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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 07:23

"Osez le classique !" s'exclamait Monsieur à la Une de son numéro de septembre-octobre 2010. L'injonction est plaisante mais elle ne saurait nous leurrer : le classicisme n'a pas bonne presse. Les connotations liées au mot sont négatives : conformisme, tristesse, ringardise… Les faiseurs de mode n’ont de cesse de critiquer ce concept. On les comprend : le retour en grâce du classicisme signifierait la fin de leur suprématie.


monsieur-classicisme.jpg

 

Notre modernité se situe aux antipodes de l’esthétique classique. Le classicisme multiplie les règles et les lois quand la modernité veut s’en défaire au nom de la liberté érigée en dogme. D’un côté, la primauté du groupe, que cimente un corpus d’obligations forgées par la tradition ; de l’autre, l’éclatement des formes, engendré par les expressions contradictoires et infinies des désirs individuels. Face aux enthousiasmes du moderne, le classique affichera une attitude de détachement amusé comparable à celle d'un grand-père devant les emballements de ses petits enfants : «  Bah ! Ca leur passera comme ça m’est passé ! » Quand la modernité ne jure que par la rupture, le classicisme s’inscrit dans le temps long. La première rejette les leçons du passé ; le second les médite et y puise son inspiration. Comme l’écrit Gadamer : « Ce qui est classique est soustrait aux fluctuations du temps et aux variations de son goût (…) Lorsque nous qualifions une œuvre de « classique », c’est bien plutôt dans la conscience de sa permanence, de sa signification impérissable, indépendante de toute circonstance temporelle – dans une sorte de présence intemporelle, contemporaine de tout présent. » (Vérité et méthode)

« Contemporaine de tout présent » : la précision vaut de l’or. Elle n’est pas sans rappeler l’injonction rimbaldienne « Il faut être absolument moderne » dont les zélateurs des avant-gardes ont tôt fait de biffer l’encombrant adverbe. Ainsi donc, le classicisme se confond avec une entreprise héroïque – et, au fond, désespérée – dont le but ultime serait la victoire des œuvres humaines sur le temps.

La litanie des antithèses pourrait se poursuivre longtemps. Le classique hait le mouvement qui déplace les lignes ; le moderne n’aime rien tant que la surprise et le décalage. Le classique voit dans le respect de la bienséance une expression du génie de l’homme ; le moderne est béat face aux  séductions faciles du scandale.

Appliquée au domaine apparemment futile du vêtement, la distinction est opérante. Notre époque, avide de ruptures, a considérablement appauvri le vestiaire masculin (lire « De l’appauvrissement du vestiaire masculin ») ; elle a aussi remis en cause certaines pratiques dictées par le bon sens et le bon goût. Les dessous ont pris, si l’on ose dire, le dessus ; le maillot de corps remplace la chemise ; les pantalons dits « taille basse » laissent voir les caleçons ou les slips ; on va pieds nus dans des chaussures de ville et l’on sillonne les villes dans des chaussures de loisirs. On s’habille comme on veut, en dehors de toute considération sociale ou professionnelle. Et – doit-on le préciser ? - esthétique. Du passé, donc, on a fait table rase. Mais qu’a-t-on mis à la place ? Comment un tee-shirt pourrait-il rivaliser avec une belle chemise, un costume de confection – aussi luxueux soit-il – avec un costume de tailleur, des souliers de qualité, conçus pour durer et pour embellir avec le temps, avec une paire de sneakers ? Comment les quelques mots échangés avec des vendeurs formatés par le marketing pourraient-ils faire oublier la complicité qui liait le client à son tailleur ? On était des héritiers ; on est devenus des  « premiers hommes », dans le sens où Camus emploie cette expression, c’est-à-dire des hommes nés sans bagages, sans racines. Notre temps a toutefois introduit une donnée inédite : cette absence de transmission ne touche plus seulement les classes défavorisées, mais aussi la classe bourgeoise. Vrai pour le bien vêtir comme pour le savoir-vivre ou la culture en général.

Quelques-uns, heureusement, tentent d’aller contre le courant. Qu’on les taxe pour cela de réactionnaires les laisse froids. En réaction, ils le sont, d’ailleurs, contre les prétendues révolutions de style qui, se succédant à un rythme effréné, ont fini par perdre tout caractère subversif et créateur. Ils savent, enfin, que le classicisme n’est pas, comme ses adversaires tendent à le faire croire, synonyme d’immobilisme et d’impuissance. Comme l’a écrit parfaitement Tatiana Tolstoï : « Tout l’art de l’homme élégant consiste à dépasser les interdits vestimentaires sans les transgresser. Plus que tout autre, un homme élégant respecte ces interdits, mais parce qu’il est doté de plus de fantaisie, d’humour et de goût que le conformiste, il détectera plus sûrement la zone de liberté – limitée, certes – sur laquelle ils ne s’appesantissent pas. Parce qu’il a saisi l’esprit de ces conventions, au lieu de les appliquer à la lettre comme son pauvre repoussoir, le conformiste, il saura improviser avec sûreté. Parce que, enfin, il pourra en transgresser certaines. Une erreur vestimentaire pensée devient un élément de style chez l’homme élégant. » (De l’élégance masculine, Acropole)  

La liberté dans la contrainte : je vous laisse méditer cette possible définition de l'art et de l'élégance.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 06:54

jean-luc-petitrenaud.jpg

 

J’aime bien Jean-Luc Petitrenaud. Ce n’est pas que ce qu’il raconte me renverse. Entendre déblatérer à gueule que veux-tu de cuisine, moi, ça aurait plutôt tendance à m'écoeurer. Et, en ce moment, qu'est-ce que les médias nous servent ! Non, j’aime bien l’homme. S’il fait le show, ce n’est jamais au détriment de son vis-à-vis. Au contraire, il a toujours le souci de mettre ses invités en valeur. S’il flatte, c’est parce qu’il admire. S’il enjolive, c’est parce qu’il se passionne. Avec lui, l’artisan charcutier est un artiste, le maître boulanger un poète. Il chante les charmes d’un certain art de vivre – traditionnel et typiquement « de chez nous ». Sa France, c’est celle des escapades dominicales, des bistrotiers moustachus, des rivières et des tonnelles.

Arnys est son habilleur. De pied en cap : forestière ou veste de tweed, pantalon de velours, cravate dite "d'atelier". Parfois, un beau chandail est jeté sur la veste. Il aime les belles matières et le confort. Bougeant beaucoup, il ne doit pas se sentir entravé. Les couleurs – systématiquement vives – sont censées refléter sa fantaisie et sa joie de vivre. Mais il arrive que la personne perce sous le personnage : j’ai remarqué que le regard de Jean-Luc Petitrenaud se teintait assez souvent d’une insondable mélancolie... Mais laissons l’homme à son mystère et revenons à nos chiffons !


jean-luc-petitrenaud-pull-panta-def-copie-1.jpg

Qui aime bien châtie bien. Je me contenterai de taquiner. Jean-Luc Petitrenaud a adopté un style « chasse, pêche, nature et traditions » (version rive gauche !) qui, ma foi, ne lui va pas mal. Mais il peut s’améliorer. Il faudrait, pour cela, qu’il apprenne à bien nouer une cravate. Il faudrait, ensuite, qu’il envisage autrement la répartition des couleurs. Je m’explique : la forestière, la veste de tweed – vêtements par nature décontractés – appellent une chemise de couleur. Or, la chemise de Jean-Luc Petitrenaud est toujours blanche ! La couleur, qu’on voudrait voir à cet endroit, devrait, en revanche, se faire souvent plus discrète ailleurs. L’ensemble y gagnerait en lisibilité, en cohérence et en élégance. Jean-Luc Petitrenaud a été clown. Point besoin, par un habit trop coloré, de nous le rappeler ! Le recours, enfin, à des lignes plus marquées – plus tendues – atténuerait les rondeurs du bonhomme. Les formes molles ne sont pas faites pour lui. N’y a-t-il personne chez Arnys pour lui prodiguer des conseils ?

S’habiller, c’est un peu comme faire la cuisine. Pour réussir, il faut trouver les bons produits (rien à redire : Petitrenaud a un bon fournisseur) et avoir du savoir-faire (là, il a du pain sur la planche).  

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 07:19

Plus je regarde les magasins de vêtements pour femmes et plus je suis heureux d’être un homme. Quelle uniformité ! Des faiseurs de tendance décident des formes et des couleurs pour chaque saison. Difficile, pour nos compagnes, d’échapper à l’implacable machine de la mode, à moins de s’habiller vintage ou sur mesure.

Voilà plusieurs années que ces faiseurs de tendance ont banni la couleur : entre gris clair et gris foncé, le choix est limité. C’est ainsi que depuis de nombreuses saisons ma femme a l’air d’être ma veuve. Le pire, c’est qu’elle y a pris goût. Et que le deuil lui va plutôt bien.

Cette année, les choses devaient commencer à changer. On allait voir ce qu’on allait voir : du beige partout. Véronique Lorelle écrivait récemment dans Le Monde : « (…) après de longues saisons de gris et autres couleurs passe murailles, le beige sonne comme une alternative presque positive. » Elle ajoutait, pleine d’espoir : « Il serait le prélude à davantage de « vraies » couleurs. » L’espoir fait vivre. La sortie d’un aussi long tunnel se devait d’être progressive. Une confrontation trop brutale avec les couleurs aurait pu abîmer des rétines déshabituées depuis si longtemps à elles. Mais, en attendant, on n’a pas vu grand-chose. Quelques «audacieuses» ont bien opté pour du beige – mais un beige terne, vite sale, peu flatteur pour le teint.


manteau-beige-def.jpeg

Les diktats de la mode touchent aussi les hommes. C’est vrai. Mais dans une moindre mesure. Ils restent même sans effet sur les tenants de l’élégance classique que nous sommes. Les pseudo révolutions de style peuvent bien se succéder. Elles ne viennent pas jusqu’à nous. Si, parfois, nous nous informons sur elles, c’est surtout pour nous conforter dans l’idée que nous faisons bien de ne pas y prendre part.

Une lectrice (oui, messieurs, j’ai des lectrices) m’a demandé l’autre jour si je connaissais un blog qui soit l’équivalent du mien pour les femmes. J’ai dit que non – et pour cause : l’élégance féminine ne s’inscrit pas, à l’inverse de son équivalent masculin, dans un lacis inextricable de codes. Soumise aux cycles de la mode, elle a parfois du mal à résister. Mêmes les femmes les plus élégantes ont eu leurs moments de faiblesse. Voyez Audrey Hepburn dans les années soixante-dix : cheveux frisottés, affreuses lunettes de soleil « mouche », robes trop courtes – ça fait de la peine à voir. Bien sûr, il y eut Chanel et ses efforts pour créer un style intemporel. Mais elle avait tout piqué aux hommes.


audrey-hepburn-c-est-pour-.jpg(Source : Regards magazine, n° 4)

 

audrey-hepburn-c-est-.jpg (Source : Audrey Hepburn, Sean Hepburn Ferrer)

 

A propos, savez-vous si le vert est de retour bientôt ? C’est pour ma femme. Le vert va bien aux jolies rousses. 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 07:20
Une curiosité : ce petit film date du 23 avril 1995. La campagne présidentielle bat son plein. Daniel Bilalian – l’un de nos derniers journalistes élégants – lance un reportage sur le « look » des candidats. La définition qu’il donne du mot peut surprendre : « Il y a un mot anglais parfait pour désigner la façon d’être et de s’habiller : look. »

Mais le meilleur reste à venir. Deux conseillères en communication font tomber leurs jugements. On appréciera, au passage, le « look » de la première relookeuse : maquillage, coiffure, bijoux – tout est à l’avenant ! Au moment même où la caméra montre un Edouard Balladur parfaitement habillé, l’autre conseillère nous confie son envie de lui demander de « quitter (ses) très jolis complets trois boutons qui (le) ferment encore » ! A propos du même, la coiffeuse explique qu’ « il y a du travail à faire. » On préfère ne pas savoir lequel. On regarde les images. On se félicite du ralenti qui met en valeur la perfection du dos de la veste du candidat tant décrié. Et l’on s’étonne que Lionel Jospin, affreusement mis, n’en ait pas eu plus sur son compte !

Tout à coup, on croit reconnaître dans la cliente complice de la coiffeuse la délicieuse Cristina Reali. On oublie alors tout le reste…

Le commentaire est signé Marie-José Lepicard. Suave. Et si furieusement simple.

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 13:00

Alfred Hitchcock prêtait une grande attention aux tenues de ses interprètes. Et pas seulement à celles de ses interprètes féminines. Regardez La Corde demain à 20 heures 40 sur Arte. Dans ce film d'hommes, les costumes sont d'une élégance incroyable. Les esthètes seront comblés. Ils le seront doublement s'ils sont aussi cinéphiles : ce film, inspiré d'une pièce de théâtre, se compose de onze plans de cinq à dix minutes chacun. Un exercice de virtuosité.



31192209.jpg 


Une autre recommandation. Visitez le blog "Ce soir, je dîne avec..." Ses créateurs sont deux amateurs de citations et de mots d'esprit. Le principe : chaque jour à 16 heures est publié un bon mot "annonçant le dîner du soir avec une personnnalité, que ce bon mot tuera." Une idée originale qui se révèle d'une redoutable efficacité. Un hommage - et une contribution - à l'esprit français.

Exemple : Ce soir, je dîne avec Nadine Morano. Citation choisie à l'intention de cette délicate - et photogénique - représentante du beau sexe : "Les deux choses que je reproche à Edouard Balladur, c'est son menton", Plantu. 

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 06:41

Votre interlocuteur se targue d’être féru d’élégance ?

Demandez-lui donc ce qu’il pense d’Edouard Balladur. S’il se met à rire ou à critiquer, passez votre chemin : c’est un imposteur.

Je l’ai dit et je le redis : Edouard Balladur est notre homme politique le plus élégant. Ses costumes sont impeccables, qu’il fait tailler à Londres chez Henry Poole. Admirez sur ce cliché la perfection des épaules, la beauté des revers roulants :

 

balladur revers roulants

 

Quand le temps menace, il enfile une superbe gabardine de laine tandis que ses congénères s’enveloppent dans une vulgaire parka en nylon rouge (Laurent Wauquiez) ou noire (Xavier Bertrand) ou, au mieux, dans un imper Burberry (Jacques Chirac). J’ignore le nom de l’homme qui, sur cette photo, est à sa droite :

 

balladur gabardine contraste

 

Le contraste est, vous l’avouerez, saisissant. Peut-on mieux illustrer la distinction balzacienne entre « la brute » qui se vêt et l’homme élégant qui s’habille ? Mais peut-être jugez-vous ce rapprochement trop facile. Regardez, alors, cette autre photo qui fait mentir les béotiens pour qui le seul port d’un costume-cravate suffit à rendre un homme élégant :


balladur et autres mal habillés

 

Cinq hommes vêtus de costumes – mais un seul à mériter le qualificatif d’élégant. Edouard Balladur n’est sûrement pas mieux découplé que Nicolas Dupont-Aignan (à gauche sur la photo) – mais celui-ci a fait l’erreur de se passer des services d’un bon tailleur. L’allure d’Edouard Balladur, c’est la coupe de son costume qui la lui donne. Comme le disait ma mère, « En voilà un qui peut dire merci à son tailleur ! » Grâce à lui, on parla style vestimentaire. Il remit au goût du jour la veste trois boutons ; il fit connaître les chaussettes pourpres Gammarelli, au grand dam du dessinateur Plantu qui s’évertua à voir dans ce détail vestimentaire un signe de morgue  " Ancien Régime "; il attira l'attention sur les spécificités du style anglais.

L’élégance tient aussi aux manières. Celles d’Edouard Balladur sont empreintes d’une retenue devenue rare. Il manie en virtuose  la « litote gestuelle »… quand, d’autres, qui ont planté le drapeau de leurs ambitions au sommet de l’état, sombrent aujourd’hui dans la « gesticulation hyperbolique  »… « Le style, a dit Max Jacob, c’est la volonté de s’extérioriser par des moyens choisis. » Il parlait de littérature, mais la définition peut valoir pour l’habillement. Dans ce sens, Edouard Balladur est stylé : il a adopté une fois pour toutes le style anglais, marqué par l'understatement. Ce choix coïncide avec sa personnalité contenue et, pour ainsi dire, "boutonnée". La permanence des « moyens choisis » est, enfin, gage d’authenticité.

Les louanges – méritées – tressées, venons-en aux réserves – car on peut en faire.

La palette des couleurs est  pauvre (du beige au gris en passant par le bleu) et quand Edouard Balladur « se lâche », le résultat est déton(n)ant (manque d’habitude et d’entraînement) :


balladur couleur

 

De même pour les motifs. Trouvez-vous heureux ce mélange de carreaux et de rayures ?

Les cravates sont invariablement à petits motifs. Pas même de cravates à rayures ou de cravates tricotées. Au chapitre de la frugalité, notons encore l’absence de pochette. On me rétorquera que le peu n’est pas nécessairement l’ennemi du beau et du bien ; que la limitation des moyens n’interdit pas l'inspiration ; que, bien au contraire, cette limitation, par la concentration qu’elle suscite, peut aider l'inspiration à s’exprimer plus fortement. Je comprends ces arguments, mais, dans le cas qui m’occupe, je ne saurais les faire miens. Le style ressortit aussi à un processus d’individuation sans lequel les « moyens choisis », pour reprendre la définition de Max Jacob, ont toujours l’air d’être empruntés. Clairement, l’anglomanie d’Edouard Balladur a, à mon goût, quelque chose de trop sage et de trop appliqué. C’est comme si l’adoption définitive de ce style avait d’abord été pour lui une assurance à vie d’élégance. Raisonnement de bourgeois en quête de valeurs sûres. Le conformisme n’est pas loin, comme le montrent ces deux unes de Paris-Match :

 

balladur conventionnel8 avril 1993

 

balladur conventionnel deux26 janvier 1995

 

Le « cas » Balladur pose une autre question : la priorité du tailleur doit-elle être d’imposer sa coupe ou de s’adapter le mieux possible à la morphologie de son client ? Colin Hammick, ancien directeur de Hunstman, disait : « Notre but n’est pas l’allure parfaite, mais le style qui améliore l’apparence. » Les épaules Henry Poole tiennent un juste milieu entre les épaules naturelles d’Anderson et les épaules carrées de Hunstman. Sont-elles pour autant appropriées à la morphologie d’Edouard Balladur ? Je ne suis pas sûr qu’elles rétablissent assez l’équilibre entre des épaules tombantes et un cou très fort. A la fin de sa campagne présidentielle, en 95, je me souviens que, cédant pour une fois aux conseils de son entourage, il s’était fait faire par un tailleur français un costume croisé aux épaules plus marquées. Esthétiquement, c’était une réussite.

Le chemisier, en revanche, a su faire ce qu’il fallait pour atténuer la grosseur du cou : col à l’ouverture assez généreuse et aux tombants assez écartés pour permettre à un nœud de beau volume (sans doute un double noeud) de bien prendre sa place.

Les conseillers en image ont une obsession : que les hommes politiques ressemblent le plus possible à des Français – et électeurs – moyens. La plupart d’entre eux se plient sans maugréer à leurs désirs – sans doute parce que, « moyens », ils le sont plus qu’on ne le croit. Mais qu’un homme politique refuse ce diktat soufflé par la médiocrité ambiante, on le moque et on le raille. Ne devrions-nous pas souhaiter, pourtant, que nos hommes politiques fussent pour nous des « modèles » – et pas seulement pour ce qui touche à l’élégance ?

 

(Sur Edouard Balladur, lire aussi Du look et du style, suite)

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 08:46

Lu dans Le Monde du 03/11/2010 : le maire de Castellammare di Stabia, ville du bord de mer proche de Naples, a décidé de sanctionner d’une amende allant de 25 à 500 euros les minijupes trop courtes, les décolletés trop généreux, les jeans taille basse, les promeneurs torse nu loin des plages. Ce pauvre maire, traité d’ayatollah par beaucoup de ses administrés, s’attire aussi la réprobation du correspondant du Monde à Rome. Une association de défense des consommateurs s’est demandée si « Castellammare (était) une province de Naples ou de Téhéran ».

Cette guerre sainte-là, moi, me donnerait envie de m’enrôler ! A la place de ce maire, j’irais même beaucoup plus loin : j’interdirais les chaussettes blanches dans les sandales, les marcels sans manches, les Croc’s, les bobs et, bien sûr, les pantacourts !


beauf-casquette.jpgSource : flashzone24.free.fr

 

Stop à la mondialisation du mauvais goût ! S’il faut forcer les gens à se respecter et à respecter les autres – en avant ! La loi fera ce que la pudeur, l’éducation et le tact ne font plus. On me rétorquera : « Que faites-vous de la liberté individuelle ? » Mais qui songe à la souffrance constante qu’inflige notre modernité vestimentaire aux derniers hommes de goût ? Laissez-nous rêver de prendre notre revanche, c’est bien notre tour… Nous rouvrirons assez tôt les yeux et, pour nous, le cauchemar recommencera.


beauf-sandales.jpgSource : tricoplasmique.blog

 

L’extension des pouvoirs des maires a été décidée en 2008 par le gouvernement de Berlusconi pour lutter contre la microcriminalité. L’intention était louable, mais qu’elle ait engendré l’interdiction des minijupes très courtes et des décolletés très généreux, ça, le chaud Silvio ne l’avait sûrement pas prévu ! 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 07:50

On entend parfois dire : « Facile d’être élégant quand on a les moyens de fréquenter les meilleurs faiseurs ! » Idée reçue. Le meilleur tailleur du monde ne peut promettre que ce qu’il sait pouvoir tenir – en premier, la perfection d’une coupe. Evidemment, c’est déjà beaucoup, mais cela ne suffit pas à rendre un homme élégant. On sort de chez le tailleur un peu dans le même état d’esprit qu’on sort de chez le coiffeur : on est d’abord rassuré de s’en être remis à des mains expertes. On se sent léger, un peu changé et, pour ainsi dire, plus beau. Et puis on rentre chez soi, on se regarde dans son miroir habituel, et, là, le doute s’insinue : est-ce bien moi, dans ce costume impeccable pourtant taillé à mes mesures ?

Car l’élégance ne s’impose pas de l’extérieur. Elle suppose réflexion, connaissances, goût, maturation, habitudes, appropriation. Elle est négligence, désinvolture, nonchalance. Elle aime le temps – sa patine, son prix. Elle se cache dans des détails, joue avec les couleurs, les formes, les matières. On n’en finirait pas d’essayer de la définir. On croit avoir terminé son portrait qu’on en est encore à l’ébauche. L’élégance ne s’explique pas. Elle se constate et s’admire.

Voyez, par exemple, Philippe Noiret dans Max et Jérémie (1).

Le trouvez-vous élégant ? Rien à redire à la coupe de son costume. Mais d’où vient donc l’insatisfaction qui saisit l’amateur exigeant ? Comparez maintenant les tenues qu’il porte dans ce film à celles qu’il s’inventait pour lui-même dans la vie. Quelle différence ! Il n’est pas jusqu’aux défauts de ces dernières (je veux dire : manquements trop apparents aux règles du bien habiller pour ne pas être volontaires) qui n’aient un cachet incomparable.


philippe-noiret-der.jpgUne photo émouvante : Noiret fut jusqu'au bout préoccupé par l'élégance.  

 

Voyez encore Albert Cossery dans cette vidéo (Hôtel, Pierre-Pascal Rossi, 1991).

Les ignorants se gausseront de mon exemple. D’autres crieront à la provocation. La coupe des vestes est parfaite, mais l’essentiel est à chercher ailleurs – dans le port de tête, la retenue, le regard, les accessoires, les couleurs, les gestes… Qu’importe alors que la pochette jaune et le foulard bordeaux aient l’air bon marché ! Cet écrivain rare (8 beaux livres en 65 ans !) avait fait de sa vie une leçon de style. « Pourquoi écrivez-vous ? » lui demanda un jour un journaliste du Figaro-Magazine. « Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain. » En ces temps vulgaires qui ont fait du « travailler plus pour gagner plus » leur grand commandement, une réponse comme celle-ci vaut son pesant d'euros. Lui  choisit de vivre modestement, soixante années durant, à l’hôtel La Louisiane. Ses après-midi, il les occupait à flâner, et, attablé au Flore, au Deux Magots ou au Bonaparte, à regarder passer les gens. « Temps perdu ! » diront les agités, qui resteront à jamais fermés aux richesses de la vie méditative. Il vécut ainsi pauvre mais libre, ou, pour paraphraser le titre de son plus fameux livre, « mendiant » mais « orgueilleux ». Il nous a quittés en 2008. « J’ai vécu ma vie minute par minute», confiera-t-il en guise d’adieu (2).


albert-cossery.jpg

 

« L’élégance, a dit Radiguet, doit avoir l’air mal habillée ». Cette remarque est paradoxale et, par là, forcément outrée. N’empêche qu’elle atteint sa cible. Barbey d’Aurevilly, en son temps, avait déjà visé juste quand, à propos de Lord Petersham, il avait écrit : « Pour des myopes, c’était un modèle de dandysme, mais pour ceux qui ne se payent pas d’apparences, ce n’était pas plus un Dandy qu’une femme très bien mise n’est une femme élégante. » « Pour ceux qui ne se payent pas d’apparences » ! L’élégance ne s’achète pas. Les parvenus croient le contraire… et ne parviennent jamais à l’atteindre. Elle s’offre quelquefois à ceux qui ont fait de sa quête la grande affaire de leur vie. Et elle se laisse reconnaître par ceux qui ont pris l’habitude de vivre dans ses parages.   

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1. « Max, mon personnage (...), était un homme très soigné. Dans un registre discret, plutôt dans les gris, il s'habillait de façon très élégante», écrit Noiret dans ses mémoires (Mémoire cavalière, Robert Laffont).
2. Pour la petite histoire, Albert Cossery fut marié à la comédienne Monique Chaumette, qui, en secondes noces, épousera… Philippe Noiret. 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 07:20

Connaissez-vous José Alvarez ? Son portrait dans Le Monde (10/12/2010), signé Michel Guerrin, m’a permis de le découvrir. J’ai lu : « Une solide éducation forgée chez les jésuites… beaucoup de lectures… un homme de goût et d’élégance… un dilettante ». 

Que fait-il ? Il est le directeur des Editions du Regard – maison spécialisée dans les livres d’art, qu’il a lui-même fondée voici trente-trois ans. Il aime les couvertures « pas mercantiles, qui n’agressent pas l’œil et n’attirent pas le chaland. » Il fuit « les textes triviaux ou jargonneux ». Il dit : « Je peux me ruiner pour un livre. » Les livres qu’il publie ont un point commun : « l’esthétique ». Il est lui-même l’auteur de quelques ouvrages : L’Art de vivre à Paris (Flammarion) ; Histoires de l’Art déco (L'Oeil) ; Anna la nuit (Grasset) - roman dans lequel il a transposé l’amour éperdu qu’il voua, jeune, à une femme hantée par la mort.

A quoi ressemble-t-il ? « Un crâne lisse et des grosses lunettes », dit Michel Guerrin, qui ajoute : « le geste rare, la voix grave ». Une photographie accompagne l’article. Je la reproduis et j’y ajoute une illustration trouvée sur l’internet (pardon pour la qualité) :


Jose_alvarez2.jpg(Photo : Thibault Stipal pour Le Monde)

jose-alvarez.jpg

Ces photos m’en ont tout de suite évoqué d’autres, qui représentent André Gide coiffé de semblables couvre-chefs :


andre_gide-copie-1.jpg(Photo : Laure Albin Guillot)

andre_gide_chapeau.jpg(Photo : Dominique Darbois)    

 

Inspiration ? Hommage ? On pourrait croire un tel homme exclusivement tourné vers le passé. On se tromperait. Certes, au mur du bureau, dit Guerrin, sont accrochés des portraits, signés Gisèle Freund, de Virginia Woolf et de James Joyce dans les années trente, et, sur la table, traînent des poèmes de Nietzsche. Mais, au milieu de l’espace, trône un sculpture de l’artiste contemporain Anselm Kiefer. « Je suis à l’opposé de ce qu’on dit de moi », affirme Alvarez. J’aurais préféré : « Je suis différent de ce qu’on dit de moi », ce qui aurait enlevé au propos son côté systématique. Une personnalité, en tout cas, contrastée et  singulière, exactement comme je les aime. « Soyons nous-mêmes si c’est possible, si c’est possible », écrivait Léautaud. Oui, si c’est possible… Et nos temps, moutonniers, ne nous facilitent pas la tâche ! Aujourd’hui, être soi tient de la gageure. Raison supplémentaire de saluer, quand l’occasion se présente, les quelques courageux qui osent s’y coller. 

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 06:30

L’écharpe de soie

« Une écharpe de vieux ! » pense-t-on un peu vite. C’est vrai que de nombreux retraités aiment nouer autour de leur cou un ruban de soie (dans le meilleur des cas) étroit à impression cachemire sur fond bordeaux, marron ou bleu. Mais je parle d’autre chose – de la généreuse écharpe de soie aux motifs originaux et aux couleurs chatoyantes. « Trop précieux », diront certains. Faux, si elle accompagne une gabardine ou un tweed rustique.


echarpe-soie-sarto.jpg Source : The Sartorialist

 

Le pantalon de velours

« Encore un truc de vieux ! » Vrai, si vous avez l’idée de vous fournir chez Saint-Hilaire en velours extensible. La qualité, la coupe, la couleur sont déterminantes. Ne pas hésiter à choisir des couleurs franches, voire audacieuses : jaune clair, safran, orangé, rouge… Les beiges et les marron sont bien sûr possibles. Alors, la couleur ira se poser ailleurs – mais elle devra se poser quelque part.

Avec le temps, les couleurs passent, l’étoffe se marque et se déforme à certains endroits. Rien à voir avec ces vêtements sans cœur qui vous disent adieu sans vous avoir prévenu. Le pantalon de velours, c’est très longtemps à l’avance qu’il annonce son départ. N’empêche, quand ce moment est arrivé, vous voilà tout décontenancé.


La gabardine de laine

Un excellent manteau de demi-saison. Contre la pluie, une veste ou un manteau Barbour sera toujours plus efficace. Mastic, la gabardine offre un fond neutre qui fera ressortir les couleurs d’une cravate ou d’une écharpe (… en soie, de préférence !) Droite – à la Balladur – ou croisée – à la Bruce Boyer :


balladur-gabardine-deux.jpg 

bruce-boyerr.jpgSource : The Sartorialist    

 

Discrète, il est presque impossible de s’en lasser. Une pièce quasi inusable. Et, avec ça, indémodable.

 

Les gants de pécari

On en voit de moins en moins. Leur prix peut rebuter, mais je crois que la cause de leur désaffection est à chercher ailleurs  - dans le fait qu’ils se patinent très vite : un très bon point pour l’amateur et une horreur pour le béotien, prompt à confondre patine et saleté.


gants-pecari.jpg Source : The Sartorialist, mars 2010


La chemise couleur ivoire

A complètement disparu – ou peu s’en faut. Pourtant, avec une veste de tweed, c’est un choix autrement plus judicieux que la sacro-sainte chemise blanche. Je concède qu’elle ne sied pas à tous les teints. Mais, si vous êtes dans ce cas, la couleur de la veste ou de la cravate palliera cet inconvénient.

 

La casquette de tweed plate

Là, les vieux nous laissent de plus en plus tranquilles puisqu’ils lui préfèrent, depuis plusieurs années déjà, la casquette de base-ball. Celle-ci, pensent-ils, les rajeunit. Laissons-les à leurs très humaines illusions et coiffons-nous, avec un cardigan, une veste de tweed, un husky, un Barbour, un trench, un covert-coat, une gabardine, un gros raglan, un ulster… d’une belle casquette plate de tweed fin. A placer comme il faut – surtout pas haut sur le front, mais le bas de la visière (celle-ci assez grande) frôlant le haut des sourcils.


prince-charles-casquette.jpg Le prince Charles. Crédit : Gamma

 

La robe de chambre en laine

Remplacée par le peignoir – ou par rien. Le chauffage central l’aurait rendue obsolète. Pourtant, quel bonheur d’en enfiler une l’hiver ! Et baissez le thermostat.

Confidence : j’ai dit à ma femme qu’en cas de malheur, j’aimerais qu’on m’enterre dans ma bonne vieille robe de chambre en cachemire prune. Histoire – en attendant qu’elle me rejoigne - d’avoir un peu moins froid. 


Il y a seulement quelques mois, j'aurais ajouté à ma liste la veste matelassée, la veste sport en tweedle blazer ou encore le Barbour. Mais, comme plus personne ne l'ignore aujourd'hui, ces pièces sont furieusement à la mode ! Et moi - oui, moi - avec.

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Publié par Le Chouan - dans Billets d'humeur
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