, le costume croisé, plus habillé que le costume droit ? J'avais plutôt l'impression inverse. D'ailleurs, le smoking droit est plus formel que le croisé. D'un autre côté, on ne rencontre
pas de costume croisé en tweed...

J'imagine qu'il faut rechercher l'origine de la coupe croisée dans l'uniforme militaire. Mais l'adaptation d'un vêtement militaire à la vie civile est-elle garante d'un plus grand formalisme ? Pas
forcément. Le blazer est l'illustration même de ce contresens.

Quoi qu'il en soit, le revers confère effectivement au pantalon un caractère informel (eau à la cave) tout à fait séduisant à réserver, en effet, aux costumes les moins formels de la garde-robe. En
ce sens, je le trouve parfait pour le velours côtelé, le tweed et le lin.


Le Chouan 01/06/2010 20:10



Quel bonheur de vous lire à nouveau !


 


« Le costume croisé plus habillé que le costume droit » : je l’ai déjà écrit et  je me souviens qu’alors Julien Scavini s’était interrogé, comme vous le
faites aujourd’hui, sur la pertinence d’une telle assertion. J’avais donc entrepris des recherches et leur résultat n’avait guère été probant. Tatiana Tolstoï (son essai De l’élégance
masculine reste une référence) a tout de même écrit : « Le costume croisé obéit à des règles identiques (à celles du costume droit) encore qu’un peu moins nombreuses dans la
mesure où, plus habillé, il s’approche de la rigueur du smoking, de l’habit ou de la jaquette. » Et puis : « Un costume croisé représentant la tenue de cocktail par
excellence, il convient de le tailler dans les gris les plus sombres et dans des bleu marine. Bizarrement, (…), c’est un motif  - la rayure tennis – et non un bleu marine uni –
qui fait remporter la palme de la tenue habillée, ceci juste après le smoking. »


Les données historiques m’échappent… Un lecteur érudit éclairera peut-être ma lanterne sur ce point…


On peut aussi aborder les choses d’une autre manière – en partant de son expérience. Quiconque a expérimenté les deux formes de costume sera sans doute d’accord avec moi pour dire qu’on se sent
« plus habillé » dans un costume croisé que dans son homologue droit. Cette impression provient, il me semble, du caractère « fermé » - donc plus rigide – de cette forme (voir
la croisure, qui protège comme un bouclier, le bouton de rappel, l’obligation de garder la veste boutonnée dans presque toutes les circonstances).


Un détail qui ne trompe pas : les jeunes gens qui font l’achat d’un premier costume évitent la forme croisée que, d’instinct, ils jugent moins souple, plus complexe à s’approprier.


 



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