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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 06:42


Le rapport de Madame Pappalardo, présidente du jury du concours 2010 de l’ENA, a été remarqué. Un de mes amis lecteurs a eu la gentillesse de m’envoyer un article que Libération a consacré au sujet. Ces quelques extraits dudit rapport ont particulièrement retenu mon attention : « Nous n’avons pas été éblouis par l’originalité des candidats, à commencer par leur apparence vestimentaire : à part un corsage, deux vestes et une cravate colorées et un seul pantalon de velours… tous les autres candidats étaient en costume-cravate et tailleur noir ou anthracite, voire bleu marine; en outre certains étaient visiblement mal à l’aise dans ces tenues qui n’étaient pas à leur taille. Cela donne le sentiment que les candidats ont une image de l’Ecole et de la fonction publique très conformiste, à l’image de cet «uniforme» qu’ils se sont efforcés d’endosser ». Et Madame Pappalardo d’ ajouter que les "originaux" venus avec un peu de couleur sur le dos ont presque tous été admis « pas tant pour leur tenue que parce qu’elle était en phase avec un certain tempérament, une capacité à s’affirmer dans l’échange avec le jury. »

Ces propos m’ont tout d’abord enchanté, sinon dans la forme du moins dans le fond : comment n’aurais-je pas été sensible au lien ainsi noué entre la singularité de la mise et l’affirmation de la personnalité ? Et puis je suis tombé sur un communiqué que le parti de l’In-nocence, sous la signature de son président Renaud Camus, a consacré audit rapport : « On a peine à croire que Mme le président du jury puisse sérieusement faire reproche aux candidats du prétendu "conformisme" de leur tenue et féliciter au contraire ceux d'entre eux, trop peu nombreux à son gré, qui sont vêtus avec fantaisie, alors qu'un certain degré de neutralité et d'abstraction, de discrétion, de gommage calculé des aspects les plus saillants de la personnalité individuelle semble au contraire éminemment souhaitable chez de futurs représentants de l'État, auxquels on ne demande pas au premier chef d'être "eux-mêmes", comme à des animateurs de clubs de vacances. »


renaud-camus-copie-1.jpgRenaud Camus

 

Cette opinion, formulée par l’un de nos plus brillants prosateurs, m’a ébranlé. Et puis, mon trouble passé, j’ai retourné ma réflexion dans le bon sens.

Je m’étonne que Renaud Camus, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, qui cultive pour lui-même une mise surannée assortie à ses idées politiques, s’alarme que des candidats à la plus emblématique de nos pépinières d’élites laissent à leurs vêtements le soin de dire un peu qui ils sont.

Je m’étonne qu’il en vienne à souhaiter (au moins implicitement) que le recrutement à l’Ena se fasse sur un modèle quasi militaire.

Je m’étonne qu’il assimile à de vulgaires animateurs de clubs de vacances ceux des candidats qui ont cherché à se soustraire à l’uniformité ambiante par des audaces vestimentaires au demeurant fort limitées.

La grisaille énarchique m’inquiète. C’est sous elle qu’on fabrique de futurs monstres froids.

Au vrai, dans quelle mesure Renaud Camus, esprit original et volontiers provocateur, croit-il ce qu’il dit ? Les nombreuses nuances qui émaillent son propos permettent de s’interroger : « un certain degré… gommage calculé… aspects les plus saillants… semble ».

Ah ! Si le monde était bien fait, il aurait permis que Madame Pappalardo écrivît aussi bien que Renaud Camus et que Renaud Camus pensât aussi juste que Madame Pappalardo ! 

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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commentaires

Guillaume 22/06/2011 15:30


Cher Chouan,

Je prend le risque de contredire l'un vos commentateurs en affirmant qu'il est possible de se vêtir avec élégance dans un cadre professionnel. Un blazer, une chemise bleue, une cravate club, un
dokers marron clair et des richelieu marron et le tour est joué !!Pour ma part, en tant que courtier d'assurances, j'ai constaté que l'élégance est parfois un atout pour conclure une affaire....


Philippe Booch 12/06/2011 11:46


Faites attention à vous mon lieutenant, j'ai l'impression que la mode de cette fin de printemps n'est pas très gaie dans vos contrées.


http://unregardunpeuconservateur.over-blog.com/ 11/06/2011 19:39


Un Lieutenant de l'Artillerie Coloniale !!!!
J'adore ! Vive la France éternelle !


Un lieutenant de l'Artillerie Coloniale 11/06/2011 15:40


Je ne sais si les militaires sont nombreux à lire votre blog si riche et où plusieurs voix peuvent s'exprimer en même temps.
Mais j'espère en tout cas que sa fréquentation continuera à m'aider à vous faire mentir, pour un fois : non, cher Chouan, les militaires ne s'habillent pas tous si mal en civil.
En tout cas, depuis les montagnes d'Afghanistan où je ne suis qu'en treillis depuis bientôt 6 mois, vos articles sont toujours un peu de rêve et d'évasion au fil des jours.


Le Chouan 12/06/2011 14:55



Pour l'exotisme, on est servi ! "Depuis les montagnes de l'Afghanistan"... Je n'en reviens pas !


Vous avez raison. Et moi, j'ai eu tort de généraliser à partir des quelques exemples que j'avais en tête.


Amicalement.



Erwan 10/06/2011 21:32


Il y a une infinité de manieres de se distinguer tout en portant un uniforme;les militaires le savent bien; hauteur du képi,porté droit ou à la Gabin espacement des boutons, gilet d'arme etc.
De la même manière il est largement possible de révéler une personnalité affirmée , originale élégante ..ou un goût de butor en portant un costume gris ou un tailleur n'est ce pas?


Le Chouan 11/06/2011 10:57



Imaginons qu’obligation nous soit faite de porter une tenue identique – il y aurait encore des différences. Sous Mao, certains Chinois réussissaient à être élégants en vareuse à col
officier ! Chou En-laï, par exemple, la portait mieux que le Grand Timonier !


Cela pour dire que je partage votre avis.


A propos des militaires : pourquoi s’habillent-ils si mal en civil ?


Et à propos des élèves de l’ENA : s’ils aiment l’uniforme, qu’ils choisissent la préfectorale !



franck 08/06/2011 20:54


chouan,

comme toujours, vous excellez lorsque vous dissertez et menez votre réflexion si caractéristique à propos de la (petite) place que notre société moderne veut bien attribuer à l'élégance.
le sujet traité ici, me conforte dans l'idée qu'il est difficile sinon impossible qu'un individu soit réellement élégant quand il est en situation de travail, inscrit dans un carcan hiérarchique et
qu'il doive se soumettre aux règles écrites ou tacites, imposées ou non, de son employeur.
bien sur certains penseront le contraire car ils jugeront parvenir à s'appropier les règles de l'élégance malgré le cadre rigide dans lequel ils évoluent.

cependant l'élégance vraie ne peut exister et s'épanouir que dans une liberté d'être, totale et entière, qu' employés ou cadres dirigeants ne possèderont jamais je crois.

franck


Le Chouan 09/06/2011 19:40



Elégance et obligations professionnelles... J'ai en réserve un petit billet sur le sujet (... non! ce n'est pas un effet d'annonce !) intitulé La loi du milieu !


Amitiés.



Philippe Booch 08/06/2011 12:40


Votre première impression était la bonne, Renaud Camus prône une austérité, une grisaille auxquelles il nne doit,pas croire lui-même un seul instant.
J'aime bien le commentaire vestimentaire de la Dame Pappalardo, c'est plutôt rassurant et rafraichissant !
Enfin, entre excentricité et conformisme, il doit y avoir un moyen terme agréablement atteignable. Sans ressembler à un attaché de presse shooté aux tuileries par un "street blogger", l'énarque
n'est pas forcément obligé de piquer sa panoplie à un représentant de commerce.


Olivier 08/06/2011 08:52


Ah les imparfaits du subjectif, clins d'oeil aux "gimmicks", si j'ose dire, de la langue belle et classique (belle parce que classique ?) de Renaud Camus ! :)

Au risque de vous étonner, j'adhère assez aux propos de ce dernier - ceux que vous citez du moins. J'aime l'idée qu'un homme ou une femme s'efforce de faire passer sa propre personnalité après
celle de l'Etat qu'il est censé servir. On a tellement d'exemples inverses sous les yeux : ces personnages politiques qui se servent de la chose (et de la cause) publique comme d'une caisse de
résonance à leur égos démesurés. J'apprécie l'élégance discrète d'un Fillon ou d'un Balladur. À l'inverse, les mises recherchée d'un Le Pen, d'un Berlusconi ou d'un Jack Lang inspirent
instinctivement de la méfiance au provincial que je suis. Notre société a mis l'"épanouissement personnel" à toutes les sauces et  l'"originalité" est devenue une revendication de tous les
instants. (Gageons qu'elle fera bientôt partie des "acquis".) Pour moi, un homme ou une femme devrait entrer en politique comme on entre en ascèse. Oui, je sais. :) Tout comme je sais que l'ascèse
n'est pas vraiment trendy. Elle est pourtant, selon moi, la forme d'élégance suprême qu'on serait en droit d'attendre des personnes qui prétendent servir la collectivité. 

Maintenant, il y a évidemment les prétendues (justement !) humilités vestimentaires. L'uniforme bleu marine de M. Sarkozy est-il le reflet sincère de la conception qu'il se fait de son rôle de chef
d'Etat ou le résultat du travail de savants experts en communication ? La réponse dans un de vos prochains billets, mon cher Chouan ?

Las de l'originalité obligatoire, unissons-nous ! Vive le conformisme ! :)


Le Chouan 09/06/2011 19:38



M'est d'avis que votre "conformisme" n'a pas grand chose à voir avec celui visé par Madame Pappalardo !


Amitiés.



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