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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 06:40

La vie de Thierry le Luron a suivi une trajectoire fulgurante. Il lui aura fallu quelques années seulement pour devenir une vedette populaire et l’une des figures les plus en vue du tout-Paris. Appartement boulevard Saint-Germain, Rolls blanche avec chauffeur de couleur, villa à Saint-Tropez… Dès qu’il le put, Thierry le Luron assouvit toutes ses envies, comme s’il avait eu la prescience que, pour lui, le sable filerait plus vite dans le sablier.

Son don – l’imitation – n’explique pas tout. Dès sa première apparition télévisée (il n’avait que dix-huit ans), son aisance et son naturel laissèrent pantois. Il était un de ces êtres d’exception qui savent les choses sans avoir eu besoin de les apprendre et qui, pour cela, vous feraient presque croire en la réincarnation ! « J’ai vécu tant de vies », disait-il lui-même. Philippe Bouvard, qui l’a fréquenté et admiré, affirma qu’à vingt ans il savait tout.


thierry-le-luron.jpgImitant Charles Trenet. Photo Charles Platiau, AFP archives

 

Il savait aussi le langage de l’élégance. Une confidence de sa mère en dit beaucoup : « Enfant, il ne sortait jamais sans son nœud papillon et sa casquette de jockey. Il n’aurait jamais porté un jean. Il voulait toujours être impeccable. » Le virus de l’élégance se contracte durant l’enfance, quand on porte des culottes courtes et des sandales et qu’on rêve sur les costumes et les chaussures miroitantes de son père. Méfiance envers ces Messieurs Jourdain qui, l’âge et l’argent venant, se découvrent une passion pour l’élégance et croient qu’elle s’achète comme des actions en bourse.

Son premier costume de scène, Thierry le Luron se l’était fait tailler au bodygraphe, à La Belle Jardinière. Recouraient à ce procédé – ancêtre de la demi-mesure – ceux que titillait l’envie de s’habiller sur mesure mais qui n’en avaient pas les moyens. Après, il suivit la mode des années 70. Ses costumes étaient bien coupés, mais évidemment trop ajustés, et je ne dis rien de ses chemises... ni de ses noeuds papillon.

Thierry le Luron faisait partie de ces vedettes de la scène qui, par respect pour eux-mêmes et pour leur public, mettent un point d’honneur à s’habiller le mieux possible. La tradition se perd. Henri Salvador l’illustra. Aujourd’hui, ils sont peu nombreux (Charles Aznavour, Julio Iglesias…) ceux qui  tentent de la perpétuer.

Quand, le 10 novembre 1984, Thierry le Luron entonne chez Michel Drucker « L’Emmerdant, c’est la rose », sa vêture est parfaite. Admirez l’aisance que lui permet son costume. Le mouvement n’en abîme jamais la ligne. Je crois savoir qu’à cette époque, il était habillé par Henry Poole. Noeud Windsor, Tank Cartier – la discrétion est de mise. La seule touche de fantaisie – une doublure rutilante de veste - ne se dévoile qu’à la faveur d’une brusque virevolte.

Thierry le Luron a ouvert la voie (et la voix !) à de nombreux imitateurs. C’est lui qui fit de l’imitation – jusque-là cantonnée au domaine des attractions plaisantes – une expression majeure de la scène et du spectacle. Ses successeurs n’ont malheureusement pas retenu ses leçons d’élégance. Patrick Sébastien est la vulgarité même. Yves Lecoq fait quelquefois des efforts ; mais, alors, il n’échappe jamais à un côté guindé et artificiel. Nicolas Canteloup – crâne rasé, menton glabre, tee shirt basique – ressemble à un tableau blanc. C’est comme s’il avait choisi de s’effacer pour mieux faire ressortir les personnages qu’il imite. Laurent Gerra, adepte de la cravate et du costume, serait celui qui rappellerait le plus Thierry le Luron. Son physique banal de fils de bonne famille propret (je parle de lui à ses débuts) ajoute au rapprochement. Mais, en matière d’élégance, Laurent Gerra se révèle un bien piètre imitateur :


laurent-gerra.jpg

 

Thierry le Luron garda toute sa vie un visage d’enfant. S’habiller comme un monsieur était une façon de se vieillir. L’artifice du costume lui permit de connaître un peu cet âge mûr dont, inconsciemment, il savait peut-être qu’il lui serait refusé.

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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Scavini 19/02/2014 15:56

Extraordinaire personnage. J'admire. Merci pour cet article !

Le Chouan 24/02/2014 19:59



J'ai pensé à vous en l'écrivant.


Je me souviens, en effet, que, dans un très ancien billet de SC, vous aviez confié votre admiration pour Thierry Le Luron.



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