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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 06:49

Il y a deux ans, Raphaëlle Bacqué s’est taillé un joli succès de librairie en publiant Le Dernier mort de Mitterrand, un petit livre consacré à François de Grossouvre qui, le 4 avril 1994, se suicida dans le bureau qu’il occupait au cœur de l’Elysée.


francois-de-grossouvre-costume.jpg

De François de Grossouvre, je ne savais rien, sinon qu’une certaine presse le surnommait François de Gros sous, que sa particule était d’acquisition récente et qu’il jouait auprès de François Mitterrand le rôle de conseiller de l’ombre. Son physique suranné avait retenu mon attention – plus que ses tenues, d’ailleurs, que Raphaëlle Bacqué évoque à plusieurs reprises : « Il est le seul conseiller du président dont les tenues alimentent chaque jour une chronique de mode masculine très nourrie. En demi-saison, il porte un imperméable de cuir noir très années 40 un peu inquiétant. En hiver, le voilà en cape de laine et cachemire. Ses costumes, le plus souvent croisés, sont toujours parfaitement coupés. Les cravates d’un goût exquis. Les pull-overs, lorsqu’il en porte, sont assortis aux chaussettes. Et ses chapeaux ! Il en possède une collection impressionnante. Des feutres et des casquettes, comme le président, avec lequel il va souvent chez Motsch (…), mais aussi des couvre-chefs plus audacieux. Une toque de fourrure, une chapka de loup et, en été, un charmant canotier qui ravit les huissiers qui n’en avaient pas revu depuis Maurice Chevalier. » Ailleurs : « Ses tenues de chasse, vestes de tweed amples à empiècement de cuir de chez Gotti et pantalons de peau, sont une merveille de recherche et de raffinement. »

Les photos disponibles de Grossouvre sont malheureusement peu nombreuses. On aimerait juger sur pièces, notamment de la diversité des couvre-chefs. J’ai tout de même dégotté ce cliché qui montre, auprès d’un François Mitterrand chapeauté, un Grossouvre sanglé dans ce fameux trench de cuir noir, en effet un peu inquiétant :


francois-de-grossouvre-et-mitterrand.jpg

Les costumes sont bien coupés, près du corps et fermés bas, mais ils n’atteignent pas à l’intemporalité que j’admire. Quant à la barbe, Raphaëlle Bacqué dit qu’elle donne à Grossouvre un côté Ancien Régime et le fait ressembler au duc de Guise. Va pour cette référence historique, mais une autre, littéraire, m’apparaît plus probante. François de Grossouvre me fait irrésistiblement penser à l’écrivain Huysmans : même calvitie, même étroitesse du visage, même regard fixe et mélancolique. Je crois même fort probable que la figure de l’écrivain l’inspira pour composer sa propre physionomie. Je le pense d’autant plus volontiers que j’ai entendu ou lu quelque part que Huysmans était son écrivain préféré. 


huysmans.jpg 

francois-de-grossouvre-huys.jpg

 

« Il a, dit Bacqué, ce style vieille France dont sont dépourvus les jeunes gens chevelus qui entourent Mitterrand. » Un homme se révèle par ses haines autant que par ses amours et les haines de Grossouvre me rendent le personnage sympathique. Il déteste la vulgarité de Roger-Patrice Pelat, l’ami intime de Mitterrand, le mépris de Pierre Joxe, la grossièreté de Michel Charasse, qu’il traite de « porc » ; il juge « ignoble » Jean-Christophe Mitterrand et Bernard Tapie le dégoûte.

Qui se ressemble s’assemble. L’ambiguïté fut la marque de François Mitterrand, dont Raphaëlle Bacqué signale à juste titre « le regard louche du manipulateur ». L’ami Pelat était un ancien commis boucher qui sut faire fructifier son capital Résistance et devint un richissime homme d’affaires peu regardant sur la morale. François de Grossouvre avait une personnalité paradoxale. Proche de Vichy puis résistant ; ancien de l’Action française puis soutien financier de la gauche ; franc-maçon et catholique ; serviteur à sa façon de la république et assistant tous les 21 janvier à la messe célébrée pour la mort de Louis XVI.

Notre président actuel aime à s’entourer d’hommes d’un autre métal – Alain Carignon et Patrick Balkany par exemple. Des personnages sans doute moins romanesques que les amis de Mitterrand et auprès de qui le trench de cuir noir de Grossouvre a presque l’air rassurant.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 06:46

 

claude-allgre-def-def.jpgClaude Allègre. Photo : E. Feberberg

 

Le réchauffement climatique ? Un temps de chien, oui. A pas mettre un mammouth dehors.

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 07:03

Il y a les parodistes. Leur posture est à la mode. On se souvient de l’ironie que requerrait, selon la journaliste Elvira Masson, la redécouverte par « les néo-minet(te)s » du Barbour. Comme en écho à cette recommandation, voici ce que Gonzague Dupleix répondait à la question : « Comment porter un classique à la cool (sic) ? » dans une Style académie de GQ : « A contre-emploi. Déjà, au printemps vous aviez noté que la veste de chasse avait plus d’allure sur un mec (re-sic) un peu rock que sur une grenouille de bénitier. Cet été, les pièces que vous considérerez vous-même comme en voie de réhabilitation, adoptez-les avec une distance décontractée : jean usé, paire de tennis, polo. On écorne ainsi la symbolique sociale d’un vêtement à qui on offre une deuxième chance (1). » L’entreprise est faussement risquée puisque la plupart des classiques qu’on est censé détourner (Barbour, veste matelassée, blazer, chino…) ont une personnalité esthétique qui se suffit à elle-même. Certains qui se les accaparent réussissent néanmoins le prodige de verser dans le grotesque.


les-inrocks-parodie-def.jpg"La tendance s'amuse des codes de la bourgeoisie", Les Inrocks, n°775. Photo E. Rancurel

 

Le vrai défi consisterait à parodier le beauf en tentant d’échapper soi-même au ridicule. En gros, à s’habiller en Deschiens sans avoir l’air d’en être un. Courageux mais pas téméraire, je laisse à d’autres le soin de le relever.

Le cas de l’autoparodiste mérite d’être mentionné. Poussé par l’envie irrépressible de se faire remarquer, il tire la reproduction de son style vers la franche caricature. Jean-Pierre Coffe et Serge Moati en sont de criantes – et criardes – illustrations. Reconnaissons-leur au moins une qualité : l’autodérision, dont ils font, hélas ! un mauvais usage.


jean-pierre-coffe-auto.jpg


serge-moati-arnys-def.jpg

 

Passons sur le cas des parodistes involontaires, qui font rire à leur dépens ; « Oh ! pardon ! Je croyais que c’était de l’humour ! »

Il y a les pasticheurs – ceux qui s’habillent « à la manière de… » Un bourgeois, par exemple, va s’habiller en bourgeois. Cela va de soi tant le conformisme est, pour un bourgeois, une seconde nature. Par définition, le bourgeois est satisfait. Satisfait d’être bourgeois ! Les snobs, qui l’imitent sans posséder son aisance, le confortent dans sa satisfaction. Il est la référence : lui est, lui sait, lui peut.

Le pastiche peut avoir une justification moins sociale qu’esthétique : on s’approprie un style qu’on juge beau ou fait pour soi. Ainsi Edouard Balladur du style anglais.

Chez les plus jeunes, la justification est plutôt d’ordre psychologique : la conformité à un style – conséquence, souvent, de l’admiration pour une vedette – n’est qu’une étape dans la formation de sa personnalité.

Le parodiste m’agace quand son jeu lui sert visiblement de prétexte à faire le beau (… et souvent, au vrai, le laid !) « Jouez-la ceci, jouez-la cela… » nous exhortent les magazines… et les fashion victim qui arpentent nos rues de se la jouer, en effet… Le pasticheur ne m’intéresse pas davantage quand il reproduit servilement – quand il vole et, pour ainsi dire, plagie. Tout autre est la démarche du pasticheur qui imite pour comprendre, procédant alors, pour paraphraser Proust, à « une critique vestimentaire en action ». Je parierais volontiers qu’avant de trouver leur style propre, Bruce Boyer et Michael Alden ont beaucoup pastiché Fred Astaire. L’hommage au modèle s’est peu à peu transformé en quelque chose de plus personnel. L’influence est encore là, mais elle est comme intériorisée, surmontée – sinon transcendée.


bruce-boyer-noir-et-blanc.jpgBruce Boyer    

 

Admettons, enfin, que la frontière qui sépare la parodie du pastiche est parfois ténue. Tous autant que nous sommes, ne sommes-nous pas, à des degrés divers, des parodistes involontaires ou des pasticheurs plus ou moins talentueux et assumés (2) ?

__________________________________________________________________________________ 
1. GQ, numéro de juin 2011.
2. A propos, dans quelle catégorie placeriez-vous Marc Guyot ?

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 20:11

 

 gary-cooper-cannes.jpgPhoto Edward Quinn

 

 

Je cherche un partenaire
Plutôt beau, pas ringard, 
Un peu Gary Cooper
En moins mort, en moins star…

Je cherche un partenaire
Un mec qui ait la classe
Je cherche un partenaire
Gary Cooper »

                                  Patty Layne

 

Suite au commentaire n° 7 d’"A bribes abattues"…

Merci à Franck et à Romain de m’avoir envoyé ce cliché ! 

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 06:29

Lu, dans L’Express Styles du 1 au 7 février 2012 (et non 2011 comme indiqué sur la couverture : un magazine de mode qui s’annonce avec un an de retard, c’est le comble !) : « Le costume croisé (…) reprend du service (…). La nouveauté, c’est que le double boutonnage s’invite aussi sur d’autres pièces du vestiaire, notamment le caban (Dior Homme, Gucci, Kenzo ou Paul Smith) ». Quoi ! Un caban à double boutonnage ? Pour une nouveauté, ça, c’est une nouveauté ! Parole de Breton !

Lu, au même endroit, p. 10, à propos du livre de Jean-Jacques Picart (Des Vies et des modes, Carnet de souvenirs), cette leçon de mode du créateur Dries Van Noten : « Je ne reconduis jamais un modèle qui s’est bien vendu. » Un principe de mode, pour sûr - et une aberration.


 jean-jacques-picart.jpgJean-Jacques Picart

 

Le même Jean-Jacques Picart a eu droit à son portrait dans Le Monde (supplément M daté du 11 février 2012). On y apprend, sous la plume de Samuel Loutaty, qu’interrogé sur le retour du manteau, Picart expliqua doctement que « dans les périodes d’anxiété, de doute, les manteaux donnent un sentiment de protection. » La pensée surgelée à la mode Picart ! Comme le dit Loutaty : « Pour la fulgurance, on repassera »…

Le manteau, justement. La période de grand froid que nous avons connue m’a fait ressortir mon vénérable Burberry en Irish tweed (36 ans d’âge). La curiosité m’a poussé à visiter le site de la marque pour savoir quels manteaux on y présentait. Une catastrophe !


manteau-burberry.jpgManteau Burberry

 

Qui de tels produits peuvent-ils séduire ?  Immettables aujourd’hui. Alors, dans 36 ans…

J'entends d'ici la critique : « Vous succombez à la nostalgie, le Chouan. » Quand le présent vaut le passé, la nostalgie peut-être douce. On se retourne et l'on adresse un regard de tendresse à celui qu'on a été. Mais quand le présent déçoit, la nostalgie n'est que douleur - la conséquence d'un manque. On ne choisit pas d'être malheureux (enfin, pas moi) ; le malheur s'impose à soi et il faut bien faire avec. Comment peut-on échapper à la nostalgie aujourd'hui ? Je ne vois qu'un moyen : en oubliant le passé.

... Oublier le passé ? Plutôt souffrir !

Deux agacements pour finir :

- La persistance de la mode « veste rase-pet ». La règle, qui rejoint le bon sens, veut qu’une veste dissimule les fesses. Quand la mode aura changé, ces vestes apparaîtront pour ce qu’elles sont : des monstruosités immettables.


costume-pal-zileri.jpgCostume Pal Zileri, coll. printemps-été 2012

 

Les mannequins sont photographiés de face ; s’ils l’étaient aussi de dos, l’incongruité du trop court sauterait aux yeux – on peut du moins l’espérer. Principe d'élégance (et un principe d'élégance vaut bien dix principes de mode) : avant de sortir, ne jamais oublier de se regarder de dos dans son miroir.

- Le gimmick élitaire des gants glissés dans la poche poitrine du manteau. Le père Grandet plaçait bien les siens sur son chapeau ! Mais c’était par souci d’économie. A lire certains blogs, ce détail constituerait le summum de l’élégance par temps froid. J’en connais qui préfèrent avoir les mains abîmées plutôt que de toucher à la paire de gants qui décore leur poitrine. Même l'excellent Michael Alden s’y est mis !


lino-leluzzi.jpgL'inénarrable Lino Ieluzzi. Crédit : Scott Schuman

 

Allons, allons, les gants ne sont jamais aussi élégants – car ils finissent alors la silhouette – qu’enfilés à nos mains. Terriblement banal et basique, je sais. 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 06:04

Beaucoup d’hommes politiques de premier plan portent des costumes aux épaules surdimensionnées. Pourquoi ? Ma réponse pourra sembler simpliste – je la crois pourtant juste : parce qu’ils pensent que cet artifice va leur donner la carrure de la fonction – la carrure présidentielle.

Largeur d’épaules = pouvoir, force, autorité : la symbolique est primaire, donc apte à parler, pense-t-on, aux Français d'en-bas ou du sous-sol. 

Le modèle, c’est de Gaulle.


de-gaulle-carrure.jpg

 

Dans son cas, le recours à un imposant padding trouvait de multiples justifications : étroitesse des épaules, taille démesurée, longueur du visage… et protubérance ventrale. Ce moyen permettait à son tailleur d’introduire l’équilibre qui manquait à ce physique hors norme. Et puis, ça tombait bien, la mode d’alors était à la silhouette en V.

Depuis, on a vu Jacques Chirac enfiler le costume de son illustre prédécesseur. Mon propos fait formule, mais je dois le nuancer : les costumes du général étaient croisés (pour casser la taille et dissimuler autant que faire se pouvait cette fichue protubérance ventrale…) ; ceux de Jacques Chirac étaient presque toujours droits. Chez de Gaulle, la naissance du padding était indiscernable ; chez Chirac, les extrémités des épaules s’écroulaient, comme dans le cas d’une veste reposant sur un cintre trop étroit pour elle :


jacques-chirac-carrure-copie-1.jpg

 

Nos hommes politiques tentent de nous faire croire qu’ils ont la carrure de l’emploi. A les voir, on dirait surtout qu’ils nagent dans un costume qui n’est pas fait pour eux.

Prenez Laurent Fabius, Alain Juppé, Dominique de VillepinJean-François Copé… Ne demandez pas à ces quatre-là si, pour employer une formule devenue fameuse, ils y pensent en se rasant ; regardez simplement leurs épaules : leur carrure parle pour eux.


alain-juppe-carrure.jpgAlain Juppé
 

  dominique-de-villepin-carrure.jpg Dominique de Villepin

 

jean-francois-cope.jpg Jean-François Copé

 

Le cas Fabius est éloquent : la largeur affichée de ses épaules a suivi la courbe de ses ambitions. Epaules d’abord à leur place et puis voulant se faire plus larges que celles d’un déménageur :


laurent-fabius-jeune-carrure.jpg


laurent-fabius-carrure-def.jpg

 

Un corps flasque enveloppé d’un vêtement trop grand paraîtra plus flasque encore (cas Fabius) ; un corps tonique pareillement recouvert perdra, à l’œil, de sa tonicité (cas Villepin). Car le dynamisme d’une épaule tient moins à sa largeur qu’à sa netteté.

Nicolas Sarkozy offre un autre cas intéressant. Candidat, il nous avait promis d'être le président de la rupture. Pour ça, il a tenu parole ! Des ruptures, il nous en a fait voir - et de toutes les couleurs ! Rupture avec la solennité de sa fonction ("cass'-toi, pôv'con"); rupture avec pas mal de principes chers à sa famille politique d'origine; rupture avec Cécilia; rupture avec lui-même ("J'ai changé")...

Sa prochaine rupture ? Celle, peut-être, avec le peuple français...

Son apparence aussi a montré une rupture : avant, quand  "il y pensait" (...et pas seulement en se rasant), il affichait des épaules trop larges. Mais, depuis qu'il est président, ses épaules sont à leur place.

... Ses épaules, oui. Mais lui ?


nicolas-sarkozy-epaules.jpg

 

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 06:06

Fin des années 60, au Congo Brazzaville. Des jeunes gens se distinguent en portant les vêtements les plus luxueux possibles. Ce mouvement, d’abord appelé Lutte, va prendre le nom de Sape. Sape : acronyme de la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes. Les adeptes sont les sapeurs ou sapelogues. Leur spécialité : la sapelogie.
 

sapeur.jpgSapeurs en action

 

L’histoire de ce mouvement confine à la légende. Tant mieux pour le poète. Tant pis pour l’historien. « L’homme blanc a peut-être inventé la mode, mais nous, nous en avons fait un art », a dit le musicien congolais King Kester Emeneya qui, avec Papa Wemba, contribua dans les années 70 à la popularité du mouvement. On aurait tort de réduire la sape à un vulgaire folklore. Ou, si folklore il y a, c’est au sens étymologique de science des peuples.

Pour l’apprenti sapeur, le vêtement est initiation. Quête. Le luxe est ailleurs – loin de Brazzaville. Il est à Bruxelles et, surtout, à Paris. Paris : le sapeur possède d’abord la ville en rêve. Il se renseigne sur ses quartiers, apprend les bonnes adresses. Et puis, c’est le départ. Il devient un Aventurier. A Paris, il fait sa Gamme – entendez qu’il réunit les vêtements avec lesquels il accomplira sa Descente, c’est-à-dire son retour à Brazzaville. Alors, sacré Parisien, il connaîtra la Proclamation. Il s’exhibera dans des Défis – des défilés. Il sera acclamé, célébré, chanté.

Parfois, bien sûr, la réalité casse le rêve. L’Eldorado parisien peut se transformer en enfer. Parfois encore, l’Aventurier ne va pas plus loin que l’aéroport. Cas dit du Parisien refoulé. De retour au pays, il se promènera avec le papier attestant son refoulement mais prouvant qu’il a tout de même tenté l’aventure. De la sorte, il jouira un temps d’une certaine estime.

Cette initiation touche au religieux. Papa Wemba est surnommé le Pape des sapeurs. Certains sapeurs ont droit à des titres honorifiques comme Archevêque ou Grand Commandeur. Le sapelogue a sa prière et ses commandements – le premier étant : « Tu saperas avec les hommes et avec Dieu après la mort. » Le vêtement est un peu appréhendé comme un fétiche. L’objet a une âme.

Par l’objet, le sapeur se construit. Il prend son destin en main. Sans doute n’est-il pas exagéré de dire que pour le sapeur - comme pour le dandy selon Barbey - « paraître, c’est être ». Construction d’une identité personnelle, donc, et construction d’une identité nationale et citoyenne. La sape peut être vue comme une forme de revanche à l’égard de l’Occident, ancien colonisateur, et de résistance vis-à-vis des autorités congolaises. Le sapeur s’habille mieux que le blanc et mieux que ses gouvernants : à eux l’argent, mais à lui la classe !

Car la quête du sapeur est aussi – et peut-être même avant tout – d’ordre esthétique. Posséder la plus belle gamme ne suffit pas. Encore faut-il connaître l’art d’assortir harmonieusement les pièces d’une toilette. Cette délicate opération a pour nom le Réglage. Comment nouer sa cravate ? Comment ajuster la pochette ? Comment faire chanter les couleurs ? Comment porter le chapeau ?... Le diable se cache dans les détails – l’élégance aussi. Le geste sublime la mise. Le défi est chorégraphie. La Danse des griffes, par exemple, consiste à «  ouvrir largement (en tenant un revers du bout des doigts) la veste » ou à « tirer légèrement le pantalon à partir du genou pour montrer la griffe d’une paire de chaussettes ou de chaussures » (Daniel Gaudoulou, Entre Paris et Bacongo, 1984.)

Nos défilés de mode sont d’un autre genre. La présentation à Paris du prêt-à-porter homme automne-hiver 2012-2013 vient d’en donner une nouvelle illustration. Sur les podiums, des spectres anorexiques qui tirent la gueule. Pas – ou presque pas - de couleurs. Une recherche de l’originalité et de l’astuce plus que de l’esthétique.


berluti-vetement.jpgCollection Berluti

 

L’occidental est riche et sa mode est triste. Le sapeur congolais est pauvre, mais il a su faire de l’habillement une fête. A voir nos contemporains dans les rues, on comprend que se vêtir ne représente pour eux qu’une pesante nécessité. Bizarrement, la sape n’a pas inspiré les créateurs. « Pas encore », se console l’optimiste ! Il y eut bien Paul Smith et sa collection printemps-été 2010. Encore cette collection était-elle destinée aux femmes. Hormis cela, rien.

Les sapeurs ont beaucoup appris de nous. Le moment est peut-être venu de nous interroger sur ce que nous pouvons apprendre d’eux (1). 

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1. Un grand merci à Sébastien Le Gal, dont la documentation m'a beaucoup aidé à rédiger ce billet.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 06:02

Les campagnes publicitaires Opel me laissent sans voix.

Il y a ce spot pour la Zafira Tourer, qui baigne dans une atmosphère anxiogène : lumière crépusculaire, bande son lancinante, volée d’oiseaux hitchcockiens et, pour finir, voix off nous ordonnant en allemand de « vivre l’automobile » avec Opel… Moi, « ça me fait quelque chose », comme le disait Giscard quand il se rappelait le bruit des bottes allemandes sur le pavé de Paris en 40.

Il y a surtout cette publicité pour la Corsa qui ne vante la « deutsch qualität » que pour mieux fustiger, par sous-entendu lourdingue, la légèreté de nos voitures « bleu-blanc-rouge ».

Renault a riposté à cette quasi déclaration de guerre avec la meilleure arme qui soit : l’humour.

Penser que la supériorité allemande puisse être auprès de Français groggy par la crise, doutant d’eux-mêmes, un argument de vente – quelle erreur... quelle Kolossale erreur !

Les communicants politiques ne sont pas plus malins. Angela Merkel assisterait, dit-on, au premier meeting de campagne de Nicolas Sarkozy. Industrialisation allemande ; croissance allemande ; pouvoir d’achat allemand : voilà ce à quoi les Français identifieront sa présence.

Le couple franco-allemand n’a de sens que si les deux parties sont de force égale. Face à Angela, Nicolas ne fait pas le poids. Lui ne s’en rend peut-être pas compte, mais les Français, eux, le savent.

A qui reniflerait dans ces lignes des relents nauséabonds de germanophobie (pour reprendre la terminologie redondante à la mode), je répondrais ceci : j’aime beaucoup les publicités inventives et décalées de Volkswagen.

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 06:36

J’ai dit une autre fois tout le bien que je pensais de la revue Rétroviseur. Mois après mois, mon enthousiasme ne se dément pas : dossiers fouillés, iconographie soignée, textes bien écrits. J’apprécie particulièrement les éditos signés Didier Lainé. Celui qui ouvre le numéro de décembre 2011 m’a donné l’idée de ce premier billet consacré à l’automobile. Son sujet : la couleur de nos voitures.

Didier Lainé regrette à juste titre la mode du « tout métallisé », dont les années 70 marquent le début. A regarder autour de soi, il est clair que la peinture métallisée est quasiment devenue pour l’acheteur une option obligatoire ! Pourquoi un tel succès ? Parce que ce type de peinture est supposé moins fragile et plus facile à entretenir, et parce que, historiquement, il est connoté de luxe. Un luxe abordable et qu’on peut bien faire l’effort de s’offrir… surtout quand son voisin se l’est offert avant soi ! Une autre raison n’est pas à négliger : parce que les fabricants ne laissent pas vraiment le choix, les peintures « traditionnelles » étant, dans leurs nuanciers, réduites à la portion congrue.

Les couleurs franches ont déserté nos rues. Il est vrai que ce genre de teintes perd beaucoup de son charme à subir un traitement métal.


volvo-c30-orange.jpgVolvo C 30 orange flamme métallisé

 

Le constat vaut autant pour les voitures que pour les vêtements : la domination du gris et du noir est écrasante. Depuis quelques années, une nouvelle couleur essaie cependant de s’imposer dans notre paysage automobile : le blanc. Blanc, gris et noir : trois non-couleurs pour un triste drapeau !

Les Français, champions du monde du pessimisme et de la consommation de tranquillisants, s'habillent et roulent triste... Quoi de plus logique ?

Mais Didier Lainé refuse de succomber à la morosité. Il voit dans le succès des « coloris pimpants des nouvelles Fiat 500 » un motif d’espérer. Il aurait pu citer, pour réveiller le coq gaulois qui sommeille en chacun de nous, les couleurs tranchantes des DS 3. Je pense, notamment, à un jaune pétaradant pas banal qui n'est pas sans lointainement évoquer, surtout quand il s'accompagne d'un toit noir, la très ancienne 5 hp surnommée, à cause de sa couleur, « la petite citron »


fiat-500-rouge.jpgFiat 500



ds3-jaune.jpgDS 3, Citroën

 

citroen-type-c-5-hp.jpgCitroën 5HP

 

Cela dit, les Fiat 500 et les DS 3 que je rencontre s’éloignent rarement des trois non-couleurs évoquées plus haut…

Doit-on s’attendre à un retour des éclatantes couleurs seventies ? J’en doute. Autres temps, autres mœurs. Alors, les mannequins affichaient un grand sourire quand elles défilaient sur les podiums. Les chanteurs, dans d’improbables et criardes tenues de scène, nous faisaient consommer de joyeuses inepties en « tubes ». Georges Pompidou assurait que la France deviendrait sous peu la troisième puissance économique du monde.

Alors, nous n’avions pas oublié qu’il y a du bleu dans notre drapeau tricolore…


honda-z.jpgHonda Z. Une (vraie) petite citadine des années 70

 

Et puis, les couleurs vives ont tendance à faire « cheap »… Sauf, bien sûr, quand il s’agit du rouge Ferrari ou du jaune Lamborghini ! Acheter une voiture est assez ruineux. Alors s'il faut se ruiner pour, en plus, faire pauvre !… Les couleurs vives ont aussi la réputation de mal vieillir. Je pense au rouge, dont les pigments sont volatils… Rouler en Alfa rouge, c’est bien. Mais quand le rouge vire au vieux rose….

Ce que j’appelle de mes vœux, c’est, en revanche, le retour des « belles » couleurs. Je pense au bordeaux, au bleu marine ou au bleu nuit, au vert anglais…


jaguar-e-verte.jpgJaguar type E

 

Tenez, le vert anglais : ne siérait-il pas mieux à la Mini que l’horrible « vert racing » métallisé qui est au catalogue ?...  

Assez des voitures noires intérieur noir ! Quand l’understatement se fait l’ennemi de l’esthétique, moi, je me fais l’ennemi le plus acharné de l’understatement.

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 06:38

Un de mes lecteurs, Salim Cardine, m'a proposé ce texte. Je l'ai accepté volontiers : il m'a rappelé mon jeune temps, quand je chinais des cravates et des chemises. Je l'ai déjà dit : rien ne remplace la patine que donne le temps (cliquez ici et cliquez là). Tenez, aujourd'hui même, j'ai enroulé autour de mon cou un foulard en soie de mon grand-père (mort en 1962) et, pour avoir bien chaud, j'ai passé sur mon pull un blouson en Jersey Saint-Joseph de mon père (années 60). Maintenant, ce sont mes propres vêtements qui sont des antiquités : vestes et costumes taillés sur mesure au début des années 80; Church's de la même époque... Un jour, tout cela finira aux puces et fera le bonheur d'apprentis élégants qui ne sont  pas encore nés ! 


                                                     Five fingers - Second hand !

 

Les soldes font en ce moment fureur, mais il y a bien mieux que les soldes, même à 70 %. Avez-vous pensé à la fripe ? C’est facile, c’est pas cher et c’est toute l’année.

La fripe peut être datée (années 50 à 80) et même située (USA ; GB ; Italie ; France) par les épaules. Les prix sont normalement accessibles, voire ridicules. Seuls comptent l'oeil du chineur et la connaissance de l'histoire de la mode. Paradoxalement, un vêtement sur mesure n'est pas un gage d'intemporalité, sauf pour la chaussure. L'état du vêtement doit être vérifié. Certaines usures, trous de mites sont cependant acceptables car les beaux vêtements sont rares.

La marque doit toujours être regardée : elle aide à trier. Pour ceux qui aiment les tissus, il faut développer le sens du toucher: Le prince de Pigalle (rue Houdon) passe sa main sur une pile de costumes pour détecter une affaire. Les usines de recyclage ou chiffonniers acceptent de vendre aux fripiers avant de transformer les tas de fringues. La Croix Rouge revend comme chez Guerrisol à Paris. Les fripiers du Nord sont spécialisés dans les années 70. A Rouen - connu pour ses fripiers ou plutôt ses chiffonniers -, c'est un peu mieux (je le sais : j'y ai été étudiant !) mais j'imagine que le paradis, c’est l’Angleterre (vestes en tweed place Lobligeois aux Batignolles) et l’Italie.


cardine-cravates.jpgZegna nattée jaune et noire (puces Clignancourt); Turnbull & Asser (Ebay Angleterre); Kiton bleue (Guerrisol, Barbès, 1,5 € , état neuf); Talbott à motifs géométriques (Ebay USA) 

 

Si vous n'êtes pas un total néophyte, vous pourrez néanmoins faire de bonnes affaires en France car cela reste dans notre coutume de donner nos vêtements aux pauvres.

Quelques exemples ? Veste Namani caviar cachemire (peluche légèrement mais pas forcément mauvais signe) à 5€ ; veste prince de galles classique (black$white) Smalto boutique 5€ ; blazer croisé bleu marine avec un reste de décoration d'état, Old England de la belle Epoque (importé de GB) 1,5€ ; blazer Harrison impeccable Chicachic (Monsieur Barnes, moins chic avec son personnel) 1,5€ (remarquez ça ne vaut pas beaucoup plus).


cardine-blazer.jpgBlazer Old England, 1,5 euro

 

Les rois de la mode sont souvent d'anciens amateurs de fripes. Gérard Sené par exemple : un vrai gentleman.

Les fripes sont des vêtements anciens mais qui n'ont pas toujours été souvent portés. On trouve notamment de superbes manteaux (les manteaux s’usent peu) : manteaux croisés, épais, à chevrons bleus, gris foncé ou souris avec du vert ; double breasted à chevrons bleuté Savile Row en rayon pendant un an ; cachemires épais ; manteaux à motifs caviar en vigogne, rares, c’est vrai, mais pas chers ! Manteaux militaires…


cardine-manteau.jpgEpais manteau à chevrons ultra cintré, années 50 ou 60, tailleur cannois    

 

Comment ? Les trenchs en laine de la royale sont introuvables ? Faux !  L'adresse est plus haut. 

Alors jetez-moi votre Burberry brand new et trouvez-vous un Aquascutum avec une patine à la Bogart et un pantalon en agneau à 2€ à la JCVD !

Pour les chaussures, les lecteurs connaissent l'histoire du butler qui a la même pointure que son jeune maître pour casser ses pompes. Pas besoin ! Les Weston d'occase sont plus confortables que les Méphisto et moins diaboliques ! Voir aux puces entre 20 et 100€, à la cordonnerie Casters rue Championnet ou dans quelque dépot vente - par exemple, Réciproque (XVIe), Fabienne (XVIe aussi), Troc Homme (XVIIe : une super vendeuse et acheteuse; l'air de rien, un vrai talent). Evitez le D-V Courcelles, cher et très antipathique. Attention, bien regarder les pointures en largeur : une paire peut être confortable à l'essayage puis se révéler trop courte.


cardine-chaussures.jpgWeston noires années 70; mocassins Weston classiques rouges


cardine-derbies.jpgBrogues, brocante de rue à Paris, 10 euros    

 

Les vieux cuirs sont plus évidents à sélectionner que le bon vin. Et puis, c'est un exercice moins snob. 

Et, comme un chineur d'antiquités, ne regrettez surtout pas vos erreurs : la quête de la beauté est un état d'esprit !

 

                                                                                                        Salim Cardine

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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