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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 06:39

S'intéresser aux vêtements, quand on est un homme, paraît suspect. Préoccupation de femme, pensent beaucoup, ou superficialité pathétique. Un homme bien mis pourra, dans certaines circonstances, se sentir déplacé, voire honteux. Face à une personne financièrement démunie, par exemple, ou à une autorité intellectuelle ou spirituelle - craignant que celle-ci, le réduisant à son apparence, ne le prenne pas au sérieux. Certains se récrieront : « Mais qu'importe le jugement des autres ? » Ce point de vue ne me semble pas recevable car il fait fi du respect humain que toute vie en société exige. Moi, je voudrais plutôt amener l'autre à abandonner son préjugé. Le pari est osé quand on sait que, comme le disait Einstein, « il est plus difficile de désagréger un préjugé qu'un atome ».

N'est-on pas en droit d'espérer d'un artiste qu'il fasse preuve d'ouverture d'esprit ? Pourtant... J'ai le souvenir d'une émission de télévision durant laquelle le réalisateur Jean-Jacques Beneix  s'en était violemment pris à Frédéric Mitterrand au motif que celui-ci portait des chaussettes rouges, ce qui, pour Beneix, le disqualifiait pour parler des grands problèmes de notre temps. Le préjugé battait son plein ! En quoi, dites-moi, le soin qu'un homme porte à sa toilette lui interdirait-il d'être sensible aux injustices sociales ou de se poser des questions essentielles ? Je ne vois en cela aucune antinomie mais la simple juxtaposition d'intérêts d'ordres différents.

Balzac, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire furent des génies. Leurs oeuvres sondent les coeurs et fixent les abîmes. Cela ne les empêcha pas d’avoir été, tous trois, soucieux de leur image. L'élégance passionna tant le premier qu'il lui consacra un essai. Les deux autres écrivirent sur le dandysme des pages d'une pénétration inégalée. De grands romanciers ont dit la vie. Pas étonnant, alors, qu'ils aient prêté à la description physique et vestimentaire de leurs personnages une grande attention. Pour l'observateur exercé, rien n'est plus bavard que les apparences. Pas étonnant non plus que ces grands connaisseurs de la complexité du coeur humain aient soigné leur mise, certains - assez nombreux - cultivant même une réelle élégance. Plus étonnante, à mes yeux, est la négligence avec laquelle s'habillent nos romanciers contemporains.


henry-de-marsay-bertall-def.jpgUn dandy balzacien : Henry de Marsay, par Bertall


barbey-d-aurevilly-copie-2.jpgJules Barbey d'Aurevilly, par Emile Lévy


charles-baudelaire-nadar-copie-2.jpgCharles Baudelaire, par Nadar

 

Dans un passage de L'Homme sans qualités, Musil exprime magnifiquement comment, si nous voulons saisir l'âme des vêtements, nous devons cesser de les considérer comme de simples objets, nous incitant à basculer, en somme, du plan matériel au plan symbolique : « Les vêtements, retirés de la fluidité du présent et considérés en eux-mêmes, comme une forme dans leur monstrueuse existence sur la personne humaine, sont de bizarres fourreaux, d'étranges végétations, bien dignes de la compagnie d'un ornement nasal ou d'un anneau à travers les lèvres. Mais qu'ils deviennent fascinants quand on les considère dans l'ensemble des qualités qu'ils prêtent à leurs possesseurs ! Il se passe alors un phénomène aussi remarquable que lorsque dans un lacis de traits d'encre sur une feuille surgit la signification de quelques grandes paroles. »

Les consolations que nous offre la vie ne sont pas nombreuses. L'argent et la célébrité mis hors course pour cause de vulgarité, quels os nous reste-t-il à ronger ? L'amour ? Mais celle qui m'a juré un amour éternel hier va peut-être me quitter demain. La foi ? Encore faut-il que je l'aie et que je ne la perde pas.  La création ? Mais le génie est exceptionnel et l'inspiration tarissable. Et si la seule consolation qui vaille était la beauté ? « Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps », Baudelaire recommandait de s'enivrer. L'esthète s'enivre de musique, de peinture, de poésie... L'art est sa protection, son rempart. Ce qui le fait tenir debout. La recherche de l'élégance participe de cette entreprise d'embellissement permanent de la vie. Entreprise honorable, qui ne mérite ni dédain ni sarcasmes. Entreprise plus profonde, au fond, que bien d'autres qui ont pour elles les apparences trompeuses de l'utilité et du sérieux. 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 06:43

La tentation du narcissisme n’épargne pas grand monde. Notre société ultra-médiatisée l’encourage et, quand les défenses culturelles et morales sont fragiles, nombreux sont ceux qui y succombent. Ils y succombent sans mal. « Sans mal ? Mais qui parle ici de mal ? Fichez-nous donc la paix, le chouan, avec votre jansénisme d’un autre temps ! »

La propension de certains patrons à se donner en spectacle a de quoi faire sourire. A ma connaissance, le premier à avoir osé accompagner les publicités pour sa marque d’une photo de sa bobine fut le cosmétologue Yves Rocher. D’autres « têtes d’affiche » ont suivi. Je pense au lunetier Alain Afflelou (dont je ne suis pas fou) et au coiffeur Franck Provost (qui me console d’être chauve). Quand ces deux-là se prennent pour des acteurs dans leurs films TV, c’est moins le rire que la gêne qui envahit le spectateur. Cela ne les empêche pas de persévérer. Leur narcissisme les rend aveugles et sourds; il emporte tout sur son passage, jusqu’à la conscience de leur médiocrité.


alain-afflelou.jpgAlain Afflelou


franck-provost.jpgFranck Provost    

 

Le monde de la mode n’est pas épargné. Dans la dernière livraison de Monsieur (91), c’est, à la page 35, l’habilleur Brunello Cucinelli qui, au milieu de mannequins professionnels, s’exhibe. Les habitués des journaux de mode connaissent Henrique Enko, qui aime à se mettre en scène dans des ambiances baroques et kitsch. Mauvais goût des vêtements et mauvais goût des pubs : au moins, le fond et la forme sont-ils cette fois en accord !


brunello-cucinelli.jpgBrunello Cucinelli


Qu’il s’agisse, dans tous les cas cités, de marques éponymes me paraît moins une excuse qu’un élément aggravant.

Les grands couturiers ont ouvert la voie avec leur salut final par lequel ils ont pris l'habitude de « signer » chacun de leurs défilés. Les créateurs leur ont emboîté le pas. J’ai cru lire quelque part que même les frères Grimbert avaient fini par s’y mettre ! Le comble, c’est quand lesdits couturiers et créateurs font semblant d’être gênés de se retrouver ainsi dans la lumière. A ce jeu, Yves Saint Laurent était passé maître, avec ses sourires et ses tortillements de rosière.


yves-saint-laurent-saluant.jpg

 

Moi, janséniste ?... Parce que j'ai beaucoup de respect humain, que j’aime la modestie, l’ombre et le mystère ?...

Bah, il y a pire injure... 

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 07:05

 

christophe-lemaire.jpg

 

Les confidences des créateurs ont habituellement pour effet de m’agacer ou de me faire sourire. C’est vous dire ma surprise en découvrant dans L’Express Styles, supplément à L’Express n° 3140, les réponses intelligentes et personnelles faites par Christophe Lemaire, récemment nommé à la direction artistique de la maison Hermès, à un abécédaire en 10 mots. J’en rapporterai quatre, mis en gras. L’abécédaire : un genre d’article à la mode, qui nécessite pour le journaliste un minimum de travail. Voir aussi le succès des « dictionnaires amoureux », fondés sur le même principe. Pour le lecteur, un zapping qui peut être plaisant, mais un zapping tout de même.

Zappons…

Christophe Lemaire insiste à juste titre sur la nécessité de l’harmonie : « Il y a de nos jours, en Occident, une certaine réticence à rechercher l’harmonie, alors que c’est, à mes yeux, l’idée même du bonheur. Il faut bien sûr un peu de folie, de transgression, mais je suis avant tout dans une recherche de cohérence. » Ce souci de cohérence  explique ses choix : priorité à l’art de vivre : « c’est pour moi la chose essentielle » ; importance de la culture et, notamment, de la littérature : « Je pense que plus on lit de bons écrivains, plus on affine l’approche de son propre travail. Huysmans est l’un de mes auteurs préférés » ; intelligence du vêtement nourrie de sérieuses références : « Le vêtement doit être un choix culturel (…) La mode est une philosophie. Elle doit être belle et bonne, esthétique et éthique (…) Surtout pas des vêtements qui contraignent, pas des déguisements, des carapaces. S’habiller n’est pas une chose superficielle. C’est un acte profond, une expression de soi. »

L’Orient tente Lemaire. Il est sensible au taoïsme, « qui recherche l’équilibre en toute chose ». Son premier voyage au Japon, en 1995, « a été un véritable choc ». Grâce à lui, j’ai appris le mot « hiki », « qui signifie ce que l’on pourrait appeler notre « chic », mais c’est plus profond que ça. C’est une élégance naturelle, tout en retenue ». Suit un audacieux et intéressant parallèle entre le haïku (Basho) et le vêtement : « Le haïku (…) c’est une volonté de saisir de façon essentielle et minimale des instants fugitifs, la poésie des choses qui passent. Comme un vêtement du quotidien, porté, vécu. »

Sa culture est active – je veux dire qu’elle influence directement son travail. Ainsi la ligne de ses vêtements part-elle de l’épaule pour se poser sur les hanches, à la manière asiatique.

Christophe Lemaire développe une ligne de vêtements sous son propre nom. J’ai eu la curiosité d’y aller voir. La collection femme m’a retenu par sa fluidité - une ligne à la fois asiatique et année 20 - et la maîtrise des couleurs. La collection homme ? Pour être franc, je lui suis resté aussi imperméable qu’un Burberry ! Certes cohérente, mais, à mon goût, importable – et pas du tout mon genre.

Reste ce que dit Lemaire, qui signe un homme de qualité.

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 06:30

Dandy : mot galvaudé. Mot à la mode – ce qu’un dandy n’est jamais. Tel ne fut pas toujours le cas : au début du XIXe siècle, dandy désignait un jeune homme assez vide, se distinguant peu ou mal du fashionable – hormis qu’il ajoutait à son obsession de l’apparence un mépris du savoir vivre. Stendhal dans De l’amour, publié en 1822 : les dandies sont « des espèces de jocrisses qui ne savent que bien mettre leur cravate et se battre avec élégance au Bois de Boulogne. » Chateaubriand, évoquant dans les Mémoires d’outre-tombe le fashionable en 1822 : « (Il) devait offrir au premier coup d’œil un homme malheureux et malade ; il devait avoir quelque chose de négligé dans sa personne, les ongles longs, la barbe non pas entière, non pas rasée, mais grandie un moment par surprise, par oubli, pendant les préoccupations du désespoir, mèche de cheveux au vent, regard profond, sublime, égaré et fatal ; lèvres contractées, en dédain de l’espèce humaine ; cœur ennuyé, byronien, noyé dans le dégoût et le mystère de l’être. » Balzac dans le Traité de la vie élégante, publié en 1830 : « Le dandysme est une hérésie de la vie élégante… En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin  extrêmement ingénieux qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé, qui mord ou tète habilement le bout d’une canne ; mais un être pensant ?... jamais. »

C’est Barbey d’Aurevilly et Baudelaire qui donneront au dandysme ses lettres de noblesse. Avec eux, le dandysme se nimbe de spiritualisme. L’habit n’est plus une fin mais un moyen. On le charge de matérialiser l’invisible. Barbey écrit dans Du dandysme et de George Brummell, publié en 1845 : « Les esprits qui ne voient les choses que par leur plus petit côté, ont imaginé que le dandysme était surtout l’art de la mise (…) c’est cela aussi ; mais c’est bien davantage. Le dandysme est toute une manière d’être (…). » Baudelaire renchérit dans un chapitre du Peintre de la vie moderne, publié en 1863 : «  Le dandysme n’est (…) pas, comme beaucoup paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu’un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. » La conception du dandysme fixée par Barbey et Baudelaire n’a plus cessé de prévaloir. La littérature qu’on a consacrée depuis au sujet est abondante mais on y chercherait en vain une théorie nouvelle.

Le dandy est un être à part. Selon sa personnalité, il cultivera l’invisibilité d’un Brummell ou l’excentricité d’un Wilde. Dans les deux cas – ou porter des vêtements dont la sophistication raffinée se dérobe aux yeux du profane ; ou attirer l’œil par des tenues excentriques -, l’objectif est le même : tenir le commun à distance.

Dandy et dandysme : nos magazines – de mode et les autres – mettent ces mots à toutes les sauces. Leur sens importe peu. Ce qui compte, c’est le chic qui s’en dégage. Et l’on se croit chic à son tour en les utilisant. Parmi les perles du dandysme que je me suis amusé à collectionner, en voici deux – de culture... ou d'inculture. François Busnel, à propos de Régis Debray : « Il y a là une manière d’être au monde qui fait de Debray un authentique dandy : il stylise la vie, il joue avec le langage (1). » Christophe Barbier, à propos du père de Nicolas Sarkozy : « (…) aristocrate libertaire, flamboyant égoïste, séducteur impénitent tiré à quatre épingles, pli de pantalon et sourire impeccables, cambrure vigilante de danseur et pupille incandescente de dandy (2). »

On a tôt fait de sacrer « dandies » des personnalités qui n’en sont pas. En voici quelques-unes désignées par ce terme.

 

marc-guyot.jpg   Marc Guyot

 

massimiloan.jpgMassimiliano Mocchia di Coggiola. Ecrivain et historien d'art. (Rose Callahan)    

 

cedric-viliani.jpgCédric Viliani. Mathématicien. Médaille Fields 2010.

 

alexandre-boulet.jpgAlexandre Boulet

 

    fabrizio.jpgFabrizio. Habitué du Sartorialist

 

Je précise que ces hommes ne prétendent pas tous au titre. Ne les connaissant pas, ignorant les raisons qui président à leurs choix vestimentaires, je me cantonnerai à quelques propos généraux.

- Le port d’un accessoire ostensible et anachronique – la lavallière par exemple- ne suffit pas à faire d’un homme un dandy.

- Réduire le dandysme à un souci exagéré de la toilette, c’est revenir à la conception négative qu’on en avait au début du XIXe et faire comme si Barbey et Baudelaire n’avaient pas traité du sujet. Non, le dandy n’est pas une poupée parée de vêtements étranges et précieux. Le modeux est peut-être l’héritier du gommeux. Mais, à coup sûr, il n’est pas un dandy.

- Un dandy n’a que faire de la reconstitution historique. Il n’est pas un pasticheur et encore moins un parodiste. Il ne se costume ni ne se déguise : il s’habille. Quand Barbey commande en 1885 une redingote à la mode de 1830, c’est par fidélité à son style, adopté dès sa jeunesse. Mais ce nostalgique du XIIIe féodal ne sortit jamais en heaume et en cotte de mailles !

- Le dandysme est une manière d’être faite d’indépendance, d’ironie, d’impassibilité. Le dandysme, c’est l’unicité. Là où il n’y a pas une puissante personnalité, il ne peut y avoir de dandysme.

Peut-on encore être dandy ? «  (…) la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour après jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons », a écrit Baudelaire. Sauf à admettre – comme on voudrait nous le faire croire – que la démocratie libérale signe la fin de l’histoire, il est permis d’espérer que le dandysme n’est pas mort. Mais qui sont et où sont les « prodigieux mirmidons » miraculés du tsunami (3) ? 

__________________________________________________________________________________
1. L'Express, n° 3064.
2. Ibidem.

3. Sur le sujet, on peut aussi se reporter à ce billet.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 07:23

Entendu sur Europe 1 le 05/10/2011 : « Quelle tendance pour l’homme cet hiver ? » Réponse de la journaliste spécialisée : « La barbe, le cardigan et, très important, les accessoires : le foulard, la casquette, le chapeau. » Vous voulez être à la mode ? Lisez Le chouan des villes ! Ca fait tout de même un peu drôle de se retrouver à la pointe quand on se croyait (et, entre nous, qu’on aimait bien se croire) à la traîne !

A la pointe, oui. Vous en voulez une autre preuve ? A propos du velours, voici ce qu'on peut lire sous la plume de François-Jean Daehn dans le nouveau Monsieur (n°91) : « Du velours, on a souvent une image fausse : un pantalon marron à la forme incertaine. Pourtant le velours (...) est un chic type qu'on aurait tort de reléguer aux utilités campagnardes. C'est ce que se sont dit beaucoup de maisons (...) qui en ont toutes dans leurs collections (...) de couleurs vives. Superbe, le orange choisit (sic) par Arthur de Soultrait ». A comparer avec ce que j'écrivais le 26 février 2011« Le pantalon de velours n'a plus la cote. Sûr qu'il fait son grand âge associé à un pull informe et à des chaussures avachies !... Mais réveillez-le avec de belles couleurs : le rouge, le orange, le jaune... et vous le verrez rajeunir ! (...) Un excellent compagnon.»

Il ne faut pas croire tout ce que dit Wikipédia ; j’en ai encore eu une preuve l’autre jour alors que je cherchais des renseignements sur le comédien Henri Garat. Dans l’article qui lui est consacré, on peut lire : « Henri Garat a donné son nom à un type de cravate ample, large et bouffante qu’il avait l’usage de porter lui-même. » Sauf que ce type de cravate, on le doit à un autre Garat qui, chansonnier sous le Directoire, était célèbre pour ses extravagances vestimentaires !


pierre-jean-garat.jpgPierre-Jean Garat

     

Hier, en cliquant sur mes liens, j’ai appris la suppression de Faubourg-Saint-Honoré : « Nous sommes désolés, le blog à l’adresse faubourgsainthonoré.blogspot.com a été supprimé. » J’y allais encore quelquefois et je tombais systématiquement sur un post déjà ancien consacré à l’Atelier Catelan. Le ton de FSH pouvait parfois agacer – surtout dans les commentaires. Mais il convient de mentionner que ce blog a été un pionnier dans son domaine. J’avais contacté son créateur à mes débuts ; il ne m’avait pas directement répondu, mais il avait eu la gentillesse, alors que je ne lui demandais rien, de me citer parmi ses favoris. Hommage, donc, et remerciements renouvelés.

M’est d’avis qu’aucune publicité TV n’égale en ridicule celles pour les parfums des grandes marques. Faux chic, érotisme de pacotille, noms et slogans clichés, situations abracadabrantes, esthétique de bazar… La dernière campagne que je me rappelle avec bonheur fut celle où, pour Coco de Chanel, Jacques Helleu et Jean-Paul Goude eurent l’idée de métamorphoser Vanessa Paradis en petit oiseau … de paradis ! Pour le reste, du faux poétique et du vrai poétoc.


vanessa-paradis.jpg

 

Bravo à Stiff Collar de s’en être pris récemment à cette mode imbécile qui consiste à abaisser la taille des pantalons, notamment sur les chino. C’est inesthétique et c’est inconfortable – et voilà des années que ça dure ! La fashion victim actuelle remonte le bas de son pantalon, qu’elle roulotte, et en descend le haut… Comprenne qui peut ! Nos compagnes ont plus de chance, qui voient, cette année, la taille de leur pantalon remonter. A quand notre tour (de taille !) ?

Ma tendresse pour les vedettes oubliées du cinéma : Ivor Novello, Pierre-Richard Wilm, Jaque Catelain et tant d’autres… Il y aurait un livre à écrire sur le sujet (… échec commercial garanti !) C’était un temps où, pour faire carrière, il fallait être beau (notamment de profil) ou distingué. « Aujourd’hui, c’est plus pareil, tout change, tout change », comme le chantait Vian : il faut être mignon et faire peuple.


ivor-novello.jpgIvor Novello 

 

jaque-catelain.jpgJaque Catelain

   

pierre-richard-wilm.jpgPierre-Richard Wilm


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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 07:55

Alexis Jenni vient de recevoir le Goncourt. L'occasion pour moi de vous présenter un portrait de Michel Houellebecq, le lauréat de l'année dernière. Le Chouan des villes : un blog "décalé" !

 

Des écrivains portant beau, on en trouva longtemps. Les trois B – Balzac, Barbey, Baudelaire – prirent même l’élégance et le dandysme pour sujets d’essais. Des photographies témoignent de l’attention que, plus près de nous, les trois M – Malraux, Mauriac, Morand – prêtaient à leur mise.


andre-malraux.jpgAndré Malraux    

 

francois-mauriac.pngFrançois Mauriac


paul-morand.jpegPaul Morand

 

Dans le cérémonial de l’écriture, il arrivait que le vêtement joue un rôle. Superstition ? Pose ? Jeu ? Buffon ne pouvait travailler qu’en jabot et manchettes de dentelle. Gourmont se couvrait d’une robe de bure. Gide affectionnait la robe de chambre – chargeant un drôle de bonnet de lui chauffer les neurones.


andre_gide.jpg

 

Et puis plus rien. Ou si peu. L’écrivain s’est fondu dans la masse. Jean Echenoz pose pieds nus dans des sandales de curé. Pierre Michon porte tee-shirt. Le Clézio a l’air de sortir de chez Célio.


jean-echenoz-et-pierre-michon.jpgJean Echenoz et Pierre Michon

 

le-clezio.jpgJ.M.G. Le Clézio

 

Quand eut lieu la rupture ? Pourquoi s’est-elle produite ? On ne saurait le dire. Hasardons deux hypothèses. 1) La remise en cause du statut de « grand écrivain » - même en France où, pourtant, il jouit pendant longtemps d’un prestige sans équivalent. 2) La domination (chez nous plus qu’ailleurs) de l’écriture de l’intime. Autrement dit et dans tous les sens : du dévoilement. Se montrer paré après n’avoir rien caché de ses plus intimes faiblesses prêterait à sourire. L’écrivain, qui fut roi, est nu.

Prenons Michel Houellebecq. Ses personnages sont généralement peu décrits. Ils sont ce qu’ils montrent. Ils montrent ce qu’ils font. « L’individu semble s’être donné pour mission d’incarner une exagération survoltée du personnage de patron jeune et dynamique (…) Sa chemise est ouverte et sa cravate penchée de côté. » (Extension du domaine de la lutte.) « Le sociologue des comportements (…) portait un jogging Adidas, un tee-shirt Prada, des Nike en mauvais état ; enfin, il ressemblait à un sociologue des comportements. » (Plateforme.)

Maintenant, examinons Michel Houellebecq aussi librement que s’il s’agissait d’un héros de fiction. Lui-même semble nous autoriser cette audace depuis qu’il s’est mis en scène sous son propre nom dans La Carte et le territoire. Sa mise ? Celle de Monsieur-tout-le-monde. Pantalon de velours informe, parka usagée, petit pull à col rond, chemisette, chaussures de marche sans grâce… Pour recevoir le Goncourt, il avait consenti un effort : son pantalon était un Westbury, la ligne haut de gamme de chez C&A. Dans le Dictionnaire du look de Géraldine de Margerie, il pourrait servir d’illustration très convaincante à la catégorie « no look ».


michel-houellebecq-pull.jpg
 

michel-houellebecq-parka.jpg

 

Il ne faudrait pourtant pas croire que le vêtement ne l’intéresse pas. Il dit, dans La Carte et le territoire (enfin, le personnage qui porte son nom) : « Dans ma vie de consommateur, j’aurai connu trois produits parfaits. » Deux de ces produits sont des vêtements : les chaussures Paraboot Marche et la parka Camel Legend. Qu’entend-il par « produits parfaits » ? Des produits qui vous sont fidèles. Des produits qui durent. Un retraité qui aurait sa carte de fidélité chez Décathlon ne parlerait pas autrement.

Visiblement, l’élégance et le style ne font pas partie de ses préoccupations. Dès lors, l’observateur un peu exigeant s’interroge. Ca, le plus grand écrivain français vivant, celui que, selon Arnaud Viviant, « le monde entier nous envie » ? En un sens, il s’habille comme il écrit : avec la même économie de moyens. Mais cette simplicité même finit par intriguer. Elle doit bien cacher quelque chose. On s’étonne. On s’étonne. On cherche le Grand Secret…


michel-houellebecq-prix-goncourt.jpgHouellebecq recevant son Goncourt. Pantalon griffé Westbury !

 

Tout se passe comme si Michel Houellebecq avait pris sur lui (c’est le cas de le dire) la banalité de notre époque. Incarner la banalité quand on est tout sauf un être banal requiert du courage. Sur le chapitre du vêtement, il a atteint la perfection. Sur celui des attitudes,  quelques progrès lui restent à faire. Proscrire, notamment, l’élocution pâteuse d’un Roquentin nauséeux. Renoncer à la cigarette coincée entre le majeur et l’annulaire (une afféterie d’un autre temps). Peigner les derniers cheveux.

Ces quelques imperfections gommées, nous pourrons proclamer l’héroïcité de ses vertus.

Plus sérieusement, le Grand Secret – si Grand Secret il y a - se cache peut-être dans les poèmes de Houellebecq, où il se livre sans faux-semblants. Le vêtement ne va jamais. Ici, il parle des «habits enfilés dont le contact irrite » ; ailleurs, des « vêtements trop larges (qui) abritent des chairs grises » (La Poursuite du bonheur.)

La chair est triste. Puisqu’il faut bien la couvrir, que ce soit d’habits aussi tristes qu’elle. Elle ne mérite pas mieux.  

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 07:44

Je reçois assez régulièrement publicités et invitations. Je jette les premières et ne me rends pas aux secondes parce que j’habite loin ou que cela ne m’intéresse pas.

La Mesure de l’excellence m’a envoyé un message que je crois utile de vous répercuter. Vous comprendrez, en cliquant sur ce lien, pourquoi j’ai dérogé à mon indifférence coutumière.

Si elle est réussie, cette exposition pourra heureusement accompagner ou prolonger votre lecture de L’Histoire de la coquetterie masculine de Bologne ! Enfin, si vous habitez Paris...

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 07:19

 jean-claude-bologne.gif

 

« Au lieu d’être coquets de vos cocoricos,
Vous rêvez d’être, ô coqs, de drôles de cocos…
… Et vous ne serez plus, vieux cocâtres qu’on casse,
Que des coqs rococo pour ce coq plus cocasse. »

                                              Edmond Rostand, Chantecler

 

400 pages écrites serrées. Une somme ! La table des matières dit l’ambition de l’entreprise, qui s’ouvre sur les « origines » de la coquetterie (l’Antiquité) et se referme sur la figure très contemporaine du métrosexuel. La bibliographie impressionne : pas moins de 150 ouvrages sont référencés ! La bibliographie personnelle de l’auteur parle pour lui : à son actif, de nombreux romans et essais dont des « histoires » des cafés et des cafetiers, du célibat et des célibataires, de la conquête amoureuse. Jean Claude Bologne a l’art de s’emparer de sujets originaux qu’il place dans des perspectives inédites. Un esprit curieux doublé d’un érudit.

Dans le présent ouvrage, Bologne part d’un paradoxe : pourquoi attribue-t-on de préférence la coquetterie aux femmes alors qu’étymologiquement elle renvoie au mâle de la basse-cour ? Pour baliser son parcours, il distingue trois sortes de coquetterie : la coquetterie de séduction, la coquetterie d’apparence et la coquetterie de comportement. Cette triple distinction est essentielle et l’auteur y revient de façon récurrente. Autre fil conducteur : le sens des mots. « Mon approche, explique Bologne, a d’abord été philologique. (…) J’ai suivi à la trace deux cent trente-huit mots utilisés en français, auxquels il faut ajouter quinze mots latins, dix-sept grecs, vingt-deux utilisés dans d’autres langues, surtout l’anglais. » Ce souci de l’exactitude sémantique est louable. Il nous oblige, au passage, à reconnaître nos lacunes et fait le sort qu’elles méritent à pas mal d’approximations et d’idées reçues. Vous saurez, par exemple, ce qu’il faut exactement entendre par mignon, petit-maître, petit marquis, talon rouge, dandy, fashionable... De subtiles et nécessaires distinctions sont introduites entre élégance et coquetterie, coquetterie et galanterie, etc.

S’il y avait quelques faiblesses à mentionner, ce serait l’absence d’index et le petit nombre d’illustrations (même si un texte dense et une iconographie légère sont toujours préférables à l’inverse !) Ma seule réserve notable est ailleurs : visant l’exhaustivité, le propos n’évite pas toujours la lourdeur. L’analyse l’emporte alors sur la synthèse, le détail sur la vision d’ensemble. Ce point constitue d’ailleurs moins un défaut en soi que le défaut d’une qualité.

Avec cet essai, Jean Claude Bologne a fait un remarquable travail de philologue et d’historien. Quand je vous aurai dit que son ouvrage est parsemé d’anecdotes pittoresques et significatives, j’espère vous avoir assez convaincu de vous procurer rapidement cet ouvrage de référence.

Jean Claude Bologne, Histoire de la coquetterie masculine, Perrin, 24 euros.

 

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:00

J'ai reçu il y a peu un étrange message signé "Le Chou en devil" (sic). Je vous le livre tel quel. A la fois aimable et rosse...

 

Il y a la beauté raffinée des minorités. De celle, élitiste, qui fait pousser des petits « hummm,  stupéfiant !» d'assentiment à quelques individus interlopes. C'est la beauté communautariste ; la royale snobinarde.


chou-en-devil-ano.jpg
Photo : DanielaKe

 

Et puis, il y a la beauté du peuple, prolétaire et démocratique ; celle qui plaît dans la viande, pas dans les pensées tourmentées.

 

chou-en-devil-bb.jpgPhoto : Sam Levin    

 

De nombreux travaux (ici par exemple) ont exhibé le fait suivant : la beauté réside dans la moyenne. En effet, prenez une population d’individus, moyennez l’ensemble de leurs faciès, et vous obtiendrez  alors un visage jugé « beau » de façon unanime. 


L'objet du blog tenu par le Chouan consiste à émettre un jugement à caractère esthétique sur les tenues vestimentaires. Dès lors, il en va de la mise comme de l'apparence physique : la beauté, à un instant précis, réside dans la moyenne. C'est pourquoi, à un niveau vestimentaire donné, il convient d'être le plus moyen possible. Voyez donc.

 

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 "
Costume croisé, cravate fine et flegme en bandoulière, Michel Denisot a le chic dans la peau", GQ, 2010 (élu "Homme le plus stylé de l'année") Photo : Maxime Bruno

 

Comme, paradoxalement, il est commun de vouloir se démarquer de ses pairs, soyez moyens avec une touche d'originalité ; une cravate étroite fera l’affaire. Et si, tenaces, vous ne voulez pas vous défaire des conseils du Chouan, optez pour un bandana ou des chaussettes colorées.


Quant à mon hôte, où se situe-t-il ? Est-il des élitistes snobs au jugement brouillé ? Je ne le pense pas. Je lui sais même gré d'adhérer à chacun de mes propos. Seulement, il défend la moyenne d'une autre époque : celle de l'ancien franc et des Simca.

Le chouan des villes est beau en 1940.
Le chou en devil est beau en 2011.

 
Faites votre choix.
 

 chou-en-devil-icone.jpg


                                                                                                     Le Chou en devil

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 08:47

Lu, dans le numéro 1238 de Voici (Hum... en vacances aussi, il peut nous arriver de fréquenter les salles d'attente des médecins), sous le titre William à l'aide : "Une prise de tête devant votre placard ? Le styliste et présentateur de Belle toute nue (M6) est là pour vous aider". Le William en question, c'est William Carnimolla dont ce portrait chapeaute l'article :


william-carmimolla.jpg(Photo Elsa Trillat)

 

En le voyant, on est content de savoir qu’il ne conseille que les dames.

Que signifie cette tenue vaguement teutonne ?

Aïe hipster !

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