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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 07:22

Il est une sorte de foulard dont on peut tirer des effets intéressants : le bandana. C’est un simple carré de coton d’une cinquantaine de centimètres de côté, parsemé de palmettes noir et blanc sur un fond de couleur. Il s’en vend à des prix modiques dans tous les grands magasins et dans les surplus américains.


bandana-noir-et-blanc.gif

 

Son histoire. Le bandana est un élément caractéristique de la panoplie du cow-boy. Je me souviens de John Wayne nouant le sien dans plusieurs scènes de La Chevauchée fantastique. Les desperados pouvaient s’en servir comme masque. Noué sur la tête, il aidait à absorber la transpiration. Les soldats de l’armée des Indes en glissaient un sous leur casquette pour se protéger de la touffeur.


lucky-luke.jpgThe poor lonesome cow-boy !


Le bandana est voisin du foulard gavroche et de la cravate apache (1).

Le foulard gavroche était porté par les gamins de Paris, c’est-à-dire les « gavroches » (du nom du personnage créé par Hugo) au XIX° siècle.


gavroche.jpg

 

La cravate apache vient du surnom « apache » qu’avaient choisi pour se désigner les mauvais garçons de la Belle Epoque. Ils avaient emprunté aux Indiens Apaches d’Amérique du Nord leur foulard rouge pour en faire un signe d’appartenance et de reconnaissance.


apache-def.jpg

 

A la fin des années soixante-dix, le chanteur Renaud remit au goût du jour le petit foulard rouge. Son look fit alors sensation. Il n’était pourtant qu’un condensé d’influences hétéroclites : casquette et coiffure de gavroche ; foulard rouge d’apache ; blouson noir de voyou ; jean et bottes de cow-boy… Avec ça, la démarche volontairement outrée de celui qui  - tel "the poor lonesome cow-boy"! - vient de descendre de son cheval.


renaud.jpg

 

Mais laissons Renaud où il est – quelque part à Londres, je crois – et revenons à notre sujet.

Comment porter le bandana ? On le plie dans la diagonale. On le noue deux fois (un nœud sous l’autre) pour bien le fixer. Attention ! Il ne doit jamais donner l’impression de vous étrangler !

Le nœud est, au choix, situé sur le milieu ou légèrement décalé sur le côté. Les deux pointes sont à laisser hors de la chemise ou du polo.

Le bandana accompagne parfaitement les polos en jersey petit piqué (à manches longues, cela va de soi) et les chemises à col boutonné, portés avec ou sans pull en V ou cardigan. Il se prête à de multiples jeux de couleurs et  peut relever à lui tout seul un ennuyeux camaïeu :


guy-marchan-bandana-blouson-copie-1.jpgGuy Marchand, adepte éclairé du bandana

 

Avec une veste sport, on lui préfèrera un carré de soie ou un foulard ascot, plus riches et chatoyants.

L’homme de goût est à sa manière un prestidigitateur. D’un simple bandana, il ne fera pas surgir une colombe, mais quelques belles images d’élégance. De même pour la pochette, sujet d’un prochain (trop) court éloge.

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1. Ces désignations sont empruntées à Sophie George, Les Accessoires de A à Z, éditions Falbalas.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 17:28

La cravate sur le coeur... qu'il a, bien sûr, à gauche !

Une curiosité :

 

jean-luc-melanchon.jpgPhoto : Jean-Paul Guilloteau / L'Express (n° 3089)

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 07:05

A quelque chose malheur est bon. Le passage au numérique, qui a empoisonné ma vie pendant quelques semaines (problèmes de toutes sortes…), m’aura au moins permis de découvrir les charmes de la TNT. On y passe régulièrement des films des années 60 et 70 qui, même ratés, exhalent un irremplaçable parfum de nostalgie. Qui chantera jamais la poésie des vrais « nanars » ? Moi, j’adore !

W9 a diffusé le 22 août On a volé la cuisse de Jupiter. Cette œuvre n’appartient pas du tout à la catégorie susmentionnée. C’est une comédie réussie, très française par sa légèreté et sa fantaisie. Son réalisateur, Philippe de Broca, savait séduire un large public sans jamais succomber à la vulgarité. De qui pourrait-on dire la même chose aujourd’hui ? A la notable exception de Pascal Thomas (mais qui n’est pas un débutant…), je ne vois pas.

Le Chouan des villes a deux autres motifs d’apprécier Philippe de Broca. Un de ses acteurs-fétiches était Philippe Noiret. Dans le film, il campe un professeur de grec ancien qui, en voyage de noce au pays d’Aristote (ceux qui ont vu le film décoderont ma périphrase !), est pris dans une rocambolesque et tintinesque histoire de vol d’une partie (disons charnue…) d’un Jupiter. Ses tenues à l'écran, Noiret aurait pu les porter dans la vie. Remarquable ! Mention spéciale au panama, beau – malgré un ruban trop étroit à mon goût - … et solide (là encore, ceux qui ont vu le film comprendront) !


2anoiret-la-cuisse-un.jpg

 

noiret-la-cuisse-deux.jpg

noiret-la-cuisse-trois.jpg

 

noiret-la-cuisse-quatre.jpg

(Illustrations empruntées à L'Alligatographe, un blog intéressant de critiques de films) 


Le film date de 1979. La décennie qui se finit alors fut noire en matière d’élégance. Mais Noiret, qui ne s’est jamais préoccupé de la mode et n’a jamais cessé d’approfondir son style, a su se prémunir efficacement  contre les horreurs du temps. 

Et puis, Philippe de Broca est le réalisateur de Chouans ! Chouan moi-même (enfin, de cœur…), je ne peux qu’être touché. Son ami Noiret nous apprend dans ses mémoires (1) que de Broca assistait « tous les ans, le 21 janvier, à la messe célébrée à la mémoire de Louis XVI (2)». Il ajoute : « Il avait un côté réactionnaire bien marqué et n’hésitait pas à faire sonner ses choix. »

Un être décidément rare et digne de sympathie.

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1. Philippe Noiret (et Antoine de Meaux), Mémoire cavalière, Robert Laffont.
2. Comme Hubert Deschamps, Jacques Dufilho, Louis de Funès...

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 07:37

de-pied-en-cap.jpgDe Pied En Cap

 

Lu, avant de partir en vacances, sur une des pages du forum de « De pied en cap » (site au demeurant très fréquentable) :

« Ca n’est pas destiné au Vendéen (c’est de moi qu’il s’agit) mais a une portée plus générale : Foutez-moi tous ces « il faut » et « on doit » à la BEEEENNNNNNEEEEE. (…) Jouez l’originalité. »

C’est signé Achille, administrateur.

Qu’on permette au Chouan (et non au Vendéen : la confusion est fréquente) de répondre.

« Il faut », « On doit »… Je comprends qu’à un esprit moderne, de telles injonctions soient insupportables. L’autorité sous toutes ses formes est aujourd’hui remise en cause. Pourquoi se plierait-on sans rechigner à un « dress code » contraignant ? Cela nous semble d’autant moins acceptable que notre vie moderne a fait évoluer, plus qu’aucune autre peut-être avant elle, les façons de se vêtir. Nombreuses sont les règles qui peuvent nous sembler inadaptées, dépassées, anachroniques… Et puis, le vêtement a à voir avec l’intime. Il nous « touche » - au sens propre comme au sens figuré. De quel droit, alors, nous empêcherait-on de choisir librement notre « seconde peau » ?

Dans ces conditions, en effet, les diktats du bien habiller paraissent d’un autre temps.

Il est logique aussi que l’administrateur d’un forum prêche pour sa paroisse et chante, en conséquence, les vertus de la libre expression.

Tout de même… Prétendre que l’originalité doit primer sur la culture ; faire fi de la transmission ; ne pas chercher à comprendre la logique qui préside aux formes admises – quelle légèreté ! quelle vanité ! quelle inconscience !

Savoir s’habiller était un article de la bonne éducation. Le fils apprenait de son père la hauteur exacte d’un revers de pantalon, la largeur millimétrée d’une cravate ou celle d’un bord de chapeau… Transmission orale ; secrets distillés à la faveur de moments de complicité ; initiation rituelle accompagnant le passage à l’âge adulte. Tout cela a presque totalement disparu. L’ignorance des jeunes hommes de bonne famille ne laisse pas de m’étonner : ils ont tout à apprendre et devraient maudire leurs pères d’avoir rompu, par lâche complaisance à la mode du temps, la chaîne de la transmission.

Ces jeunes hommes de qualité constituent une partie non négligeable de mon lectorat. Modestes, ils ont conscience de leurs manques. S’ils veulent savoir, c’est pour ne pas perdre leur temps… ni leur argent. Que peuvent peser quelques tentatives individuelles – aussi réussies soient-elles – face à l’héritage d’un long passé ? Peut-on se prétendre philosophe sans connaître le lexique ni l’histoire de la philosophie ? Ecrivain en ignorant la grammaire et l’orthographe, les mouvements et les grands auteurs ?

Ces codes vestimentaires sont moins arbitraires qu’on le croit. L’histoire les explique souvent. Ils obéissent presque tous à une logique – logique interne ou externe –, qu’il est passionnant d’essayer de mettre au jour. Les exceptions ? Elles existent, bien sûr, mais n’en tirons pas prétexte pour remettre en cause la pertinence des règles ; envisageons-les plutôt, ainsi que le faisait joliment Proust, comme « la poésie de la vie ».

Non, mon cher Achille, respect des règles et originalité ne sont pas antinomiques. La connaissance des formes – leur application et, dans une certaine mesure, leur transgression – n’a jamais empêché l’éclosion de styles individuels. « Foutez-moi tous ces « il faut » et « on doit » à la BEEEENNNNNNEEEEE. » ; « Du passé faisons table rase » : la chanson n’est que trop connue, mais nous ne marchons plus à sa musique.

L’heure n’est pas à la révolution, mais à la contre-révolution : parole de Chouan !   

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 07:15

franck-namani.jpg

 

Lu, dans un récent Express (n° 3081) :

 « Ce fut une petite réception, discrète – juste la famille et quelques amis. Elle eut lieu dans le salon des Ambassadeurs du palais de l’Elysée, comme c’est parfois le cas (…) Ce jour-là, il y a quelques mois, Nicolas Sarkozy épingla la médaille de chevalier au revers du veston de Franck Albert Nahmani, plus connu sous le nom de Franck Namani (sans h) – d’après son site internet, « spécialiste incontesté des beaux cachemires (…), virtuose de l’élégance masculine. » Mais que lui vaut donc d’avoir été ainsi distingué par l’homme le plus puissant de la République ? Officiellement, ses « trente-trois ans d’activités professionnelles », telles qu’inscrites au décret du 31 décembre 2009 portant élévation aux différentes dignités de l’ordre national de la Légion d’honneur. En réalité, Franck Namani a un mérite : fabriquer des costumes qui siéent à merveille au président. La gratification tient parfois à un fil. »

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 07:29

Ralph Lauren a récemment essayé de relancer le nœud papillon. On a beaucoup vu celui-ci égayer, sur des publicités pour la marque, les pages de nos magazines. On attend encore de le voir se poser sur le cou des citadins. La situation du foulard est assez comparable à celle du nœud pap’, sauf qu’aucune enseigne renommée n’a essayé, pour l’instant, de le remettre à la mode.

Porter un foulard, c’est aller à contre-courant d’une tendance (lourde) qui prône la liberté du mouvement et le dévoilement du corps. Pas d’entrave au cou qui rappellerait, au moins symboliquement, je ne sais quelle soumission archaïque. A l’heure du déboutonnage, les liens qui ferment ne sont pas de mise : on ouvre, on exhibe. Il est bien révolu le temps où Tatiana Tolstoï pouvait qualifier d’ « erreur répugnante (…) un col ouvert sans foulard si l’on a plus de cinquante ans (1) » ! Pas de cravate, donc, pas de nœud pap’, et, comme dit la chanson, « Adieu foulard » !

Porter un foulard, c’est encore faire fi de tout un réseau de connotations largement dépréciatives. A qui assimile-t-on les tenants de ce modeste ruban de soie ? Au bourgeois ou à l’aristo BCBG, méprisant et coincé ; au jeune homme typé « NAP », puant la morgue et tête à claques ; à l’antiquaire un peu trop maniéré, précieux comme les objets dont il aime à s’entourer ; au vieux beau lifté et aux cheveux teints, habitué des thés dansants et des croisières qui s’amusent ; au retraité mal embouché, roulant en Citroën C3 et se chaussant en Méphisto.

 

dieudonne-le-derriere.jpg Dieudonné, "Le Derrière"

 

jean-lefebvre.jpgJean Lefebvre

 

Dans des conditions si adverses, en faire, comme Henri de Pazzis, son signe distinctif témoigne d’une sorte de courage civique !

 

Henri-de-Pazzis-web_2.jpg 
Henri de Pazzis, créateur et patron de Pro natura

 

Pour les mêmes raisons, défendre le foulard tient de la gageure. Essayons pourtant en appelant l’histoire à la rescousse.

Villarosa et Mosconi l’ont écrit : « Grâce à sa structure, le foulard constitue le plus souple accessoire qu’on puisse nouer autour de son cou. C’est pour cela qu’il a rencontré un énorme succès auprès des classes moins fortunées, qui ne pouvaient se permettre le luxe des vraies cravates. Les cow-boys, les paysans des Balkans, les ouvriers russes ou anglais ne portaient pas de cravate autour du cou, mais des foulards de couleur (2). » Il fut aussi annexé à différents moments par les mauvais garçons - les apaches durant la Belle Epoque et les voyous dans les années 30.

 

les-apaches.jpegLes apaches

 

 

jean-gabin-pepe-le-moko.jpegJean Gabin, "Pépé le Moko"

 

Des icônes reconnues de l’élégance l’ont également adopté : Fred Astaire, qui en faisait ressortir les pointes de la chemise et qui l’agrémentait d’une épingle d’or ; Cary Grant ; David Niven, qui en fit, à la ville, un élément remarquable de son style.

 

Fred-astaire-foulard.jpg Fred Astaire, Le Style Fred Astaire, G.Bruce Boyer, Assouline

 

L’histoire du foulard est – ce survol suffit à le montrer – riche en surprises (bonnes ou mauvaises) et en métamorphoses (heureuses ou malheureuses). Nous aurions donc tort de nous en tenir à l’image restrictive que nous nous en faisons presque tous aujourd’hui.

Pour ma part, je n’hésite pas à nouer, le week-end, un foulard autour de mon cou. Je prends soin toutefois de respecter quelques règles :
 

Jamais de foulard avec un costume.
Jamais de foulard avec une chemise blanche, sauf si elle est à carreaux.
Eviter le blazer.
Eviter de le glisser dans un col de polo (3).

 

lacoste-foulard.jpgFoulard de soie + polo : à éviter (L'Eternel masculin, Bernhard Roetzel)

 

Etre attentif aux coloris et aux motifs : rechercher une certaine originalité.
Le nouer toujours de façon lâche et négligée (4).
N’ouvrir qu’un bouton du col de sa chemise.
Le faire aller avec des vestes de tweed ou de velours.
Le porter, avec ou sans veste, avec des cardigans colorés et bien coupés.

 

J’ajoute qu’il convient mieux à certains physiques. On s’en passera sans regret si l’on a naturellement quelque chose de désuet ou de précieux dans la physionomie et dans le cas d'un cou trop fort ou trop court.

Voici, pour finir, un petit comparatif photographique. D’un côté, Cary Grant (dans « La Main au collet ») et, de l’autre, Philippe Noiret : un match au sommet !

 

cary-grant-la-main-au-collet.gif

 

philippe-noiret-foulard.jpg

 

Qui choisissez-vous ? Moi, sans aucune hésitation, c’est Philippe Noiret. Supprimez la note rouge du foulard et c’est la tenue tout entière qui perd beaucoup de sa qualité. Remarquez le nœud, négligé et lâche comme il faut. Chez Cary Grant, le nœud est placé trop haut et il sent trop l’application devant le miroir. Le cou, presque entièrement dissimulé par le foulard, fait apparaître encore plus grosse la tête du pauvre Cary qui était conscient de ce défaut physique. La couleur, enfin, n’est pas heureuse – trop sombre pour bien finir une tenue printanière, par ailleurs très élégante.

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1 – Tatiana Tolstoï, De l’élégance masculine, Acropole, 1987.
2 – Davide Mosconi, Riccardo Villarosa, Les 188 façons de nouer sa cravate, Flammarion, 1984.
3 – James Darwen est plus ouvert : «  Les extrémités (du foulard) sont discrètement cachées dans le col de la chemise (…) ou celui de la chemise polo. », Le Chic anglais, Hermé, 1990.
4 – James Darwen, cette fois, ne dit pas autre chose : « Le foulard doit toujours être noué négligemment et de façon lâche. » (Souligné dans le texte), ibid. 

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 06:07

chouan.-copie-1.jpg

 

Les commentaires qui ont suivi mon « Au revoir ! » et les témoignages de sympathie laissés sur mon gmail m’ont sincèrement touché. Mes remerciements s’adressent à chacun.

Grâce à l’internet, un lien s’est noué, des affinités électives se sont révélées. Quelque chose nous unit. Nous partageons la même exigence et nos craintes sont semblables.

La laideur étend chaque jour son pouvoir. On peut la montrer du doigt ; on ne pourra jamais la vaincre. Doit-on pour autant se résigner ? J’ai failli oublier que j’avais fait mienne la devise de Guillaume d’Orange : « Point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »

Alors je vais persévérer.

Amicalement,

Le Chouan

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 07:54

chouan-jpg

 

Le Chouan va rejoindre sa cache. Il s’y terrera un mois et demi.

Un mois et demi… ou plus !

Publier régulièrement des billets qu’on met un point d’honneur à vouloir personnels et originaux prend du temps. J’ai un travail, une famille…

Parfois, la lassitude m’envahit et les doutes m’assaillent : le jeu en vaut-il la chandelle ?

Les vacances m'aideront à y voir plus clair...

Passez un bel été.

Avec mon amitié.

 

Le Chouan

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 07:34

Voilà une décennie que le bobo domine la scène urbaine. Il tient son appellation d’un oxymoron – entendez, rapprochement de deux mots dont les sens sont opposés : bourgeois et bohème. Appellation ambiguë, donc, et, par là, parfaitement adaptée au sujet.

Bohème, le bobo ? Voire… Sa vie, en tout cas, n’a rien à voir avec celle de l’artiste maudit du XIX° siècle, familier de la bohème… c’est-à-dire de la misère. Du mot, le bobo retiendrait plutôt ses connotations artistiques, qui flattent d'ailleurs ses activités et ses prétentions.

Son monde, c’est celui de la culture. « Vaste monde ! » aurait dit le fabuliste. Monde sans frontières – monde moderne. Plusieurs professions lui semblent dues ; lui préférera parler d’une extension de ses champs d’intervention : il est chanteur et comédien, designer et plasticien, architecte et sculpteur… Comme Socrate, il n’est d’aucune Athènes  mais « du monde ». Le métissage est un de ses concepts favoris, qui donne des couleurs à ses aspirations, à ses inspirations.

Les miroirs médiatiques le reflètent à l’infini. Ses créations s’y montrent aux yeux du bon peuple, éberlué devant tant d’audace et d’intelligence.

L’intelligence ! Elle est de son côté. Cela ne se discute pas. De l’autre côté, il y a les beaufs. Frontière infranchissable, qu’il ne s’agirait pas - celle-là – de chercher à abolir. Son catéchisme sans Dieu déroule un chapelet de certitudes : haine du racisme, éloge des plaisirs convulsifs, mépris de l’ordre, goût pour la transgression. S’il croyait encore aux sortilèges de la rime, il ferait volontiers s’embrasser « progresser » et « provoquer ». Il ne juge pas du tout le moi haïssable – et encore moins le sien, dont il sait qu’il n’aurait pas assez de mille vies pour épuiser les richesses. Il se croit unique.  Ne voit-il pas les clones -  les clones tristes - qui l’entourent ?

 

stephane-guillon.jpgStéphane Guillon

 

romain-duris-ok.jpgRomain Duris

 

Qu’un téméraire ose prétendre devant lui que, peut-être, ses certitudes le rendent parfois un peu intolérant, le châtiment ne se fait pas attendre : le téméraire est illico qualifié de « réactionnaire  » ou de   «fasciste » - et on n'en parle plus... Comment le bobo pourrait-il être intolérant puisque l’intolérance est étrangère à ses principes ? Il dit, croyant citer Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire. » Mais il pense avec Saint-Just : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. » Cette douce schizophrénie ne l’empêche pas de dormir sur ses deux oreilles.

Sa culture puise aux sources – un peu troubles (forcément) – des sciences humaines et de la psychanalyse. Son langage s’en ressent. Ses phrases sont ponctuées de « ça », d’ « espèce de », de « sorte de »… chargés d’égarer les simplistes qui en sont encore à croire que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.

De la bohème, il affiche la couleur : le noir. Son imaginaire en a accaparé la richesse symbolique : noir, couleur du mystère, de la souffrance, de la profondeur, du deuil – de l’anarchie. Il éprouve au plus haut degré le sentiment du tragique de l’existence. Les horreurs du XX° siècle sont passées par là. Il se demande si, décemment, on peut s’habiller de couleurs après Auschwitz. C’est un homme précaire. « La garde-robe bobo, dit Farid Chenoune, accompagne des visages mal rasés, un peu fatigués, des coiffures hirsutes comme si l’on avait été tiré du lit par une sirène d’alarme. C’est la mode d’un état d’alerte, à la veille d’une catastrophe. »

 

vincent-delerm.jpgVincent Delerm, une coiffure... catastrophique.

 

Catastrophe sociale : les injustices aiguisent la conscience politique du bobo. Il a beau avoir le cœur bien accroché (à gauche), il supporte mal les attaques antidroits-de-l’hommistes du libéralisme triomphant. Toute agression contre ses idéaux humanistes le voit sur le pied de guerre. Il lutte. Il pétitionne, il manifeste. Il bat le pavé plus souvent qu’à son tour, de la Bastille à République, le poing levé, son Libé menaçant de tomber de sa poche.

Catastrophe environnementale : il pense avec Al Gore (et, accessoirement, avec Evelyne Dhéliat) que la planète court à sa perte à la vitesse d’un sprinteur anabolisé. Il n’est pas loin de voir dans le réchauffement climatique le signe avant-coureur du feu de l’Apocalypse. Il résiste : il consomme bio et fait du vélo.  Il se bat pour les éoliennes … et contre pas mal de moulins à vent.

Dans son constat de l’instabilité des choses, le bobo rejoint l’homme baroque. Mais les conclusions esthétiques de l’un et de l’autre sont diamétralement opposées : l’art baroque exaltait l’ostentatoire, la démesure, la profusion ; le bobo, lui, se réfugie dans le maigre, le minimaliste, le décharné. Esthétique concentrationnaire ou post-atomique. L'homme baroque appartenait au monde ancien – un monde qui pouvait encore s’offrir le luxe de croire en la beauté.

Alors, bourgeois, le bobo ? Vous voulez le faire rire ? De toute façon, vous n’y arriverez pas. Il ignore le rire franc, rabelaisien, qui déploie la gorge et brise le cristal. Parfois, dans certaines circonstances qui ne sont comiques que pour lui, il vous déclenche un rire hénaurme, aussi improbable que la rencontre fortuite d’Arielle Dombasle et de Carla Bruni au rayon « produits frais » du Leclerc de Saint-Jean-de-Monts. Il n’est pas avare, en revanche, de ses sourires dont il adapte l’ironie à son interlocuteur. Des sourires qui semblent dire : « Admirez mon intelligence ! »

 

julien-dore-def.jpgJulien Doré

 

Frederic-beigbeder_.jpgFrédéric Beigbeder

 

edouard-baer-bobo.jpgEdouard Baer

 

Son maître mot : le « décalage ». Son humour, son look, son mode de vie… tout se doit d’être décalé. On saisit mieux, alors, la passion aveugle qu’il voue à l’art contemporain : cet art est fait pour lui – et, d’ailleurs, c’est souvent lui qui le fait. L’art contemporain ne peut être autre chose que drôle, puissant, profond, puisque les beaufs le jugent sinistre, débile et insignifiant. Le bobo pousse le principe du décalage à son comble lorsqu’il décrète subversif et révolutionnaire un art officiel, profitant d’aides publiques et objet de spéculations de la part de multimilliardaires.

Apparemment, le bobo n’a rien, en effet, d’un bourgeois. Il ne correspond pas au cliché du bourgeois traditionnel dont il ne partage ni le mode de vie ni la grille de pensée. Mais les apparences sont faites pour être dépassées. Celles du bobo sont pensées pour être trompeuses. Il avance en tenue camouflée. Cher, ce qu’il porte ? « Allons donc ! » s’exclamera le candide. L’initié, lui, sait que son look-loques est estampillé « Ecole d’Anvers », que ses pulls sont en cachemire, que ses lunettes à épaisses montures noires sont des Mikli, qu’il porte une Jaeger en platine à son poignet (« Hein ! C’est pas de l’acier ? ») et qu’il se chausse Rautureau. Il fuit le m’as-tu-vu, pratique l’understatement à mort et, par là, s’épargne les scrupules de classe : à première vue, les pauvres pourraient presque le prendre pour l’un des leurs. Du grand art !

Son nomadisme planétaire et sa bio-manie l’éloignent définitivement du vulgum pecus. Son contentement de soi, ses certitudes, sa bonne conscience, son hypocrisie en font bien, pourtant, le nouveau Monsieur Prudhomme de ce début de millénaire.

L’hypocoristique et assez niais « bobo » désigne beaucoup plus qu’un look : une manière d’être au monde, ici et maintenant.  

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 07:47

nikos-aliagas-smoking.jpg  Photo 1


Nikos Aliagas fut un jeune homme de grande espérance : études à la Sorbonne ; débuts sur RFI ; passage sur Euronews. Et puis son chemin croisa celui de Christine Bravo. Il joua pour elle, dans le magazine Union libre, le Grec de service. Il se fit ensuite bateleur sur le plateau de la Star Ac’ et il anime aujourd’hui les matinales de NRJ. Il a même remplacé, l'été dernier, Benjamin Castaldi pour quelques numéros de Secret story. S’il lui arrive de tomber plus bas, au moins ne se fera-t-il pas mal.

Au niveau vestimentaire, sa trajectoire est inverse. D’abord très moyennement habillé, puis faisant des progrès. Ceux-ci n’ont pas échappé au regard aiguisé du rédacteur de Faubourg Saint-Honoré : « Saluons les efforts vestimentaires de Nikos Aliagas. (Il) est indéniablement au-dessus de tous ses homologues et plusieurs étages au-dessus du pékin de base. Ses apparitions sont la plupart du temps un véritable enchantement pour l’œil. » (11 janvier 2009)


nikos-aliagas.jpg  Photo 2


"Un véritable enchantement pour l'oeil" ? La louange débridée ne me semble pas de mise.

Nikos Aliagas est un adepte du costume sombre porté sur une chemise blanche dont le col est fermé par une cravate noire. Une tenue stricte et convenue. Mais Nikos aime jouer avec les codes : il affiche souvent une barbe à la Gainsbourg et, sa cravate noire, il la porte généralement dénouée, façon Frédéric Taddéï. Ces subterfuges - censés casser le caractère formel de la tenue - lui donnent un petit côté fin de soirée que, selon les goûts, on jugera sympathique ou légèrement ridicule… Moi, il me fait penser, avec ses yeux brillants et son débit accéléré, à ceux-là qui, au bout de la nuit - quand, épuisé par la fête, presque tout le monde dort -, regorgent encore d’énergie. On le dirait dopé. La griserie de l’antenne, sans doute.

Ce qui retient l’œil de l’amateur, c’est  la coupe, le tomber, les proportions, la ligne d’un vêtement… Si l’on examine les tenues de Nikos Aliagas avec cet œil, on ne peut qu’être circonspect.

 

nikos-en-pied.jpgPhoto 3 (Cliquez pour agrandir)

 

nikos-croise.jpg Photo 4

 

Que signifient ces épaules trop larges (photo 2) et comme déformées par des heures de repos sur un mauvais cintre (photo 3) ? Et ce pantalon en accordéon (photo 3) ? Et ce col de chemise aux tombants trop grands (photo 4) ? Le cintrage n’est pas mauvais (quoiqu’un peu argentin - photo 4), et Nikos a heureusement de l’allure. Mais on a peur en pensant à ce que, sur les épaules d’un autre, de tels costumes donneraient… Sur  David Pujadas par exemple.

Certes, Nikos Aliagas a fait des efforts, mais, s’il veut prétendre au statut de modèle, il lui faudra en redoubler.

Le père de Nikos Aliagas est tailleur. En tant que tel, il ne doit pas être très fier de voir son fils présenter 50 mn inside souvent mal fagoté.  Pauvre papa Aliagas ! Moi j’ai trouvé la solution : je ne regarde plus que Sandrine Quétier.


nikos-aliagas-quetier-def.jpg

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