Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 07:20

Le col boutonné (dit « américain ») n’est pas à la mode. Les fashionable actuels ne jurent que par le col italien que – c’est amusant – nos amis transalpins disent « français ». Ce col aurait-il eu le même succès s’il s’était appelé chez nous comme chez eux ? J’en doute, tant nos snobs parent de mille attraits tout ce qui vient – ou est censé venir – d’Italie.

L’histoire du col américain est tellement connue que j’aurais quelques  scrupules à la raconter à mon tour. Je me bornerai donc à citer les deux auteurs qui l’ont fait le mieux : James Darwen et Bernhard Roetzel.

James Darwen : « Le vrai col boutonné fut lancé par les joueurs de polo américains pour éviter que les extrémités du col ne leur reviennent dans la figure lorsqu’ils galopent gaiement sur le terrain. John Brooks, un nom d’origine anglaise, cela va de soi, de Brooks Brothers, étonnante oasis de bon goût en plein New York, développa ce style vers 1900, rachetant ainsi une bonne partie des inélégances vestimentaires pour lesquelles cette jeune et bouillonnante nation s’est fait malheureusement connaître (1). »

Bernhard Roetzel : « John Brooks, directeur d’une maison de confection, aurait remarqué, lors d’un match de polo en Angleterre, que les pointes des cols de chemise étaient attachées à des boutons sur le haut de la poitrine pour éviter qu’elles viennent leur battre le visage. Inspiré par cet exemple, il fait confectionner à son retour chez lui des chemises à col boutonné. (…) Cette légende (…) a peut-être été imaginée de toute pièce et colportée par les Anglais pour pouvoir prétendre que cette géniale invention américaine n’est en fait qu’une copie d’un original insulaire. En effet, ni ce qu’on appelle aujourd’hui communément un polo, ni la chemise que portent les pratiquants de ce sport (…) ne présentent la plus lointaine ressemblance avec le modèle à col boutonné (2). »

Quand, pour une histoire de col de chemise, un Anglais règle leur compte aux Yankees et qu’un Allemand fait de même avec les Anglais, le Français que je suis est aux anges !

Pour être réussi, le col américain doit satisfaire à plusieurs critères. Il doit être assez grand – ses pointes assez espacées et son angle assez ouvert pour qu’un nœud de cravate puisse éventuellement y prendre place. Les tombants doivent impérativement former une vague. A cette fin, les boutons seront légèrement remontés.

Rares sont les modèles qui répondent à ce strict cahier des charges. La softrollcollar de Brooke Brothers reste la référence. Ralph Lauren n’a jamais atteint – à ma connaissance - la même perfection. Recourir au sur mesure serait onéreux et inutile : la chemise à col boutonné fait partie de ces vêtements plus réussis en Pap qu’en sur mesure.


chemise-brooks.jpgSource : Brooks Brothers

 

Comment et avec quoi la porter ? Une donnée intangible doit être gardée à l’esprit : la chemise à col boutonné est une chemise de détente. Pour cette raison, on ne la choisira jamais blanche (3) et elle n’accompagnera jamais un costume. On me rappellera que Gianni Agnelli le faisait bien. Je vous rétorquerai que - primo – vous n’êtes pas Gianni Agnelli et que – deusio – je n’imagine pas que vous ayez l’âme d’un suiveur. Vous n’imiterez donc pas davantage sa curieuse manie d’en déboutonner le col (4).

 

gianni-agnelli-chemise-a-col-boutonne.jpgPhoto : Stefano Montesi    

 

Le chemise à col boutonné complètera parfaitement, en revanche, les tenues dépareillées (veste sport ou blazer + pantalon de velours par exemple). Le choix des rayures et des carreaux est conseillé : les Américains ont judicieusement ajouté des boutons à la Tattersallsheck anglaise. On la portera volontiers sous un pull ou un cardigan ; une cravate pourra en fermer le col (la cravate de tricot semble avoir été faite pour elle !), à moins qu’on préfère y glisser un foulard… ou ne rien mettre du tout. La tenue du col permet, en effet, cette notable exception. Autre spécificité due au statut particulier de cette chemise : elle est la seule qui autorise une poche de poitrine.

Dans leurs ouvrages respectifs, James Darwen et Bernhard Roetzel se retrouvent sur un point : cette chemise constitue l’une des seules contributions positives américaines  à l’art de bien s’habiller. Comment pourrais-je ne pas être d’accord avec ces éminents spécialistes ? Cela dit sans aucun antiaméricanisme primaire. Of course.

_________________________________________________________________________________

1 – James Darwen, Le Chic anglais, Hermé.
2 – Bernhard Roetzel, L’Eternel masculin, Könemann
3 – Anecdote personnelle : à vingt ans, après avoir appris qu’une chemise à col américain ne pouvait pas être blanche, j’ai eu l’idée de transformer le col de mes Golden Arrow immaculées en une sorte de col anglais fait maison. Voici comment : j’ai supprimé les deux boutons attachant les pointes et j’ai cousu, au pied du col, un seul bouton. La cravate nouée, je n’avais plus qu’à boutonner les deux extrémités sur cet unique bouton – et le tour était joué !  
4 - Je ne suis pas loin de voir dans cette initiative la manifestation d’une sorte de repentir : ainsi déboutonné, le col se rapproche d’un col classique, ce qui rend plus acceptable le port d’un costume.   

Partager cet article

Repost 0
Publié par Le Chouan - dans Coupe
commenter cet article

commentaires

Artling 21/05/2014 09:31

Le col à boutons est à la mode!En effet tout le monde a son gout!

Rioc 25/03/2011 09:12


Quel dépit ! En apercevant le titre de votre billet, l'image qui s'est présentée à mon esprit fut celle d'un col amovible. Col boutonné également, mais différemment de celui que vous évoquez
ici.
Si l'envie vous venait un jour de partager avec vos lecteurs votre avis sur cet accessoire merveilleusement suranné, j'en serais enchanté.
Au vu de votre admiration pour le style du Prince de Galles, je ne désespère pas que ce col fasse l'objet un jour de quelques lignes de votre main.

Rioc


Philippe Booch 08/03/2011 18:23


J'aime bien que ce blog devienne un forum, c'est assez amusant.
@SK : pour le port de la chemise blanche à col boutonné, vous nous ferez 2 pater.
Qui dit quoi, depuis où, c'est intéressant ça, car en effet, lorsque l'on est, lorsque l'on prétend seulement, le "où" et le "qui" peuvent être la clef.
Pour ma part, il parait que je suis un dissonant culturel. J'ai d'ailleurs pu le remarquer ici.
E


massinissaRoydesBèrbères 08/03/2011 18:07


je crois que vous ne m'avez pas compris SK....!!
j'entendais par histoire ou sociologie du vêtement masculin et de ses usages sociaux non pas des ouvrages ou articles sur le dress code ou sur les pseudos origines de tels ou tels vêtements (
inspiré des historiques marketing des frabricants malheureusement..) mais plus profondement des hierarchies du gôut selon les milieux sociaux ( champs sociaux pour Bourdieu) et de l'espace social
dans lequel se structure ces luttes pour le bon gôut comme on peut le constater ici sur le fait ou non du col boutonné comme attribut formel ou informel de la toilette elegante masculine..
par conséquent il est plus interessant de savoir qui dit quoi et depuis où..., que de s'interroger intrinséquement sur le respect ou non de la règle sans en déterminer la source...


SK 08/03/2011 08:44


@Philippe: je possède une chemise blanche à col boutonné... pardon, Lle Chouan. Alors les règles...

@MassinissaRoydesBèrbères : Les codes de l'Upper-Class américaine, qui se perdent et qui ont été au sommet de leur expression dans les années cinquante/soixante, voir la fascination qu'exerce le
couple Kennedy, n'ont jamais été aussi scrutés, décryptés, et débattus avec autant de passion qu'aujourd'hui. Des tas d'ouvrage se penchent sur cet objet d'études. Les plus fanas sont les Japonais,
avec excès. Comme toujours.
Les codes de la haute société anglaise du 19ème, leur période de gloire, sont assez ébouriffants. De toutes façons, c'est de l'histoire.


Olivier 07/03/2011 23:37


Mon cher Chouan, loin de moi l'idée de vous causer quelque peine que ce soit ! Bien au contraire, mes pitreries n'ont d'autre but que de vous faire sourire.

Vous n'êtes ni puriste ni libéral ? Dans ce cas, si vous me permettez cette image bancale, nous convergeons dans des directions opposées. Car je me vois assez, pour ma part, comme un puriste
(parfois, vous avez raison) libéral.

En effet, ma nostalgie des temps anciens m'égare de temps en temps. Souvent même. S'il ne tenait qu'à moi, les gentlemen continueraient de se vêtir comme au début du siècle. Du XIXe siècle, veux-je
dire. (Je confesse une fascination coupable pour les romans de Jane Austen.) Ou, à tout le moins, comme dans les années vingt et trente (du XXe siècle cette fois).

Alors, comme pour compenser ce travers, j'ai mes moments de folie. Costumes en velours côtelé noir, chemises blanches à col boutonné, voire d'autres choses encore qui, probablement, vous feraient
blêmir. Car voyez-vous, je ne me considère pas comme un homme élégant. Epris d'élégance, oui. Mais je dois bien reconnaître que je ne me donne pas toujours les moyens de mes ambitions...

En fait, pour revenir aux propos que vous avez échangés avec d'autres commentateurs, au sujet de ce billet ou d'autres, c'est moins l'application aveugle des principes d'élégance vestimentaire qui
m'importe, que leur connaissance. Car oui, on peut se moquer totalement de ces codes. Les trouver désuets, inapplicables dans notre société, voire non politiquement corrects. Mais, à mon avis, il
est dommage de les méconnaître, ou pis encore de les ignorer totalement. Ils font partie de notre culture. Ni bons ni mauvais en soi, ils sont, point. Ou du moins ils étaient. Et si plus personne
ne les enseigne, ils se perdront à jamais. Et avec eux, tout un pan de l'histoire et de la sensibilité occidentales.

Alors une fois encore, merci d'alimenter ce blog de vos recherches et de vos réflexions personnelles. Je le trouve plus qu'utile : nécessaire. Et si je vous taquine un peu, vous savez que c'est
toujours amicalement.


Le Chouan 08/03/2011 14:13



Nous nous accordons !


Quand j'écrivais : "Qu'on puisse le penser me fait de la peine", je ne songeais pas à vous.


Amitiés.



MassinissaRoydesBèrbères.... 07/03/2011 23:06


Sk vous touchez du bout des doigts ce qui devrait etre discuté à savoir héritage culturel selon les milieux sociaux et souci de distinction ..( Cf pierre Bourdieu)

il y aurait à écrire l'histoire ou la sociologie des codes et façons vestimentaires ..Certains s'y sont penchés partiellement confer norbert elias d'autres plus completement mais moins pertinement
confer farid chenoune et je ne compte pas les centaines de monographie trop éparses sur le sujet...


Olivier 07/03/2011 16:47


"Qui dit chemise blanche dit chemise habillée." Ah mais c'est vous qui le dites, justement ! :)

Et la tenue de cricket ? Et celle de tennis ? Et celle de polo (dans le cas qui nous occupe) ?

Non, en fait, autrefois, la seule chemise qu'un gentleman s'autorisait à porter, c'était une chemise blanche. Que ce soit en journée ou le soir, que ce soit en ville ou à la campagne, que ce soit
au Foreign Office, à son club ou chez soi. Du coup, même au fin fond des Highlands, on portait des chemises blanches sous les épais costumes de tweed quand on partait à la chasse. Ce n'est qu'une
fois qu'elle a commencé à être débarrassée de ses connotations sociales que la chemise de couleur a fait son apparition dans les classes supérieures de la société. Timidement d'abord, puisqu'elle
apparaissait sous le gilet et dépassait des manches des vestes. Le col (mais parfois aussi les manchettes), restant blanc. Puis les cols amovibles se firent dans le même tissu que celui de la
chemise. A partir de là, une décantation se fit : on conserva la chemise blanche pour les tenues les plus formelles et on s'autorisa la couleur et les motifs pour d'autres circonstances. Une
exception toutefois : durant la seconde moitié du XXe siècle, la chemise de couleur à col blanc devint très prisée pour accompagner le "morning dress", tenue pourtant formelle par excellence.

Une chemise blanche à col boutonné n'a donc aucun caractère de formalité. Là encore, c'est sa forme qui parle, avant sa couleur. Et, en été, sous une veste sport (y compris un blazer, ou une
"boating jacket" pour les plus courageux...) ou un costume sport en lin, sa présence occasionnelle ne me paraît pas incongrue.

Bon. J'arrête de vous énerver. Sinon vous allez encore me traiter de libéral. Voire m'excommunier tout à fait, je le sens.


Le Chouan 07/03/2011 20:58



Non, non, vous ne m'énervez pas du tout. Et je n'excommunie personne. Qu'on puisse le penser me fait de la peine.


Je m'attendais à la remarque sur l'utilisation du blanc dans les tenues de sport. C'était naguère... ou jadis, pour citer le poète ! Je ne suis ni puriste ni libéral. Je ne souscris pas à l'idée
d'un modèle indépassable et la tabula rasa me fait peur. Ma perception des codes est tributaire du moment où elle se fait. Les codes évoluent en fonction des époques et en
fonction d'eux-mêmes. J'essaie de tenir compte de ce double mouvement. Cela posé, je ne crois pas aberrant d'affirmer qu'ici et maintenant le blanc pour une chemise est connoté de formalisme.
Sans doute, le présent de vérité générale était-il de trop.



Olivier 07/03/2011 15:43


Cher ami, je vais tout vous dire.

Ma réaction ? Amusée. Amusée car moi non plus, je ne suis pas du tout convaincu par la photo. (Tout comme je ne suis pas convaincu, je dois dire, par nombre de créations contemporaines issues de la
maison Cifonelli... - Mais cela, c'est un autre débat.) Ce qui m'a attiré dans ce costume, je crois, c'est précisément le défi qu'il me lançait. S'il n'avait pas été aussi bien coupé, je ne
l'aurais sans doute jamais acheté. Mais justement sa coupe, très britannique, alliée à ce tissu paradoxal, m'a séduit.

J'ouvre d'ailleurs une parenthèse. Vous connaissez probablement le débat (assez stérile d'ailleurs, comme le sont souvent les débats) qui anima, dans les années soixante, le monde de la chanson :
qu'est-ce qui fait le succès d'une chanson ? son air ou ses paroles ? Du coup, d'un côté nous avions les tenants de la musique, comme Georges Brassens, et de l'autre, ceux du texte, comme Ferrat,
je crois bien, Béart et Brel (si je ne m'abuse).

Or on peut se risquer à établir un parallèle avec le domaine vestimentaire. Qu'est-ce qui fait qu'on choisit un costume plutôt qu'un autre ? La qualité de la coupe ou celle du tissu ? Tout comme
dans le cas d'une bonne chanson, l'un va de pair avec l'autre, c'est évident. Mais tout de même... Pour ma part, je me rends compte que s'il me faut absolument choisir entre l'un et l'autre, c'est
généralement la coupe qui emportera mon adhésion, avant le tissu.

Les beaux tissus sont nombreux, les bonnes coupes, en revanche (ou par contre !), sont rares, surtout en prêt à porter.

Quant à la "formalisation", comme vous dites, elle est anecdotique. Et comme toute anecdote, elle est plaisante à vivre, plaisante à raconter et plaisante à conserver exceptionnelle. Je vous l'ai
dit : chemise bleue et cravate à motifs classiques dans les tons rouges sont les compagnons habituels de ce costume.

Mais rassurez-vous, je ne fais aucun prosélytisme, et me garderai bien de chercher à vous convertir !


Philippe Booch 07/03/2011 14:28


Hum, si je vous dis que je trouve contestable l'obligation de classer la chemise blanche dans ma catégorie "vêtements formels", vous allez perdre patience....
Considérez que je n'ai rien dit alors.
:)


http://unregardunpeuconservateur.over-blog.com/ 06/03/2011 20:18


Messieurs,
Le Turinois que je suis ne peut que se réjouir de la passion que le nom de Giovanni Agnelli déchaine sur ce blog. En ce qui concerne le port de ces hautes chaussures à lacet, n’oublions pas que Mr
Agnelli souffrait de plusieurs fractures aux jambes dont la première advenue en des circonstances dramatiques au cours de la Seconde Guerre Mondiale, au cours de laquelle il servit dans l’armée
italienne (right or wrong, my country !). Quant aux bizarreries vestimentaires, il s’amusait à jouer avec, s’amusant du fait de se voir copié par l’Italie entière. Je vous raconterai un petit
épisode : un froid dimanche d’hiver, Mr Agnelli assistant à un match au stade, laissa tomber son manteau pour être plus à l’aise. Réaction immédiate de toute la tribune d’honneur, qui se débarrasse
illico des manteaux. Agnelli, lui, portait un très très chaud pull-over, les imitateurs mal-inspirés non… Le lendemain, une vague de crève avait frappé la bourgeoise turinoise.
Amitiés élégantes et très bonne semaine à tous !


Le Chouan 07/03/2011 13:45



Merci de toutes ces précisions. Je les ignorais.


Amitiés.


 



Philippe Booch 06/03/2011 20:00


Pas de problème SK, pas trop dirons-nous. J'ai toujours du mal avec les jugements à l'emporte-pièce venus d'inconnus, mais passons.

On parle de codes, de règles... je dois dire qu'au fond, cela est un peu effrayant. Et les exemples des chemises boutonnées qui ne devraient pas être blanches, des rayures de cravates qui doivent
être orientées d'un côté et pas de l'autre, des couleurs que l'on ne porterait que dans certains endroits et pas dans d'autres me confirment ce sentiment.
Des repères, oui, du bon sens oui encore, mais des codes... ça fait un peu trop code de la route pour moi.
Agnelli, c'est une autre histoire oui, celle d'un type qui a "la carte" pour l'éternité désormais.
Voilà, j'arrête ici d'envahir ce blog.


SK 06/03/2011 19:41


@Philippe : Veuillez m'excuser si je vous ai paru grossier. En effet , je ne vous connais pas. Simplement, je parlais de l'élégance "bourgeoise" en général, qui est une élégance d'éducation, ici,
en Europe, ou aux Etats-Unis, dont l'upper-class a elle aussi ses codes bien spécifiques. Codes expliqués en long et en large par des blogs spécialisés.
Maintenant, évidement, les codes on peut s'en moquer.
Et pour Agnelli, c'est peut-être une autre histoire...


Philippe Booch 06/03/2011 12:46


Je n'aime ni la montre par-dessus, ni les chaussures de randonnée ni les cravates sur le pull, non, pas du tout.
Je dis simplement que je ne suis pas le plus naïf, ce serait simpliste de le croire.
Je dis qu'un potentat tel que G. Agnelli faisait ce qu'il voulait, qu'il a pu s'exonérer des codes. Hé oui, c'est ça le charisme et l'argent. Je pense en outre, qu'ayant atteint une certaine
position, l'homme n'a plus eu à faire de calcul sur l'impression que sa mise aurait sur autrui.
Je dis que si j'ai envie de porter une chemise blanche à col boutonnée, par exemple, je ne demanderai la permission à quiconque.
Je dis que j'ai lu ailleurs que les cravates clubs se devaient d'avoir leurs rayures orientées dans un sens et pas dans l'autre, sous peine de non validation par je ne sais quelle secte.
Je dis, Chouan, aimer les vêtements, la fringue, la sape, l'élégance en général, ne passe pas forcément par la question du sexe des anges.
Amitiés


Le Chouan 07/03/2011 13:38



Il y a ceux qui disent comme vous ("ces dogmes sont complètement absurdes si on commence à les analyser", Noiret ; "les règles vestimentaires masculines sont absurdes ou totalement
gratuites", Tatiana Tolstoï) et il ya les autres, qui cherchent des raisons derrière les apparentes aberrations.


Pourquoi, par exemple, la chemise à col boutonné ne doit pas être blanche ? Qui dit chemise blanche dit chemise habillée. Or, par son origine (sportive), par l'absence de rigidité de son col (pas
de baleines), par l'ajout de boutons, la chemise à col boutonné est une chemise de détente. Pour elle, donc, des couleurs, des rayures, des carreaux.


Moi je dis ça, mais chacun fait ce qu'il veut. Bien sûr.


Amitiés. 


 


 



Philippe Booch 06/03/2011 10:24


Allez, nous dirons que je suis naïf alors. Moi, je ne vous connais pas.
En tout cas, Agnelli avec ses montres par-dessus la chemise, la cravate sur le pull, le col à boutons déboutonné, les costumes portés parfois avec des chaussures de randonnée.
Oui oui tout cela répondait à des codes très précis, ancestraux, une vraie culture... qu'il avait jeté par-dessus les moulins pensé-je.
Mais je suis très naïf vous savez.


Le Chouan 06/03/2011 11:32



Les costumes portés avec des chaussures de randonnée, vous aimez ? Quand la transgression devient une obligation, c'est l'authenticité, le naturel qui disparaissent. J'ai le sentiment - mais ce
n'est qu'un sentiment - qu'il entrait dans les "trouvailles" d'Agnelli plus de calcul que de hasard ou d'inspiration.


SK le dit très bien : " Même ce qui paraît "relax", cette tranquille assurance décontractée, répond en
fait très souvent à des codes bien définis qui se transmettent par éducation, parfois modifiés, arrangés par des goûts personnels, mais sur une base solide de tradition."


Amitiés.



SK 06/03/2011 09:23


Je ne sais pas ce que vous répondra Le Chouan, mais je crois que vous faites preuve d'une certaine naïveté concernant les codes discrets de la (très) haute bourgeoisie d'antan. Même ce qui paraît
"relax", cette tranquille assurance décontractée, répond en fait très souvent à des codes bien définis qui se transmettent par éducation, parfois modifiés, arrangés par des goûts personnel, mais
sur une base solide de tradition.
J'avais un grand-père industriel, toujours d'une élégance très formelle en semaine, très naturelle, assez sophistiquée en fait pour rester discrète. Parfois il faisait preuve d'audace-toujours
maîtrisée- et j'ai pensé aux détails de sa garde robe bien plus tard. Je l'observais, j'apprenais sans savoir.
Même le week-end, sa tenue répondait à des codes bien précis, sous une apparence d'extrême décontraction : c'est justement là toute la difficulté et c'est là que s'exprime le goût et la culture du
vêtement. Il ne se prenait pas la tête, non, il ne se posait pas beaucoup de questions : c'était une culture.
Est-ce que cette culture disparaît ? en France, j'en ai l'impression. Mais je me trompe peut-être.


Philippe Booch 06/03/2011 07:52


Hé bien ! Toutes ces précautions, toutes ces règles...
Je ne savais pas que ce genre de vêtement, que le vêtement tout court en fait, induise une étiquette si contraignante au fond à respecter.
Je commence à me dire que Monsieur Agnelli portait les vêtements qu'il aimait comme il le désirait sans s'embarrasser de quelque obligation que ce soit. Il était élégant et avait les moyens,
physiques et financiers de l'être, il ne devait pas se poser de questions métaphysiques le matin en s'habillant, il allait au plus confortable je crois.
Je pense aussi que les exègèses l'auraient fait sourire.
Quant à moi, j'ai toujours plus ou moins porté des chemises oxford, le col boutonné, c'est pratique, ça ne rebique pas et je trouve ça joli.
C'est à la mode ? Bon... Je serai démodé bientôt alors...


SK 05/03/2011 22:28


Exemples :
Gitman :http://www.gitmanvintage.com/vintage-products/
Mark Mc nairy : http://shop.markmcnairy.com/collections/all/


Guillaume 04/03/2011 17:38


"Le col à boutons est à la mode!"
Raison de plus pour le boycotter!
(Comment ça, mauvais esprit?)


Le Chouan 04/03/2011 23:05



Comment ça, le boycotter ? Et moi qui espérais que vous n'attendriez pas que PG et SC se prononcent sur la question pour changer d'avis...



SK 04/03/2011 16:25


Quant aux heureuses contributions américaines au style, elle sont nombreuses dans le casual, ils en ont même sinon inventé du moins fixé les basiques : chino, sweat, etc...


Le Chouan 06/03/2011 12:20



J'ai l'idée d'un article illustrant l'évolution qui a mené à des vêtements de détente et de vacances acceptables. Evolution lente et parsemée de ratages. Voir, même, certains essais du duc de
Windsor ou de Cary Grant. 


Dans cette histoire, les Américains ont joué, c'est vrai, un rôle primordial.


Le sweat ? Kesako ? 


 



Virgile 04/03/2011 16:16


Aucun billet sur la chemise blanche dans les cartons de FTDF ;)

Amitiés,

Virgile.


SK 04/03/2011 16:15


Le col à boutons est à la mode !
Depuis deux/trois années ! Depuis le retour en grâce de l'oxford.
Si vous allez sur les sites "hype", comme le Très Bien Shop, Oi Polloi etc... il n'y a que cela !


Le Chouan 04/03/2011 22:57



A la mode ? Vraiment ? C'est moi, alors, qui ne dois pas la suivre d'assez près...



http://unregardunpeuconservateur.over-blog.com/ 03/03/2011 20:01


Cher Chouan
Pour une fois, je ne suis pas votre avis… A ma décharge une bonne raison « génétique » : je suis turinois (bien que parisien depuis vingt ans), et grandi dans les années ’70 et ’80 à l’ombre de
Monsieur Agnelli… Donc une certaine adhésion instinctive à son style est tout à fait excusable. Ainsi, je dis « OUI » à la chemise button-down avec un costume, mais avec les réserves suivantes
(vous verrez, cher Chouan, que vous concorderez avec moi) : OUI avec un costume en prince de galles ou à fins (très fins) chevrons, jamais avec des rayures, des costumes unis (sauf peut-être une
bonne flanelle en hiver), jamais avec un costume croisé… J’ai la faiblesse d’en avoir une blanche en oxford… Horrible avec une cravate (d’accord avec vous), elle s’épanouit avec une veste en tweed
et des pulls col V aux couleurs chaudes…
Et maintenant amusons-nous avec la supposé origine des choses. Si le col italien est tel en France (et français en Italie), que dire de la salade piémontaise, qui à Turin est appelée salade russe ?
Et, en remontant les siècles, certaines maladies honteuses étaient nommées « maladie italienne » à Paris et « mal francese » (maladie française) dans la Péninsule (avec en plus des subdivisions
régionales : à Turin on parlait de «maladie napolitaine »). Les biscuits appelés « cuillères », quant à eux, ne connaissent pas exactement leur origine : en Italie ils sont appelés à la fois «
anglais » ou « savoyards »…
Amitiés élégantes.


Le Chouan 03/03/2011 22:45



Bon, bon... Je comprends, je comprends... Va pour la chemise à col boutonné avec un costume "déformalisé" - un prince de Galles par exemple, surtout si on accompagne celui-ci de chaussures marron
foncé... et de chaussettes très colorées ! 


Tout de même, je continue de penser que le col boutonné ne va jamais mieux qu'avec une veste sport ou un blazer.


Pas d'accord, en revanche, pour que ce type de chemise soit blanche. Là, non, il n'y a rien à faire, vous ne me ferez pas changer d 'avis.


A propos de la chemise blanche : je me permets de signaler à toutes fins utiles que j'ai programmé sur le sujet un très court billet pour le mois prochain. Je ne doute pas qu'il fera réagir
certains d'entre vous : je pourrai les nommer déjà !


 


Amitiés.



Olivier 03/03/2011 15:19


"Célèbre", vous l'avez dit ! Un de mes amis m'a même indiqué que l'un des cousins Cifonelli portait mon costume sur le blog, justement, de For The Discerning Few
(http://forthediscerningfew.files.wordpress.com/2011/02/lorenzo-et-massimo-cifonelli.jpg). - Ce que je trouve évidemment scandaleux. J'hésite à le porter dorénavant.

Pour répondre à votre question - une question piège, n'est-ce pas ? avouez ! - , ce fameux costume s'est avéré très "versatile", comme dirait un certain gentleman de la capitale. Il s'accommode
parfaitement d'une chemise bleue, unie ou à même à carreaux de type Tattersall. Une petite confidence, puisque nous sommes entre nous. Figurez-vous (vous vous attendez au pire, je le sais, alors
réjouissez-vous !) que je me suis même amusé à le porter un soir avec une chemise blanche en piqué (sans studs cela dit, je ne suis pas un sauvage !) avec un noeud papillon noir à pois blancs.

A ma décharge, je dois préciser que je devais me rendre chez des amis qui m'avaient annoncé donner une "réception informelle". Mouais. Comment entendre cela ? Lorsque je me suis enquis de savoir
dans quel type de tenue mes hôtes m'attendaient précisément, je me suis entendu répondre que si j'arborais la cravate blanche ou même la noire, je serais bien le seul ! "Elégant mais décontracté",
a-t-on ajouté finalement. "Pléonasme", ai-je failli rétorquer. (Comme si élégance rimait avec contraintes !...) Comme j'étais d'humeur frondeuse et revancharde (franchement, est-il si difficile de
dire "cravate noire" ou "tenue de ville" ?), j'ai fini par opter pour une solution à laquelle personne (pas même moi au départ) ne s'attendait : la cravate noire ET blanche ! La tenue tenait (oui,
je suis également adepte d'allitérations douteuses à l'occasion) à la fois de la" velvet dinner jacket" (concept vestimentaire popularisé par l'odieux - mais parfois inspiré - duc de Windsor, si je
ne me trompe) et du "black lounge" churchillien, mais avec tout le caractère informel propre au velours côtelé. Oh bien sûr, j'aurais pu choisir à la place un de mes costumes bleu marine, mais
reconnaissez que c'eût été beaucoup moins distrayant. (Il faut songer à divertir ses hôtes de temps en temps...)

Cela dit, une chemise bleue en Sea Island à carreaux et une cravate rouge à motifs ancient madder fait l'affaire la plupart du temps.

Bigre. Encore un commentaire fleuve ! Je suis bon pour au moins une douzaine de billets à présent ! :)


Le Chouan 07/03/2011 13:35



Voir une de ses tenues portée par un autre aide à s'objectiver. Je n'ose vous demander l'impression que la photo du cousin Massimo  a faite sur vous. J'ai bien regardé le cliché. M.
Cifonelli a tiré son costume vers la décontraction : chemise bleu clair, cravate à losanges de grande dimension, montre de sport à bracelet de métal, chaussures marron clair. Les choix sont
cohérents (bien que de forme croisée et de couleur noire, ce costume est, ne l'oublions pas - mais comment pourrait-on l'oublier ? - en velours cotelé), mais le résultat ne me convainc pas.
Question de couleurs (... tout de même, le marron clair des chaussures avec le noir du costume !) - et puis, j'ai horreur du bracelet en métal pour les montres.


Formaliser la tenue aurait-il été une meilleure solution - je veux dire recourir, par exemple, à une chemise blanche et à un noeud papillon noir à pois blancs ? Il me faudrait, pour bien
juger, un cliché : à ce niveau d'exotisme, mon imagination ne fournit pas.


Amitiés.



Guillaume 03/03/2011 12:11


A l'instar des grands esprits, les bon blogs se rencontrent semble-t-il!
Il ne manquerait plus que Stiff Collar et PG s'y mettent, et je changerait peut-être d'avis sur ce type de col!


Virgile 03/03/2011 11:19


Bonjour,

Quelle surprise effectivement! Nous avons publié notre billet hier soir (ou plutôt cette nuit). Et je tombe sur votre billet ce matin!

Nos articles se rejoignent et s'éloignent sur certains points.

Un heureux hasard pour nous en tout cas! Vos citations de Darwen et Roetzel sont très intéressantes.

Virgile de FTDF.


Le Chouan 03/03/2011 11:38



... Et si ce hasard était le signe d'un prochain retour en grâce de la chemise à col boutonné ?



Olivier 03/03/2011 10:32


Par un - heureux ? - hasard, le blog "For The Discerning Few" consacre lui aussi un billet à la chemise à col boutonné. Je viens de laisser un commentaire et je tombe sur votre article !...

Je ne suis pas d'accord avec le fait que la chemise à col boutonné ne doit jamais accompagner un costume. Car il y a costume et costume. Le col boutonné convient parfaitement aux costumes sport de
velours côtelé(aucune obligation dans ce cas à ce qu'il soit noir ! :) ) ou de tweed, voire aux costumes prince de Galles, voire à certains costumes croisés, en épaisse flanelle par exemple. En
revanche, naturellement, la chemise à col boutonné n'a pas sa place sous un costume sombre, bleu ou gris.


Le Chouan 03/03/2011 11:00



Je programme mes articles un mois à l'avance. Vous le savez bien, cher Olivier, qui êtes abonné à ma newsletter.


Nos articles se complètent. Le "hasard" est "heureux", en effet !


Je comprends vos motifs de désaccord au sujet de l'interdiction chemise à col boutonné-costume. Je suis moins libéral que vous, mais vos arguments ont le mérite de la cohérence.


Une question : avec votre désormais célèbre costume croisé de velours côtelé noir, quelle couleur de chemise choisissez-vous ?



Présentation

  • : Le chouan des villes
  • : L'élégance au masculin : réflexion(s) - conseils - partis pris.
  • Contact

Recherche

Me contacter

lechouandesvilles{at}gmail.com

Liens Amis

Catégories