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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 06:20

hedi-slimane.jpgHedi Slimane

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 06:29

Il y a deux ans, la vague Preppy déferlait dans nos magazines. Que reste-t-il de son passage ? Pas grand-chose, comme on pouvait s’y attendre. Il faut dire qu’utilisé sans doigté ou à contretemps, ce style peut facilement se révéler caricatural. L’homme mûr qui l’adopte risque d’avoir l’air d’un vieil étudiant :


tommy-hifliger-en-preppy.jpgTommy Hilfiger, spécialiste du style Preppy

 

Sur un jeune homme, l’effet « bourge » est quasi inévitable.

Si influence Preppy il y a, c’est sur la jeune fille/femme qu’elle est surtout repérable. Qui s’en plaindra ? Le look Blair Waldorf, même atténué, est tout de même plus seyant que les « no look » tristes qui dominaient avant.


blair-waldorf-def.jpg

 

                                                            *

 

Un mot sur Hilfiger : j’aime beaucoup les récentes campagnes publicitaires de cette marque, qui mêlent des mannequins de générations différentes :


tommy-hifliger-pub-un.jpg 

tommy-hifliger-pub-deux.jpg

 

Dans la famille Aigle, ne demandez pas, en revanche, la grand-mère ou le grand-père : un gros ours les a avalés à son petit déjeuner :


aigle.jpg Photo : BETC; Bo George    

 

Décalé, mais pas drôle. Question humour, Aigle ne vole pas haut.

 

                                                             *

 

The Sartorialist me déçoit. De plus en plus de looks et de moins en moins de style ; de plus en plus de femmes et de moins en moins d’hommes ; de plus en plus de jeunes et de moins en moins de personnes mûres ou âgées. Prenez le mois de septembre dernier : les photos dignes d’intérêt se comptent sur les doigts d’une seule main. Encore, le plus beau cliché est-il un cliché vintage :


the-sarto-vintage.jpg  The Sartorialist, septembre 2012

                                                      

                                                           *

 

Eprouvez-vous, comme moi, le sentiment d’être en décalage – de vivre, comme le disait le poète, « la vie à côté » ? « Qu’importe ! » ajoutait aussitôt celui-ci « J’aime la beauté ! » Moi aussi j’aime la beauté ; pour moi aussi elle est une consolation. Malgré tout, je suis loin d’avoir acquis le détachement de ce poète philosophe. C’est tous les jours que mon époque me blesse. Vous voulez un exemple ? Ces lignes, que j’ai lues dans un quelconque magazine : « Pour Benjamin Patou, le roi des nuits parisiennes, le nom de Jean Patou, son arrière-grand-oncle, n’évoque rien : il ne l’a pas connu et n’en a pas hérité. Alors pourquoi faut-il toujours qu’on lui rappelle sa parenté avec le créateur du parfum Joy ? »


patou-copie-1.jpgJean Patou

 

Le nom de son arrière-grand-oncle ne lui dit rien parce qu’« il ne l’a pas connu »… Quel manque de curiosité et de sensibilité ! Et Platon, qu’il n’a pas connu, ça lui dit quelque chose ? « Il n’en a pas hérité »… Quelle goujaterie ! Ce roi plein de divertissement m’a tout l’air d’un triste sire ! Mes jours sont plus beaux que ses nuits – aussi parisiennes soient-elles.

 

                                                               *

 

La jumpology dont j’ai parlé une autre fois – a de beaux rebonds devant elle ! Certes, les mannequins de Lacoste ont cessé, depuis peu, de léviter… Mais, cette saison, ceux de Cyrillus ont pris la suite :


cyrilius.jpg Cyrillus, catalogue automne-hiver 2012-2013    

 

Qui sait, les mannequins d’Eminence ou de Petit bateau feront bientôt la même chose pour vanter les slips… kangourou ! Et regardez la photo qui ouvrait le supplément Styles de L’Express consacré cette rentrée à l’Homme :


express-jumpo-copie-2.jpg

 

La jumpology ? C’est tout bond !

 

                                                                 *

 

Extraits du même supplément Styles de L’Express, ces clichés qui font peur :


carven-costume.jpg

carven-rose-jaune.jpg 

carven-manteau.jpg

 

 

Les vêtements sont signés Guillaume Henry, responsable des collections Homme chez Carven. « L’homme Carven est un personnage nouveau mais enraciné, dont l’élégance naturelle le dispute à une certaine maladresse », dit Guillaume Henry, que la journaliste Katell Pouliquen (un bien joli nom - parole de chouan !) surnomme « le petit Nicolas de la mode ». L’emblème de la ligne est un pin’s bonnet d’âne :


pin-s-carven.jpg 

 

« Très second degré », précise la journaliste. Me voilà rassuré. Encore un peu, et j’allais prendre ce petit Nicolas pour Clotaire !

La collection dessinée par Henry nous prouve en tout cas que Slimane n’a pas fini de faire des ravages. A Slimane, je ne saurai jamais gré que d’une chose : d’avoir décidé Karl Lagerfeld à suivre un régime draconien pour pouvoir entrer dans ses vestes ajustées.


lagerfeld-ss-lunettes.jpg... Et tout à coup Karl Lagerfeld eut l'air humain !

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 06:43

andre-gide-cabris.jpgGide, en 1941


Jeune, André Gide cultiva le genre artiste fin de siècle. Il se chercha, interrogea beaucoup son miroir, joua des rôles. Pour cela, on le jugea comédien, et, a posteriori, il eut l’honnêteté de reconnaître la justesse de la critique : « Je m’occupais beaucoup de mon personnage ; le souci de paraître précisément ce que je voulais être : un artiste, allait jusqu’à m’empêcher d’être, et faisait de moi ce qu’on appelle : un poseur. »

Poseur, pourtant, il n’oublia jamais de l’être. Il s’abandonna complaisamment à l’image du grand écrivain. Ainsi, sur ce célèbre cliché où, à sa table de travail, il quête une inspiration que son stylo est prêt à saisir au vol (1).


andre_gide.jpgRue Vaneau, 1945. Photo : Laure Albin Guillot


Ou sur cette autre photo :

 

andre-gide-chaise-longue.jpgPorquerolles, 1922


Un jour, confronté à un de ses portraits où il fixait l’objectif, il eut cette heureuse formule : « Je me regarde me regardant. » Le propos n’étonne pas de la part de l’auteur du Traité de Narcisse.

Pour un « poseur », la cigarette est une précieuse alliée. Cocteau se servait d’elle pour mettre en valeur ses belles mains aux doigts interminables. Gide ne jouissait pas d’un semblable atout : ses mains étaient quelconques, plutôt épaisses, aux doigts rentrés. Chez lui, c’est plutôt la main qui met en valeur la cigarette. Celle-ci pointe généralement au sommet d’un avant-bras négligemment levé. Le geste est réussi, faussement naturel.


andre-gide-balcon.jpgRue Vaneau, 1935


andre-gide-chapeau-noir.jpgEn 1939


andre-gide-172.jpgA 80 ans


Un grand écrivain, ça ne sourit pas. Les photos sur lesquelles Gide montre ses dents sont exceptionnelles.


andre-gide-sourire.jpgEn 1939

 

L’écriture est une chose sérieuse, une quête qui, certains jours bénis des dieux, hisse celui qui s’y livre au-dessus des mortels.

Imagine-t-on André Gide, tel, ici,  Frédéric Beigbeder, posant torse nu pour une publicité ? 


frederic-beigbeder-torse-nu.jpg

 

Un grand écrivain aspire à montrer, sinon sa supériorité, du moins sa différence. Un artiste – ce que voulait être Gide au temps d’André Walter, et ce qu’indéniablement il fut -, ça ne s’habille pas comme le vulgaire. L’esprit créateur doit imprégner ses tenues. Gide multiplie les tentatives avec un sens esthétique très sûr. Il porte ses manteaux en capes…

 

andre-gide-banc.jpg1934. Photo : Yves Allégret


andre-gide163.jpgEn  1946

 

 

a recours aux foulards :


andre-gide-162.jpg

 

Ses couvre-chefs, cocasses et variés, sont devenus légendaires…


andre-gide-154.jpgEn 1940


andre-gide-167.jpg En Suisse, en 1947

 

… et ont inspiré des imitateurs :


gabriel-matzneff-chapeau-gide.jpgGabriel Matzneff


jose-alvarez.jpgJosé Alvarez

 

Son allure et son élégance sont certaines.


andre-gide-biblio.jpg A Dudelange, 1919

 

Il était de bonne taille et eut la bonne idée de rester mince toute sa vie. Il avait le goût du confort et des étoffes luxueuses ; Léautaud, qui lui rendit visite le 16 juin 1945, note dans son journal : « (Gide) habillé d’un merveilleux complet gris chiné clair, à l’aspect tout neuf. »


andre-gide-muret.jpgPontigny, 1926


andre-gide-164.jpgEn 1947


Il me faut enfin dire un mot de son beau visage aux méplats accusés. Les étages cérébral, affectif et instinctif – pour employer le jargon des morphopsychologues – s’équilibrent, je trouve, harmonieusement. Cette architecture remarquable lui permit d’affronter sans grand dommage les handicaps de la calvitie et du port obligé de lunettes.

Celui qu’André Malraux appela « le contemporain capital » connaît depuis longtemps le purgatoire. La métaphore est cocasse appliquée à un écrivain qu’on compara souvent au diable ! Evoquer son apparence m'a permis de l'en faire sortir. Pour un instant... et par la porte étroite de l'élégance (2).

_____________________________________________________________________________________________________________
1. Quoiqu'à y regarder de près, je ne sois plus très sûr qu'il tienne un crayon dans la main...
2. La plupart des clichés qui illustrent ce billet sont extraits d'André Gide, un album de famille, Gallimard, 2010.   

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 07:04

Le diable, dit-on, se niche dans les détails. L’élégance (… diabolique à sa façon !) aussi. Le détail est un peu à l’élégance ce que l’accessoire est au vêtement : quelque chose d’essentiel.

Illustrons. La pochette est un accessoire. Pour beaucoup, elle est signe d’affectation déplacée. Il n’empêche qu’à lui tout seul, ce petit carré de tissu peut relever une tenue. Cela dit, la pochette n’est pas à elle seule une garantie d’élégance : il faut savoir la glisser dans la poche poitrine et trouver, parmi toutes les façons possibles, celle qui conviendra le mieux… Des détails qui font la différence !

« Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu’à ce qu’on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l’à peu près, ne jamais avoir recours à des supercheries, même heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté. » Je ne suis pas loin de penser que ces remarques de Maupassant sur le style littéraire sont transposables au vêtement. Quand, après de multiples essais, un homme élégant a trouvé pour lui-même un trait de style, il n’en change plus. C’est évident.

Prenons un autre exemple : la cravate (… de plus en plus « accessoire » pour nos contemporains). Beaucoup pensent qu’il suffit d’en nouer une pour « être bien habillé » (« Regardez ! Il est pas beau, mon fils, avec sa cravate ! ») Erreur ! Parce qu’elle est surconnotée, la cravate nous oblige à redoubler d’attention. Ici encore, ce sont les détails qui feront la différence : dimensions, qualité, et, bien sûr, nouage. Le connaisseur appréciera comme il convient la fronce (ou, mieux, les deux fronces) juste sous le nœud, légèrement excentrée, qui ponctuera la cravate d’une virgule idéalement placée.


prince-charles-details.jpgLe prince Charles

 

Un dernier exemple ? Celui auquel je pense ne concerne pas un accessoire – puisqu’il s’agit des souliers. Mais le souci du détail vaut pour tous les éléments d’une tenue. L’homme élégant aura à cœur d’entretenir parfaitement ses souliers. Cela va de soi et ne relève certes pas du détail. Mais il ne s’arrêtera pas là : il cherchera à les faire « vibrer » en leur faisant acquérir – lentement et naturellement – une belle patine profonde, qu’il relèvera, ici et là - sur le bout et sur les quartiers – d’un subtil et discret glaçage.

« Très bien, me direz-vous, mais pourquoi consacrer tant de temps à ces détails que, de toute manière, personne ne remarquera ? » Si vous pensez vraiment cela, je m’étonne que vous ayez eu la patience de lire ce billet jusqu’ici ! Sérieusement, je vous répondrai ceci : l’élégance est d’abord une question d’exigence personnelle. Et puis, les connaisseurs, eux, remarquent ces détails que vous prétendez invisibles. Ces mêmes détails, enfin, agissent sur les hommes prêts pour l’élégance, mais qui ne le savent pas encore, et, en impressionnant pour ainsi dire leur rétine à leur insu, les aident à se révéler à eux-mêmes.

« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail », disait Léonard de Vinci.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 06:25

Georges Pompidou et sa femme :

 

georges-pompidou-et-sa-femm.jpg

 

François Hollande et sa compagne :

 

francois-hollande-vacances-.jpg

 

"Epouse et concubine"...

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 06:47

Le concept de président normal s'est transformé en piège pour François Hollande. Ses communicants ont pensé qu’il suffisait d’inverser le modèle présidentiel précédent pour rendre leur client populaire : après le président en yacht, celui en scooter ou en train… Profitant de la situation malsaine créée par la personnalité envahissante de Nicolas Sarkozy, ils ont cherché à faire d’une faiblesse – la banalité de François Hollande – une force. Ils se sont trompés. Ils ont oublié l’incroyable capacité d’oubli de l’opinion : le contre-modèle sarkozyste appartient déjà au passé. Aujourd’hui, c’est François Hollande  que les Français jugent  - François Hollande seul – et leur jugement est impitoyable.

Un président banal ne pouvait prendre le risque de choisir un premier ministre charismatique. C’est ainsi que François Hollande a pris pour le seconder Jean-Marc Ayrault. Entre ces deux personnalités grises, tout est affaire de nuances. L’ennui s’ajoute à l’ennui.

Voyez Hollande et Ayrault en vacances : la même absence de couleurs ; la même absence de saveur…


hollande-ayrault.jpg 

 

Le tableau n’est toutefois pas complètement monochrome. Un personnage haut en couleur a réussi à capter tous les regards. Je veux parler, bien sûr, de la compagne twitteuse de notre président. Mais que vient faire ce personnage secondaire au premier plan ? Tous les bons peintres vous le diront : mal placée, la couleur fait tache


valerie-trierweiler-vsd-copie-1.jpg

 

Une évolution positive est cependant repérable depuis la rentrée. Les communicants élyséens tentent de réparer leur erreur et de passer du contre-modèle sarkozyste au modèle mitterrandien. La décision est sage, mais n’est-elle pas un peu tardive ? Ils ont compris que le Français moyen ne voulait pas d’un François moyen à la tête de l’Etat – mais d’un président… président - soit, tradition de la Ve oblige, "monarque républicain". Ce changement de stratégie explique que, en dépit de sa promesse de candidat, François Hollande ait choisi les ors de la salle des fêtes de l'Elysée pour cadre de sa première conférence de presse. Il passe aussi par une amélioration de l’apparence. J’ai assez raillé les tenues mal coupées de François Hollande pour ne pas me réjouir des quelques efforts récents... quoique peu visibles hier soir. Une cruelle absence de style se fait toujours ressentir.

Une chose en tout cas est réconfortante : les ennuis ne nuisent pas à la forme – et aux formes – de François Hollande. Oublié, le candidat au visage hâve, au cou fripé !

… Après l’hyperprésident, place à lipo-président ?

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 06:27

picasso-carreau.jpg

 

julian-schnabel.jpgJulian Schnabel, peintre et cinéaste

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 06:32

Pierre de Bonneuil a eu l'heureuse idée de faire connaître les débuts de la revue Monsieur, fondée en 1919, via son site personnel (http://www.pierredebonneuil.fr/) et quelques blogs. Il nous propose aujourd'hui une présentation d'un des rédacteurs de la revue : Eugène Marsan - "Le Seigneur Marsan". Merci à lui d'avoir pensé au Chouan pour publier ce portrait que deux photos exclusives illustrent. 

 

Le Seigneur Marsan 

 

Né à Bari en 1882, Eugène Marsan était la précocité même. Curieux de toutes les formes de la vie et de l'intelligence, il avait un tempérament de latin. Son esprit singulier contribua à faire de lui une personnification de l'élégance. C'était un bel esprit qui s'attacha à sa plume et qui proposa ses attraits stylistiques à de multiples revues. Il donnait régulièrement de ses bons mots à La Plume, à La Phalange, aux Essais et aux Marges. Les salons littéraires l'accueillaient avec une fierté intimidante car il parlait juste, sans fioritures, et son aura de grand seigneur absorbait les méticuleux gens de lettres.


eugene-marsan-pull.jpg

 

En 1909, il fonda une revue littéraire : Le Divan. Henri Martineau fut son grand ami et collaborateur  dans cette affaire. Il partageait le goût Stendhalien. Il fit également partie du Club des longues  moustaches qui se réunissait dans un café du nom de Florian. On pouvait y croiser certaines grandes  figures de la littérature de cette époque : Francis de Miomandre, Henri de Régnier ...

Sandricourt ou Orion étaient ses pseudonymes. Il siégea en tant que critique littéraire pour L'Action  Française. Comme le soulignait Henri Clouart : « Du Maurras en dentelle ».

Ses nouvelles ainsi que ses romans ont un penchant pour le libertinage. Il fut l'homme aussi de curieux essais sur le costume masculin, les chapeaux, les cannes et les cigares.


eugene-marsan-chapeau.jpg

 

Je tiens à remercier l'arrière-petite-fille d'Eugène Marsan pour sa présence à mes côtés. Elle se nomme Anna. Comme la mère de ce délicat historiographe. Elle m'envoya quelques rares photographies de celui-ci. Puis, un coup de chapeau pour Le Chouan des villes. C'est un être charmant qui vous donne l'opportunité de lire mes quelques lignes et de contempler ces vitres parfumées.

                                                                                                   Pierre de Bonneuil

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 06:34

Les vêtements de travail – aussi appelés, chez nous même, workwear – sont à la mode. Dans son numéro de rentrée, Monsieur écrit : « Issus de l’univers du chantier, de l’usine ou des garagistes, les vêtements workwear envahissent le dressing masculin depuis quelques années. Cette saison, c’est un raz de marée. Alors, en septembre, on ressort ses Indy’Boots de charpentier, son jean brut selvedge et sa chemise à carreaux de bûcheron… »


  chemise-de-bucheron.png

 

L’intérêt de la mode pour le vêtement de travail n’est pas nouveau. Edmonde Charles-Roux voit en Gabrielle Chanel une pionnière : « Chanel devance ceux qui, aujourd’hui, en affectant une prédilection pour les tenues de travail (maillots de marins, tee-shirts de débardeurs, veste blanche de plâtriers) croient innover. Elle a, la première, fait une mode de l’antimode (1). »

 

chanel-habits-de-travail.jpgChanel en pantalon et veste de toile blanche, avec Lucien Lelong, en 1931. Source : Le Temps Chanel.

 

L’ « aujourd’hui » évoqué par Edmonde Charles-Roux dans ces lignes, ce sont les années 70, qui virent les étudiants contestataires hanter les AG en « vareuses d’artisan en moleskine, en coltins blanc de peintre ou noir de bougnat, en vestes de boucher pied-de-poule bleu et blanc de chez Adolphe Lafont (2). »

C’est le temps où les costumes inspirés des tenues d’ouvrier créés par Michel Schreiber et Patrick Hollington séduisent une intelligentsia idéologiquement à gauche.

 

hollington-et-schreiber.jpgLes compères Hollington et Schreiber

 

Plusieurs décennies plus tôt, Ernesto Thayaht tenta, avec sa célèbre Tutade faire d’une combinaison de travail au patron rationnel et simplissime un vêtement pour tous les jours et pour toutes les situations.

 

thayaht.jpeg

 

Mais ni sa tentative, ni celle du duo Schreiber Hollington ne provoquèrent les « révolutions vestimentaires » espérées. Sans doute ces propositions étaient-elles trop radicales et leur esthétique trop discutable.

Les mêmes raisons expliquent que, malgré des essais répétés, la salopette ne s’imposa jamais – ni pour l’homme ni pour la femme. Qui s’en plaindrait ? L’écrivain Michel Butor, qui en a fait son unique habit au motif qu’elle est pratique, fait figure d’original.

 

michel_butor.jpgMichel Butor. Photo : Philippe Bonan. Avec son aimable autorisation. 

 

La salopette, plus pratique qu’un costume classique, c’est à voir, mais moins esthétique, c’est tout vu.

Des vêtements de travail plus adaptables ont rencontré, en revanche, le succès dans des proportions néanmoins variables. Citons le pull Guernesey, cher à Bernhard Roetzel, le pull marin breton boutonné sur une épaule, la marinière, introduite dans le vestiaire des élégants dans les années 30, la chemise de bûcheron à carreaux, le pantalon de charpentier, dont Marité et François Girbaud firent un classique de leurs collections ; citons encore le Barbour, porté initialement par les paysans anglais ; citons surtout, bien sûr, le jean, né au milieu de XIXe siècle, adopté d’abord  par les prospecteurs de la ruée vers l’or, puis par les constructeurs des gratte-ciel de New York au début du XXe siècle, puis, dans les années 50, par une jeunesse en mal de liberté, puis, rapidement, par tout le monde. Yves Saint Laurent, qui détourna de nombreux vêtements de travail (cabans, marinières, combinaisons de garagiste…), avoua : « Mon seul regret, c’est celui de n’avoir pas inventé le jean. »


guernesey.jpg 

barbour-livre-rouge.jpgDeux pages de L'Eternel masculin de B. Roetzel

 

 

Pourquoi certaines greffes prennent et d’autres pas ? Rares sont les vêtements de travail qui, tels quels, peuvent entrer dans le vestiaire d’un homme élégant. Des adaptations sont presque toujours nécessaires. La sensibilité rechigne, mais la raison s’impose : authentiques, ces vêtements sont du genre immettables. Refuser de l’admettre, c’est s’exclure de soi-même du champ de l’élégance. Qui se souvient d’Helmut Schmidt, de François Mitterrand, du romancier Paul Guimard, du poète breton (de Carnac) Guillevic coiffés de leur casquette de marin sait de quoi je parle.

 

helmut-schmidt.jpg Helmut Schmidt

 

francois-mitterrand-casquette-marin.jpg François Mitterrand

 

guillevic.jpgGuillevic. Photo : Dupont-Sagorin.

 

Etre élégant avec un vêtement « authentique », c’est possible – à condition d’être aussi authentique que son vêtement. A propos du Barbour, Tatiana Tolstoï a écrit joliment : « Je ne pense pas que ses premiers utilisateurs, des paysans anglais, se soient jamais pris pour des hommes élégants. Ils devaient l’être, sans quoi le Barbour n’aurait pas remplacé la cape dont les chasseurs recouvraient leurs vestes de tweed quand il pleuvait. Ils devaient l’être, en portant cette grossière veste de toile huilée aux couleurs de la campagne, pour une raison capitale : la véritable élégance est innocente ; en cela réside sa grâce. Les paysans du Tyrol en veste de laine et en culotte de peau, les cowboys dans leurs jeans et leurs bottes texanes, ou les matelots en pull marin sous leur caban ne recherchent pas davantage l’élégance, voilà pourquoi ils pourraient précisément y prétendre (3) Je confirme : j’ai vu des pêcheurs bretons être très élégants en vareuse et pantalon Le Glazik de toile rose. Des pêcheurs de tous les jours – fériés compris -, pas des pêcheurs du dimanche. Sur Eric Tabarly, le pull marin touchait au sublime.

 

tabarly.jpg

 

Et il faut être un terre-neuva pour espérer ressembler dans un ciré jaune à cette description d'Anita Conti : «  Avec son suroît qui est un vrai casque jaune d'or, son ample vareuse huilée, coupée comme une tunique dont la taille basse est retenue par une ceinture avec un coutelas fiché comme une épée dans sa gaine, ses bottes souples, gantelets orange, larges épaules, (le terre-neuva), bardé, botté, ganté, semble un chevalier doux et terrible (4)»    


terre-neuva.JPG

 

« La sagesse est fruit de l’expérience », disait Léonard de Vinci. Et il est des expériences qui font mûrir plus rapidement que d’autres. Il y a plus de vingt ans, j’avais acheté d’un coup, dans une pittoresque boutique de l’Ile aux moines, deux vareuses et une veste de quart 100 % authentiques. L’iode m’avait rendu fou. Quelques jours plus tard, dans ma veste de quart et au bras de ma femme, j’arpentais fièrement le quai de La Trinité-sur-mer. Il y avait, ce jour-là, un rassemblement nautique auquel participaient plusieurs navigateurs célèbres. Il arriva que, pour mon malheur, nous croisâmes Loïck Peyron, qui avait eu l’idée saugrenue de revêtir la même veste que la mienne. Lui, la peau tannée et la veste usagée ; moi, tout pâlichon dans ma veste flambant neuve. « Tu l’as reconnu, c’est Loick Peyron ! » dis-je à ma femme. « Et tu as vu, on a la même veste ! » Je n’ai jamais oublié le regard de compassion qu’elle me lança alors – ni le « Marin d’eau douce, va ! » qui l’accompagna.

J’ai remisé ma veste au grenier. Et la vogue pour le workwear ne me la fera pas ressortir. Si, par hasard, dormaient dans vos placards des Indy’Boots de charpentier, un jean brut selvedge, une chemise à carreaux de bûcheron… n'allez surtout pas les réveiller ! Pardon Monsieur !

Les vêtements de travail sont, à l’instar de ceux issus des sports, une source inépuisable d’inspiration pour les stylistes et les créateurs. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il acquiert quelque chose de paradoxal aujourd’hui que ces vêtements sont de plus en plus souvent délaissés par ceux pour lesquels ils ont été conçus.

__________________________________________________________________________________
1. Le Temps Chanel, Edmonde-Charles Roux, Chêne-Grasset.
2. Des modes et des hommes, Farid Chenoune, Flammarion.
3. De l’élégance masculine, Tatiana Tolstoï, Acropole.
4. Les Terre-neuvas, Anita Conti, Chêne.

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 07:07

Les publicitaires ont, ancré dans la tête, ce cliché que tout ce qui vient d’outre-atlantique est forcément moderne. C’est ainsi que j’interprète la manie qu’ils ont de multiplier, dans nos publicités françaises, les slogans en anglais. Certes, ce n’est pas la seule raison. Ce fait, que d’aucuns jugeront - à tort - anodin, témoigne en tout cas éloquemment du recul de notre langue dans notre pays même, l’écrasante majorité de nos concitoyens restant – hélas ! – parfaitement indifférente à cette évolution regrettable.

Qu’une marque anglo-saxonne utilise pour vendre ses produits chez nous un slogan en anglais, passe encore ; qu’IKKS, marque française en dépit de son nom, affiche en ce moment un « Fall winter collection », cela prête à sourire ; mais que Peugeot n’ait rien trouvé de mieux que « Let your body drive » pour lancer sa 208 (voiture, au demeurant, insignifiante), là, je ne comprends plus du tout.


Peugeot-208-pub.jpg

 

Dans son numéro du 21 juillet dernier, M, le magazine du Monde recensait « les cinq rendez-vous manqués de PSA ». Je crois que je viens de trouver le sixième.

                                                            *

A tous les Lino Ieluzzi du monde, qui pensent qu’utiliser ses gants en guise de pochette est du dernier cri, j’adresse cette photo de Chanel travestie en adolescent datant de… 1912 !


coco-chanel-gants.jpg

 

Edmonde Charles-Roux précise dans son merveilleux album Le Temps Chanel que, ce jour-là, Chanel avait glissé des gants blancs dans la poche de poitrine « sans doute faute d’un mouchoir ». C’est probable en effet… à moins que, pour rire, elle n'ait eu l'idée d'imiter quelque Lino Ieluzzi d'alors.


                                                            *

Parisian gentleman se faisait récemment l’écho du retour du foulard. Il accompagnait cette annonce d’un article de Rake signé James Sherwood. Cette nouvelle ne peut que réjouir Le Chouan qui consacra au foulard un billet voici… deux ans. Le paradoxe de la mode se trouve une nouvelle fois confirmé : Vous voulez être en avance ? Alors, soyez en retard ! Mais je suppose qu’être à la mode vous est, autant qu’à moi, indifférent.


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La chose ne vous a sans doute pas échappé : nos magazines et leurs suppléments sont de plus en plus souvent remplis de pages d’interviews, moyen commode – et paresseux – d’échapper aux exigences de l’article écrit, construit, argumenté. Il arrive tout de même que ces interviews recèlent des pépites. En voici deux.

Pierre Bergé (fervent soutien de Raymond Barre en 1988 : cela n’a aucun rapport avec mon sujet, mais j’avais très envie de le rappeler !) sur le luxe : « Un sac, même cher, qui est en vente dans tous les aéroports du monde, n’est pas un objet de luxe (…). Quand on voit des hommes qui, même si cela tranche avec le reste de leur train de vie, investissent dans une très belle paire de chaussures, en prennent soin, les font vieillir, ressemeler, entretiennent une forme de rituel dans la mise en valeur de l’objet, ceux-là accèdent au luxe (…). Le vrai luxe est discret. Il ne s’affiche pas. Le problème est qu’aujourd’hui le luxe s’adresse financièrement à des gens qui ne savent pas ce que c’est  (1). » Christian Lacroix sur Takami Murakami : « Pour moi, il a un joli talent d’illustrateur et de publicitaire, mais il n’est en rien un artiste. S’autoproclamer le nouveau Warhol et dessiner sur des sacs ne fait pas de soi le génie du siècle ! C’est le monde à l’envers, celui où ce sont les marchands d’art qui décident (2). »


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Mettre en avant des marques n’est pas dans mes habitudes. Ici, pas de publicités directes ou indirectes ! Je voudrais tout de même déroger pour une fois à ma règle et vous présenter deux modèles de montres qui ont retenu mon attention.

L’une, c’est l’Hamilton Intra-Matic, réédition d’un modèle des années 50. Réédition réussie, surtout dans sa version acier, et dont le prix est très abordable (environ 700 euros). Deux diamètres sont possibles : 42 et 38 mm ; on privilégiera ce dernier.


intra-matic.jpg

 

Autre modèle : la Neo 1Z de MeisterSinger, montre mono-aiguille appelée parfois pour cette raison « montre philosophique ». MeisterSinger explique que « l’unique aiguille se déplaçant à un rythme paisible de 5 mn, le temps, tout à coup, semble s’écouler plus lentement. » Une montre idéale en somme pour les week-ends et les vacances ! Le cadran de cette Neo a un aspect rétro (Néo… rétro !) très plaisant. Le diamètre est de 36 mm ; le prix : 900 euros environ. Ma seule réserve concerne la graphie du nom du modèle sur le cadran – un peu grand, avec un O de travers inutile.


neo-meistersinger.jpg

 

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Un sourire pour conclure. Il nous vient d’où je n’aurais jamais cru qu’il puisse un jour nous venir : d’une publicité The Kooples (… marque française, je le signale – mais Les Couples aurait sans doute fait un peu trop magazine sponsorisé par Dodo la Saumure). L'air invariablement rogue de leurs mannequins amateurs (3) nous est devenu familier. Bruce, sur la photo ci-dessous, ne déroge pas à la règle. Sa compagne « depuis dix-huit ans » Katrina, en revanche, sourit ! Un sourire de Joconde, certes, mais - ne faisons pas la fine bouche ! - un sourire tout de même.


kooples.jpg

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1. L'Express, supplémént sur le luxe.
2. L'Express Styles, 20/06/2012.
3. Amateurs, vraiment ?

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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