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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 06:56

 

paul-albert-laurens.jpgPaul Albert Laurens, peintre (1870-1934)

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 07:08

C’est fou tout ce que l’homme moderne a pu inventer pour mal s’habiller. Ayant jeté règles et codes par-dessus bord, il n’a plus que son goût pour lui servir de boussole. Mais son goût n’est pas très sûr (litote !) et les naufrages sont fréquents.

Chaque semaine, depuis plus d’un an, pour « M », le magazine du Monde, Marc Beaugé traque ce qu’il appelle « les tics vestimentaires modernes » qui sont « de véritables insultes à l’élégance ». Le titre de sa chronique : « Est-ce bien raisonnable ? » Chacune de ses exécutions capitales s’accompagne d’une illustration signée Bob London.

Nos deux compères ont eu l’excellente idée de regrouper dans un livre une cinquantaine de leurs chroniques et illustrations. Cela s’appelle : De l’art de mal s’habiller sans le savoir. C’est publié par les éditions Hoëbeke. Cela coûte 19,90 euros.

Les textes sont méthodiques, argumentés, concrets, humoristiques – en un mot, imparables. Les dessins sont accrocheurs et parfois féroces - il n'est qu'à voir celui de la couverture :  


marc-beauge-livre.jpg

 

Chapeau, Bob !

Les thèmes traités ne peuvent que réjouir Le Chouan. Jugez plutôt : « Est-ce bien raisonnable de porter un débardeur en public ? des tongs à la ville ? un pantacourt ? sa cravate desserrée ? Est-ce bien raisonnable de porter des baskets avec son costume ? une cravate ultra-fine ? » - etc.

Dans sa préface, Marc Beaugé prend soin de préciser que la faute de goût « prospère dans le conservatisme comme dans l’extravagance. » Soit. Mais pas dans les mêmes proportions ! Je soupçonne d’ailleurs Marc Beaugé d’en avoir pleinement conscience. 

Pour tout dire (… mais à voix basse, car je ne voudrais pas lui nuire), je le soupçonne même de bien pire - d’être un classique honteux ! Classique, oui : ses multiples mises en garde peuvent se lire comme un éloge, en creux, du bon sens et de la tradition.

Mais... est-ce bien raisonnable de se dire classique quand on est, comme Marc Beaugé, un « ex » de GQ et des Inrocks ?

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 06:45

 

le-monde-mode.jpg

 

Si j’en juge à partir du récent « Supplément mode du Monde » (28/09/12), la mode masculine est en passe de devenir hermétique à quiconque ignore les arcanes du langage de l’explication littéraire. Il n’y est question, à longueur de colonnes, que de « vocabulaire et grammaire de la mode », de « discours », de « lexique », de « contresens », de « dialecte », de « distanciation », de « polysémie », de « sous-entendus », de « sous-texte », de « premier degré », de « registre de langue »

De journalistes aussi savants, au moins serait-on en droit d’attendre un usage parfait de la langue. Certaines phrases sèment le doute – au point qu’on se demande si le service de relecture du Monde est aussi exigeant avec les articles sur la mode qu’avec ceux qui traitent de sujets plus sérieux. Par exemple : « Au regard de la vague néoclassique qui donne de sages apparences à la mode masculine de l’hiver, les accessoires viennent assouplir les codes d’une garde-robe sous contrôle. » Ou encore : « Ce retour aux fondamentaux de la garde-robe masculine fait avant tout figure de bonne nouvelle. »…

Voilà pour la forme. Qu’en est-il du fond ? J’y ai appris qu’un modèle d’homme serait né – l’Homo estheticus. Emilie Constant, directrice du cabinet de conseil Tendancesociale.com, explique : « Aujourd’hui il existe des masculinités plurielles, cette identité prend l’apparence d’un " grouillement vital " : le schéma archaïque a fusionné avec une nouvelle énergie. Dans un mélange de genres, d’époques, de styles, on assiste à la naissance de l’Homo estheticus, qui succède à l’Homo oeconomicus. »

Peut-on être plus clair ?

L’Homo estheticus raffole, nous dit Le Monde, d’une figure de style que, volontairement, je n’ai pas encore citée : l’ « ironie ». Mais, ce faisant, ne se contente-t-il pas de reprendre à son compte la figure centrale de la langue de bois du bobo ? Encore un peu, et cet Homo estheticus me fera perdre mon latin… Une chose en tout cas est certaine, c’est que l’ironie de l’un n’est pas plus méchante que celle de l’autre ; ce n’est pas elle qui, telle celle d’un Voltaire, fera trembler la société sur ses bases. Prenez cet exemple, extrait de l’article : « Un adolescent rebelle en cravate ( …) s’approprie l’un des codes vestimentaires des hommes de pouvoir pour se moquer d’eux, pour les provoquer, le sous-texte est le suivant : " Moi aussi, je peux me mettre cet objet autour du cou et je me moque de la position sociale, voire morale. " »

Avec des Ado estheticus rebelles de cet acabit, les patrons du Cac 40 peuvent dormir sur leurs deux oreilles…

Une caractéristique essentielle de l’Homo estheticus serait sa virtuosité à « réinterpréter les classiques », à « s’inventer un nouveau vestiaire »  (il lui serait venu à l’idée d’en inventer un ancien, sûr que c’eût été autrement inédit !) C’est, je cite encore Le Monde, « un être complexe, raffiné et stylistiquement éduqué. »

L’Homo estheticus existe peut-être mais je ne l’ai pas rencontré. Dans la rue, je ne vois que des hommes en baskets, et pas en souliers ; en tee-shirt, et pas en chemise ; en blouson, et pas en manteau.

Mais j’habite la province…

Un jour prochain, je débarquerai à Paris. J’arpenterai les rues une lampe torche dans une main et, dans l’autre, mon « Supplément Mode du Monde ». A ceux qui me demanderont ce que je fais ainsi, je répondrai, tel un nouveau Diogène :

- Je cherche un Homo estheticus !

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 06:55

theo-v-rysselberghe-auto-gi.jpg

 

Cet autoportrait de Théo van Rysselberghe me plaît bien. Et à plus d'un titre : pour des raisons picturales, qui n'ont pas lieu d'être évoquées ici, et aussi pour des raisons vestimentaires.

Ce qui me retient, c'est ce gilet vert (le titre le mentionne : « Autoportrait au gilet vert ») qui se marie harmonieusement avec l'aubergine de la veste. Prenons garde toutefois à la transformation que le scanner fait subir aux couleurs : l'aubergine est peut-être un marron, ce qui, d'ailleurs. serait encore plus heureux.

Le gilet de couleur : voilà une pièce qui mériterait d'être redécouverte. Encore faut-il que la texture du gilet soit compatible avec celle de la veste. Le tissu de celle-ci ne devra jamais être plus fin que celui du gilet. La combinaison la plus réussie consiste à additionner des matières assez épaisses : veste coupée dans un tweed opulent + gilet de velours par exemple.

Tel est le cas sur ce cliché représentant Tolkien et paru dans un récent Monde des livres.


tolkien-rouge.jpg

 

Il faut aussi faire très attention au choix de la couleur : pas de couleurs trop vives - mais des couleurs riches et comme amorties.

Bizarrement, sur d'autres reproductions de ce cliché, le gilet de Tolkien est... vert.
 

 tolkien-vert-copie-1.jpg

 

Ce n'est pas la seule étrangeté concernant cette photo : pour Le Monde, elle daterait des années soixante mais pour Wikipédia, elle aurait été prise en 1973, peu avant le décès de Tolkien. Celui-ci serait appuyé contre « le tronc d'un pin noir du jardin botanique de l'université d'Oxford qu'il aimait particulièrement » (Quoi ? l'université d'Oxford ? son jardin botanique ? le pin noir ?...)

Je reviens à mon gilet de couleur. Si vous voulez vous en procurer un, il vous faudra recourir aux services d'un tailleur. Ce genre de produit absolument démodé est introuvable en PAP; et si, par miracle, vous en dénichiez un qui vous plaise, il risquerait tout de même de ne pas vous aller. Tous les tailleurs vous le diront, le gilet est un vêtement beaucoup plus complexe à réaliser qu'il n'y paraît. Touchant au corps, il ne souffre aucune approximation. Le sur mesure est une quasi nécessité.

Le cardigan peut toutefois offrir une alternative pratique et moins onéreuse. On en trouve de toutes les couleurs. Lors de l’achat, privilégier un boutonnage haut ; veiller à ce que le col ne baille pas ; choisir un modèle assez court, à porter, le dernier bouton ouvert, sur un pantalon à taille haute afin de ne rien laisser apparaître de la chemise.

… Je regarde mon article : Théo van Rysselberghe, Tolkien… Pour sûr, mes modèles sont moins rock and roll qu'Iggy Pop et Mick Jagger, ou moins sexy qu'un David Beckam tatouéMais qui cela peut-il bien gêner sinon ceux qui confondent élégance et mode ? Soit aucun d’entre vous.

Et puis, n'est-ce pas aussi pour mon côté suranné que vous m'aimez ? Hein ? Hein ?

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 06:51

S’il est un look (appelons ça comme ça) aux antipodes de l’élégance, c’est bien le look rock. Cuir, noir, tatouages, blousons, bagues, tee-shirt, jean, santiags… toute cette panoplie, déjà laide portée par un jeune homme, devient franchement grotesque sur une personne âgée.

Car les rockers aussi vieillissent. Les plus célèbres d’entre eux se sont presque tous embourgeoisés. Ils font fructifier au mieux leur fortune ; ils vivent retranchés dans des propriétés sécurisées ; ils font flamber, à l’occasion de « retours » savamment orchestrés, le montant de leurs cachets. Plus d’un million d’euros, par exemple, pour un concert de Bruce Springsteen.

Des bourgeois, certes, mais qui ne veulent surtout pas le paraître. A le voir, imaginerait-on Mick Jagger châtelain de Touraine ? Et pourtant…

Le rocker du troisième âge tient à son look. Impossible pour lui de renoncer à ce qui fait partie de son ADN – de sa rock n’ roll attitude. Mais, en n’évoluant pas, sa panoplie ne fait que mieux ressortir les outrages du temps. Et contre ceux-ci, rocker ou pas, il n’y a pas grand-chose à faire.

La teinture…


rod-stewart.jpg Rod Stewart

 

… la moumoute…

 

dick-rivers.jpgDick Rivers

 

… la chirurgie esthétique...


johnny-halliday.jpgJohnny Hallyday

 

... ne suffisent pas à sauver les apparences. 

Or, si la vieillesse est un drame pour la plupart d’entre nous, elle se transforme en tragédie dans le cas d’un rocker. Le rock, en effet, c’est l’exaltation de la jeunesse. Cette donnée est si importante qu’on peut se demander si un vrai rocker n’est pas un rocker mort jeune. Imagine-t-on Jim Morrison sexagénaire ? Son visage peu structuré aurait d’ailleurs presque sûrement mal vieilli.


jim-morrison.jpg

 

Si j’étais cynique, je paraphraserais ainsi l’adresse posthume de René Char à Arthur Rimbaud : « Tu as bien fait de mourir, Jim Morrison ! » Au vrai, une telle phrase ne saurait choquer un vrai rocker : la mort précoce fait partie des fantasmes du rock. En 1965, dans My generation, Roger Daltrey, l’ange blond des Who, proclamait : « J’espère mourir avant d’être vieux. »


roger-daltrey-jeune.jpg

 

Les dieux du rock ne l’ont pas entendu de cette oreille (… le rock plein les tympans, c’est entendu, ça rend sourd ). Voyez à quoi il ressemble aujourd’hui :

 

roger-daltrey.jpgUn faux air de Bill Clinton...

 

Le rock, c’est aussi le sexe. Chanter le sexe à vingt ans, ça passe, mais à soixante ou soixante-dix-ans, c’est – si j’ose dire – beaucoup plus dur… Voir aujourd’hui Johnny Halliday, monté sur hanches artificielles, remuer du pelvis comme Elvis en chantant « Que je t’aime » peut mettre mal à l’aise. Il y a dans cette chanson quelques vers (« Quand tes mains voudraient bien / Quand tes doigts n’osent pas / Quand ta pudeur dit non / D’une toute petite voix ») qui pourraient vite le faire passer pour un vieux dégoûtant. Surtout s’il lui prenait l’envie de les chanter les yeux dans les yeux d’une spectatrice dont l’âge ferait à peine la moitié de celui de Laeticia...

Le rock, c’est encore (peut-être) Satan. Toute une littérature a été consacrée à cette brûlante question. Je me souviens d’un livre qui, dans un certain milieu, avait fait grand bruit au début des années 80. Il était écrit par un prêtre québécois. On pouvait se le procurer dans toutes les librairies (bonnes, forcément) des monastères. La thèse défendue était que le rock faisait la promotion des drogues et du suicide, qu’il violait les consciences à l’aide de messages subliminaux et qu’il poursuivait un but : la glorification de Satan. On y apprenait, par exemple, que sous l’influence de la sorcière Marianne Faithfull, Mick Jagger s’était consacré au démon et que des chansons apparemment anodines (entre autres, « Hôtel California » des Eagles) dissimulaient en réalité de dangereux messages antichrétiens.

Ce livre, c’était un peu Durtal au pays du rock. Mais si le héros de Huysmans rencontre Dieu après avoir connu la tentation diabolique, notre pauvre prêtre québécois a fini, lui, par… se suicider ! Epilogue troublant qui aurait pu recevoir pour titre : « La vengeance de Satan ! »

Les rockers, créatures du diable ? S’ils l’étaient, leur Maître ne leur aurait-il pas confié le secret de la jeunesse éternelle ? Leurs nombreux excès, les vieux rockers les portent sur leur visage. Ce sont des Dorian Gray sans le portrait magique. Sur un pastiche moderne d’une cathédrale gothique, certaines têtes de vieux rockers feraient en tout cas des gargouilles très convaincantes :


mike-jagger.jpgMick Jagger


keith-richard.jpg Keith Richards
 

 iggy-pop-def.jpgIggy Pop

 

Les vieux rockers nous livrent à leur corps défendant une leçon d’élégance essentielle : l’élégance consiste à adapter sa mise à son âge – et non l’inverse.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 06:57

Marcel Dassault

 

Marcel Dassault avait un physique d’homme né vieux et trop tard. Petite moustache, grosses lunettes d’écaille, écharpe, costume trois pièces, toujours enveloppé dans des manteaux un peu trop grands, toujours chapeauté, il avait une allure surannée, désuète.


marcel-dassault.jpg


Ah ! son chapeau ! Une légende. Bernard Lanvin lui a consacré une page dans son Guide de l’élégance au masculin. Extraits : « (…) le crâne de Marcel Dassault mesurait 55 centimètres à peine. Pour le doyen des clients de Gélot, on avait réalisé un moule exclusif en bois. (Il) commandait invariablement le même modèle. (Il) convoquait son tailleur, mais faisait à son chapelier l’honneur de se déplacer. Il avait la passion des chapeaux légers, très souples, à bords étroits, et les choisissait le plus souvent gris ou beiges. (Il) réclamait un « réglé » (règle métallique) et vérifiait les proportions de son feutre neuf avec le même sérieux qu’il devait apporter à déterminer la largeur d’un fuselage. (…) Un des derniers appels du célèbre constructeur d’avions (il téléphonait de son lit d’hôpital) fut (…) pour Gélot. »

Lanvin ne dit pas si Marcel Dassault exigeait, quand il commandait un manteau, que les poches fussent taillées grandes afin  d’y glisser les liasses de billets que, durant les campagnes électorales, il distribuait généreusement.

Hergé s’est inspiré de lui pour créer le personnage de Carreidas dans Vol 714 pour Sydney. Pierre Assouline, biographe de Hergé, raconte : « (Carreidas) est une caricature du génial constructeur des Mirage et Mystère (…). Il lui a beaucoup emprunté : sa silhouette, son chapeau, son cache-col, son côté frileux… Mais autant la copie est pingre, autant l’original était prodigue. Les deux étaient probablement des éternueurs compulsifs. Horrifiés par la fumée du tabac, ils étaient pareillement obsédés par les microbes, au point d’éviter le serrement de main (1). »

Il utilisa son immense fortune pour réaliser certaines de ses lubies : création de Jours de France, un magazine consacré exclusivement à l’actualité heureuse, dans lequel il tenait lui-même la rubrique du « Café du commerce » ; production de films à l’happy end obligatoire.


marcel-dassault-jours-de-france.jpg


Bien sûr, il n’y a pas que les milliardaires à avoir des lubies. Mais, comparées aux leurs, les nôtres font mesquines !  

 

Albin Chalandon

 
Albin Chalandon vit toujours. Mais sa carrière politique est derrière lui. Plusieurs fois ministre, il se distinguait de ses collègues par une mise soignée, un tantinet précieuse. Il affectionnait la pochette de soie à motifs, qu’il assortissait plus ou moins à sa cravate, les chemises de couleur à col et poignets blancs, le « tab collar », les costumes à rayures banquier…


albin-chalandon.jpg

 

A propos de ses costumes : toujours bien coupés dans des matières somptueuses.

Il se singularisait aussi par une impassibilité que d’aucuns auraient tôt fait de qualifier de « dandy ». Mais un dandy fait-il de la politique ? Choisit-il d’être banquier ? Et grand patron ? Car Albin Chalandon fut tout cela : créateur, avec Marcel Dassault, de la Banque commerciale de Paris, puis dirigeant d’Elf-Aquitaine.

Pas orateur pour deux sous, il compensait par un humour froid, coupant.

Anglomanie manifeste !

Albin Chalandon a mal vieilli, comme il arrive souvent aux hommes restés trop longtemps sensibles au charme des jeunes femmes (2) (ça, diraient les mauvaises langues, ce n’est peut-être pas son côté le plus britannique…)

Il s’est d’abord teint les cheveux en brun, puis en roux et, pour finir, en  blond « Hortefeux ». On l’a vu aussi se vêtir tout en noir, à la manière d’un vieux rocker…


albin-chalandon-blond.jpg


« La vieillesse est un naufrage »
, disait de Gaulle. Ou plutôt Chateaubriand.
 

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1. Hergé, biographie, Pierre Assouline, Plon, 1996.
2. Il fut l'un des "découvreurs" de Rachida Dati.

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 07:00

Gaston Defferre

 
La figure paradoxale et encombrante du responsable socialiste millionnaire n’est pas inédite. Avant Fabius, DSK et quelques autres, il y eut Léon Blum et, plus près de nous, Gaston Defferre qui, trente-trois années durant, régna sur Marseille.

Le journaliste Pierre Viansson-Ponté évoqua dans un livre le « goût » de celui-ci « pour les plaisirs coûteux ». Aimant la mer, il s’offrit en 1961 un merveilleux jouet, le Palynodie II, qui  demeure une référence en matière de yachting. Gaston Defferre s’unit en troisièmes noces à Edmonde Charles-Roux, grande bourgeoise et admiratrice (lucide) de Coco Chanel.


gaston-defferre-bateau.jpgA la barre du Palynodie II

 

Je me souviens que dans les années 80, Paris-Match consacra une enquête au coût des tenues portées par nos hommes politiques. Gaston Defferre arriva en tête. Il faut dire que ses costumes trois pièces étaient fabriqués sur mesure par Lanvin. Protestant, Defferre cultivait une élégance discrète qui versait dans l'austérité ; manteau, costume, cravate : tout était sombre, hormis la chemise, d’un blanc immaculé.

Son feutre était sa signature. Dans son Guide de l’élégance au masculin, Bernard Lanvin raconte : « Même pendant la Résistance, où il s’annonçait sous un nom d’emprunt, l’organisateur du réseau Brutus n’a jamais cessé de rendre visite à Gélot. Est-ce en hommage à Léon Blum (…) qu’il avait choisi un tel couvre-chef ? Sans doute. Ce chapeau, pour les chapeliers, est d’ailleurs dit "à la Léon Blum" . »


gaston-defferre-mitterrand.jpgAvec François Mitterrand

 

Ainsi vêtu, Gaston Defferre avait quelque chose d’anachronique. Dans un film de truands, le maire de Marseille aurait été parfait, auprès d’un Gabin par exemple, dans le rôle de l’avocat bien mis mais corrompu jusqu’à la moelle.


gaston-defferre-telephone.jpg

 

Posé sur un coussin de velours rouge porté par un enfant, « le feutre de Gaston » suivit celui-ci jusqu’à sa dernière demeure. Jean-Victor Cordonnier, alors premier adjoint et maire de Marseille par intérim, finit ainsi son éloge funèbre : « Monsieur le maire, tu as décidé de faire une croisière en solitaire. En partant, tu as oublié ton chapeau. Tes amis te le gardent. » Une « sortie » digne de Pagnol !

 

Jacques Chaban-Delmas

 
Bien que de taille moyenne, Jacques Chaban-Delmas avait un physique qui plaisait aux femmes. A la fin de sa calamiteuse campagne présidentielle de 1974, s’étonnant de la dureté dont firent preuve ses adversaires à son endroit, il confia que la seule chose qu’on pouvait lui reprocher dans la vie était d’avoir fait quelques maris cocus (1)… Dans Paris brûle-t-il ? son rôle de jeune et intrépide général de brigade, héros de la Résistance, est tenu par Alain Delon. Ce choix du réalisateur René Clément ne le flatta pas plus que ça : il le trouva juste normal.


jacques-chaban-delmas-alain-delon.jpgAvec Alain Delon    

 

L’âge mûr lui alla bien. Son teint éternellement hâlé et sa crinière argentée lui donnaient des airs de Vittorio De Sica français. Il aurait pu faire du cinéma, d’ailleurs – mais au temps du muet… à cause de sa voix haut perchée.

Ancien champion de tennis et international de rugby, il prenait grand soin de sa forme physique. La légende disait qu’il montait les escaliers quatre par quatre. Vanité de coquet : il aima longtemps avouer son âge, tant il était certain de paraître beaucoup plus jeune. La maladie se chargea de remettre – si j’ose dire – les pendules à l’heure. Elle réduisit sa mobilité et finit par le rendre impotent. Quand le sort se pique d’ironie, il ne fait rire que lui. Face à l’adversité, Jacques Chaban-Delmas fit preuve d’un grand courage. Il s’effaça peu à peu, sans parler, sans prier, sans gémir.


jacques-chaban-delmas-les-compagnons.jpg

 

Jacques Chaban-Delmas fut fidèle à ses choix vestimentaires : costumes droits de couleur grise, chemises blanches ou, plus souvent, bleues à poignets mousquetaires, cravates unies bleu foncé ou, surtout, vertes, pochette rectangulaire blanche (2). Son éternel trench kaki, qu’il portait comme personne, témoignait d’une autre fidélité – celle qui le lia à la Résistance et au gaullisme.

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1. Pour l’anecdote, regardez ce « clip » de propagande électorale. En fin de campagne, les sondages annonçant sa défaite, Chaban crut malin de faire venir André Malraux. Il dira plus tard qu’à chaque fois que Malraux ouvrait la bouche, il voyait s’envoler des milliers de voix…
2. L’alliance costume gris, chemise bleue et cravate verte mérite d’être signalée. 

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 06:17

Une nouvelle rubrique qui se présente un peu comme le pendant positif de "Comment peut-on ?"

Il s'agit de proposer des clichés anciens (vintage !) présentant un intérêt vestimentaire. Clichés de personnages connus ou, mieux, d'anonymes.

N'hésitez pas à me soumettre vos trouvailles - photos de famille notamment.

 

gayne-de-meyer.jpgHomme portant un noeud papillon, Gayne de Meyer

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Publié par Le Chouan
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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 07:24

Année après année, le tatouage gagne du terrain. 10 % des Français auraient déjà succombé à cette vogue - à cette vague. Ce pourcentage est comparable à celui des Français d'origine étrangère. Mon rapprochement est moins gratuit qu'il n'y paraît : les tatoués ne constituent-ils pas, à leur manière, une minorité visible ? de plus en plus visible ? La situation n'est pas prête de s'inverser : préparons-nous à voir des flots de tatoués se déverser sur nos côtes dans les prochaines années !...

Pour un tatoué, la plage est un paradis. Son exhibitionnisme peut s'en donner à coeur - et à corps - joie. Cacher son monumental tattoo, qui a coûté si cher, ce serait aussi absurde que de ne jamais sortir son énorme 4X4 du garage. Parmi les estivants qui se promènent en slips sur les remblais ou dans les rues, la population tatouée est sur-représentée. Et quand le textile s'avère obligatoire, on le choisit en sorte qu'il laisse apparaître des bouts de tattoo : ici, c'est la queue d'un serpent qui dépasse d'une jambe de pantacourt; là, c'est l'aile d'un papillon qui s'échappe d'un décolleté.

Les tatouages se posent d'ailleurs de plus en plus souvent sur des morceaux d'épiderme qui, jusqu'alors, leur étaient interdits pour cause de trop grande visibilité : le dessus des mains, les cous, quand ce n'est pas le visage même...

On s'habille de moins en moins; on se muscle et on se tatoue de plus en plus.

« Sur la plage, la folie des tatouages » et « Tattoo pour être sexy » titrait récemment Paris Match (n° 3297). Isabelle Léouffre, auteur de l’article, écrit ceci : « Hier, c'était le signe de votre appartenance à un groupe : marin, prisonnier, motard.... Aujourd'hui, il reflète votre personnalité.» Le philosophe, Yves Michaud, convoqué par la journaliste, explique avec justesse : « La distinction entre vie publique et vie privée est remise en cause. L'intérieur s'affiche à l'extérieur et c'est une tendance lourde (1).»

Ainsi, le footballeur David Beckham a-t-il fait graver sur son dos les noms de ses enfants...


david-beckham.jpgDavid Beckham. Source : Paris Match   

 

… ou, naguère, Angelina Jolie, celui de son chéri, Billy Bob, histoire de bien montrer qu’elle l’avait dans la peau… Hélas ! L'inimaginable arriva : le couple rompit, et Angelina, par délicatesse envers le chéri suivant, fit effacer au laser l'encombrant tatouage.


angelina-jolie.jpg

 

L'article précise que la folie du tatouage touche tous les milieux. Mon expérience de la rue et de la plage me prouve le contraire. J'ai vu beaucoup de papas et de mamans de Jimmy et de Sandy tatoués - jamais ceux des Paul-Edouard ou des Marie-Victoire.

Quand Isabelle Léouffre affirme que le tatouage reflète la personnalité, elle ne fait que rapporter ce que disent les tatoués eux-mêmes. A lire leurs témoignages, j'ai plutôt le sentiment qu'il reflète un grand vide. Imagine-t-on, du reste, qu'une personnalité riche, étendue, puissante charge un tatouage le soin de la refléter ?

Que peut bien nous apprendre sur la personnalité du nageur Frédérick Bousquet les grandes ailes qui courent sur son bas-ventre ? Entre nous, de bien grandes ailes pour un petit oiseau…


 frederick-bousquet.jpgFrédérick Bousquet. Source : Paris Match

 

Pratique primitive, le tatouage peut aussi se révéler très primaire.

A preuve, les justifications pseudo philosophiques et mystiques avancées par les tatoués de Paris match. Extraits : « Uccio (…), masseur italien, a commencé avec les divinités, Anubis et Iris, car "elles détiennent les clés qui nous mènent vers une autre dimension." Veronica, une hippie espagnole de 33 ans, veut inscrire "la géométrie sacrée" sur son chakra du cœur. Le dos de Dominique, 54 ans, chirurgien esthétique, sert de support à la Madone sacrée. "A 8 ans, j’ai assisté à une procession de la Vierge à Lourdes et j’ai eu l’impression qu’elle me parlait." Morten, un Danois de 39 ans, qui joue au foot dans le sable avec Elvis, son fils de 5 ans, a fait écrire dans son dos un extrait du credo en latin, selon lui, "le plus important message du Christ." »


morten.jpgMorten et son fils Elvis. Source : Paris Match

 

Fasse le ciel que le papa d’Elvis, de confession protestante, n’apprenne jamais que le credo, prière catholique, n’est pas un message du Christ ! Son ange gardien, dont il s’est fait tatouer l’image sur le devant, aurait pu tout de même l’avertir de sa méprise et, ainsi, lui épargner, peut-être, de longues heures de souffrance !

Car, il faut le rappeler, se faire tatouer, ça fait mal. Curieusement, le tatouage réintroduit la valeur sacrificielle de la souffrance dans une société où tout se doit d’être doux et confortable. « A chaque séance d’environ quatre heures, je pleurais de douleur », dit Chloé, une galeriste belge de 40 ans. « Avoir mal, c’est savoir qu’on est vivant », proclame de son côté Dominique, le chirurgien esthétique précité.


olivier-et-chloe.jpgChloé et son mari. Source : Paris Match

 

Ce sacrifice est toutefois vidé de toute dimension spirituelle : s’il faut souffrir, ce n’est plus pour expier ses péchés (le péché ? Kesako ?) mais, avant tout, pour attirer à soi les regards.

Une autre justification ressort des propos de nos tatoués : l’art. « Ma quête a été longue pour trouver le maître capable de créer une œuvre d’art haute couture, unique », dit Chloé. Sans être spécialiste, je ne peux que m’incliner devant la virtuosité dont témoignent certaines réalisations. Mais la virtuosité ne suffit pas à faire un artiste. Les motifs ressortissent presque toujours à une esthétique BD impersonnelle et froide. Il y a le cas, limite, du tout-tatoué qui, performeur à sa manière, fait en quelque sorte de son corps l’étendard de ses obsessions. Voyez Rick Genest, alias Zombie Boy, dont les tatouages font affleurer le squelette :


zombie-boy.jpgZombie Boy

 

Cas extrême, je le répète, trahissant une personnalité névrotique. Le résultat est troublant, dérangeant, et, je dois le dire, fascinant. Le choc ressenti n’est pas sans m’évoquer celui qu’on éprouve devant certaines productions de l’art dit des fous. Ou devant certaines vanités.

Le principe de l’intérieur affiché à l’extérieur trouve en tout cas ici une déclinaison originale … et ultime !

La mode du tatouage a quelque chose de paradoxal. Tin-tin, un célèbre tatoueur parisien, insiste à juste titre sur « le caractère permanent du tattoo. » « C’est pourquoi, ajoute-t-il, le tatouage est antinomique de la mode, qui est éphémère. » Certes, mais ce discours de bon sens est contredit par la réalité qui se présente tous les jours sous nos yeux. A chaque saison nouvelle ses nouveaux motifs. « Star d’hier, le dauphin est aujourd’hui le comble de la ringardise », dit Isabelle Léouffre. L’exotisme fait actuellement fureur : calligraphie chinoise, symboles maori, tigre du Bengale ou d’ailleurs… On est loin de la fonction originelle du tatouage qui consistait à distinguer les tribus. Si tel était le cas, on pourrait imaginer des motifs locaux : les Bretons se feraient tatouer un chapeau à ruban sur le bras, une bretonne en coiffe de leur pays sur le torse… Jugerait-on, alors, le tattoo aussi sexy ?

Gare aux suggestions de la mode, donc. L’aspirant tatoué doit aussi se souvenir qu’il va vieillir. Qu’il médite l’exemple de Bernadotte qui, devenu roi de Suède, dissimulait le « Mort aux rois ! » qu’il s’était fait tatouer sur le bras du temps que, soldat, il servait la République. A l’heure de la toilette, les grandes ailes façon Bousquet feront bien rire dans les maisons de retraite et les kitschissimes motifs girly auront l’air de quoi sur des peaux de centenaires ?


tatouage-girly.jpgTatouage à motif "girly". Source : Paris Match

 

Mais il y a fort à parier que d’ici là on aura trouvé un moyen moins douloureux et moins onéreux que le laser pour effacer les tatouages devenus indésirables. Le tatouage ne sera plus, alors, qu’une espèce de super décalcomanie…

Alors, Tattoo ou rien ? Pour vous, je ne sais pas, mais pour moi - sans façon -, ce sera rien (2).

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1. Lourde, en effet, et à l’œuvre partout. Voir, par exemple, les médecins, les avocats, les notaires… qui ornent de photographies de leurs proches leurs cabinets et études.
2. A voir...

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 06:42

Julien Scavini poursuit son chemin. Il vient de s’installer au 50, boulevard de La Tour-Maubourg, à Paris, dans le VIIe arrondissement. Son parcours ne mérite que des éloges : diplômé d’architecture, il se tourne vers le vêtement, suit une formation à l’AFT et passe avec succès son CAP de tailleur.

Très vite, il ouvre sa boutique, et propose une offre originale située à mi-chemin entre le tout industriel et le tout fait main. Les tissus (anglais) sont de qualité, la façon est soignée (pas de thermocollé), la ligne élégante et les prix encore abordables.


julien-scavini.jpgVeste de costume à carreaux discrets. Julien Scavini

 

Cette histoire est connue de tous ceux qui lisent régulièrement son excellent blog Stiff Collar – soit de la très grande majorité d’entre nous.

Le parcours de notre jeune ami a quelque chose d’exemplaire. Ses qualités sont nombreuses : il est talentueux, passionné, travailleur, ambitieux. Mais il possède une autre qualité qui, à mon avis, l’emporte sur toutes les autres tant il est rare de la voir accordée avec elles : la modestie. Question d’éducation, sans doute, et d’intelligence lucide.

La « Maison Scavini » : une affaire à suivre !

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Publié par Le Chouan - dans Tailleurs
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