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Billets d'humeur

Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 07:20

Mes réponses comptent moins que les questions. « Pourquoi avez-vous répondu ceci ? » Le sais-je bien moi-même ? Pourquoi l’Alfa Roméo Giulia Gt Bertone plutôt que la Giulietta Sprint ? Pourquoi ce mépris du sport ? Le golf, le yachting, le tennis… ne sont pas des sports élégants peut-être ? J’attends vos critiques avec bienveillance : je les comprends d’avance.

Les questions valent moins que vos réponses.

 

Si l’homme élégant était une voiture ? 

- Un coupé ou un cabriolet aux lignes légères. Le contraire des voitures actuelles, obèses et laides aussi sûr… qu’elles sont sûres ! L'alfa Roméo Giulia GT Bertone, par exemple.

 

alfa-giulia-def.jpgAlfa Giulia GT Bertone. Source : Rétro-viseur, n° 286. Photo : Bernard Canonne.

 

- Un chien ?

- Un lévrier afghan. (Réponse un peu attendue, je l’avoue.)

- Une saison ?

- Toutes les saisons. L’homme élégant cherche à s’adapter (en beauté) à ce qui ne dépend pas de lui.

- Une qualité ?

- L’humilité.

- Un défaut ?

- L’insatisfaction.

- Une profession ?

- Rentier !

- Une montre ?

- Une montre discrète, plus ou moins précise. L’homme élégant est comme sa montre : il avance ou il retarde. Il n’est pas de son temps.

- Une demeure ?

- Toute demeure authentique et belle. Un mas provençal, un manoir breton…

- Une pièce ?

- Une pièce où l’on passe (le hall) ; une pièce où l’on crée (le bureau) ; une pièce où l’on aime (la chambre).

                                           

                                         « Aimez-vous le passé

                                         Et rêver d’histoires

                                         Evocatoires

                                         Aux contours effacés ?

 

                                         Les vieilles chambres

                                         Veuves de pas

                                         Qui sentent tout bas

                                         L’iris et l’ambre ? »

                                                                 Paul-Jean Toulet

 

 

- Un élément ?

- L’air ! Et tant pis pour ceux qui confondent légèreté et superficialité.

Un mot ?

- Deux mots : nonchalance et mansuétude. Pour leur timbre et pour leur sens.

- Un poème ?

- « L’Invitation au voyage ». Parce que c’est Baudelaire. Parce que le refrain.

-  Un accessoire ?

- Le chapeau et les gants. Vous avez dit « accessoires » ?

-  Une région ?

- Les bords de la Loire. Pour l’histoire. Pour les châteaux. Pour les jardins. Pour la pierre blanche et les toits bleus. Pour l’harmonie.

- Un lieu de villégiature ?

- Carantec ou Dinard. Premières décennies du XXe.


« Près des flots aux chantants adieux

Dinard tient sa boutique...

Ne pleure pas : d'être identique,

 C'est un rêve des dieux. »

                                  Paul-Jean Toulet

 


dinard.jpgDinard

 

Une mode ?

- Un style, une allure, une dégaine, un genre – tout ce qu’on veut, mais pas une mode.

Une injure ?

- « Monsieur, j’ai beau faire, il m’est impossible de vous apercevoir. » Léon Bloy, Le Siège de Rhodes.

Un sport ?

- … Un quoi ?

Une maxime ?

- « Je n’ai que l’idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du néant. » Montherlant

-  Une égérie ?

- Renée Perle, qui fut, deux années durant, la compagne et la muse de Jacques Henri Lartigue. Pour la beauté du modèle. Pour le talent du photographe, qui fit de l’élégance un principe de vie.


renee-perle-copie-1.jpgRenée Perle par Jacques Henri Lartigue

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Mardi 30 avril 2013 2 30 /04 /Avr /2013 07:03

Je viens de revoir L’Inspecteur Lavardin du regretté Claude Chabrol. Ce film date de 1986. Le personnage de l’inspecteur (une sorte d’anti Columbo) est incarné par l’impeccable Jean Poiret. Une de ses tenues a retenu mon attention. Je dois vous la décrire car je n’ai trouvé aucune photo ou vidéo qui la montre de façon satisfaisante.

 

jean-poiret.jpg

 

La veste, camel, est en cachemire ; la chemise, à col « français », est bleu clair ; la cravate, bleu moyen, est tricotée ; le pantalon de flanelle est gris ; les chaussettes sont assorties à la veste ; les chaussures (des monks) sont marron. La veste est à deux boutons – un choix adapté au gabarit moyen de Jean Poiret. Les coupes sont belles. On ne relève aucune faute contre le goût ou les usages.

D’où viennent alors mes réserves ? Je crois avoir ma réponse : cette tenue sport tend un peu trop visiblement vers la tenue habillée. J’aime qu’on choisisse clairement son camp. Pour mon goût, je remplacerais volontiers le cachemire par du tweed et la flanelle par du velours; j’introduirais des notes de couleur (par exemple, pochette ou chaussettes) et des motifs, et je substituerais aux monks - modèle par nature ambigu – une belle paire de derbies ou de richelieus en veau velours. Ce genre de tenue est souvent accompagnée de mocassins à pampilles ; c’est dire s’il faut s’en méfier.

Le générique du film nous apprend que « Jean Poiret est habillé par Lanvin ». Dans les années 80, les créations « sport » griffées Lanvin étaient reconnaissables à leur style à la fois épuré et raffiné. Pour ses concepteurs - Patrick Lavoix en tête -, le mot élégance avait un sens. L’objectif, il me semble, était d’inventer un style français fait de beaucoup de mesure et d’un peu de désinvolture. Les résultats furent d’inégale valeur. La tentative ne survécut malheureusement pas au départ de Patrick Lavoix pour Dior.

L’idée que je me fais d’une tenue sport, cette publicité pour Arnys l’illustre assez bien. Encore faudrait-il, pour que cet ensemble me plaise tout à fait, que le temps ait fait son œuvre :


arnysfauteuil.jpg 

 

Bien que très différentes, les deux tenues que je viens d’évoquer respectent les codes. Leur confrontation suffirait à prouver que la contrainte des règles n’a jamais empêché le goût personnel de s’exprimer.

A bon entendeur…

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 07:09

- Mon billet sur le tatouage m’a valu des critiques. Un entrefilet publié dans L’Express style du 27 mars dernier a confirmé mes craintes : sous le titre « Les nouvelles tendances du tatouage », le tatouage y est présenté comme une pratique anodine, une mode comme les autres : « David Beckham, Lena Dunham, Angelina Jolie… Le tatouage n’est plus l’apanage des bikers ; il se dévoile sur le tapis rouge. A l’issue du Salon mondial du tatouage, qui s’est tenu du 22 au 24 mars au CentQuatre, à Paris, retrouvez les dessins à arborer, entre lettrages, fleurs et figures japonisantes, plus féminins que jamais. » C’est signé Clémence Meunier. On imagine l’incitation qu’une telle banalisation peut représenter pour des esprits immatures et fragiles. Etre journaliste de mode ne dispense pas d’être circonspect. La hausse récente des températures m’a permis de constater que la vogue du tatouage touchait de plus en plus de jeunes – et notamment les filles, tout heureuses en ce printemps débutant de se découvrir et d’exhiber leurs motifs tout neufs. Les motifs fleuris semblent avoir leur préférence. « A l’ombre des jeunes filles en fleur… tatouée(s) » (1) ! Mais qui sont ces parents qui autorisent leurs filles mineures à se marquer ainsi indélébilement la peau ? L’immaturité n’a plus d’âge.

- Marc Jacobs tente par tous les moyens de se faire remarquer : il exhibe, lui aussi, ses tatouages (… mais c’est devenu d’un commun !) ; il s’affiche ostensiblement avec son compagnon (… pas de quoi fouetter un chat !); il pose nu pour une marque de luxe (…YSL l’avait fait avant lui) ; il porte la jupe (… comme naguère Jean-Paul Gaultier).


marc-jacobs-tat.jpg
 

jacobs-marc-nu-vuitton.jpg

 

marc-jacobs-jupe.jpg

 

Cette ultime audace a servi d’accroche à une récente pub pour Coca Cola dont il est la vedette. Mais, quoi qu’il fasse, il reste désespérément insignifiant, transparent.

Transparent, oui... même quand il ose... les transparences :


marc-jacobs-transparences.jpg

 

La faute à son manque de charisme. Un charisme d’huître diront certains, ce qui est offensant pour l’huître dont nous ne pouvons plus ignorer, depuis Ponge, la nature cosmique et métaphysique. Pauvre Marc Jacobs qui, malgré tous ses efforts pour paraître scandaleux, reste aussi lisse que le front d’Arielle Dombasle ou de Rachida Dati ! « Allo ! T’es couturier et t’as pas d’charisme ?... » Face au charisme, les (grands) couturiers ne sont pas logés à la même enseigne (de luxe). Prenez Karl Lagerfeld : il suffit qu’il quitte un instant ses lunettes noires pour que tout le monde en parle.


lagerfeld-ss-lunettes-copie-1.jpg

 

- Karl Lagerfeld ; parlons-en, justement ! Son charisme et son accent teuton sont si forts qu’ils ont tendance à anesthésier le sens critique du public. Je remercie le blogueur-magistrat Philippe Bilger et le journaliste Jean-Michel Normand d’avoir osé déboulonner l’idole. Car le roi Karl est nul, sinon toujours, du moins souvent. Philippe Bilger : « (Karl Lagerfeld) bénéficie d’un consensus admiratif car, au fond, personne ne l’écoute mais tout le monde se dit qu’il doit avoir raison pour parler avec tant d’autorité naturelle. Pourtant, à lire les interviews qu’il donne, il en dit des bêtises (2) ! » Jean-Michel Normand : « Sa provocation est cousue de fil blanc, formulée en termes d’une parfaite banalité et dépourvue de la moindre perversité. » Et de tailler un costard de beauf au prétendu dandy : le carrosse du roi Karl ? « Un Hummer (doré), acmé de la beaufitude » ; sa reine ? La Zahia de Franck Ribéry, qu’il présente « comme l’icône ultime de la féminité et du raffinement (3) ».

Une réputation d’esprit et de culture précède dans tous les médias Lagerfeld. Si je lui reconnais volontiers le sens de la repartie, je reste plus réservé sur l'étendue de son savoir. Rien, en tout cas, ne m’a jamais permis de la mesurer avec précision. Aucune interview, aucun portrait. Le dernier que j'ai vu (« Karl Lagerfeld se dessine », Loïc Prigent, Arte) montrait un personnage assez vain et puéril. Posséder des milliers d’ouvrages – c’est son cas – ne veut rien dire. Les nouveaux riches ignares aiment à exhiber des bibliothèques pleines de livres achetés au mètre qu’ils n’ont jamais ouverts. Mais je ne demande qu’à être contredit. J’attends seulement l’intervieweur sans concession qui offrirait à Lagerfeld le moyen de prouver son érudition. Pour l’heure, on me permettra de ranger prudemment celle-ci au rang des rumeurs médiatiques, à côté de la prétendue science de Jacques Chirac en Arts premiers et du supposé humour d’Alain Juppé. Et puis, au royaume de la mode, qui brille plus par le strass que par la culture, il est facile à Karl Lagerfeld d’être sacré roi !

Un récent numéro d’On n'est pas couché, dont il était l’invité, m’a en tout cas montré que le champ de ses connaissances n'incluait pas Rimbaud. Quand Laurent Ruquier lui a demandé de choisir une « question  tweetée » parmi plusieurs, il a pris celle sur laquelle figurait une célèbre photo de Rimbaud enfant. Mais il ne reconnut pas celui-ci, qu’il appela « le petit monsieur ». Plus étrange fut le silence de Natacha Polony, pourtant agrégée de lettres et présentée sur la page d’accueil de l’émission comme une spécialiste de poésie.

- J’aime lire les chroniques TV signées Renaud Machart dans Le Monde. Il sait (presque) toujours m’intéresser en parlant d’émissions que, pourtant, je n’ai souvent pas vues. Il a l’art de la digression cultivée, du rapprochement imprévu. L’autre jour (édition du 24/03), il évoquait un portrait de Ralph Lauren diffusé sur Bloomberg TV. J’ai prélevé pour vous ce passage qui, je trouve, témoigne d’un joli sens de l’observation : « On peut ne pas aimer le style de Lauren, mais il existe de manière identifiable (et beaucoup imitée) : le chic décontracté d’un sportswear assez conventionnel que les vieilles personnes un peu pincées diraient « à l’américaine » - rayures de club d’aviron de l’Ivy League, pull sur l’épaule, matières souples qui donnent à ceux qui les arborent l’air d’avoir les clefs d’un hors-bord dans la poche de gauche et celles d’un ranch dans celle de droite. » L’article se termine par, justement, un de ces rapprochements imprévus dont je parlais plus haut : « (…) curieusement, je ne m’en suis rendu compte qu’hier, Lauren et Lagerfeld partagent un étonnant air de ressemblance : le premier, sorte de cowboy Marlboro mieux habillé, se présentant comme la version sans catogan et verres fumés du second, sorte d’excentrique duc de Marlborough à la mode prussienne… (3)»

Pauvre Marc Jacobs… Si, au moins, il ressemblait à Ralph Lauren, Renaud Machart aurait peut-être parlé de lui dans Le Monde !

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1. Il y aurait beaucoup à dire sur la jeune fille d’aujourd’hui, qui parle fort, jure, crache comme un garçon. J’ignore ce que l’égalité entre les sexes peut gagner à cette évolution, mais je sais ce que la poésie y perd. Nerval doit se retourner dans sa tombe… et sa jeune fille aussi, qui l’a rejoint depuis longtemps, croisée un jour au jardin du Luxembourg, « Vive et preste comme un oiseau, / A la bouche un refrain nouveau, / A la main une fleur qui brille »…
2. Philippe Bilger, « Justice au singulier ».
3. Jean-Michel Normand, M, le magazine du Monde, 26/10/2012.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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Mardi 9 avril 2013 2 09 /04 /Avr /2013 06:23

Etre élégant est un idéal qu’on atteint rarement - cela pour plusieurs raisons. Nous ne possédons pas toujours, faute de moyens, les vêtements et accessoires qui contribueraient – du moins nous le pensons – à nous rendre élégants. Supposons que nous les possédions, encore faudrait-il, par exemple, que l’excellent tailleur que nous avons choisi soit à la hauteur de nos espérances. Même les meilleurs tailleurs satisfont rarement un client dès le premier costume. Il faut souvent plusieurs coups d’essai pour arriver au coup (de ciseau) de maître ! Si nous nous fournissons en PAP – et nous le faisons tous, au moins pour certaines pièces -, nous sommes tributaires de la mode : les amateurs de pantalon montant jusqu’à la taille – j’en suis un – connaissent la disette depuis des années ! L’âge aussi joue un rôle : constituer un fonds de vestiaire prend du temps. En attendant, on fait du mieux qu’on peut, tout en se désespérant que l’élégance soit, comme le bonheur dans la chanson de Perret, « toujours pour demain » Il faut aussi connaître les règles : on cherche en vain le guide qui les recenserait toutes, on apprend sur le tas, on fait des erreurs qui, au sens propre, peuvent coûter cher, et l’on se demande parfois, submergé par le découragement, si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Ces règles acquises, il resterait encore à trouver une façon singulière de se les approprier – c’est l’alchimie, si mystérieuse, du style. L’addition de ces paramètres explique pourquoi les hommes élégants ont généralement dépassé le cap de la moitié de vie.

Un autre facteur est à prendre en compte – subjectif celui-là -, c’est l’amour-propre. Nous savons, depuis La Rochefoucauld, son pouvoir aveuglant. Il nous empêche de nous voir comme nous sommes et nous fait ignorer les jugements d’autrui qui le contrent. Car l’amour-propre n’est pas seulement aveugle, il est également sourd ! Nous nous jugeons parfois élégants alors que nous sommes ridicules. Qui n’a pas frissonné à la vue de certaines vieilles photos le représentant ? « Et dire que j’ai pu m’habiller ainsi ! » Mais, ainsi, on se pensait irrésistible ! Par parenthèse, l’appareil numérique a ceci d’intéressant, c’est que, d’utilisation facile et instantanée, il permet, dans la mesure du possible, de s’objectiver.

Nos réussites sont trop rares. Consolons-nous en pensant que les parangons reconnus de l’élégance masculine ont connu, eux aussi, des ratés. Certaines photos d’un Fred Astaire ou d’un Cary Grant, par exemple, suffiraient à le prouver. Mais, par respect pour eux, je laisserai mon billet vierge de toute illustration.

Par Le Chouan - Publié dans : Billets d'humeur
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