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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 07:22

 chouan-jpg

 

Deux ans !

Deux ans… Pour un blog, c’est l’âge de la maturité. C’est peut-être même le début de la vieillesse s’il est vrai que, comme je l’ai lu quelque part, la durée de vie moyenne d’un blog se situe entre trois mois et trois ans.

Durant ces deux ans, les blogs sur l’élégance se sont multipliés. Mes préférés sont ceux qui font entendre une voix singulière. Qui se posent, s'opposent et, s'il le faut, osent s'exposer. Qui informent, argumentent, font réagir. Sans raisonnement, point de résonance !

A propos de mon travail (le mot n’est sans doute pas très bien choisi), l’un d’entre vous m’a récemment demandé « d’où je parlais ». La question est légitime et je voudrais profiter de l’occasion que m’offre cet anniversaire pour tenter d’y répondre.

Je ne suis pas un historien, un érudit, un sociologue, un journaliste.

Je ne connais presque rien aux marques.

Le vêtement ne m’intéresse pas vraiment en lui-même mais pour ce qu’il dit de notre relation au monde, aux autres et à nous-mêmes.

Je suis un amoureux de la culture et de la beauté.

« Conseils, partis pris, réflexion(s) » : le Chouan – valeureux petit soldat de l’élégance – essaie d’honorer sa bannière !...

Merci de votre soutien.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 07:07

chemise-blanche.jpg

 

C’est vrai, ça. Hormis les occasions formelles (devenues rares), pourquoi porter une chemise blanche unie ? Avec un blazer ou une veste de tweed, ce choix relève de l’hérésie. Avec un costume gris ou bleu foncé, une chemise de couleur sera toujours un meilleur choix. Vive les rayures et les carreaux ! Et vive la couleur ! Les roses, les bleus, les rouges (si ! les larges rayures rouges !) et même certains mauves… tout cela vous est permis. Pensez aussi à vos cravates, à vos nœuds pap’, à vos foulards que le voisinage quotidien de couleurs différentes vous fera redécouvrir.

La chemise blanche unie trahit le débutant. Ou l’homme sans imagination. Avec elle, vous êtes presque sûr d’avoir l’air endimanché ou trop « habillé ». Bref, d’être inélégant. Un détail qui ne trompe pas : l’homme qui porte une chemise blanche a presque toujours des chaussures noires.

Des chaussures noires ?... Quelle drôle d’idée ! Pourquoi porter des chaussures noires ?...

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 07:35

Qu'est-il arrivé à François Hollande ?

J'aborde le sujet pour la troisième fois. Il faut dire que sa métamorphose a de quoi étonner.  Il y a eu le "relooking" vestimentaire : costume mieux coupé (un peu); chemises et cravates mieux assorties (un peu, un peu...) Ces retouches se sont accompagnées du choix de nouvelles lunettes - designées, profilées - et d'une nouvelle coiffure - cheveux ultrateints rejetés en arrière.

Avec ça, une gestuelle mieux maîtrisée, un phrasé ralenti, un sourire plus rare. Fini - ou presque - les blagues vives et spontanées, les reparties cinglantes qui en faisaient un "bon client" sur les plateaux médiatiques. Bref, le tout nouveau candidat à la primaire socialiste a oeuvré consciencieusement et progressivement à se présidentialiser.

Depuis quelques mois, la mue a pris une autre tournure. Une tournure, pour ainsi dire, de mannequin ! De combien de kilos François Hollande s'est-il délesté ? Le résultat est spectaculaire. Et fait jaser. La presse people nous assure qu'à l'origine de cette transformation, il y a une femme, Valérie Trierweiler, sa séduisante compagne. Les gazettes politiques y voient plutôt la patte (sûrement bien graissée) d'un conseiller en image. L'intéressé explique pour sa part, avec une bonne foi qu'on aurait mauvaise grâce à remettre en cause : "Ce n'est pas par coquetterie ou souci d'apparence, c'est pour être en harmonie avec moi-même." (Gala, octobre 2010)


francois-hollande-avant.jpgAvant


francois-hollande-amaigri.jpgAprès

 

Sur le chapitre de la ligne, François Hollande a en tout cas pris plusieurs longueurs d'avance sur son concurrent direct, Dominique Strauss-Kahn. Cet amaigrissement imprévisible changera-t-il la face de la future élection présidentielle ? Il est trop tôt pour le dire. Ce qui est sûr, en attendant, c'est qu'il a changé celle du principal intéressé - et en profondeur. Les joues ont perdu leurs rondeurs enfantines; le regard, autrefois malicieux, est devenu fiévreux, presque morbide. Le cou s'est plissé et le crâne, que n'équilibre plus un menton bien en chair, semble avoir pris du volume. Quand un gros maigrit, il gagne presque toujours en années ce qu'il perd en kilos. François Hollande ne déroge pas à la règle. Il fait plus vieux. En le voyant l'autre jour à la télévision annoncer sa canditature à la primaire socialiste, je me suis même surpris à penser qu'il n'avait pas l'air d'un homme en bonne santé.

S'est-il au moins présidentialisé ? Jacques Chirac, duquel il s'est rapproché, répondrait que non, qui, naguère, voyait dans la maigreur d'Alain juppé la cause principale de son impopularité. La réalité dément d'ailleurs son point de vue : les Français ont indifféremment choisi pour gouvernants des gros et des maigres. A mon avis, le handicap principal de Hollande tient avant tout à la banalité de sa physionomie. Suffit-il de maquiller, coiffer, habiller Monsieur-Tout-Le-Monde en président pour lui en donner la stature ? Hollande pourrait, à la rigueur, endosser le rôle dans un téléfilm à bon marché. C'est dire combien l'entreprise qui se déroule sous nos yeux depuis maintenant plus d'un an sent le faux. Le fabriqué. La composition.

Si François Hollande échoue dans sa tentative de conquête du pouvoir, il pourra tout de même se reconvertir dans un business très lucratif : auteur d'une méthode pour maigrir.

Lire aussi Images choisies de Hollande, 1 et Images choisies de Hollande, 2

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 08:07

J’aime bien Columbo. Pour les histoires, généralement bien ficelées. Pour son héros éponyme – son attachement aux vieilles choses (son imper, sa décapotable Peugeot) et à sa femme – ceci, sans rapport, bien sûr, avec cela ! Pour les personnages d’assassins, psychologiquement bien campés et appartenant à des milieux originaux et divers.

L’épisode que TF1 a programmé le 5 avril à 23 h 55, intitulé Tout n’est qu’illusion, retient pour d’autres raisons encore. Les amoureux de belles coupes regarderont attentivement les tenues portées par le personnage du magicien, le « Grand Santini » : les vestes épousent parfaitement les contours du buste. Les amateurs d’un classicisme de bon aloi se désoleront, en revanche, du style et des motifs.

Les amateurs de numéros d’acteurs seront, enfin, bluffés par la prestation de Jack Cassidy en magicien-assassin-diabolique : une présence étonnante et une rare intelligence de jeu. Un rôle à la Sanders. Et Cassidy n’est pas ici indigne de son grand aîné.

Le destin fit à son tour disparaître l'escamoteur, comme aurait dit Aragon - et de quelle manière : Cassidy mourra peu de temps après avoir tourné cet épisode. Sa fin fut tragique : il fut brûlé vif pendant son sommeil à cause d’une cigarette restée allumée.

 

jack-cassidy.jpg


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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 07:05

Comment se boutonne une veste ?

 

La réponse ne va pas de soi si j’en juge par le spectacle de la rue ou certains exemples du passé.

 

D’abord les règles fixées par la tradition.


-  Veste droite : on déboutonne à l’intérieur d’un lieu ; on boutonne à l’extérieur.  Deux boutons : on boutonne le bouton du haut; trois boutons : on boutonne les deux premiers boutons ou le seul bouton du milieu.

- Veste croisée : on garde partout sa veste boutonnée; on peut déboutonner assis, le bouton de rappel restant boutonné. On ne boutonne jamais que le premier bouton, sauf dans le cas d’un blazer huit boutons dont trois sont fonctionnels : on boutonne alors les deux premiers boutons ou le bouton du milieu.


L’expérience m’amène à ces remarques :


-  Fermer les deux premiers boutons d’une veste droite qui en comporte trois a tendance à aplatir les revers. Le « roulant » de ceux-ci peut en être amoindri.

- Le boutonnage dépend de la position du bouton principal. Celui-ci se situe idéalement un peu plus haut que le nombril. Qui veut allonger son buste cherchera à « boutonner bas » ; qui veut allonger ses jambes fera le contraire. Il m’arrive de ne fermer que le bouton haut d’une veste trois boutons dont le bouton principal est parfaitement situé. Mesurant 1,90 m, j’accentue alors mon allure longiligne. Encore dois-je m’assurer que ce boutonnage très haut ne découvre pas (trop) une partie de ma chemise et de ma cravate. La façon dont on boutonne engendre, on le voit, différents effets visuels dont on peut jouer.


 

boutonnage-haut.jpgVeste dont le bouton principal est placé trop haut. Monsieur, n° 33

 

 

oxford-bags-def.jpg Pour équilibrer sa silhouette, cet homme en Oxford bags a choisi de fermer le bouton du bas.

 

 

L’exemple de nos grands aînés nous apprend que ces « règles » ont mis du temps à s’imposer.

-  Le duc de Windsor fermait souvent le seul bouton bas de ses vestes croisées ou droites dans le but, sans doute, de décontracter sa silhouette :


 

duc-de-windsor-bouton-bas-d.jpg(Cliquez pour agrandir)


-  Fred Astaire faisait parfois de même. Avec eux se pose le cas, fréquent dans les années 30 (et même après), d’un premier bouton inutilisable car pris dans le revers. Une étrangeté américaine.


 

duc-de-windsor-boutonnage.jpg Veste croisée

 


fred-astaire-boutonnage.jpg

Veste droite trois boutons se confondant avec une veste deux boutons.  (Cliquez pour agrandir)

 

 


-  Cette publicité pour Mayfair Gentleman and American Sartorial Designer datée de 1935 témoigne clairement des hésitations du temps sur cette question :


 

mayfair-gentleman

 

 

Aujourd’hui même, le prince de Galles boutonne très souvent tous les boutons de ses vestes croisées. James Darwen explique pourtant : « Le gentleman élégant ne ferme qu’un bouton de son costume croisé. Un de plus, et il aurait l’air d’un troggie à son mariage. »


 prince-charles-blazer.jpg

 

 

Pour conclure, je vous offre cet extrait des mémoires de Jean Hugo (Le Regard de la mémoire, 1984). Où vous allez voir que la question des boutons n’a jamais cessé de tourmenter les amoureux de l’élégance. Il faut en être pour comprendre et ne pas se moquer : « Les boutons de la veste étaient les mots d’un langage : celui du haut seul boutonné signifiait archaïsme et indifférence au vêtement ; celui du bas, affectation de mauvais aloi ; tous les trois boutonnés, rigidité germanique ; les deux du haut : coquetterie refoulée ; devait-on boutonner les deux du bas ou celui du milieu seul ? On en discutait indéfiniment. »

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 06:33

Julio Iglesias


julio-iglesias.jpg 

D’aucuns seront surpris de le trouver ici. Pourtant, j’ai plusieurs fois remarqué, à la faveur d’émissions télévisées, la qualité des étoffes et de la coupe. On jugera peut-être les proportions un peu grandes – mais l’ensemble est harmonieux et c’est porté avec la nonchalance qui convient.

A noter, un pantalon montant toujours très haut – à la façon espagnole.

 

Luigi Maramotti


luigi-maramotti.jpg 

Président de Max Mara.

Des tenues inégales si j’en juge à partir de mes recherches sur Google. Néanmoins, dans les meilleurs cas, de belles flanelles à rayures tennis qu’accompagnent de discrètes cravates de laine.

A noter, la générosité des revers pointus – un trait de style que semblent affectionner, en ce moment, les élégants italiens.

 

Stefan Winkelmann 

 stefan-winkelmann.jpg

 

Président de Lamborghini.

Ici aussi, des tenues inégales : chemise au pied de col trop haut ; cravate parfois mal nouée et ne remplissant pas l’angle du col italien. Ce qui me retient plutôt, c’est le souci d’une ligne pure… quasi aérodynamique !

Les favoris donnent à Stefan Winkelmann un faux air de Jackie Stewart jeune. Ce n’était vraiment pas utile.

A noter, la pochette blanche systématiquement disposée en rectangle.

 

Luca di Montezemolo


luca-di-montezemolo.jpg 

Président de Ferrari et de Fiat.

Un style très italien, directement inspiré de celui de l’Avvocato. La coiffure est loin d’emporter mon adhésion…

 

Sergio Loro Piana


sergio-loro-piana.jpg 

Ce qui me plaît, c’est le contraste entre un physique austère et des tenues qui font presque toujours une place à des éléments de fantaisie. Les étoffes sont très belles – est-il besoin de le préciser ?

 

Le prince Charles


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Un style anglais discrètement personnalisé que j’analyserai sans doute un jour. A coup sûr, l’un des hommes célèbres les plus élégants du monde.

 

Albert de Broglie


albert-de-broglie.jpg 

Dit « le prince jardinier ».

 

Des couleurs acidulées que fait passer le jeu des matières (velours des vestes ; soie tricotée des cravates). On peut tiquer, je le conçois. Moi, j’aime assez ! Joyeux comme un jardin au printemps !

 

Philippe Noiret


philippe_noiret.jpg 

La revue Monsieur l’a ignoré de son vivant. Pour Farid Chenoune, l’exemple-type du gentleman-farmer à la française à la mode des années 80 (1). Et, sous sa plume, ce n’est pas un compliment. Mon camarade de « Wasp 101 » n’a pas hésité, en revanche, à le classer au quatrième rang de son Top Ten Best Dressed Famous Men of All Time. Je préfère.

 

Hervé Chayette


herve-chayette.jpg 

Commissaire priseur.

A visionner, cette vidéo où Olivier Barrot (Un livre, un jour) invite Hervé Chayette à présenter son livre de souvenirs, 76, avenue marceau. Un beau moment de nostalgie et d’élégance. Et cette autre vidéo (pardon pour la qualité…) dans laquelle Hervé Chayette nous parle de son « dress code ». Ses références réconfortent. 

 

Michael Alden


michael-alden-def.jpg 

For The Discerning Few me l’a fait découvrir. Remarquable. Un style dans la tradition de celui d’Astaire. Jetez un coup d’œil à son site, Dress with style – divertissant et instructif. Il fait partie de mes liens. 


Voir aussi Mes élégants, la galerie, 1.

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 06:43

Les rencontres entre Paul Léautaud et Pierre Perret ont-elles vraiment eu lieu ? "Perret n'a jamais rencontré Léautaud", assure la journaliste Sophie Delassein en 2009 dans le Nouvel Observateur. Colère de Perret, qui intente un procès contre l'hebdomadaire. L'affaire va être jugée devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris les 22 et 23 mars. L'occasion, pour le Chouan, d'évoquer les incroyables tenues de ce misanthrope génial.

 

Ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet rendirent célèbre Paul Léautaud. On est en 1950. La verve du vieil homme – il a alors 78 ans -, son extraordinaire liberté d’esprit, son ton - voix suraiguë, phrases ponctuées de sortes de glapissements – font sensation. Bientôt, les auditeurs découvrent dans leurs journaux que le plumage vaut le ramage.


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Léautaud se prête de bonne grâce aux exigences des photographes. Cartier-Bresson, Doisneau l’immortalisent. Paris-Match lui consacre un long reportage. « (…) il ne refuse pas d’être poursuivi jusqu’à son dernier domicile », raconte Martine Sagaert dans le livre qu’elle lui a consacré. « Pendant près de deux heures, poursuit-elle, il arpente en compagnie des reporters les salons de la maison » de Fontenay-aux-Roses. Voici comment en 1947 Rachel Baes, venue s’entretenir avec lui, décrit sa mise : « Habillé… comme toujours c’est-à-dire très drôlement : son vieux costume (trop petit pour lui – il est déjà si mince –) d’une teinte grise ( ?), foulard de crêpe de laine de couleur, lui servant de cache-col, une toque de vieille loutre enfoncée très bas sur le front et de vieux godillots qui ont dû être noirs. » Dans son journal, dans une note non précisément datée de l’année 45, Léautaud livre ce court autoportrait : « (…) moi (…) en pantalon troué, en vieilles pantoufles, en veston déchiré, en bonnet de coton, lunettes sur le nez, un foulard jaune au cou, nouée sur le devant une couverture de laine par-dessus tenant par deux brides. » L’élégance ne fait pas partie de ses préoccupations : « Je ne vais pas me mettre à changer de vie, à faire l’élégant. » Ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une certaine coquetterie. Par exemple, en 1935, il porte des escarpins vernis décolletés. Il aime les matières nobles : « J’ai trouvé (…) un « carré » jaune or, avec des dessins (…) acheté aux Galeries Lafayette, comme serre-tête. C’est en coton léger, je l’aurais préféré en soie. » Il hait la confection : « Je me suis commandé deux gilets sur mesure (…). Je ne trouve en confection que des gilets très ouverts dont j’ai horreur. » « Les vêtements tout faits, surtout à la mode, me font horreur. » Il a ses goûts, « les souliers sans coutures, sans bouts rapportés, en cuir souple et pas trop lourds », le « chapeau genre anglais, en étoffe de tweed », « les chemises sans col ni manchettes, unies devant comme dans le dos, c’est-à-dire sans plastron ni plis, avec des pans » ; et il a ses dégoûts – « (…) ces vestes à la mode russe dont j’ai horreur comme aujourd’hui des « canadiennes » ou, quand j’étais jeune, des capes à l’espagnole ». Le laisser-aller le met hors de lui : « Les gens vont depuis quelques années vers un débraillé, une vulgarité, vêture et manières, qui s’accentuent tous les jours. »


leautaud-cl-agip.jpgPhoto, Cl. Agip

 

A un moment, il confie qu’il « aurai(t) aimé avoir une certaine élégance dans les vêtements » mais il se refuse à admettre que c’est son avarice qui l’a empêché d’assouvir ce penchant. Ce qu’il reproche au « Fléau » (1) - « vêtue de loques, comme toujours, par une économie poussée à l’avarice » -, il devrait, s’il s’examinait sans complaisance, se le reprocher à lui-même. Longtemps, il connut la pauvreté et même la misère. A cinquante ans, il se décrit « habillé avec les vêtements de rebut d’un autre, les pieds dans des chaussures percées, portant de la ficelle en guise de lacets (…), mangeant comme un étudiant pauvre, obligé de renoncer à toute fantaisie agréable. » Mais, quelques années plus tard, quand sa situation matérielle se sera améliorée, il gardera une prudence d’Harpagon. En 1931, il se commande « un gilet pas cher (…) bon pour finir d’user (son complet). » L’année suivante, il a « un très beau pantalon de drap tout neuf » qu’il garde soigneusement enfermé dans un carton. En 1944, il passe « un assez long moment à mettre une pièce (guère assortie) au fond de (son) pantalon ». Il écrit : « J’ai bien un pantalon tout neuf. Soigneusement rangé. Je le garde pour les grandes occasions. » Même refrain avec les chapeaux : « Je porte depuis longtemps des chapeaux d’étoffe, chiné noir et blanc. Celui que je porte actuellement était devenu bien sale, surtout la coiffe. (…) j’ai regardé ce qui me reste de chapeaux neufs. Trois. (…) j’ai pris le parti de ne pas toucher à mes chapeaux neufs. J’ai lavé mon chapeau actuel et les deux précédents, mis au rebut. Redevenus comme neufs, absolument. Seulement un peu rétrécis, m’entrant moins sur la tête, malgré la précaution que j’ai prise de le faire sécher, entré, en forçant même un peu, sur une casserole au calibre nécessaire. Je suis un peu coiffé sur le sommet de la tête. Cela fait un peu drôle. » En 1945, il se bricole des chaussettes avec des bandes Velpeau, ne voulant pas « mettre pour (ses) allées et venues ordinaires » des chaussettes de fil achetées il y a longtemps ! En 1946, il peste contre sa bonne amie Marie Dormoy qui a acheté  à un prix qu’il juge « excessif » de la laine pour lui fabriquer un tricot : « (…) mes vieux tricots, si troués qu’ils sont, sont suffisants. » A Marie, qui l’a traité d’avare, il rétorque : « Dire que je suis avare n’est pas exact. Il serait plus vrai de dire que je suis économe. » Et d’ajouter ceci, petit chef d’œuvre de malice : «  Elle a certes raison quand elle me dit qu’à l’âge que j’ai, et ayant de l’argent, j’ai bien tort de me priver, ce qui n’est pas mal de sa part, étant mon héritière. Encore ne se doute-t-elle pas de ce que j’ai, qui n’est pas loin d’être trois fois le chiffre qu’elle connaît. » Comme souvent les anciens pauvres, Léautaud a peur de manquer. Il thésaurise – au cas où… Sa prudence, empreinte d’abord de bon sens, est devenue sur le tard, quand plus rien ne la justifiait, une assez déplaisante manie.


leautaud-chap-tweed-copie-1.jpeg

 

A voir les photographies qui illustrent ce billet, on pourrait penser que Paul Léautaud s’habillait pour se faire remarquer. On se tromperait. Cet homme n’a jamais cherché – dans tous les actes de son existence – qu’à être lui-même, exactement et complètement lui-même. « Je suis comme je suis et ce que je suis », proclame-t-il dans une page de son journal. Qui a eu le bonheur de fréquenter son œuvre peut attester la justesse de cette remarque. Lui-même, il l’est tout entier dans son écriture et dans son habillement. Etre soi ! Et tant pis si les autres le prennent pour un original. Ou plutôt tant mieux : chacun d’entre nous n’est-il pas né pour être original ? Que peut importer alors à Léautaud le regard réprobateur des moutons qui l’entourent ? « Je n’en reviens pas de la façon dont les gens (…) me regardent, ont l’air de s’intéresser à moi. (…) Quoi, diable, ai-je donc de si extraordinaire ? » Ailleurs : « Depuis quelques mois, je suis devenu sensible au froid à la tête (…). Je mets pour sortir un petit bonnet de coton léger, de la nuance à peu près de mon chapeau (…), mon chapeau par-dessus (…). Les gens qui me regardent ?... A leur aise. » Ailleurs encore : « Je n’étais pas du tout en «pantoufles » (…). J’ai eu la chance de trouver au Louvre (…) un genre de chaussures en cuir très souple, aucun renforcement intérieur, semelles de crêpe (…). J’en ai acheté 4 paires. C’est de ces chaussures que j’étais chaussé (…). Je ne vois pas du tout en quoi ma mise, mon aspect, mon genre de chapeau, pouvaient donner à reprendre (2). » La liberté ! Voilà ce à quoi Léautaud a aspiré toute sa vie. Une toque lui plaît ? Il l’achète et qu’importe qu’elle soit de femme ! Il en fera une de ses coiffures favorites pendant des décennies. Comparons Léautaud avec M.Blaizot, le héros ordinaire d’une anecdote rapportée dans son journal : « Vie conjugale. M. Blaizot (…) a été marié pendant près de quarante ans. Son rêve a toujours été de porter, comme coiffure, un béret (…). Opposition de sa femme. Pour éviter des scènes, - elle était déjà d’un caractère odieux, - il s’était soumis. Le lendemain de l’enterrement, on voyait M. Blaizot (…) coiffé d’un béret, qui est maintenant sa coiffure. » Léautaud, c’est  l’anti-Blaizot.


leautaud-cartier-b.jpgPhoto, Cartier-Bresson, Magnum

 

A quoi aurait ressemblé un Léautaud prodigue pour lui-même ? On aurait aimé le savoir. Il n’aurait tout de même pas versé dans le dandysme – car pas du tout impassible et ne cherchant pas à provoquer. Il ne fut pas non plus un précurseur de ce que nous appelons le « look » - ne s’habillant pas pour les autres mais pour lui-même. Cet homme avait du style. Son intérieur, sa mise et son écriture étaient en harmonie. Sa personnalité était unie, ses partis pris durables. Il vivait conformément à ses idées et à son tempérament. Mais son style était d’un genre particulier – pour le dire vite : celui d’un original doublé d’un grigou (3).

_________________________________________________________________________________
1. « Le Fléau » est le surnom donné par Léautaud à Anne Cayssac avec qui il entretint une longue, passionnée et orageuse liaison.
2. Marie Dormoy précise que ces chaussures étaient généralement portées par des religieuses.
3. Toutes les citations qui émaillent ce billet sont empruntées au Journal littéraire de Paul Léautaud, choix de pages par Pascal Pia et Maurice Guyot, à Paul Léautaud, qui êtes-vous ? de Martine Sagaert, La Manufacture, 1988, et aux Lettres à Marie Dormoy, Albin Michel, 1966. 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 06:50

Les clichés ont la vie dure. Parlez élégance et l’on vous répond argent, luxe. La confusion est entretenue par les marques de prestige qui ont intérêt à se présenter comme les détentrices des secrets de l’élégance. Celle-ci serait en quelque sorte un domaine réservé aux riches. On a vite fait d’assimiler le beau au cher. Certes, le luxe et l’élégance peuvent se croiser, mais le premier ne saurait être la raison suffisante de la seconde.

« Le contraire du luxe, a dit Coco Chanel, ce n’est pas la pauvreté, c’est la vulgarité. » Il existe pourtant un luxe vulgaire dont on trouve sans effort de multiples illustrations. Cette montre Pasha de Cartier est luxueuse ; quel amateur éclairé la qualifiera de « belle » ?


montre-pasha-def.jpg

 

Un autre exemple ? Ces souliers Berluti sont chers, mais quel élégant les voudrait à ses pieds ?


berluti.jpg 

berluti-deux-copie-1.jpgRevue Pointure, n° 15

 

Et que dire des téléphones portables ou des jantes de voiture incrustés de diamants ?

L’ostentatoire, le m’as-tu-vu – aussi luxueux soient-ils – sont les ennemis de l’élégance. Les princes arabes, couverts d’or et de pierreries, ne sont pas pour cela élégants, non plus qu’un Flavio Briatore dont le mauvais goût est pesant, oh ! si pesant… en euros :


flavio-briatore.jpg

Jérémy Hackett dit très bien les choses : « Quel que soit l’argent que l’on dépense, cela ne suffit pas à faire de soi un gentleman » (Monsieur, n° 48). Car l’élégance ne s’achète pas.

Le luxe rend souvent paresseux.  Combien, parce qu’ils y ont mis le prix, se croient dispensés de tout effort ! Ils choisissent des cravates Hermès qu’ils nouent mal (… mais peut-on les nouer bien ?) et qu’ils ne savent pas accorder à leurs tenues. Ils sont chaussés  de souliers onéreux qu’ils négligent d’entretenir ; leurs costumes sont griffés, mais il leur importe plus de le faire savoir que de les bien porter.

A l’inverse, nous rencontrons parfois des hommes qui, par choix ou par nécessité, ignorent le luxe et qui, pourtant, sont parfaitement mis. Comment font-ils ? Ils respectent les règles du bien vêtir, ils ont du goût et le sens de l’harmonie, ils ont fait de la discrétion un principe, ils sont imaginatifs.

Non, l’élégance n’est pas l’apanage des riches. Faire l’économie du luxe n’interdit pas d'être élégant. Il existe, on l’a dit, un luxe vulgaire. Mais il existe aussi une simplicité distinguée. Méprisons celui-là. Admirons celle-ci. 

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 07:20

Le col boutonné (dit « américain ») n’est pas à la mode. Les fashionable actuels ne jurent que par le col italien que – c’est amusant – nos amis transalpins disent « français ». Ce col aurait-il eu le même succès s’il s’était appelé chez nous comme chez eux ? J’en doute, tant nos snobs parent de mille attraits tout ce qui vient – ou est censé venir – d’Italie.

L’histoire du col américain est tellement connue que j’aurais quelques  scrupules à la raconter à mon tour. Je me bornerai donc à citer les deux auteurs qui l’ont fait le mieux : James Darwen et Bernhard Roetzel.

James Darwen : « Le vrai col boutonné fut lancé par les joueurs de polo américains pour éviter que les extrémités du col ne leur reviennent dans la figure lorsqu’ils galopent gaiement sur le terrain. John Brooks, un nom d’origine anglaise, cela va de soi, de Brooks Brothers, étonnante oasis de bon goût en plein New York, développa ce style vers 1900, rachetant ainsi une bonne partie des inélégances vestimentaires pour lesquelles cette jeune et bouillonnante nation s’est fait malheureusement connaître (1). »

Bernhard Roetzel : « John Brooks, directeur d’une maison de confection, aurait remarqué, lors d’un match de polo en Angleterre, que les pointes des cols de chemise étaient attachées à des boutons sur le haut de la poitrine pour éviter qu’elles viennent leur battre le visage. Inspiré par cet exemple, il fait confectionner à son retour chez lui des chemises à col boutonné. (…) Cette légende (…) a peut-être été imaginée de toute pièce et colportée par les Anglais pour pouvoir prétendre que cette géniale invention américaine n’est en fait qu’une copie d’un original insulaire. En effet, ni ce qu’on appelle aujourd’hui communément un polo, ni la chemise que portent les pratiquants de ce sport (…) ne présentent la plus lointaine ressemblance avec le modèle à col boutonné (2). »

Quand, pour une histoire de col de chemise, un Anglais règle leur compte aux Yankees et qu’un Allemand fait de même avec les Anglais, le Français que je suis est aux anges !

Pour être réussi, le col américain doit satisfaire à plusieurs critères. Il doit être assez grand – ses pointes assez espacées et son angle assez ouvert pour qu’un nœud de cravate puisse éventuellement y prendre place. Les tombants doivent impérativement former une vague. A cette fin, les boutons seront légèrement remontés.

Rares sont les modèles qui répondent à ce strict cahier des charges. La softrollcollar de Brooke Brothers reste la référence. Ralph Lauren n’a jamais atteint – à ma connaissance - la même perfection. Recourir au sur mesure serait onéreux et inutile : la chemise à col boutonné fait partie de ces vêtements plus réussis en Pap qu’en sur mesure.


chemise-brooks.jpgSource : Brooks Brothers

 

Comment et avec quoi la porter ? Une donnée intangible doit être gardée à l’esprit : la chemise à col boutonné est une chemise de détente. Pour cette raison, on ne la choisira jamais blanche (3) et elle n’accompagnera jamais un costume. On me rappellera que Gianni Agnelli le faisait bien. Je vous rétorquerai que - primo – vous n’êtes pas Gianni Agnelli et que – deusio – je n’imagine pas que vous ayez l’âme d’un suiveur. Vous n’imiterez donc pas davantage sa curieuse manie d’en déboutonner le col (4).

 

gianni-agnelli-chemise-a-col-boutonne.jpgPhoto : Stefano Montesi    

 

Le chemise à col boutonné complètera parfaitement, en revanche, les tenues dépareillées (veste sport ou blazer + pantalon de velours par exemple). Le choix des rayures et des carreaux est conseillé : les Américains ont judicieusement ajouté des boutons à la Tattersallsheck anglaise. On la portera volontiers sous un pull ou un cardigan ; une cravate pourra en fermer le col (la cravate de tricot semble avoir été faite pour elle !), à moins qu’on préfère y glisser un foulard… ou ne rien mettre du tout. La tenue du col permet, en effet, cette notable exception. Autre spécificité due au statut particulier de cette chemise : elle est la seule qui autorise une poche de poitrine.

Dans leurs ouvrages respectifs, James Darwen et Bernhard Roetzel se retrouvent sur un point : cette chemise constitue l’une des seules contributions positives américaines  à l’art de bien s’habiller. Comment pourrais-je ne pas être d’accord avec ces éminents spécialistes ? Cela dit sans aucun antiaméricanisme primaire. Of course.

_________________________________________________________________________________

1 – James Darwen, Le Chic anglais, Hermé.
2 – Bernhard Roetzel, L’Eternel masculin, Könemann
3 – Anecdote personnelle : à vingt ans, après avoir appris qu’une chemise à col américain ne pouvait pas être blanche, j’ai eu l’idée de transformer le col de mes Golden Arrow immaculées en une sorte de col anglais fait maison. Voici comment : j’ai supprimé les deux boutons attachant les pointes et j’ai cousu, au pied du col, un seul bouton. La cravate nouée, je n’avais plus qu’à boutonner les deux extrémités sur cet unique bouton – et le tour était joué !  
4 - Je ne suis pas loin de voir dans cette initiative la manifestation d’une sorte de repentir : ainsi déboutonné, le col se rapproche d’un col classique, ce qui rend plus acceptable le port d’un costume.   

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 08:15

 

pantalon-scavini-bretelles.jpgAvec l'aimable autorisation de Julien Scavini

 

Mariez (car c’est pour le meilleur, et pour le meilleur seulement !) le pantalon de flanelle grise et le blazer bleu. Le contraste de ton doit être franc et la flanelle duveteuse. Des pinces, un revers (sauf si vous êtes de petite taille), c’est l’idéal. Le pantalon de flanelle grise fait bon ménage aussi avec les vestes sport à condition qu’elles ne soient pas trop épaisses : l’alliance d’un gros tweed et d’une flanelle évoque un peu le mariage de deux vieux en maison de retraite… Emouvant peut-être, triste sûrement.


fred-astaire-blazer-la-belle-de-moscou.jpgAh ! les pantalons de flanelle un peu amples de Fred Astaire !...    

 

Le jean reste pour moi un inconnu. Je doute que la situation change jamais. On le dit pratique. Tout pratique qu’il soit, il ne me manque aucunement ! Il va très bien aux jeunes (enfin, aux jeunes qui savent s’habiller !) mais, accompagné d’un blazer, il transforme vite les hommes mûrs (enfin, les hommes mûrs qui croient savoir s’habiller !) en vieux beaux assez pitoyables. Vous voyez d’ici le genre : jean et blazer, donc, chemise trop ouverte, pull rose ou bleu clair noué autour des épaules, mocassins Tod’s enfilés pieds nus…


pantalon-jean.jpgVous aimez ? Moi, à moitié... je veux dire que j'aime le haut. Source : The Sartorialist.

 

Le pantalon de velours n’a plus la cote. Sûr qu’il fait son grand âge associé à un pull informe et à des chaussures avachies !... Mais réveillez-le avec de belles couleurs : le rouge, le orange, le jaune… et vous le verrez rajeunir ! Surveillez ses relations : autorisez-le à sortir accompagné d’un beau tweed à motifs, d’une cravate tricotée ou d’un nœud papillon, d’une pochette impression cachemire, de belles chaussettes et de beaux souliers. Le veau velours est conseillé. Jamais de pantalon de velours à grosses côtes ou milleraies.


sarto.jpgUn ensemble intéressant. le pantalon de velours rouge n'y est pas pour rien. The Sartorialist.    

 

Le chino a bon caractère. Il sort par tous les temps (car plus ou moins épais et plus ou moins clair), il s’adapte à toutes les compagnies : pull, veste de tweed, blazer, chemise… Il est résistant et économique. S’il se fait oublier, c’est pour mieux mettre en valeur son entourage : la beauté des chaussures, la fantaisie des chaussettes. Un excellent compagnon.


 chino-ralph-lauren.jpg Oui, je sais, j'aurais pu trouver beaucoup mieux. Ralph Lauren.


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