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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:22

Le dandy est un individualiste. « Un individualiste réfractaire et rebelle », dit de lui Antoine Compagnon (1). Il s’exclut volontairement de la société dont il méprise les règles et la morale. Prendre un état lui répugne : plutôt mourir que de gagner sa vie. Il meurt de toute façon et, avant, il perd souvent : la société, dont il peut étonner un temps les élites, lui fait payer cher son indépendance. Elle l’oublie, elle l’exile, elle l’emprisonne, elle le déclare fou, elle l’accule au suicide – c’est selon. Le bourgeois est son ennemi. Il hait ses certitudes, sa panse et sa bien-pensance. Aristocrate, il l’est par essence, sinon par naissance. Il provoque et il transgresse. Son arme favorite, c’est l’ironie, cette langue dans la langue que ne comprendront jamais les convaincus et les importants. Il ne manque pas de tact, dans le sens où, selon la formule de Cocteau, il sait « jusqu’où aller trop loin ». Mais, à force de côtoyer les limites, il lui arrive de les outrepasser. Ses juges sont alors impitoyables : « Menez à son lit cet ivrogne », dit  le prince de Galles à son domestique en lui désignant Brummell qui venait de commettre la provocation de trop (2).

Son destin tient de la tragédie. Il se dresse seul contre l’absurdité de l’existence. Ni l’amitié ni l’amour ne lui sont secourables. Il est antiphysis. La chair, au fond, le dégoûte ; il la couvre d’un voile – le plus beau voile qui soit. L’habit, c’est l’apparence qu’il s’est choisie, celle qui s’accorde aux couleurs de son âme. Son unique soutien, c’est lui-même, ou plutôt l’idée qu’il se fait de lui.

Son but est connu : faire de sa vie une œuvre d’art. Il parle comme une musique, il bouge comme une danse, il pense comme une maxime, il pose comme un portrait. Poseur, il l’est – dans le genre, c’est même un modèle ! Artiste, le dandy prend sa vie pour matière de son art. Son œuvre, dès lors, ne peut être que périssable : « C’était sur place qu’était sa valeur », dit Barbey de Brummell. En un sens, les grands dandies furent des « performeurs » avant l’heure. Ils firent d’eux-mêmes les sujets et les objets de leur création. Un dandy qui se regarde dans le miroir, c’est un peu comme un amateur de peinture qui contemple un Vinci.

Ecrivains, les dandies le sont souvent Et quand ils ne le sont pas, leur vision de la vie est tout de même littéraire. Certains – parce qu’ils avaient l’étoffe de héros – ont inspiré de grands romans. Qui n’est pas imprégné de littérature peut-il saisir l’essence du dandysme ? Ma question vaut réponse.


brummell.gifBeau Brummell


L’homme élégant est intégré à la société. Il ne nourrit aucune haine contre elle. Légitimiste, il admet ses lois, sans s’interroger par principe sur leur bien-fondé. D’instinct, il pense que la tradition a raison. Les traditions sont des progrès qui ont réussi. Il se les approprie, pas mécontent que le destin l’ait dispensé du rôle risqué de pionnier. De même, il respecte la morale – au moins fait-il en sorte que les apparences soient toujours sauves. Dans ses manifestations sociales, il se montre toujours impeccable – impeccable dans sa mise et dans ses manières. Il sait, quelles que soient les circonstances, avoir de la tenue. Il a du quant-à-soi et du respect humain. Il se défie de l’ironie, dans laquelle il n’est pas loin de voir les prémices de la subversion. C’est un bourgeois, dans le sens où il place très haut son confort – matériel et moral. Mais, du bourgeois, il a su gommer les aspérités vulgaires.

Il est sociable. Il peut être mondain. Sa courtoisie n’est jamais prise en défaut. Ses relations sont nombreuses, qui assoient sa réputation. Connaît-il l’enthousiasme ? Il n’hésite pas, en tout cas, à montrer sa satisfaction. Il sourit plus qu’il ne rit. Il se prête et ne se donne pas. Il aime la vie et ses plaisirs. Profondément, c’est un matérialiste. Lui se plaît à se qualifier d’épicurien.

Il ne déteste pas l’art (les artistes, c’est à voir), mais le comprend-il vraiment ? L’aventure de l’art, il la laisse courir à d’autres. Il aime le beau – pas le bizarre.

Le dandy et l’homme élégant se retrouvent dans leur refus des épanchements faciles. Face à la souffrance, ils font front, par stoïcisme ou par respect des convenances. Peut-on dire que le dandysme commence là où finit l’élégance ? Je ne connais pas de dandies dignes de ce nom qui aient ignoré les règles de celle-ci. Leur maîtrise est un préalable nécessaire à l’éclosion du dandysme. On a écrit que le dandysme pouvait se définir comme « un paroxysme de l’élégance ». Arrivé au terme de ma confrontation – dont je perçois les limites et les simplifications -, je dirais plutôt qu’il en est un dépassement.

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1. Antoine Compagnon, Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, Gallimard,2005.
2.
« Voici l'histoire. Brummell aurait un soir, à souper, et pour gagner le plus irrespectueux pari, donné cet ordre au prince de Galles : "George, sonnez !" en lui montrant la sonnette. Le prince, qui eût obéi, aurait dit à son domestique qui entra, en lui désignant Brummell : "Menez à son lit cet ivrogne."» Barbey d'Aurevilly, Du dandysme et de George Brummell.

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 06:52

 

jerome-pecresse.jpg

(Cliquez pour agrandir)

 

Il y avait la cravate trop longue de Bernard Kouchner. Voici la cravate décentrée de Jérôme Pécresse. Jérôme Pécresse est le mari de Valérie Pécresse, notre ministre de l’enseignement supérieur et de la Recherche. Un homme brillant, nous apprend Paris-Match qui lui a consacré un article dans son numéro 31962. Polytechnicien, il est aujourd’hui directeur général délégué d’Imerys, une entreprise qui compte parmi les leaders de la production et de la transformation des minéraux industriels.

A chaque milieu sa tenue type : ensemble noir chez les créateurs de tout poil ; pull informe et pantalon de velours chez les enseignants et les écolos (ce sont souvent les mêmes) ; costume noir, chemise blanche et cravate « flashy » chez les représentants de commerce, etc. Le costume cravate, c’est un peu le bleu (ou gris) de travail des cadres supérieurs et des grands patrons. On voit, à sa cravate mal placée, qui laisse apparaître tous les boutons de sa chemise, et à l’épaule écroulée de son veston, que Jérôme Pécresse porte le costume cravate par obligation et non par choix ou goût personnel. Pour l’élégance, on repassera…

Les enquêtes nous apprennent que la grande majorité des hommes se laisse habiller par leur femme. On aimerait qu’ils le fassent eux-mêmes. Mais, pour un homme qui n’est pas prêt, être livré à soi-même peut conduire à la catastrophe. Pauvre Jérôme Pécresse ! Et l’on en veut à Valérie de ne pas lui venir en aide…

A son sujet, elle dit : « C’est un réformiste plutôt de gauche qui a été séduit par le discours de Nicolas Sarkozy. » Une idée me traverse l’esprit : Jérôme Pécresse aurait-il voulu traduire le glissement à droite de ses convictions par cette cravate dangereusement excentrée ? Il conviendrait, dans ce cas, de lui signifier de toute urgence qu’une cravate politiquement correcte, c’est toujours au centre !   

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 17:58

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Si vous aimez Le Chouan des villes, soyez gentils, ne l’inscrivez pas aux Golden Blog Awards ! Tout, dans cette manifestation, me déplaît : le nom anglais, alors qu’il s’agit de récompenser des « blocs-notes » francophones ; le libellé des catégories où je pourrais concourir (mode (!) ou lifestyle) ; le principe même – cette course à la récompense qui encourage des débordements d’autosatisfaction tombant parfois dans le grotesque.

Mes juges sont mes lecteurs – et non un « jury mode » composé d’une journaliste du Nouvel observateur et de deux représentantes de la mairie de Paris, grande organisatrice et principale bénéficiaire de cette énième foire aux vanités.

Je souhaite malgré tout bonne chance à mes excellents confrères P.G. et S.C. qui se sont lancés dans l’aventure.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 07:50

La France est trop petite pour Jacques Attali. Il pense à l’échelle du monde, pour lequel il rêve d’un gouvernement unique. Le présent est trop étroit pour Jacques Attali. Il lui faut le temps tout entier, dont il a raconté « les histoires » dans un livre (1). L’avenir lui appartient. Le lire est même devenu sa spécialité. Aucun sujet n’échappe à son omniscience prophétique : l'économie, l'éducation, les médias… et même la mode !

Concentrons-nous un moment et recueillons quelques-uns des aperçus originaux que, sous le titre « La Mode et la rue », il a livrés dans un récent Express (n° 3091) :

« La rue (…) se fait entendre depuis longtemps dans la mode. Elle inspire des créateurs et leur dicte ses choix (…) Ce qui vient ira beaucoup plus loin, car la rue imposera ses couleurs et ses formes, sans même avoir à passer par le filtre et la reconnaissance des acteurs officiels de la mode. La rue trouvera, trouve déjà, de nouvelles façons de faire connaître à la rue ce qui lui plaît, de faire savoir où et comment le fabriquer au mieux et le moins cher. Elle mêlera, comme le fait la musique, des inspirations venues de tous les coins du monde. Elle remettra en question toute l’organisation de cette industrie autour de quelques signatures, de quelques défilés, de quelques saisons, de quelques mouvements. Sans que les fabricants aient besoin de prendre le risque de lancer des collections pour tester les envies du public. La rue fera alors (…) exploser bien des codes, en particulier dans le domaine si conservateur du vêtement masculin. »

Notre oracle a la prudence d’une madame Irma confirmée. Pas de dates qui engagent, mais des généralités proférées sur le ton sentencieux ad hoc. La postérité pourra dire s'il avait raison ou tort. Mais je doute qu'on le lui demande : on aura mieux à faire. 

Gageons que Jacques Attali, qui fut un très proche collaborateur de François Mitterrand (2), exerçait déjà auprès de celui-ci ses dons d’extralucide. Les puissants ont leurs voyants. François Mitterrand ne dérogeait pas à la règle. La célèbre astrologue Elisabeth Tessier révéla – preuves audio à l’appui – que François Mitterrand la consultait lors de la guerre du Koweït. Rétrospectivement, on a froid dans le dos… Avec Jacques Attali à sa gauche et Elisabeth Tessier à sa droite, « Dieu » était bien entouré !


jacques-attali.jpg

« Faire exploser les codes » : Jacques Attali fait ce qu’il dit. La preuve, sa tenue favorite consiste en une veste classique mais portée sur une chemise sans col. Cette audace, qui lui donne, au choix, un petit air de gourou, de sexologue lacanien ou de mage hindou, présente surtout l’avantage de l’affranchir du conformisme petit bourgeois de la cravate. C’est dans cette tenue peu protocolaire que, le 23 janvier 2008, il est venu remettre au président de la République son fameux rapport sur « la libération de la croissance française »… Mais Jacques Attali n’a que faire des contraintes du protocole. Ni, hélas ! des leçons de l’élégance.

Il faut toujours se méfier des esprits supérieurs qui prennent la rue pour modèle.

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1. Et des histoires à cause de ce livre, Jacques Attali en a eu ! Le Canard enchaîné l’accusa à juste titre de plagiat.
2. Avec son très controversé Verbatim, il se rêva Commynes. Il fut Triboulet.

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 07:35

« La cravate Hermès fait partie du petit nombre d’exclusivités considérées par tout le monde comme signe de bon goût », écrit Bernard Roetzel dans L’Eternel masculin. Le succès  planétaire d’un produit de luxe français ne peut que nous réjouir. Pourtant…

Parce qu’on connaît votre goût de la belle cravate, on vous a peut-être offert – comme à moi – des cravates Hermès. Vous a-t-on fait plaisir ? Moi, j’ai dit « merci » aux personnes qui me les ont offertes et je les ai portées en leur présence. Par politesse.

D’où viennent donc mes réserves ?

Des motifs, d’abord, qui infirment quelquefois le jugement de « bon goût » prononcé par Roetzel. La fantaisie est une composante de l’esprit français. Elle inspire – ça saute aux yeux – les dessinateurs de Hermès. Mais la fantaisie est fragile. Le mauvais goût la menace constamment et les dessinateurs de Hermès n’évitent pas toujours ce danger. Ce qui passera encore pour de la fantaisie pour un étranger (… un Allemand comme Roetzel par exemple) sera déjà jugé vulgaire par un Français.

Allez visiter le site de la marque. L’esprit de fantaisie y règne en maître. Rien, dans la présentation, n’évoque le luxe. Les illustrations sont traitées dans le genre « dessins d’humour ». Avec certains modèles, on peut voir, comme c’est écrit, « la cravate sur une chemise ».

 

cravate-hermes.gif

 

Le résultat se passe de commentaire.... 

Les couleurs me laissent souvent dubitatif. Je les trouve rarement « belles ». Mais mon jugement comporte une part de subjectivité si grande que je m’épuiserais à essayer de le justifier. Je n’insisterai donc pas davantage sur ce point et passerai au suivant, d’ailleurs plus décisif.

La cravate Hermès ne fait pas un beau nœud. Je parle de celle en twill de soie – la plus connue et la plus diffusée – et pas de celle en soie lourde dont on ne m’a jamais fait cadeau. J’ai eu beau potasser mon Villarosa (1), je ne suis jamais parvenu à un résultat satisfaisant. Son étroitesse sous le nœud ne permet pas de façonner les deux fronces que j’aime tant. Une fronce, c’est possible, mais il faut se préparer à la voir rapidement disparaître : la soie Hermès (très belle en soi) est glissante ! Le nœud s’écroule vite – défaut rédhibitoire.

Pour ses aficionados (des cadres, des assureurs, des agents immobiliers…), les cravates Hermès sont une garantie d’élégance. Quant à moi, j’ai déposé dans leurs jolis cercueils orange ces témoignages de l’affection de mes proches. Mes cravates Hermès ont rejoint mon cimetière des cadeaux immettables – l’étagère la moins accessible de ma garde-robe. Qu’elles y reposent en paix !

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1 – Les 188 façons de nouer sa cravate, Davide Mosconi, Riccardo Villarosa, Flammarion.

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 07:30

Vous avez encore quelques doutes sur le positionnement de ce blog ? Cet article va définitivement les lever. C’est la relecture d’un ancien Dandy (n° 4, 15 décembre 2004) qui m’en a donné l’idée. On y trouve une longue interview de Franck Boclet, alors conseiller artistique de Smalto (il le restera jusqu’en 2007 et passera ensuite chez Ungaro; il vient, très récemment, de lancer sa propre marque). L’occasion est trop belle : la plupart de ses affirmations m’ont hérissé. Il me suffira d’en rapporter quelques-unes, assorties de quelques commentaires, pour vous livrer ma vérité. Car, malheureusement, ce qu'il dit reste d’actualité.


Franck_Boclet.jpgFranck Boclet


« (L’homme) comprend enfin (…) que ce n’est pas parce qu’il s’habille différemment que l’on va croire que c’est quelqu’un d’autre. Il devient plus caméléon. » Négation de la notion de style et, en filigrane, justification du look. Si vous voulez mon avis : « Du style et du look ».

« Aujourd’hui il y a des hommes de cinquante ans qui achètent des trucs super-branchés parce qu’ils n’ont pas envie de ressembler à des vieux (…) Depuis les années 2000, c’est ça le point positif. » Complaisance pathétique au jeunisme ambiant. Autrefois, c’était les jeunes qui, comme le dit une chanson, « faisaient de leur mieux pour paraître plus vieux ». Les vieux beaux ont toujours existé. De grâce, n’en faisons pas des modèles !

« Un tissu identique peut se trouver en fonction des griffes et de la fabrication sur des pièces à 500 et 4000 euros. Et le client pense être volé, alors qu’il ne l’est pas parce qu’il y en a un qui est fait en 60 heures et l’autre en deux heures ! C’est comme si dans une Mercedes vous mettez la même carrosserie, donc la coupe, vous ouvrez les portes et vous avez le même intérieur, et quand vous levez le capot il n’y a pas de moteur. » Le marketing avant tout ! Je suis le client qui se sent floué d’avoir payé 4000 euros (aujourd’hui, ce serait plus) un costume dont le tissu se retrouve sur des costumes à 500 euros. Qui paie le prix fort est en droit d’espérer un produit en tous points exclusif - étoffe et finitions comprises. Franck Boclet file la métaphore avec moins de savoir-faire que Loro Piana ses cachemires : entre la carrosserie, les portes et le moteur, on se perd un peu… S’il fallait néanmoins que je fasse mienne son image, je dirais plutôt : un beau tissu est l’élément moteur d’un beau costume. Les finitions sont des options. Je laisse aux petits bourgeois vaniteux, apprentis en arrivisme, le plaisir de s’offrir un modèle bas de gamme, de petite cylindrée, mais doté de toutes les options !

« La qualité ne veut pas dire solidité. » Mensonge à visée bassement commerciale. Qualité et durée doivent rimer. Les slogans marketing les plus sophistiqués ne me feront pas changer d’avis.

« Ce que j’envisage maintenant, c’est d’avoir toujours des idées qui changent (…) Mon principe est que dans la mode masculine une idée doit changer toutes les trois saisons. » Engrenage fatal et aliénant de la mode. S’en défier absolument. Et quand Franck Boclet, se souvenant qu’il est un business man, craint d’être pris au piège d’une mode dont il fait par ailleurs l’éloge, on ne sait plus s’il faut parler de cynisme ou de candeur :

« Il y a un truc positif, c’est que l’on sent que l’homme est plus caméléon que la femme. Et j’espère que cela ne va pas être un phénomène de mode. »

A quelques moments, Franck Boclet fait preuve de culture et de lucidité. On applaudit à son évocation d’un temps où le prêt-à-porter n’imposait pas sa loi :

« Expliquer le vêtement, chose qui s’est perdue dans notre monde… Avant, les tailleurs avaient ce savoir-faire ; quand un homme allait chez son tailleur, c’était comme quand une femme va chez le coiffeur : il y passait trois heures, il y avait l’essayage, il parlait, et sans s’en rendre compte il apprenait des choses sur le tissu, sur la coupe, sur la qualité : plein de petits détails et il devenait connaisseur dans le contenu. »

On apprécie aussi son refus d’être assimilé à un artiste (voir, sur le sujet, « Prêt-à-porter, prêt à jeter ») :

« Le rôle d’un directeur artistique, et même d’un créateur de mode, n’est pas d’être un artiste. Les artistes, les vrais, sont les peintres, les musiciens et les sculpteurs. Eux sont de vrais créateurs. On ne va pas demander à un peintre, à un sculpteur ou à un musicien de faire une œuvre tous les six mois. »

Pour le reste, Le Chouan des villes se situe à l’opposé de la logique marchande et saisonnière de Franck Boclet. Sur les sept pages de l’entretien, le mot « mode » est utilisé une quinzaine de fois ; les mots « vente » et « commerce » dix fois. Le mot « élégance », jamais. Une telle absence étonne de la part d’un homme qui, quand il tient ces propos, est le directeur artistique de la prestigieuse maison Smalto. 

Les sujets traités dans ce blog sont divers, mais ils ont un point commun : la défense et l’illustration d’une certaine idée de l’élégance. Une élégance qui ne craint pas d’être taxée de classicisme. Il faut savoir d’où l’on vient et qui l’on est pour espérer inventer les traditions de demain. Et si - la subversion étant devenue la norme - les révolutionnaires étaient aujourd'hui les chouans ? 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 07:42

concours-elegance-def.jpgGrand concours d'élégance de Saint-Cloud

 

Si, comme moi, vous aimez les belles voitures anciennes, procurez-vous sans tarder le numéro d’octobre de la revue Rétroviseur. Plusieurs articles bien écrits et bien illustrés sont consacrés à deux de mes voitures préférées, la Volvo P 1800 (et sa déclinaison « break de chasse » 1800 ES) et la Maserati Ghibli SS.

Je consacrerai peut-être quelques articles à l’automobile. Ce faisant, je ne crois pas risquer le hors sujet. Après tout, l’automobile a bien ses Concours d’élégance qui ne sont pas faits pour les chiens (… quoique les chihuahuas, les lévriers afghans et autres dalmatiens y soient très représentés !) L’élégance des robes – des dames et des autos – y rivalise avec celle des costumes des messieurs. Spectacle désuet, un peu vain et charmant.

Voici deux photos extraites de Rétroviseur :

 

volvo-p-1800-def.jpgVolvo P 1800

 

maserati-ghibli.jpgMaserati Ghibli SS

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 07:29

Je vois, depuis le printemps, des hommes qui prétendent à l’élégance aller nus-pieds dans leurs chaussures de ville, le pantalon retroussé parfois jusqu'à mi-mollets. The Sartorialist a présenté quelques exemples de ce micro phénomène de mode.

 

panta-coourt-souliers-ville-deux.jpg


panta-court-chaussures-ville-un.jpg

Aller nus-pieds dans des chaussures de ville n’est pas nouveau. Thierry Ardisson le faisait dans les années 80, et il n’était pas un cas isolé. A l’époque, je jugeais la chose assez répugnante et inesthétique. Mon opinion n’a pas varié.

Quitte à inverser les codes, pourquoi ne pas aller dans le sens inverse – je veux dire, au lieu de glisser ses pieds nus dans des richelieus, pourquoi ne pas porter des chaussettes avec des chaussures de plage ? Ben oui, quoi, des chaussettes dans des sandales, ce serait élégant, non ?

Quant au pantalon, plutôt que de le retrousser à la façon d’un pêcheur de crevettes, pourquoi ne pas carrément le couper à mi-mollets ? On pourrait appeler cela… je ne sais pas, moi… un pantacourt !

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 07:26

hollande.jpg(Source, Le Nouvel observateur)

 

Le nouveau look de François Hollande continue d’alimenter la chronique. Le Nouvel observateur lui a consacré récemment un article (n° 2390). J’avais traité ce sujet en janvier. GQ le fit après moi, je crois. Mais c’est Le Point et Le Monde qui, les premiers, ont soulevé le lièvre.

La version New obs’, signée Robert Laffont, change la donne : Stéphane Le Foll et André Vallini – deux socialistes bon teint (rose) – seraient à l’origine du relooking du camarade François, et non quelque professionnel grassement rémunéré : « (…) l’idée que tu t’es effacé en tant qu’individu t’a empêché de te mettre en scène. La preuve, c’est que tu te négliges toi-même ! » lui aurait lancé, excédé, le premier. Le second aurait tenté d’agir auprès de la compagne de l’intéressé, l’élégante et sophistiquée Valérie Trierweiler. Las ! « Il y a des choses à changer, mais j’ai du mal… » lui aurait répondu la dame… Stéphane Le Foll aurait alors joué les coachs en obligeant François à changer de lunettes et – je cite Robert Laffont – « en allant jusqu’à se renseigner chez un grand coiffeur parisien, afin de dégoter une marque de shampooing susceptible de donner un peu de volume, et de sens, à la coiffure du député de Corrèze. »

La curiosité m’a poussé à aller voir à quoi ressemblaient les deux donneurs de conseils. André Vallini ne m’est pas tout à fait inconnu. Je me souviens d’avoir même eu le projet d’écrire un billet sur ce spécialiste de la justice au PS, qui acquit une certaine notoriété médiatique au moment du scandale d’Outreau. Je soupçonnais cet homme politique d’avoir eu recours aux services d’une quelconque officine de relooking pour améliorer (mettez des guillemets, s.v.p) son image. Voyez plutôt :


andre-vallini.jpg Photo 1

 

andre-vallini-cran-aigu.jpgPhoto 2

 

Lunettes design, chemises au col italien accentué (photo  1), costume droit à crans aigus (photo 2), cheveux savamment teints… On se croirait dans une version politique de la trop célèbre émission de M6  Nouveau look pour une nouvelle vie ! Car c’est raté : la géométrie agressive des lunettes, du col et des revers ne fait qu’accentuer la physionomie tout en angles de Monsieur Vallini. Il fallait, au contraire, adoucir, jouer de courbes, donner de la rondeur…

Je ne connaissais pas, en revanche, Stéphane Le Foll. Voici quelques photos de ce relookeur du dimanche. Vous comprendrez que, par charité chrétienne, je m’abstienne de tout commentaire.


stephane-le-foll--deux.jpg

 

StephaneLeFoll.jpg 

stephane-le-foll-trois.jpg 

 

Pour les socialistes qui souhaitent concourir à la présidentielle, l’opération « ravalement de façade » semble être un passage obligé. Il y a trois ans, c’était Ségolène Royal. Aujourd’hui, c’est au tour de son ancien compagnon. A quand celui de Martine Aubry ? Le défi peut faire peur… Mais Martine aussi. 

 

martine-aubry.jpg

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 07:22

Il est une sorte de foulard dont on peut tirer des effets intéressants : le bandana. C’est un simple carré de coton d’une cinquantaine de centimètres de côté, parsemé de palmettes noir et blanc sur un fond de couleur. Il s’en vend à des prix modiques dans tous les grands magasins et dans les surplus américains.


bandana-noir-et-blanc.gif

 

Son histoire. Le bandana est un élément caractéristique de la panoplie du cow-boy. Je me souviens de John Wayne nouant le sien dans plusieurs scènes de La Chevauchée fantastique. Les desperados pouvaient s’en servir comme masque. Noué sur la tête, il aidait à absorber la transpiration. Les soldats de l’armée des Indes en glissaient un sous leur casquette pour se protéger de la touffeur.


lucky-luke.jpgThe poor lonesome cow-boy !


Le bandana est voisin du foulard gavroche et de la cravate apache (1).

Le foulard gavroche était porté par les gamins de Paris, c’est-à-dire les « gavroches » (du nom du personnage créé par Hugo) au XIX° siècle.


gavroche.jpg

 

La cravate apache vient du surnom « apache » qu’avaient choisi pour se désigner les mauvais garçons de la Belle Epoque. Ils avaient emprunté aux Indiens Apaches d’Amérique du Nord leur foulard rouge pour en faire un signe d’appartenance et de reconnaissance.


apache-def.jpg

 

A la fin des années soixante-dix, le chanteur Renaud remit au goût du jour le petit foulard rouge. Son look fit alors sensation. Il n’était pourtant qu’un condensé d’influences hétéroclites : casquette et coiffure de gavroche ; foulard rouge d’apache ; blouson noir de voyou ; jean et bottes de cow-boy… Avec ça, la démarche volontairement outrée de celui qui  - tel "the poor lonesome cow-boy"! - vient de descendre de son cheval.


renaud.jpg

 

Mais laissons Renaud où il est – quelque part à Londres, je crois – et revenons à notre sujet.

Comment porter le bandana ? On le plie dans la diagonale. On le noue deux fois (un nœud sous l’autre) pour bien le fixer. Attention ! Il ne doit jamais donner l’impression de vous étrangler !

Le nœud est, au choix, situé sur le milieu ou légèrement décalé sur le côté. Les deux pointes sont à laisser hors de la chemise ou du polo.

Le bandana accompagne parfaitement les polos en jersey petit piqué (à manches longues, cela va de soi) et les chemises à col boutonné, portés avec ou sans pull en V ou cardigan. Il se prête à de multiples jeux de couleurs et  peut relever à lui tout seul un ennuyeux camaïeu :


guy-marchan-bandana-blouson-copie-1.jpgGuy Marchand, adepte éclairé du bandana

 

Avec une veste sport, on lui préfèrera un carré de soie ou un foulard ascot, plus riches et chatoyants.

L’homme de goût est à sa manière un prestidigitateur. D’un simple bandana, il ne fera pas surgir une colombe, mais quelques belles images d’élégance. De même pour la pochette, sujet d’un prochain (trop) court éloge.

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1. Ces désignations sont empruntées à Sophie George, Les Accessoires de A à Z, éditions Falbalas.

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