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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 07:03


elmar-brok-copie-1.jpgElmar Brok, conservateur allemand

 

Ce monsieur est un coquet : voir le choix de la pochette et de la chemise à rayures inédites. Mais tout est raté - la coiffure et la teinture aussi-  et c’est ce ratage absolu (pour user d’un qualificatif... usé) qui est fascinant. 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 06:50

La Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent a eu l’heureuse idée de présenter un ensemble de toiles de Jacques-Emile Blanche. Le titre de l’exposition,  « Du côté de chez Jacques-Emile Blanche », - clin d’œil à celui du grand œuvre de Proust – dit assez l’angle retenu. Cette exposition nous plonge dans l’atmosphère de la Belle Epoque – époque qui, au vrai, ne fut belle que pour les privilégiés. Ce beau monde, Jacques-Emile Blanche en était issu. Ferdinand Bac se le rappelle ainsi : « C’était un fils de famille (1) très gâté (…) un esprit singulier, attachant et détachant à la fois, un talent prodigieux, fin, élégant, simple ; un goût racé, un peu trop exclusif dans sa préciosité, mais un vrai artiste ».

Esthète et cultivé, il portraitura les artistes avec affinités électives obligent - une prédilection pour les écrivains, lui-même ayant signé plusieurs oeuvres littéraires. Son goût en la matière était sûr. Il peignit Proust et Pierre Louÿs quand ils étaient encore inconnus, Mauriac et Drieu La Rochelle à l’aube de leur carrière. Il sut faire preuve de curiosité : il lut les surréalistes et entretint des relations amicales avec certains d'entre eux.


marcel-proust-j-e-blanche.jpg Marcel Proust, 1892. Pour Céleste Albaret, la gouvernante de Proust, "ce portrait ressemble plus (à celui-ci) que beaucoup de photograpies, parce que la couleur y est et que la peau y vit." Proust aimait beaucoup ce portrait qu'il garda près de lui jusqu'à la mort.



j-e-blanche-louys.jpgPierre Louÿs, 1893 

 

      
Dans un article récent, le spécialiste peinture du Monde, Philippe Dagen, ose la question qui tue : « (…) si ce n’était pas Proust, Gide, Claudel, etc, serait-ce néanmoins un portrait remarquable ? » Poser la question, c’est bien sûr y répondre. Dagen ajoute : « Blanche est un portraitiste amical (…) et ne cherche pas à en dire trop sur celles et ceux qui posent devant lui et pourraient avoir des secrets et des vices à dissimuler. Tout juste soupçonne-t-on un peu d’ironie dans sa manière de faire lever au ciel les yeux de Claudel (…) il en est de même de Cocteau, jeune homme dégingandé flanqué d’un caniche blanc. »


j-e-blanche-claudel-def.jpg Paul Claudel, 1919    

 

 

j-e-blanche-cocteau.jpgJean Cocteau, 1913 

 

 

« Mais, dit encore Dagen, ce sont des exceptions plutôt que la règle ». Voire… D’abord, à en croire Léon Daudet, Blanche n’avait pas une réputation d’homme « amical » : « Il appartient à la race des commères tragiques, brouillant les gens sous prétexte de les réconcilier, compliquant les histoires les plus simples, colportant les racontars et les fables déshonorantes, jouait les gales au grand cœur et les Merteuil sentimentales. » Ensuite, pour dévoiler les secrets et les vices, les suggestions de l’impertinence ne sont pas moins efficaces que les traits aiguisés - et trop visibles - de la méchanceté. Blanche était un portraitiste impertinent. Pour révéler l’ambiguïté méphistophélique de Gide, un jeu d’ombres lui suffit :


j-e-blanche-gide-def.jpgAndré Gide, 1912

 

Deux accessoires – une canne et une robe de chambre – et, d’un coup, le très précoce Raymond Radiguet a l’air d’avoir mille ans :


j-e-blanche-radiguet.jpg Raymond Radiguet.

 

Le portrait de son fils ne fut guère « aimable » à la mère de Sir Coleridge Kennard. « C’est parce qu’il est très révélateur », confiera Kennard. Voyez ce teint de rose, cette bouche vermeille, ces mains de jeune fille…

 

j-e-blanche-coleridge-kennard.jpgColeridge Kennard, 1904, "Le Portrait de Dorian Gray" 

 

Le visage de Boni de Castellane émerge, littéralement, d’une montagne de vêtements – comme si le dandy avait suscité un double monstrueux qui peu à peu le grignotait :

 

j-e-blanche-boni-def.jpgBoni de Castellane, 1924

 

Au jugement de Dagen, on préfèrera, malgré son outrance, celui de Gilles Martin-Chauffier dans Paris-Match : « Quand le regard de (Jacques-Emile Blanche) se pose sur son modèle, on dirait le projecteur d’un mirador fixé sur sa proie. »

Les amateurs d'élégance seront attentifs à ce que ces toiles apprennent sur l’évolution du vêtement masculin. « La Belle Epoque (...) relègue encore la coquetterie masculine dans les catégories marginales du XIXe siècle : artistes, grands dandys, homosexuels », affirme Jean Claude Bologne (2). Les portraits de Jacques-Emile Blanche illustrent parfaitement son propos.

La plupart des artistes sont encore sensibles aux prestiges de l’apparence :


igor-stavinsky.jpg Igor Stravinsky, 1915

 

La fleur à la boutonnière, qui ornait les revers de Proust (1892), de Pierre Louÿs (1893), de Barrès (1903) ne va pas tarder à disparaître.

 

j-e-blanche-barres-oeillet-def.jpgMaurice Barrès, 1903. « On devinait, ne serait-ce qu’à travers ce portrait où on voit (Barrès) très pâle, la mèche déjà légendaire, légèrement relevée sur le front, la lèvre dédaigneuse, la paupière moqueuse, un œillet à la boutonnière, une cravate blanche plastronnant sur le col cassé, on devinait bien ce savant mélange de mélancolie et de dandysme, de sensibilité et d’insolence, qui faisait sa grâce et son succès. » Bernard-Henri Lévy, Les Aventures de la liberté.

 

Des fleurs de soie poussent sur presque toutes les poitrines. Curieusement, Jacques-Emile Blanche place les pochettes très bas, sans souci d’exactitude :

 

j-e-blanche-degas.jpgEdgar Degas, 1932, d'après le portrait de 1902 détruit en 1931. Notez la pochette en forme de pinceau.

 

j-e-blanche-h-james.jpg Henry James, 1908

 

Sous l’influence américaine, les cols rigides sont bientôt concurrencés puis remplacés par des cols mous.

 

j-e-blanche-montherlant-def.jpgHenry de Montherlant


j-e-blanche-morand.jpgPaul Morand

 

Des « toiles Blanche » surgit un monde disparu. Chez Blanche, l’art est encore l’ami de la beauté. Partir à la recherche de ce temps perdu, c’est se faire du bien. Et du mal (3).

 

« Du côté de chez Jacques-Emile Blanche, jusqu’au 27 janvier 2013, Fondation Pierre-Bergé Yves Saint Laurent, Paris XVIe.

________________________________________________________________________
1. Jacques-Emile Blanche était le fils du célèbre "docteur Blanche" qui, en tant qu'aliéniste, eut à soigner, entre autres célébrités, Nerval et Maupassant.
2.
Histoire de la coquetterie masculine, Jean Claude Bologne, Perrin.
3. Tous les tableaux qui illustrent ce billet ne font pas partie de l'exposition, celle-ci privilégiant la période qui s'étend de 1890 à 1918.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 06:08

Un ami lecteur m'a envoyé ce texte que je suis heureux de publier parce qu'il met l'accent sur une évolution intéressante d'un élément essentiel du vestiaire masculin. Depuis quelques années déjà, les chaussures sont devenues une sorte d'accessoire de mode. La chaussure masculine s'est en un sens féminisée puisque ses formes, qu'on croyait naguère encore immuables, changent désormais de saison en saison. En jouant sur la séduction exercée par la nouveauté, les marchands de chaussures, relayés par la presse spécialisée, cherchent à tout prix (... et surtout au prix fort !) à nous faire consommer. 

 

Fut un temps, pas si lointain, où le pavé était battu par d’interminables et menaçants souliers, fendant les airs comme des mufles de lévriers. La hardiesse des chaussures faisait écho à celle des caractères, et les souliers étaient pointus comme les âmes de leurs porteurs. Epoques d’hommes acérés et déterminés, qui voulaient leurs pieds aussi affûtés que leurs visages, et qui affrontaient éléments et événements comme des brise-glaces.

Puis les temps se sont adoucis, et les hommes ramollis. Peu à peu, les pointes de souliers se sont rétractées comme des escargots, à l’image des esprits de ceux qui les portaient. Aux lévriers succédaient les labradors. Une nouvelle norme était née, réflexion faite pas si laide ni honteuse : un soulier à la pointe plus bonhomme sied également à l’honnête homme, et le labrador est somme toute aussi estimable que le lévrier. Nous en étions restés là : un homme de goût pouvait sans déroger, il devait, même, arborer des souliers aux extrémités mouchetées, et se garder de toute excentricité en matière de pointes.

Or, depuis quelques années, l’observateur - même inattentif - ne peut que noter le retour des souliers pointus dans les échoppes et aux pieds de nos congénères, chaussures longues et pointues parfois au-delà de toute mesure.


bouts-pointus.jpgModèles Azzaro, automne-hiver 2008-2009. Source : Pointure, n° 16

 

Cette tendance actuelle peut paraître contestable, qui provoque un allongement sans fin de nos malheureux souliers, les contraignant peu à peu à prendre le chemin du retour vers un savant mélange de babouches et de poulaines. Je n'évoquerai bien entendu même pas les « bouts carrés », que, dans un geste de suprême magnanimité, je laisse aux VRP et aux marseillais endimanchés.


bout-bascule.jpgUne autre aberration récente : le bout basculé. Modèle signé J.C. Monderer. Source : Pointure n°5.

 

Plus longs, plus pointus, la psychanalyse de bazar pourrait faire ses gorges chaudes d'un tel sujet, mais il s'agit d'une question bien plus importante: une question de style.

Le premier mouvement de l’homme affable, face à ces piquants, est de se hérisser à son tour. En effet, le développement de ces menaçantes pointes donne à de nombreuses personnes, il me semble, une allure assez ridicule; sans même évoquer le cas des gros (appelons les choses par leur nom) qui, chaussés de ces souliers sans fin, ressemblent plus que jamais à des pingouins. Au mieux tous ces gens aux extrémités longues et pointues me font-ils penser aux petits lutins prêts à dévaler les montagnes en glissant sur la neige. Image fort sympathique, mais guère élégante.


bout-pointu-enko.jpg Dessous d'une chaussure Enko. Source : Pointure, n° 16

 

Et pourtant, certains hommes au goût très sûr saluent bien haut ce retour aux sources du soulier, y voyant une réminiscence bienvenue des chaussures que l’on pouvait trouver dans les années vingt ou trente.


bout-tuczek-def.jpgL'élégant bout "serres d'aigle" Tuczek, 1936. Source : Pointure.

 

Je crains néanmoins que ce retour des souliers pointus ne soit pas le fruit d’une démarche que nous appellerions de nos vœux (le retour à une élégance classique par exemple), mais bien d’une démarche inverse, ou plutôt contraire. Le soulier à bout arrondi étant devenu la norme considérée comme classique, il est malheureusement fort probable que la réapparition des pointes ne soit en réalité que le résultat d’une volonté de briser cette norme classique. Somme toute, et comme bien souvent, cette prétendue modernité affichée ne fait que réinventer, en toute ignorance, ce qui était déjà acquis dans le passé.


chuch-s-def.jpgSource : catalogue Church's 1991

 

Reste que le résultat est là. C'est un fait, un soulier pointu est plus élégant, plus léger qu'un bout patate. Il a pour lui une certaine légitimité historique, ainsi que la subtilité dont manque parfois cruellement le soulier à pointe arrondie lorsqu’il se fait pataud. En y regardant de près, la chaussure à bout rond à en effet tendance à conférer à celui qui les porte une allure de gentleman-farmer, ce qui est très bien, ou de petit-bourgeois, ce qui est déjà moins bien. Il faut en être conscient, et l’assumer, surtout.

Car comme toujours, il s’agit tout simplement de porter ce qui nous va, et ce n’est pas si simple. Comme cela a été évoqué en introduction, peut seul chausser sans ridicule des souliers pointus celui dont l’esprit est acéré et volontaire, et non le quidam mollasson que l’on voit trop souvent, par voie de conséquence, chaussé de spatules prétentieuses. Afficher par sa mise une personnalité que l’on n’a pas est un exercice vulgaire et invariablement voué à l’échec.

Je reste pour ma part un adepte des bouts arrondis, et préfère assurément une pointe légèrement trop ronde à son équivalent trop aigu. La discrétion restant pour l’heure dans le camp des ronds, j'en resterai là comme une vieille bique bornée et surtout prudente. Et si l’on veut vraiment aller dans le détail jusqu’au vice, les indécrottables amateurs de bouts ronds pourront toujours se dédouaner en se disant que des souliers à pointe douce, portés avec un costume bien taillé, présentent de plus l’avantage de préserver, même en ville, votre âme de gentleman-farmer que l’on voudrait scandaleusement transformer en jeune cadre dynamique.

Alors, que faire de ces souliers pointus fraîchement ressuscités ? Tout sera comme toujours affaire de mesure et de goût, sachant que la synecdoque en matière d’élégance est un art très difficile à manier (à l’exception notable des Russes Blancs et de leurs boutons de manchette), et que des souliers à la pointe la plus exquise de donneront jamais un air d’élégance années 30 à un épouvantail à chaussettes blanches.

Ils apporteront en revanche un inégalable style à ceux dont le caractère, le physique et la mise s’accordent à de téméraires souliers.

 

                                                                                                            Théodule

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 06:17

hollande_braguette_ouverte.jpg

 

Maintenant que les photographes

Sortent l'oiseau quand ça leur dit,

Monsieur l'Président faites gaffe

A garder l'vôtre dans son nid.


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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 06:47

Les années 80 sont à la mode. A en juger par le grand nombre d’émissions TV qui leur sont régulièrement consacrées, on peut se demander si elles ont jamais cessé de l’être. Le plus récent témoignage de cette persistance est un film, Stars 80. Qu’on les aime ou non, force est d’admettre que ces années ont une identité marquée. Dites à quelqu’un « années 80 » et – qu’il les ait vécues ou non – des images lui viendront immédiatement à l’esprit - des musiques, des noms… Faites la même chose avec les années 90 ou les années 2000… et ce sera le trou noir.

J’ai souvent lu, sous des plumes « autorisées », que, sur le chapitre du vêtement, les « eighties » avaient atteint un pic indépassable d’horreur. Un pic, vraiment ? Plutôt un mont... que dis-je un mont ? Un monticule ! Car, à mon sens, si une décennie devait mériter pareille détestation, ce serait la décennie précédente – les années 70.

Qui a connu ces années me comprendra. Une revendication de liberté post-soixante-huitarde explique, j’imagine, les excès auxquels la mode s’est livrée alors. Epaules étriquées, col de chemise « pelle à tarte », revers de veste surdimensionnés, cravates élargies, pantalons « pattes d’éléphant », bottines surélevées… Une telle obstination dans l’aberration, un tel débordement de laid reste pour moi, aujourd’hui encore, en grande partie une énigme.


claude-francois-rouge.jpegLe chanteur Claude François, figure emblématique des années 70

 

A bas le costume à la papa ! Les « papas » eux-mêmes finissaient d’ailleurs par ne plus le porter – les uns, parce qu’ils étaient séduits par la nouveauté ; les autres, parce qu’il était quasi impossible de faire autrement, la mode dictant sa loi. Un de mes tailleurs me raconta cette anecdote : il avait livré un énième costume « classique » à l’un de ses fidèles clients. Celui-ci revint le voir et lui expliqua que sa fille s’était moqué de lui, qu’il faisait vieux jeu, et qu’en conséquence, il voulait dorénavant être habillé à la mode. En commerçant docile, mon tailleur s’exécuta : il lui tailla des pantalons de 33 cm de large en bas. Le client – et sa fille – furent ainsi satisfaits.

En comparaison, la décennie suivante a l’air bien sageElle connut, certes, ses aberrations : épaules de déménageur, vestes déstructurées, gilets chamarrés, chemises et cravates aux couleurs impossibles, costumes croisés à revers crantés… Elle vit aussi fleurir de douteuses officines de « conseils vestimentaires » à destination, prioritairement, de l’Entreprise, que, « années fric », « années Tapie » obligent, on parait de toutes les vertus. Réduire ces années à ces aspects discutables ou pénibles serait néanmoins malhonnête. Un réel intérêt pour le vêtement se fit alors jour qui s’exprima de multiples manières. On mit en avant la qualité. A cet égard, la chaussure eut droit à une attention particulière. Certaines marques (Weston, Church’s) firent l’objet d’une sorte de culte, notamment de la part des jeunes. La quête de l’ « authentique » fit la fortune des fripiers. L’Angleterre – l’immuable Angleterre – devint une terre promise. Les marques à consonances anglo-saxonnes se multiplièrent (Oliver Grant, Façonnable…) Philippe Noiret endossa le costume du « gentleman farmer  à la française » (je cite Farid Chenoune) ; il joua son rôle à la perfection.


philippe-noiret-foulard.jpgPhilippe Noiret    

 

Le style BCBG – avatar hexagonal du style Preppy – atteignit son apogée. Dans le dernier tiers de la décennie, une vague néo-classique déferla. Les figures du bottier, du chemisier (à distinguer, s’il vous plaît, du vulgaire marchand de chemises), du tailleur furent vénérées. L’élégance – corollaire naturel du classicisme – fut redécouverte. Des guides et des essais tentèrent d’en percer les mystères : Bernard Lanvin publia un Guide de l’élégance masculine en 1987. La même année, Tatiana Tolstoï sortit De l’élégance masculine. En 1990, ce fut au tour de James Darwen de publier son fameux Chic anglais – histoire, en somme, de clore la décennie en beauté !


Bernard-lanvin-le-guide-de-jpg

 

tatiane-tolstoi.jpg 

james-darwen-couv.jpg 

 

Dans un passage drolatique du Guignol des Buttes-Chaumont, Guy Marchand évoque les conséquences morbides qu’eut sur lui la double influence de Philippe Noiret et de James Darwen. A cause d’eux, il finit par sombrer dans un « dandysme presque pathologique », une « maniaco-dépression à tendance fétichiste » dont il ne parvint à se défaire qu’en « vendant sa garde-robe aux puces de Saint-Ouen » !

Cas extrême. Cas à part. A ma modeste place, je peux témoigner de ce que m’apporta ce renouveau vestimentaire. Pendant quelques années, je me suis senti pleinement de mon époque. L’élégance y avait droit de cité. On trouvait encore des tailleurs, jusque dans de petites villes, et leurs prix étaient raisonnables. Je signais mes tenues d’une pochette de soie (… accessoire dont, pourtant, Tatiana Tolstoï circonscrivait l’usage à quelques situations particulières !) Pour mes chemises, j’avais choisi le col anglais (… type de col que, pourtant, vilipendait James Darwen !)

Plus j’y pense, et plus je m’aperçois combien ces années et celles que nous vivons ont de points communs : les enseignes à consonances anglaises (Wicket, Henry Cotton’s…) ; la vogue Preppy ; la fascination pour le bespoke ; le goût du vintage ; le retour des codes et d’un certain classicisme… Pourquoi, alors, les années que je vis me semblent-elles étrangères ? Pourquoi ce sentiment de vivre en décalage – en spectateur (critique) et non en acteur (enthousiaste) ?

La réponse est simple, banale et… définitive : parce que j’ai vieilli !

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 09:33

 

monsieur-de-fursac

 

Un mannequin qui fait pitié ne donne pas envie d'acheter.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 06:42

Voilà quelques saisons déjà que les jeunes ont redécouvert le chapeau. Cette redécouverte s’est faite timidement : leur choix s’est dirigé vers un chapeau tout petit (genre Trilby), qu’ils portent presque toujours sur le sommet de leur crâne, comme s’ils avaient peur de l’enfoncer. Encore quelques années, et peut-être le chapeau retrouvera une taille correcte et recouvrira comme il convient les fronts.


justin-timberlake.jpg Justin Timberlake

 

Un phénomène analogue touche la casquette plate, dont la visière est systématiquement trop courte, et que nos jeunes rejettent en arrière comme le faisait autrefois Bourvil – mais quand lui le faisait, c’était pour camper des benêts…


bourvil.jpgDans Le Rosier de Madame Husson

 

Le petit chapeau ou la petite casquette sont généralement accompagnés d’une petite barbe – dite de trois jours -, d’un petit pantalon – trop court et trop étroit -, d’une petite veste – qui dévoile la moitié du derrière.

Ce goût du chiche doit vouloir dire quelque chose sur l’état de notre société. Pour ma part, je me cantonnerai au seul aspect esthétique et rappellerai ces sages préceptes darweniens : chapeau à petits bords et casquette à petite visière = petit goût !

On ne réapprend pas en quelques semaines ce qu’on a mis des décennies à désapprendre. Les chapeaux à larges bords et les casquettes à visière généreuse mettront du temps à revenir – s’ils reviennent ! Encore faudrait-il que le reste de la tenue suive…

Il ne m’étonnerait pas qu’un autre couvre-chef, très oublié celui-là, soit bientôt réhabilité. Je veux parler du béret. Je verrais bien que les jeunes gens issus de l’immigration s’approprient quelque jour ce symbole vestimentaire on ne peut plus « souchien ». Gageons qu’ils le feraient avec cette ironie dont les chroniqueurs de mode à la mode raffolent !

Il fut un temps où le béret coiffait des hommes élégants et raffinés. Il y eut le poète béarnais Paul-Jean Toulet, qui ne le quittait pas - même à Paris :


paul-jean-toulet.jpg 

 

Il y eut André Gide, grand amateur d’originalités chapelières :


andre-gide-167.jpg

 

Il y eut André Malraux :


andre-malraux-beret.jpg 

 

... et Pierre Drieu La Rochelle :


drieu-la-rochelle-beret.jpg 

 

Il y eut même le prince de Galles, futur Edouard VIII :


duc-de-windsor-beret.jpg 

 

Entre les deux guerres, le béret fut à la mode. « La casquette, c’est bon pour les ouvriers, le chapeau, c’est pas pratique, tandis que le béret (prononcez : bairait !), c’est simple, c’est chic, c’est coquet », faisait dire, en 1932, Jacques Prévert à Carette dans L’Affaire est dans le sac, un film réalisé par son frère Pierre.

La mode du béret témoigne de l’évolution au XXe siècle du vestiaire masculin vers la décontraction. Cette évolution n’alla pas sans errements. Doit-on placer l’adoption de cette coiffure venue du sport au nombre de celles-ci ? A mon sens, si maladresse il y eut, elle tenait moins au béret en tant que tel qu’à sa forme (souvent trop étriquée) et qu’aux tenues avec lesquelles on le portait.

Le béret mériterait qu’on s’y intéresse à nouveau. Je me souviens qu’Arnys en proposa quelques-uns dans les années 2000 dans de jolies couleurs, mais j’ignore ce qu’ils donnaient sur une tête :

 


arnys-beret.jpg

Qu’un chapelier de talent m’en confectionne un de forme ample, j’en serais ravi ! Je l’adopterais tout de suite. Je le porterais sans ironie. Et pas seulement pour aller acheter ma baguette de pain. 


monet-beret-def.jpgMonet, Aupoportrait au béret, 1886.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 07:04

... mais il peut faire le roi.

Colin Firth "au naturel" :


colin-firth-neglige.jpgPhoto : Matt Carr. Getty Images

 

Le même dans Le Discours d'un roi :

 

colin-firth-def.jpg

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 06:42

L’évolution des mœurs est une affaire de signes. Le 21 novembre dernier, François Hollande recevait en urgence l’association Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) pour rassurer la toute petite communauté qu’elle représente après que, la veille, il eut ébranlé ses membres en renvoyant les maires, sur le « mariage pour tous », à leur «  liberté de conscience ».

Nul n’aurait imaginé voici quelques années qu’une association de ce (trans -) genre soit reçue à l’Elysée. Nul n’aurait imaginé non plus que le mariage dit « pour tous » puisse un jour exister. Mais mon sujet n’est pas là. Depuis Carrier, les chouans savent du reste ce qu’il faut penser des « mariages républicains ». L’évolution dont je veux parler est d’ordre vestimentaire. Les deux représentants de l’association susmentionnée se sont en effet présentés devant le président de la République habillés comme tous les jours. Pas de costume, pas de cravate. On aurait dit que ce gentil couple s’était rendu directement à l’Elysée après avoir fait ses courses à la supérette du coin :

 

assoc-gay.png 

      
Les mêmes, auditionnés par la Commission des lois de l’Assemblée nationale le 6 décembre, étaient pareillement mal vêtus.

Afin de ne pas être soupçonné d’homophobie – ce  genre d’anathème tombant vite par les temps qui courent -, je puiserai mon second exemple ailleurs. Voyez dans quelle tenue l’écologiste Nicolas Hulot a rencontré ce même 6 décembre François Hollande :

 

nicolas-hulot.jpg

 

Certains verront dans ce mépris des codes un « progrès » - mot magique qui, assimilant d’emblée le contradicteur éventuel à un obscurantiste moyenâgeux, dispense celui qui l’utilise d’argumenter. D’autres – dont je suis – y liront plutôt un recul de la civilisation. « Bah ! diront les premiers, tout président qu’il est, François Hollande est un homme comme les autres ! » Les plus cultivés d'entre eux citeront Montaigne : « Si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul. »  - et ils le citeront d’autant plus volontiers que cette phrase a l'avantage de chuter sur « son cul » - , je veux dire, de contenir un mot grossier.

Je me pose une question : n'est-il pas étrange qu’on puisse entrer à l’Elysée dans une tenue qui nous fermerait les portes d'une discothèque ou d'un casino ? Dans ces endroits-là au moins, un « dress code » reste en vigueur.

Moi, si par un hasard incompréhensible je me trouvais invité à l’Elysée, je mettrais mon plus beau costume dans lequel je tremblerais un peu … même si je sais bien que notre président est un homme « normal », tout ce qu’il y a de plus « normal ». Et je saurais gré à François Hollande de me recevoir avec une cravate. Même moche et tordue. 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 07:07

Jeune, Laurent Fabius cultivait une certaine désinvolture. Il en avait les moyens. Moyens physiques (plutôt joli garçon malgré une calvitie précoce) ; moyens intellectuels (études ultra-brillantes) ; moyens financiers (milieu très privilégié). Cette désinvolture se manifesta par certains signes dès son arrivée à Matignon à l’âge de 37 ans : on le vit acheter son pain en chaussons et se rendre à son travail en 2 Cv Charleston. La désinvolture peut être synonyme de légèreté : on le vit aussi à bord d’une Ferrari (une 400, je crois), au grand dam de François Mitterrand qui, pour cela, le tança.

Il y avait sa manière de faire les choses sans avoir l’air d’y toucher. On sentait, comme on dit, que ce type en avait sous la semelle (... et pas seulement au volant de sa Ferrari !) Et puis, les succès s'accumulant, la désinvolture se transforma en morgue. « Je vous en prie… Vous parlez tout de même au premier ministre de la France ! » Qui ne se souvient de cette repartie qu’il lança à un Jacques Chirac rigolard le traitant de « roquet » lors d’un débat télévisé en 1985 ?

Alors, le masque glissa ; la personne perça sous le personnage. On était passé d’un Fabius « Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi » à un « jeune présomptueux » qui avait bien du mal à parler sans s’émouvoir. Les Français comprirent que le plus jeune premier ministre que Dieu (entendez Mitterrand) « avait donné à la France » avait la grosse tête. Ce crâne d’œuf avait chopé le melon.

A 39 ans, Laurent Fabius quitta Matignon. Deux scandales avaient entaché son passage : l’affaire du Rainbow Warrior et celle du sang contaminé. Sa carrière marqua le pas. Il dut en rabattre. L’ex plus jeune premier ministre de la France dut admettre qu’il ne deviendrait pas son plus jeune Président. Il continua néanmoins de faire des rêves élyséens, mais les élections présidentielles se succédaient sans qu’il y joue les premiers rôles.

L’homme vieillit précocement. Il se tassa. Son visage se marqua, se pocha, s’empâta. Une expression de tristesse s’y inscrivit ; elle ne le quitterait plus. Sa calvitie gagna du terrain. On eût aimé en la circonstance que, face à elle, il se montrât mitterrandien plutôt que giscardien – soit qu’il laissât tomber au lieu de se raccrocher à une mèche acrobatique jetant un pont fragile entre les tempes…

Sa mise fut toujours - ou presque : attendez la suite - soignée. Costumes et chemises sur mesure ; matières luxueuses. Mais épaules trop larges et tombantes (Ah ! la carrure présidentielle !), manches trop longues, mélanges approximatifs de couleurs…

 

fabius-cravate-mauve.jpg

 

Elégant, Laurent Fabius ? Peut-être … mais à la mode libanaise.

La suite, la voici : son parcours vestimentaire connut une curieuse parenthèse. En 2003, il publie un livre intitulé Cela commence par une balade dans lequel il raconte son goût pour les carottes râpées, son intérêt pour la Star Academy, ses virées en moto – « une 125 cm2, ce qu’on appelle dans le jargon une custom (…), confortable (…), quoique pas vraiment pêchue. »

La 4e de couverture le montre, justement, sur sa moto :


fabius-moto.jpg

 

La même année, il se présente à l'Université d'été PS de La Rochelle en tee-shirt blanc et blouson de jean :
 

fabius-blouson-2003.jpg

 

Les limites ultimes de la démagogie étaient allégrement franchies. Faux simple, faux cool, faux jeune : ce nouveau Fabius réussit à faire l’unanimité contre lui. Les médias et le public le moquèrent à juste titre. Conscient de cet échec, il eut la sagesse de renouer très vite avec son style habituel.

Laurent Fabius est aujourd’hui notre ministre des affaires étrangères. Un poste prestigieux qu’on souhaite voir occupé par un homme ayant de l’allure. L'allure de Fabius est loin de valoir celle de Dominique de Villepin, qui s’illustra naguère à ce poste. Reconnaissons tout de même que sa mise dépasse largement en qualité celle de son prédécesseur. Laurent Fabius est sans conteste le ministre hollandais le mieux habillé. Costumes sobres, parfois rayés ; cravates assorties aux motifs traditionnels et discrets. Bien sûr, les épaules sont encore basses et trop larges, et les manches trop longues. Mais, comparés aux péchés que d’autres commettent (suivez mon regard…), les siens sont véniels… Comme pour parfaire ce quasi sans-faute, une pochette blanche orne régulièrement la poche de poitrine de notre ministre : la pochette diplomatique !


laurent-fabius-aff-etr.jpgAvec son homologue tanzanien, le 24/10/12. MA/f. de la Mure.

 

Ainsi habillé, Laurent Fabius mériterait presque qu’on lui dise « Chapeau ! » Ce que nous nous serions bien gardé de faire quand, un jour de manifestation, il lui prit l’étrange idée d’emprunter le sien à François Mitterrand :


fabius-chapeau.jpgLe chapeau... et l'écharpe !

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Publié par Le Chouan - dans Personnalités
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