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Il y a une actualité Serge Gainsbourg. Une émission de télévision lui a été consacrée lundi dernier sur FR3 (Hors série) et, hier, sortait au cinéma le film de Joann Sfar intitulé « Serge Gainsbourg (vie héroïque) ».
Le personnage m’intéresse en ce qu’il prêtait une attention extrême à son apparence. Chez lui, rien, depuis les pieds jusqu’à la tête, qui n’ait été pensé et pesé. Le chanteur famélique des débuts, sanglé dans des costumes bien coupés et austères, a laissé la place, quand la gloire est venue, au « Gainsbourg » « (puis au « Gainsbarre ») dont nous avons gardé la mémoire : blazer sombre uni ou à rayures tennis ; sous le blazer, chemise blanche au col généreusement ouvert ; sans blazer, chemise en chambray délavée ou chemise militaire ; jean ; Repetto blanches portées sans chaussettes. Au rayon des accessoires : lunettes noires enveloppantes ; bagues, bracelets et colliers divers ; montres de luxe que des manches systématiquement relevées savaient mettre en valeur. Ajoutons, bien sûr, la fidèle Gitane, l’éternelle barbe de trois jours, les cheveux savamment décoiffés. L’esquisse (exquise ?) ne serait pas tout à fait ressemblante si je ne disais rien de la gestuelle dont les étranges saccades et les afféteries – voir, notamment, les contorsions de poignet – s’accordaient à un phrasé aussi horripilant qu’artificiel.
Apparence et élégance : Serge Gainsbourg n’a pas su trouver la rime. Son goût pour la pose, sa propension à l’affectation m’a toujours laissé froid. J’ai vu des milliardaires élégants et des miséreux l’être aussi. Mais lui, looké en clochard de luxe, ne pouvait nullement prétendre à cette distinction.
Il ne méritait pas davantage le qualificatif de dandy, qu’on lui accole
pourtant souvent. J’ai même lu quelque part : « Gainsbourg, dandy absolu » - comme si, au passage, il se pouvait qu’un dandy fût « relatif ».
Quand un dandy provoque, il prend des risques. Quand Brummell, un soir, pour gagner un pari, ordonne au prince de Galles qui lui demande de sonner le valet de chambre : « Vous êtes
près de la sonnette, George », il signe sa disgrâce : « Mettez au lit cet ivrogne ! » ordonne alors le prince au valet en lui désignant celui qui n’est déjà
plus le Beau Brummell. De même, quand Oscar Wilde entame une procédure contre Lord Queensberry, le puissant père de son amant Lord Alfred Douglas, il enclenche en toute conscience le processus
tragique qui va bientôt le broyer. Les provocations de Gainsbourg ont toujours été gratuites. Tout au plus, l’une d’elles lui a-t-elle coûté 500 francs – la valeur du billet que, dans une
revendication capitaliste, il brûla un dimanche soir pour faire comprendre au téléspectateur moyen la voracité du fisc à l’égard des milliardaires. Quand, le poing levé (!), face à des
parachutistes en uniformes, il entonne, vêtu d’une chemise militaire d’opérette, une tremblotante Marseillaise, il sait que la police est là pour le protéger en cas de besoin. Mais, pour gratuites qu’elles aient été,
ces provocations lui ont toujours beaucoup rapporté.
Son côté bling-bling avant l’heure - montre Breiltling, Rolls… – (dans ce sens, je l’admets, il fut en avance sur son temps) n’est en rien dandy – non plus que ses vantardises de don Juan ou de gros vendeur de disques. « Paraître, c’est être pour le dandy » : on connaît l’axiome énoncé par Barbey. Bien que très étudiée, l’apparence de Gainsbourg n’était aucunement celle d’un dandy : un dandy porte beau même quand il n’a plus rien ; Serge Gainsbourg portait laid alors qu’il avait tout. Et que dire de son exhibitionnisme sentimental larmoyant ? « Le dandy peut être un homme souffrant, expliquait Baudelaire. Mais, dans ce cas, il souffrira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard. »
Notre époque abonde en mensonges érigés en vérités. La répétition médiatique les fixe dans nos esprits. Il nous faut alors faire appel à tout notre sens critique pour tenter de nous en défaire. S’il me fallait qualifier au plus vrai Serge Gainsbourg, je dirais qu’il fut un « antidandy » comme on dit de certains personnages romanesques ou théâtraux qu’ils sont des « antihéros ».
Cette confusion des valeurs bat son plein dans le titre du film de Sfar : « Serge Gainsbourg (vie héroïque) » et dans sa bande annonce qui nous assène : « Quand un des plus grands artistes du XX° siècle réinvente la musique et l’amour ». Réinventer l’amour ? Ainsi Serge Gainsbourg aurait réussi là où Rimbaud lui-même a échoué ! En quoi ses chansonnettes ont-elles réinventé la musique et en quoi sa vie émaillée de multiples succès fut-elle héroïque ? Gainsbourg ne fut pas, tout de même, un nouveau chevalier Bayard sans peur et sans reproche ! Si on le vit transformé en Bayard, ce fut, contre espèces sonnantes et trébuchantes, dans une pub pour une marque de vêtements du même nom dont le slogan était : « Bayard, ça vous change un homme, n’est-ce pas Monsieur Gainsbourg ? » Qu'est-ce que l’art pour qui prétend que Serge Gainsbourg fut "l’un des plus grands artistes" du siècle dernier ?
lechouandesvilles{at}gmail.com
Je voulais ecrire un long article mais le temps me manque...
voila dans cet article une très fine analyse du personnage de Gainsbourg.
Elle leve le voile sur ce que j'avais entendu étant trop jeune pour l'avoir vu vivant, mais gainsbourg n'avait pas ce succès populaire auquel on veut nous faire croire. Tout le monde n'aimait pas sa musique et le personnage encore moins. En 2010 pour moi sa musique m'apparait a toujours aussi belle et c'est bien un des rares chanteur français qui soit audible (attention je n'ai pas dit LE seul^^).
Toujours est il que je ne suis pas d'accord avec vos conclusion. Le prétexte du film me parait bien fantaisiste mais il me semble que gainsbourg avait retenu une seule leçon des grand dandy mythique, c'est celle de l'originalité. Parfois exacerbée, parfois de mauvais gout, mais originalité dans sa vie privée dans ses choix vestimentaires et dans sa musique.
En tout cas je loue la qualité de vos articles qui appellent toujours une réflexion.
Bonne journée
Bonne soirée.
Baudelaire faisait-il référence au stoïcisme? lorsqu'un enfant spartiate ayant caché un renard sous ses vêtements, contint ses émotions quand ce dernier lui dévora le foi?
En effet, Gainsbourg était bien éloigné de la définition du dandy, du moins de celle qu'en donne Baudelaire. (Permettez-moi de compléter votre salve de citations par celle-ci, extraite du même texte consacré à Constantin Guys : "Le dandysme n’est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu’un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. Aussi, à ses yeux, épris avant tout de distinction, la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue, qui est en effet la meilleure manière de se distinguer.")
A l’évidence, Gainsbourg avait le goût de la provocation. Et alors ? Cela suffit-il à en faire un "dandy" ? Manifestement oui, du moins, pour la grande majorité des journalistes qui, pour méconnaître leurs classiques, n'en font pas moins l'opinion. On a le journalisme qu'on mérite, et, du coup, les mythes - et les dandies - qu'on mérite.
Par ailleurs, Baudelaire explique quelque chose qui me paraît assez juste : "Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n’est pas encore toute-puissante, où l’aristocratie n’est que partiellement chancelante et avilie." Or ce qu'il dit du dandysme, il pourrait le dire également de l'art. (Je ne suis pas sûr, d'ailleurs, que, dans son esprit, les deux concepts ne se confondent pas un petit peu.) Ce qui amène à cette conclusion : la santé politique d'un état semble inversement proportionnelle à celle de ses courants de pensée et de sa capacité créatrice. En d’autres termes, mieux se porte une société, socialement parlant, moins l'art et le dandysme y ont leur place. On peut le déplorer pour ces derniers. Mais s'en réjouir pour le reste. Churchill n'affirmait-il pas plaisamment : "Democracy is the worst form of Government except all those other forms that have been tried from time to time."
Pour en revenir à Gainsbourg, certes, était un artiste. Bon musicien, bon parolier et excellent metteur en scène de sa personne et de sa vie. Mais un dandy, voire ! (Je suis d’ailleurs partisan d’une thèse selon laquelle art et dandysme sont incompatibles.)
Pour finir (mille excuses pour ce commentaire-fleuve !), une réserve tout de même : le titre de ce billet (référence à l'ouvrage sur l'affaire Ranucci ?)... un peu grandiloquent, non ? :) Gainsbourg n'a jamais nié son goût pour l'imposture. Ni celui pour les postures tout court, d'ailleurs...
Mais pour le billet lui-même, décidément, je contresigne en pensée !
J'ignorais qu'un livre sur l'affaire Ranucci s'intitulait Autopsie d'une imposture. Comme quoi, tous les emprunts ne sont pas volontaires !...
Vos commentaires sont toujours trop courts.
Barbey d'Aurevilly.
Qui est propriétaire des 500 F au moment où Gainsbourg brûle le billet ?
Gainsbourg lui-même.
Mais qui est propriétaire du billet ?
Je laisse au lecteur le soin de trouver la réponse.
Cela dit, cela ne fait que confirmer la teneur générale de votre article : au fond, il savait qu'il ne risquait pas grand chose.
Heureux de voir que la liberté d'expression est de mise sur ton blog...
Pour ma part je suis fan de Gainsbourg...
Je pourrais dire "désolé" ou "excusez moi"...mais ce n'est pas mon genre de m'excuser d'exister ni d'aimer ou de ne pas aimer...
Ce que je retiens c'est qu'on met souvent en avant ce que les gens pensent ou disent de lui...
Moi ce qui m'intéresse c'est l'homme.
Qu'est ce que lui pensait de lui.
Je suis d'accord sur le fait que dire que Gainsbourg a réinventer l'amour la musique etc... c'est du pur n'importe quoi..
Il a souvent pompé des thèmes musicaux venant du classique.
B.B initals :Dvorak Le nouveau monde...je ne sais plus quel mouvement mais c'est du copier collé...
Lemon incest et un tas d'autres.
Je pense qu'il ne s'aimait pas plus que ça.
Mais qu'il a tout fait pour qu'on l'aime.
à ses début il n'était pas apprécié pour ses chansons plus que ça.
Très vite il a compris que son fond de commerce pourrait être les femmes et la provocation.
On oublie souvent de dire qu'il était entouré de sacré arrangeurs.
Enfin c'est surtout lui qui a fait en sorte qu'on ne parle pas d'eux pour ne pas perdre de sa superbe.
Idem avec Birkin.Il a très mal supporté le fait qu'elle puisse être célèbre sans lui...
De l'art mineur...oui..c'est clair...je sis auteur compositeur interprête et je suis d'accord que la "chanson" est un art mineur..
N'en déplaise à mes collègues...mais trop d'ego tue l'ego.
Et vous me direz "et tu dis fan.."
Je n'aime pas le terme "fan"...mais je l'emploi quand même.
C'est mon esprit autodérisoire que me l'impose.
Ce n'est pas sa réussite qui me fascine.
Ce n'est pas ses conquêtes ou son air "dandy".
Je suis respectueux de ses textes et de sa façon de jouer avec les mots.
Je n'aime pas son côté "succès à tout prix"...
Mais je kiffe sa non réussite..c'est méchant...
Je kiffe ses blessures, sa fausse confiance en lui, son mensonge permanent de l'image qu'il donnait.
Finalement je pense qu'il dirait de lui "j'ai tout raté"...
Peintre déchu, amours mortes, reconnaissance post mortem.
Il est mort seul dans son coin.
Ce n'est pas ça la réussite...
Je sais qu'on pourra me qualifier de schizophrène textuel...
Mais bon...j'aime et je déteste Gainsbourg.
D'ailleurs la vie n'est t'elle pas une question d'équilibre.
Je reste objectif.
Faut t'il juger l'homme ou l'artiste. ou les deux...
Doit on rentrer dans sa stratégie ou simplement écouter ses chansons sans rien attendre d'autre d'être touché ou pas..
Voilà j'ai trop parlé j'me saoule...
alors je vous quitte et vous remercie si vous avez eu le kourage de me lire jusque
là...
car moi ..je ne me relierai pas..
tchusss
MONSIEUR K artiste libre et insoumis.
D'accord avec vous pour dire que Gainsbourg ne s'aimait sans doute pas tant que ça et que sa confiance en soi était de façade. Sa personnalité avait quelque chose d'immature : besoin d'être aimé, d'attirer l'attention sur soi (ses provocations : des gamineries), goût pour ce qui brille et pour la triche (voir ses pillages inavoués), etc.
Pas d'accord, en revanche, quand vous parlez de "sa reconnaissance post-mortem" : peu de chanteurs ont été, de leur vivant, autant encensés que lui ! Quant à sa mort en solitaire, elle ne m'émeut pas plus que ça. On a vu morts plus affreuses. Ou plus héroïques.
Le Chouan
Tout est dit et seul un imbécile osera prétendre le contraire .Cela résume à la perfection notre époque de matraquage et de désinformation décérébrante.
S'ériger en critique intelligent est désormais interdit dès lors que l'on s'attaque à un mythe "populaire" .Essayer de critiquer Coluche pour ses violences conjuguales, ses abus de produits illicites...essayez de vous attaquer à Gainsbourg et vous aurez toujours un bien pensant pour vous taxer de " Serpent se mordant la queue" . Le conformisme ronronnant à de beaux jours devant lui et Desproges doit être arrivé en chine à force de se retourner dans sa tombe .
Le second point qui m'interpelle c'est le concept de dandysme, un concept qui reste assez flou pour moi et qui m'intéresse.
Enfin bref, merci pour votre article qui m'incite à voir Gainsbourg sous un jour nouveau, ou du moins atténué.